‹ Œuvres de SpinozaChapitre 80 sur 204 · DE NOTRE FÉLICITÉ · texte numérisé non relu

DE NOTRE FÉLICITÉ

[i) Après avoir vu la multiple utilité de la Croyance Droite, nous nous efforcerons de remplir la promesse faite antérieurement ; à savoir de rechercher si, par la connaissance que nous avons acquise de ce qui est bon, de ce qui est mauvais, de ce qu'est la vérité et la fausseté et de ce qu"est d'une manière générale l'utilité de tout cela, si parla, dis-je, nous pouvons parvenir à notre santé, c'est-à-dire à l'Amour de Dieu, en quoi consiste, comme nous l'avons observé, notre souveraine félicité ; et aussi de quelle façon nous pouvons nous délivrer des passions que nous avons reconnues mauvaises.

(2) Et, pour traiter d'abord ce dernier point, la délivrance de nos passions \ étant supposé qu'elles n'ont

l. Toutes ces passions qui comballeat la droite raison, comme il a été démontré précédemment, naissent de lOpinion et tout ce qui dans les passions est bon ou mauvais, la Croj'ance Droite nous le montre. Mais ni ces deux modes joints, ni l'un d'eux pris à part ne peuvent nous en délivrer.

Ce n'est que le troisième mode, c'est-à-dire la connaissance vraie qui peut nous en délivrer ; sans cette connaissance il est

° Le contenu du chapitre répond fort peu au titre, il va être question de l'union de l'Ame et du corps; il est fort jirobable que le titre de notre félicilf-, s'applique à toute la dernière jiartie du Traité, chap. XIX-XXVI.

pas d'autres causes que celles que nous avons admises, je dis que, si nous faisons seulement un bon usage de notre entendement, comme nous le pouvons très facilement"^, étant en possession d'une mesure de la vérité et de la fausseté, nous ne tomberons jamais dans les passions.

(3) Que ces passions n'ont pas d'autres causes, c'est ce que nous avons à démontrer. Pour cela il faut, à ce qu'il me semble, que nous nous étudiions tout entiers, tant quant au corps que quant à l'esprit.

Et i° nous avons à montrer qu'il y a dans la Nature un corps par la conformation et les effets duquel nous sommes affectés, en quoi faisant, nous percevons ce corps. Nous le faisons voir parce que, si nous arrivons à connaître les effets du corps et ce qu'ils peuvent produire, nous découvrirons aussi la première et principale cause de toutes ces passions, et en même temps ce par quoi elle peuvent être détruites; par là, nous pourrons voir aussi s'il est possible d'y parvenir par la Raison. Après quoi nous parlerons de notre Amour de Dieu.

(4) Il ne peut nous être difficile de démontrer qu'il

impossible que nous en soyons jamais affranchis, comme nous le montrerons par la suite. Ne serait-ce point là ce dont dautres, se servant d'autres mots, parlent et écrivent tant? Qui ne voit combien justement par l'opinion nous pouvons entendre le péché, par la Croyance la loi qui nous montre le péché, et par la connaissancevraie la gnlce qui nous délivre du péché*.

2. Entendez : si nous avons une connaissance approfondie du bien et du mal, de la vérité et de la fausseté; car il est alors impossible d'ôtrc sujet à ce d'où naissent les passions : en effet si nous connaissons le meilleur et en jouissons, le pire n'a aucun pouvoir sur nous.

* D'après une indication du manuscrit .\, la véritable place de cette note est au commencement du chapitre XXII.

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existe un corps dans la Nature, puisque nous savons déjà que Dieu est, et ce qu'il est, l'ayant défini un être ayant des attributs infinis, dont chacun est infini et parfait; et, considérant que l'étendue est un attribut que nous avons montré qui est infini en son genre, elle doit être aussi nécessairement un attribut de l'être infini; et, comme nous avons déjà démontré de même que cet être infini est réel, il s'ensuit que cet attribut est aussi réel.

(5) En outre, après avoir montré qu'en dehors de la Nature qui est infinie, il n'y a plus et ne peut y avoir aucun être, il apparaît avec évidence que ces effets du corps, par lesquels nous percevons, ne peuvent venir que de l'étendue elle-même et nullement de quelque autre chose possédantl'étendue éminemment [coiavciQ le veulent quelques-uns); car, ainsi que nous l'avons précédemment montré dans notre premier chapitre °, une telle chose n'est pas.

(6) Il est à observer, en conséquence, que tous les effets, que nous voyons qui dépendent nécessairement de l'étendue, doivent être rapportés à cet attribut, ainsi le Mouvement et le Repos. Car, si le pouvoir de produire ces effets n'était pas dans la Nature, ils ne pourraient être en aucune façon, quand bien même il existerait dans la Nature beaucoup d'autres attributs. Car si une chose doit produire quelque effet, il faut qu'il y ait en elle quelque chose par quoi elle puisse plus qu'aucune autre le produire. Ce que nous disons de l'étendue, nous le disons aussi de la pensée et de tout ce qui est.

(7) 11 faut observer, en outre, que rien ne peut être

C'est plutùl la première partie qui est visée que le premier chapitre.

DEUXIÈME PARTIK 161

en nous, que nous n'ayons aussi la possibilité d'en avoir conscience ; de sorte que, si nous ne trouvons rien en nous que les effets de la chose pensante et ceux de l'étendue, nous pouvons aussi dire avec confiance qu'il n'existe rien de plus en nous.

f*our connaître donc clairement les effets de ces deux [attributs], nous les prendrons d'abord l'un et l'autre séparément puis tous deux ensemble, et nous ferons de même pour les effets tant de l'un que de l'autre.

(8) Si donc nous considérons l'étendue seule, nous ne percevrons en elle rien d'autre que du Mouvement et du Repos, desquels nous trouvons que sont formés tous les effets qui sortent d'elle ; et ces deux modes ^ sont tels dans le corps qu'aucune chose autre qu'eux-mêmes ne peut y apporter de changement; si, par exemple, une pierre gît immobile, il est impossible qu'elle soit mue par la force de la pensée ou de toute autre chose ; elle ne peut l'être que par le mouvement [B : de quelque autre objet] quand, par exemple, une autre pierre, ayant un mouvement plus grand que son repos, la met en mouvement. Et de même la pierre qui se meut ne peut arriver au repos que par quelque objet qui a un mouvement moindre. D'où il suit qu'aucun mode de penser ne peut produire mouvement ni repos dans le corps.

(9) Mais, d'après ce que nous percevons en nous, il peut bien arriver qu'an corps ayant un mouvement dirigé d'un côté vienne à se mouvoir vers im autre côté ; ainsi, quand j'étends le bras, je suis cause par là que les esprits animaux, qui avaient déjà leur mouvement, autre que celui-là, aient maintenant celui qui

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