‹ Œuvres de SpinozaChapitre 177 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE i

tence ; car on peut concevoir la première sans la dernière. A la deuxième question nous répondons qu'une chose qui est perçue hors de l'entendement clairement et distinctement, cest-à-dire en vérité» est quelque chose de différent d'une idée. On demandera de nouveau si ce qui est hors de V entendement est par soi ou bien crée par Dieu. A quoi nous répondons que l'essence formelle n'est point par soi et n'est pas non plus créée; car l'un et l'autre impliqueraient une chose existant en acte; mais qu'elle dépend delà seule essence divine où tout est contenu ; et qu'ainsi en ce sens nous approuvons ceux qui disent que les essences des choses sont éternelles. On pourrait demander encore comnient novs connaissons les essences des choses avant de connaître la nature de Lieu: alors que toutes, je viens de le dire, dépendent de la seule nature de Dieu. Je réponds à cela que cela provient de ce que les choses sont déjà créées, car si elles n'étaient pas créées j'accorderais entièrement que cette connaissance serait impossible avant qu'on eût une connaissance adéquate de Dieu ; cela serait aussi impossible et même bien plus impossible qu'il ne l'est, quand on ne connaît pas encore la nature de la Parabole, de connaître celle de ses ordonnées.

Pourquoi l'auteur dans la définition de l'essence recourt aux attributs de Dieu. — Il faut noter, en outre, que, bien que les essences des modes non existants soient comprises dans leurs substances et que leur être de l'essence y soit contenu, nous avons voulu recourir à Dieu pour expliquer d'une manière générale l'essence des modes et des substances et aussi parce que l'essence des modes n'était pas dans les substances de ces modes

avant que ces dernières fussent créées et que nous cherchions r<?/re éternel des essences.

Pourquoi l'auteur n'a pas examiné les définitions données par d'autres. — Je ne pense pas qu'il vaille la peine de réfuter ici les auteurs dont le sentiment diffère du nôtre et d'examiner leurs définitions ou descriptions de l'essence et de Texistence ? car de la sorte nous rendrions plus obscure une chose claire. Qu'y a-til de plus clair que de connaître ce qu'est l'essence et l'existence ? puisque nous ne pouvons donner aucune définition d'aucune chose que nous n'en expliquions en même temps l'essence.

Gomment la distinction entre l'essence et l'existence peut être facilement apprise. — Enfin, en cas que quelque Philosophe doute encore si l'essence se distingue de l'existence dans les choses créées, il n'a pas à se donner beaucoup de mal au sujet des définitions de l'essence et de l'existence pour lever ce doute; qu'il aille simplement chez quelque statuaire ou sculpteur en bois ; ils lui montreront comment ils conçoivent selon un certain ordre une statue n'existant pas encore et ensuite la lui présenteront existante.

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Le ce qui est Nccessaù^e, Impossible, Possible et Contingent

Ce qu'il faut entendre ici par affections. — Après cette explication de la Nature de l'être, en tant qu'il est un être, nous passons à celle de quelques affections de

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rêlre; où ilcstà nolerque nous entendons ici par affections ce que Descartes a ailleurs désio^né par attributs (dans la partie I des Principes^ article 52). Car l'Etre, en tant qu'il est un être ne nous affecte pas par lui-même, comme substance ; il faut donc l'expliquer par quelque attribut sans qu'il s'en distingue autrement que par une distinction de Raison. Je ne peux donc assez m'étonner de l'excessive subtilité d'esprit de ceux qui ont cherché, non sans grand dommage pour la vérité, un intermédiaire entre l'Etre et le Néant. Mais je ne m'arrêterai pas à réfuter leur erreur, puisqu'eux-mèmes, quand ils essaient de donner des définitions de telles affections, se volatilisent entièrement dans leur propre vaine subtilité.

Définition des afifections. — Nous poursuivrons donc notre affaire en disant que l '^ affections de l'Etre sont certains attributs sous lesquels tiotis connaissons Vessence ou Vexistence (Je chaque être^ de laquelle cependant il ne se distingv' que par une distinction de Raison. De ces affections j'essaierai d'expliquer ici quelques-unes (car je n'assume pas la tâche de traiter de toutes) et de les distinguer des dénominations qui ne sont des affections d'aucun être. Et d'abord je parlerai de ce qui Qsine'cessaire et impossible.

De combien de façons une chose est dite nécessaire et impossible. — Une chose est dite nécessaire et impossible de deux façons : ou bien à l'égard de son essence, ou bien à l'égard de sa cause. A l'égard de l'essence nous savons que Dieu existe nécessairement; car son essence ne peut être conçue sans l'existence ; mais la chimère à cause de la contradiction contenue dans son essence ne peut pas exister. A l'égard de la cause, les

choses, par exemple les choses matérielles, sont dites impossibles ou nécessaires : car, si nous avons égard seulement à leur essence nous pouvons la concevoir clairement et distinctement sans l'existence ; pour celte raison elles ne peuvent jamais exister par la force et la nécessité de leur essence, mais seulement par la force de leur cause, à savoir Dieu, le créateur de toutes choses. Si donc il est dans le décret divin qu'une chose existe, elle existera nécessairement ; si cela n'est pas, il sera impossible qu'elle existe. Car il estde soi évident qu'il est impossible qu'une chose existe si elle n'a de cause ni interne ni externe d'existence. Or dans cette seconde hypothèse on considère une chose telle que, ni par la force de son essence, qui est ce que j'entends par cause interne, ni par la force du décretdivin, cause externe et unique de toutes choses, elle ne puisse exister; d'où il suit qu'il est impossible que des choses comme celles que nous avons supposées ici existent.

Gomment la Chimère peut être appelée être verbal. — Il faut noter à ce propos : 1° qu'une chimère n'étant ni dans l'entendement ni dans l'imagination, peut être appelée proprement par nous un être Verbal; car on ne peut l'exprimer autrement que pcr des mots. Par exemple nous exprimons par le langage un cercle carré, mais nous ne pouvons l'imaginer en aucune façon et encore bien moins le connaître. (]'est pourquoi une chimère n'est rien qu'un mot. L'impossibilité donc ne peut-être comptée au nombre des affections de l'être, car elle est une simple négation.

Les Choses créées dépendent de Dieu quant à l'essence et quant à l'existence. — 2° 11 faut noter encore que

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