‹ Œuvres de SpinozaChapitre 83 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

affectée par eux ; mais le corps n'agit pas ainsi en tant qu'il est un corps {car il deviendrait ainsi la cause pricipale des passions), mais en tant qu'il est un objet comme toutes les autres choses, lesquelles produiraient le même effet si elles se manifestaient à l'âme de la même façon.

(16) Je ne veux cependant pas dire par là que l'Amour, la Haine et la Tristesse qui naissent de la considération des choses immatérielles produisent les mêmes effets que ceux qui naissent de la considération des choses corporelles ; car les premiers, comme nous le montrerons ci-après, auront encore de tout autres effets, conformes à la nature de la chose par la perception de laquelle l'Amour, la Haine et la Tristesse, etc., sont éveillés dans l'âme qui considère les choses immatérielles.

(17) Pour revenir à ce qui a été dit précédemment, quand quelque autre chose se montrera à l'àme plus magnifique que le corps, le corps n'aura plus aucun pouvoir de produire ces effets comme il le fait

objets qui font que nous percevons, nous sommes affectés par l'un autrement [B : que par l'autre] suivant la proportion de mouvement et (le repos dont ils se composent*. Ceux par lesquels nous sommes mus de la façon la plus justement mesurée sont pour nous les plus tigréables. Et ainsi naissent toute sorte de sentiments, que nous percevons en nous qui sont fréquemment produits par des objets agissant sur notre corps, et que nous appelons des impulsions ; ainsi, quand on peut faire rire, égayer quelqu'un qui est dans la tristesse en le chatouillant, lui faisant boire du vin, etc., ce que l'àme perçoit bien mais ne produit pas; car, lorsqu'elle agit, les égaiements sont certes d'une tout autre sorte : ce n'est plus un corps qui agit sur un corps, mais l'àme intelligente use du corps comme d'un instrument et conséquemment, plus l'àme agit, plus parfait aussi est le sentiment.

* Je suis ici la leçon donnée par W. Meijer comme étant la leçon primilive de A. Elle est plus claire que celle de l'édition vaii Vloten et Land.

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maintenant. D'où suit non seulement que le corps n'est pas* la cause principale des passions, mais aussi que, si même il existait en nous, outre ce que nous avons observé, quelque autre chose pouvant produire en nous les passions dont nous parlons, cette autre chose ne pourrait cependant produire rien d'autre ou rien de plus dans l'àme que ce que fait le corps actuellement. Cette autre chose en effet ne pourrait être elle aussi qu'un objet qui serait entièrement différent de l'àme et qui par suite se montrerait à elle de telle façon et non autrement, ainsi que nous l'avons dit du corps.

(18) Nous pouvons donc conclure avec vérité qu'Amour, Haine, Tristesse et autres passions sont causées dans l'âme de diverses manières, et cela selon la nature de la connaissance qu'elle a, à chaque fois, des choses ; et par suite, si elle vient à connaître enfin l'être souverainement magnifique il sera impossible qu'aucune de ces passions produise en elle la moindre excitation.

* Je suis ici la leçon doiinôe par van Vl^ten et Land dans le texte, en faisant observer qu'elle nest conforme ni à Tun ui à l'autre des deux manuscrits et qu'il y a do plus en cet endroit dans A une annotation supprimée par l'éditeur (par ce qu'il jujie comme Sigwart qu'elle a été ajoutée après coup pour aider à comprendre un passage clair dans le texte primitif et rendu obscur i)ar une faute du traducteur).

I.ia leçon de A se traduirait ainsi : D'où suit non que Iv corps seul est la cause principale des passions, main, etc. .et la note contient l'explication suivante : Il ne faut pas tenir le corps seul pour cause principale des passions ; toult' autre substance venant d être, pourrait aussi les produire et ne produirait pas autre chose, ni quoi que ce soit de plus ; car elle ne pourrait de sa nature être plus différente {et c'est par suite de celte différence qu'il se produit un chanijement dans l'àme), que ne l'est cotte substance 'le corps qui est totalement différente [de l'àme].

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