DEUXIÈME PARTIR
nuisibles; car nous avons dit de l'amour qu'il est une union avec l'objet que notre entendement Juge être magnifique et bon; et nous entendons par là une union telle que l'aimant* et l'aimé deviennent une seule et même chose et forment ensemble un tout. 11 est donc certainement très misérable celui qui est uni à des choses quelconques périssables ; car, puisqu'elles sont en dehors de son pouvoir et sujettes à beaucoup d'accidents, il est impossible que. si elles sont atteintes de souffrances, lui-même en demeure affranchi. Et nous concluons par suite que, si ceux qui aiment les choses périssables ayant encore un certain degré d'essence sont misérables, quelle ne sera pas la misère de ceux qui aiment les honneurs, les richesses et la volupté qui n'ont absolument pas d'essence !
(7) Voilà qui suffît pour montrer comme la raison nous avertit de nous séparer de telles choses périssables, car, par ce que nous venons de dire, est clairement démontré le poison et le mal qui est contenu et caché dans l'amour de ces choses. Nous le voyons cependant d'une façon incomparablement plus claire, si nous considérons de quel bien magnifique et excellent nous sommes privés par la jouissance de ces choses.
(8) Nous avons dit que les choses qui sont périssables sont en dehors de notre pouvoir ; qu'on nous comprenne bien: nous ne voulons pas dire par là que nous soyons une cause libre ne dépendant d'aucune autre chose; quand nous disons que certaines choses sont dans notre pouvoir et d'autres en dehors, nous entendons par choses qui sont en notre pouvoir celles que nous effectuons selon l'ordre [de la iNaturcj ou
* Dans le texte de lief<le (ramour); je lis de licvendo.
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d'accord avec la Nature dont nous sommes une partie, par choses qui ne sont pas en notre pouvoir celles qui, étant extérieures à nous, ne sont sujettes par nous à aucun changement, parce qu'elles sont très éloignées de notre essence véritable, telle qu'elle est instituée par la Nature.
(9) Pour continuer, nous en venons maintenant à la deuxième espèce d'objets qui, bien qu'éternels et immuables, ne le sont pas parleur propre force. Si cependant nous en entreprenons quelque peu l'examen, nous percevrons aussitôt que ce sont seulement des modes qui dépendent immédiatement de Dieu. Et, telle étant leur nature, ces objets ne peuvent être connus par nous, à moins que nous n'ayons en même temps un concept de Dieu, en qui, parce qu'il est parfait, notre Amour doit nécessairement se reposer; et, pour le dire en un mot, il nous sera impossible, si nous usons bien de notre entendement, de nous abstenir d'aimer Dieu.
Les raisons qui font qu'il en est ainsi sont claires.
(10) Premièrement, parce que nous éprouvons que Dieu seul a l'existence, et que toutes autres choses ne sont pas des êtres mais des modes; et puisque les modes ne peuvent pas être bien conçus sans l'être duquel ils dépendent immédiatement, et que nous avons précédemment montré que si, alors que nous aimons quelque chose, nous venons à connaître une chose meilleure que celle que nous aimons, nous nous jetterons aussitôt sur elle et abandonnerons la première, il s'ensuit, sans contredit que, si nous venons à connaître Dieu qui a en lui seul toutes les perfections, nous devons nécessairement l'aimer.
(11) Deuxièmement. — Si nous usons bien de notre entendement dans la connaissance des choses, nous