DE LA RAISON
(1 ) Nous avons à rechercher maintenant d'où vient que parfois, bien que voyant qu'une chose est bonne ou mauvaise, nous ne trouvons cependant en nous aucun pouvoir de faire le bien ou de renoncer au mal ; et parfois, au contraire [\e trouvons] bien.
(2) Nous pouvons concevoir cela aisément si nous sommes attentifs aux causes que nous avons indiquées des opinions^ elles-mêmes reconnues par nous causes de nos affections. Ces opinions, disions-nous, naissent ou bien par ouï-dire ou bienpar expérience. Comme d'autre part tout ce que nous éprouvons en nous-mêmes a plus de pouvoir sur nous que ce qui pénètre en nous du dehors, il s'ensuit que la Raison peut bien être cause de la destruction des opinions ' que nous avons par om-
1. Cela reviendra ici au même si nous employons le mot de opinions ou celui de passions, il est clair en effet que si nous ne pouvons vaincre par la Raison celles qui sont en nous par rexpérience c'est qu'elles ne sont aulre chose en nous qu'une jouissance ou une union immédiate avec quelque chose que nous tenons pour bon ; et. bien que la Raison nous montre ce qui est bon, elle ne nous en fait pas jouir. Or ce dont nous jouissons en nous-mêmes ne peut être vaincu par quelque chose dont nous ne jouissons pas, qui, au contraire, est hors de nous comme l'est re que montre la Raison. Pour le vaincre, il est besoin de quelque