DEUXIÈME PARTIE
puisque nous avons montré que la Volonté n'est pas une chose existant dans la Nature, mais seulement une fiction, qu'on n"a pas besoin de demander si elle est libre ou non.
(5) Je ne dis pas cela '^seulementl de la Volonté en général que nous avons montré qui est un mode de penser mais de chaque vouloir particulier, lequel vouloir consiste selon quelques-uns à affirmer ou nier librement^ ceci ou cela*. Quiconque est attentif seulement à tout ce que nous avons montré, le verra très clairement. Car nous avons dit que le Connaître est une pure passion, c'est-à-dire une perception dans l'âme de l'essence et de l'existence des choses; de sorte que ce n'est pas nous qui affirmons ou nions jamais quelque chose dune chose, mais c'est elle-même qui en nous affirme ou nie quelque chose d'elle-même.
(6) Quelques-uns n'accorderont peut-être pas cela, parce qu'il leur semble qu'ils peuvent affirmer ou nier d'une chose autre chose que ce qu'ils ont d'elle dans la conscience ; cela provient de ce qu'ils n'ont aucune idée de la notion que l'âme a de la chose sans les mots ou en dehors des mots. 11 est bien vrai (quand il existe des raisons pour nous y pousser) que nous pouvons donner à d'autres par des mots ou d'autres moyens une notion de la chose autre que la conscience que nous avons d'elle ; mais nous ne ferons cependant ni par des mots ni par aucun autre moyen que nous sentions à l'égard des choses autrement que nous ne
* Je suis la leçon donnée dans le texte par van Vloten et r,and (leçon du manuscrit A) ; Sigwart la rejette et la remplace par la leçon de B : Potir saisir maintenant si, quand nous voulons ceci ou cela, c'est-à-dire, affirmons ceci ou cela, notts somme* libres vraiment ou ne le somme» pas, nous n'avons qu'à nous rappeler, etc. Les deux mol» entre crochets dans ma traduction me paraissent pouvoir ôlre sous-entendus sans trop de peine.
sentons ; cela est impossible, comme il est clair pour tous ceux qui, en dehors de l'usage des mots ou d'autres signes expressifs, ont pris garde une fois à leur Entendement seul.
(7) Quelques-uns pourront objecter cependant : si ce n'est pas nous qui affirmons ou nions, mais la chose seule qui en nous nie ou affirme d'elle-même, rien ne peut être affirmé ou nié que ce qui s'accorde avec la chose ; et, par suite, il ne peut y avoir de fausseté ; caria fausseté, avons-nous dit, consiste en ce que quelque chose est nié ou affirmé de la chose qui ne s'accorde pas avec elle, c'est-à-dire que la chose n'affirme pas ou ne nie pas d'elle-même. Mais j'estime qu'en étant seulement bien attentifs à ce que nous avons dit de la Vérité et de la Fausseté, nous verrons qu'il a déjà été suffisamment répondu à cette objection. Nous avons dit en effet que l'objet est cause de ce qui, vrai ou faux, est affirmé ou nié de lui ; la fausseté consistant, quand nous avons perçu quelque chose qui venait de l'objet, à nous imaginer (bien que nous n'en ayons perçu qu'une petite partie) que l'objet dans sa totalité affirme ou nie de lui ce que nous en avons perçu ; et cela a lieu surtout dans des âmes faibles qui, dès qu'elles ont subi une action légère de l'objet, donnent très aisément accueil à un mode ou une Idée, en dehors de quoi il n'y a plus en elles ni affirmation ni négation,
(8) On pourrait enfin nous objecter encore qu'il y a beaucoup de choses que nous voulons et ne voulons pas, comme, par exemple, affirmer ou ne pas affirmer quelque chose d'une chose, dire la vérité et ne pas la dire, etc. Cela vient de ce qu'on ne distingue pas assez le Désir de la Volonté; car la Volonté, pour ceux qui admettent la Volonté, est seulement l'œuvre