CHAPITRE XX
COxNFIRMATION DU PRÉCÉDENT
(1 Au sujet de ce que nous (lisions dans le chapitre précédent, on pourrait soulever les difficultés suivantes :
/. Si le mouvement n'est pas la cause des passions, comment peut-il se faire qu'on chasse cependant la tristesse par certains moyens, comme on le fait souvent par le vin?
(2) Il faut répondre ici qu'on doit distinguer entre la perception de l'âme au moment même où elle perçoit le corps etlejugemeut parlequelelledécideaussitôts'il est bon ou mauvais pour elle '. Quand donc l'àme est dans une situation telle qu'il a été dit*, nous avons démontré auparavant qu'elle a médiatement le pouvoir de diriger où elle veut les esprits animaux, mais que cependant ce pouvoir peut lui être ravi, à savoir quand, pour d'autres causes, provenant du corps en général, la
1. C'est-à-dire entre le connaître pris en général et le connaître relatif au bien et au mal.
* Le manuscrit A place ici le mol médiate remplacé dans B par onmiddelijk (immédiatement).
Sigwart a accepté la correction et traduit immédiatement auparavant. Van Vloten et Land donnent de môme iwinierfirt/e. W. Meijer conserve le nii>l médiate en le transportant à la ligne suivante. Je euis son exemple.
mesure établie dans les esprits leur est enlevée et leur état modifié; quand Tâme perçoit cela, une tristesse naît en elle suivant le changement qu'éprouvent les esprits animaux; laquelle tristesse^ est causée par Tamour qu elle a du corps et son union avec lui.
Qu'il en soit bien ainsi, c'est ce qui se déduit aisément de ce qu'il peut être porté secours à cette tristesse des deux manières suivantes : ou bien : 1" par le rétablissement des esprits animaux dans leur état primitif, ou bien : 2° par la conviction due à de bonnes raisons qu'on n'a pas à s'inquiéter de ce corps ; la première sorte de soulagement est temporaire et sujette à rechute; la seconde est éternelle, constante et inaltérable.
2. La deuxième objection peut-être la suivante : (3) Puisque nous voyons que l'âme, bien que n'ayant rien de commun avec le corps, peut être cause cependant que les esprits animaux qui se mouvaient d'un certain côté, se meuvent maintenant d'un autre, pourquoi ne pourrait-elle faire aussi qu'un corps, immobile dans son ensemble, commençât à se mouvoir? Et de
2. La tristesse est produite dans Thomme par une opinion qu'il a que quelque chose de mauvais l'atteint, à savoir la perte de quelque bien. Lorsqu'il a une telle idée, elle produit cette conséquence que les esprits animaux se meuvent autour du cœur et avec l'aide d'autres parties le compriment et l'enserrent (c'est précisément le contraire dans la joie) ; l'âme perçoit à son tour cette co mpression et en est tourmentée. Que fait donc ici la médecine ou le vin? Ils font que par leur action les esprits animaux sont écartés du cœur et de la place est gagnée ; et quand l'a me perçoit cela, elle éprouve un soulagement consistant en ce que la représentation du mal est écartée par la proportion nouvelle de mouvement et de repos qu'établit le vin et une autre prend place où l'entendement trouve plus de satisfaction. Mais cela ne peut être un effet direct du vin sur l'àme; c'est seulement un eiffetdu vin sur les esprits animaux.