‹ Œuvres de SpinozaChapitre 46 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

1° Qu'aucune substance ne peut commencer °;

'2° Qu'une substance ne peut produire l'autre et enfin :

3" Qu'il ne peut y avoir deux substances égales.

Puis donc que Vhornme na pas été depuis Vëternité, qu'il est limité et égal à beaucoup d'hommes, il ne peut être une substance.

(3) De sorte que, tout ce qu'il a de pensée, ce ne sont que des modes de l'attribut pensant que nous avons reconnu à Dieu et^ cT autre part, tout ce qu'il a de figure.

III. Ln pensée substantielle, puisqu'elle ne peut pas être finie, est infinie, parfaite en son genre et un attribut de Dieu.

IV. Une pensée parfaite doit avoir une connaissance, une idée, un mode de penser, de toutes les choses existant réellement et de chacune en particulier, aussi bien des substances que des modes, sans rien excepter.

V. Nous disons existant réellement, parce que nous ne parlons pas ici dune connaissance, d'une idée, etc., qui percevrait d'ensemble la nature de tous les êtres selon l'enchaînement de leurs essences, abstraction faite de leur existence particulière, mais d'une connaissance, une idée, etc. . des choses particulières en tant que chacune vient à exister.

VI. Cette connaissance, cette idée, etc., de chaque chose particulière (jui vient à exister réellement est, disons-nous. Vante de chacune de ces choses particulières.

VII. Chaque chose particulière qui vient à exister réellement devient telle par le mouvement et le repos, et ainsi sont tous les modes, dans l'étendue substantielle, que nous nommons des corps.

VIII. La distinction de ces corps résulte seulement de telle ou telle autre proportion de mouvement et de repos par laquelle celui-ci est ainsi et non autrement, ceci est ceci et non cela.

IX. De cette proportion de mouvement et de repos provient aussi l'existence de ce corps qui est le nôtre; duquel, aussi bien que de toutes les autres choses, une connaissance, une idée etc., doit être dans la chose pensante : [idée qui] tout aussitôt [est] notre âme.

X. Cependantce corps qui est le nôtre était dans une autre pro-

• Spinoza n'a dit cela expressément que dans une note du chapitre n, partie I, d'où l'on peut conclure que cette note faisait priniitivemenl partie du texte.

mouvement et autres choses, ce sont de même des modes de l'autre attribut qui a été reconnu à Dieu par nous. (4) Et si quelques-uns, de ce que la nature de Vhomme ne peut exister ni être conçue sans les attributs qui, de leur propre aveu, sont substance, essaient de tirer la preuve que Vhomme est une substance, cest sans autre fondement que de fausses suppositions ; car, puisque la

portion de mouvement et de repos, quand il était un enfant non encore né, et par la suite, après notre mort, il sera dans une autre encore ; mais il n'y en avait pas moins dès lors, et il n'y en aura pas moins alors, aussi bien que maintenant une idée ou connaissance etc. de notre corps dans la chose pensante; non du tout la même cependant parce qu'il possède maintenant une autre proportion de mouvement et de repos.

XI. Pour produire dans la pensée substantielle une idée, une connaissance, un mode de penser, tel qu'est cette àme qui est la nôtre, est requis non un corps quelconque (dont la connaissance alors devrait aussi être autre qu'elle n'est), mais un corps qui soit tel qu'il possède précisément telle proportion de mouvement et de repos et non une autre; car tel le corps, telle aussi lùme, l'idée, la connaissance, etc.

Xn. Si donc un tel corps a et conserve cette proportion qui lui est propre, par exemple de 1 à 3, ce corps et l'àme seront comme ils sont* actuellement; soumis, à la vérité, à un changement constant mais non à un si grand qu'il dépasse la limite de! à 3; mais autant il change, autant aussi à chaque fois change l'âme.

XIII. Ce changement qui résulte en nous de ce que d'autres corps agissent sur le nôtre ne peut avoir lieu sans que l'âme, qui change aussi constamment, le perçoive et ce changement est proprement ce que nous appelons sensation.

XIV. Mais, si d'autres corps agissent sur le nôtre si puissamment que la proportion de 1 à 3 de son mouvement ne puisse pas subsister, alors c'est la mort, et un anéantissement de l'âme en tout qu'elle est seulement une idée, connaissance, etc., de tel corps possédant telle proportion de mouvement et de repos.

XV. Toutefois, puisque l'âme est un mode dans la substance pensante, elle a pu aussi la connaître et l'aimer en même temps que ce [mode] de l'étendue et en s'unissant aux substances qui demeurent toujours les mêmes, se rendre elle-même éternelle.

* Je fais ici, comme W. Meijer, une légère correction au texte.

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