DE L'AMOUR
(1^ Nous diviserons l'Amour, qui n'est autre chose que la jouissance d'une chose et l'union avec elle, suivant la nature de lobjet dont l'homme cherche à jouir et auquel il veut s'unir.
(2) Certains objets sont en eux-mêmes périssables, d'autres impérissables par leur cause ; un troisième est par sa propre force et sa seule puissance éternel et impérissable.
Les choses périssables sont toutes les choses particulières qui n'ont pas été de tout temps, mais qui ont pris commencement.
Les autres sont les modes universels * que nous avons dit qui étaient causes des particuliers.
Mais le troisième est Dieu, ou ce que nous prenons {)Our une seule et même chose, la Vcrite.
(3) L'amour naît donc de la représentation et de la connaissance que nous avons dune chose et, suivant que la chose se montre plus grande et magnifique, plus aussi l'amour est grand en nous.
(4) Nous avons le pouvoir de nous affranchir de l'amour de deux façons : ou bien par la connaissance
Le mot o/'/eweerie (universels; manque <lan8 A.
d'une chose meilleure, ou par l'expérience que la chose aimée, que nous tenions pour quelque chose de grand et de magnifique, apporte avec elle beaucoup de suites funestes.
(5) C'est aussi un caractère de l'amour que jamais nous ne nous efforçons d'en être délivrés (comme de l'étonnement et des autres passions) et cela pour deux raisons : 1° parce que cela est impossible, et 2° parce qu'il est nécessaire que nous n'en soyons pas délivrés.
Cela est impossible parce que cela ne dépend aucunement de nous, mais seulement de ce que nous observons de bon et d'utile dans l'objet et, si nous ne voulions pas l'aimer, il serait nécessaire d'abord que cet objet ne nous fût pas connu, ce qui n'est pas en notre pouvoir ou ne dépend pas de nous, attendu que, si nous ne connaissions rien, certainement nous ne serions pas.
Il est nécessaire que nous n'en soyons pas délivrés parce qu'en raison de la faiblesse de notre nature, sans quelque chose dont nous jouissions, à quoi nous soyons unis et par quoi nous soyons fortifiés, nous ne pourrions exister.
(6) De ces trois sortes d'objets, lesquels avons-nous donc à élire ou à rejeter ?
Pour les choses périssables (puisqu'il est nécessaire, avons-nous dit, à cause de la faiblesse de notre nature que nous aimions quelque objet et que nous nous unissions à lui pour exister), il est certain que, par l'amour des choses périssables et notre union avec elles, nous ne serons aucunement fortifiés dans notre nature, considérant qu" elles sont faibles elles-mêmes et qu'un invalide ne peut pas en porter un autre. Et non seulement elles ne sont pas salutaires, elles nous sont même