II
Dans le scolie de cette proposition, Spinoza entreprend de réfuter le raisonnement par lequel Zenon d'Elée prouvait l'impossibilité du mouvement. Le second argument visé est la flèche qui vole; Spinoza résout la difficulté en rationaliste et en inflnitiste conséquent ; les sens nous montrent un corps qui se meut occupant des positions ditférentes à des instants différents, mais ne nous expliquent point le passage de Tune à l'autre ; l'entendement seul conçoit le mouvement (comme un devenir) et cela permet de dii-e, l'espace et le temps étant des continus, qu'il n'est pas d'intervalle de temps, si petit qu'on le suppose, pendant lequel un mobile n'occupe autant de positions ditférentes qu'on voudra en distinguer. Quant au premier argument, je suis embarrassé pour dire quel il est au juste; le temps y est supposé comme dans le précédent formé d'instants indivisibles, et la vitesse de la roue doit être telle que chacun de ses points se trouve occuper deux fois la même position pendant la durée d'un seul instant. Peut-être y a-t-il là quelque analogie avec le slade.
Dans la lettre de Descartes à laquelle Spinoza renvoie {Lettre \.ï% de l'édition Glerselier, vol. 1) l'argument considéré est Y Achille.
Propositions 7, 8 et Corollaire. Voir Principes, II, 33. — Pour le scolie de la proposition 8, Spinoza renvoie lui-même aux Principes (I, 61). On observera qu'il n'admet pas quant à lui que les parties de l'espace soient réellement distinctes les unes des autres (voir Réforme de l'Entendement, g 46, et la note explicative où sont indiqués quelques textes à rapprocher de ce passage).
Propositions 9, 10, 11. Voir Principes, II, 34 et cf. Lettres à Henri More.
Propositions 12 et 13. Voir Principes, II, 86.
Proposition 14 et corollaire. Voir Principes, II, 37.
Au sujet de l'énoncé cartésien du principe de l'inertie, outre les auteurs déjà cités, on lira avec fruit le passage concernant Descartes dans l'étude de Wohlwill : Die Entdeckung des Beharrungsgesetzes {Zeitschrift fur Y olker psychologie und Sprachwissenschaft, Bd. 14, 15.)
Propositions 15, 16, 17. Yoir Pnncipes. II, 39. — Le deuxième grand principe de la mécanique cartésienne est étroitement apparenté au premier (le principe de l'inertie} : le mouvement rectiligne est pour un corps en mouvement comme un symbole de l'inertie de la matière ; l'un et lautre principes découlent de la théorie de l'indépendance des moments du temps et de la création continuée.
Propositions 18 à 23. Voir Principes, II, 40 à 4o. — Le troisième principe de Descartes, dont la fausseté a été souvent signalée, a, on l'observera, la même origine que les deux précédents. La matière étant créée par Dieu et ayant besoin de son concours pour continuer d'exister, ne peut être qu'inerte ; si à la matière sajoute cette autre créature de Dieu, le mouvement, l'inertie de la matière am-a pour conséquence que tout mouvement sera de sa nature rectiligne ; si enfin deux corps venant à se rencontrer, il est nécessaire d'attribuer à l'un et à l'autre une certaine force, cette force devra être conçue comme la plus indifférente qu'il se puisse à la direction suivie, et l'état de choses nouveau qui se produira, sera le plus qu'il se pourra la continuation de l'état antérieur (cf. Prop. 23). Spinoza, pour qui la matière n'est pas créée, n'avait pas de raison d'ordre métaphysique de s'en tenir en ce qui concerne le mouvement et ses lois à la doctrine de Descartes, et s'il a commencé par l'admettre, nous savons par ses lettres qu'il l'a rejetée plus tard. En 1665, il tenait encore pour vraies les règles du choc à l'exception de la sixième [Lettre 32} ; mais un peu avant sa mort il écrivait à Tschirnhaus {Lettre 81) : « Démontrer l'existence des corps en partant de l'étendue telle que Descartes la conçoit, c'est-à-dire comme une masse au repos (inerte), ce n'est pas seulement difficile comme voua le dites, mais complètement impossible. La matière en etfet. se trouvant au repos persévérera dans ce repos autant qu'il est en elle, et ne pourra être excitée au mouvement que par une cause extérieure plus puissante; et pour cette raison je n'ai pas hésité jadis à atlirmer que les principes de la physique de Descartes étaient inutiles, pour ne pas dire absurdes. »
Dans une autre lettre au même coiTespondajit, écrite quelque temps avant, Spinoza parle d'une théorie du mouvement dont
I élaboration est commencée mais non encore achevée {Lettre 60).
II nous est impossible de savoir quelle eût été cette théorie et ce qu'auraient pu être la mécanique et la physique de Spinoza s'il avait eu le temps de les constituer, mais nous pouvons affirmer qu'il se fut fort éloigné de Descartes, sams renoncer cependant au mécanisme (cf. Court Traité, 1, chap. ii, g 19, et la note explicative correspondante).
Proposition 24. Voir Principes, II, 46.
Proposition 25. Voir Principes, II, 47.
Proposition 26. — Règle ajoutée par Spinoza aux régies de Descartes, conforme d'ailleurs aux principes cartésiens.
Proposition 27. Voir Principes, II, 48. — Le scolie qui suit cette proposition est assez intéressant comme tentative pour rendre un peu plus claire la distinction à faire entre la direction du mouvement et sa force (ou quantité). La rédaction bien qu'elle ait été particulièrement revue par Spinoza (comme nous l'apprend le post-scriptum de la Lettre 15) est assez embarrassée; toutefois il est bien visible que Spinoza sent l'insuffisance de la théorie cartésienne et l'idée qu'il a de projeter sur deux axes perpendiculaires la vitesse du corps G mérite l'attention de l'historien de la mécanique.
Proposition 28. Voir Principes, 11, 49.
Proposition 29. Voir Principes, II, 36.
Proposition 30. Voir Princi-pes, II, 52. Proposition 32 et 33. Voir Principes, 56, 57, 59. Proposition 34 et 35. Voir Principes, II, 59, 60. Proposition 36. Voir Principes, H, G6.
Proposition 37. — Cette dernière proposition est la réciproque de la proposition 33 ; elle ne se trouve pas dans Descartes.
On peut se demander pourquoi Spinoza s'est arrêté presque au début de son exposition de la troisième partie des Principes. Gela tient peut-être à ce que son élève Gasearius l'a quitté alors qu'il venait de commencer. Si cependant ce travail avait eu pour lui un réel intérêt; le départ de cet élève ne l'eût pas empêché de l'achever, il aurait pu aussi, semble-t-il, le reprendre et le mener à bien, après la publication des deux premières parties, comme Louis Meyer dans sa préface disait qu'il ferait un jour. D'autres occupations plus pressantes l'en ont empêché, et en outre, je crois que le développement d'une hypothèse cosmologique devait avoir pour lui fort peu d'attrait. D'une manière générale il avait l'esprit très peu enclin aux hypothèses et le procédé qui consiste à inventer des causes pour expliquer des effets donnés lui inspirait une sorte d'aversion (cf. Réforme de VEnlendement, g^ 13 et 15; Court Traité, partie, II, chap. xxiv, g 13).
L'observation de Spinoza sur le sens étendu qu'il donne au mot de Phénomènes s'explique, je pense, par l'usage où étaient les Grecs de l'employer dans un sens beaucoup plus restreint ; ce qui constitue \e phénomène dans la philosophie ancienne, c'est l'apparition dun astre au-dessus de Ihorizon ou sa disparition (voir Tannery, Recherches sur l'histoire de V Astronomie ancienne).