‹ Œuvres de SpinozaChapitre 9 sur 204 · DATE PROBABLE DE SES DIFFERENTES PARTIES · texte numérisé non relu

DATE PROBABLE DE SES DIFFERENTES PARTIES

SA PLACE DANS l'œUVRE DE SPINOZA.

L'ouvrage connu sous le nom de Court Traité comprend, en réalité, quatre écrits différents :

1" Le texte même du traité en deux parties, dont la première a dix chapitres, la deuxième vingt-six, plus une préface.

20 Des notes placées tant en marge qu'au bas des pages et dont les unes contiennent d'utiles éclaircissements, des développements intéressants, écrits avec fermeté; tandis que d'autres sont d'inutiles redites, des indications surle contenu des paragraphes ou des gloses sans intérêt.

3° Deux dialofjues, placés à la suite du chapitre ii, partie I, qui interrompent le développement, répètent des choses déjà dites ou en supposent d'autres qui ne l'ont pas encore été, contiennent enfin quelques idées qui ne se retrouvent pas dans le Court Traité ei un raisonnement au moins dont Spinoza ne fait usage nulle part ailleurs.

4° Un appendice dont le style diffère de celui du traité ^ et qui est divisé en deux parties ; la première,

1. C'est (lu moins ce qu'affirme W. Meijer, et sa qualité de Hollandais le rend plus compétent à cet égard que les autres éditeurs ou interprètes de l'ouvrage.

qui traite de la substance, comprend sept axiomes et quatre propositions (plus un corollaire) suivies de leurs démonstrations ; cette forme géométrique est celle des Principes de la Philosophie de Descartes et annonce déjà V Ethique; la deuxième partie, dont le titre est de Vdme humaine, est simplement divisée en paragraphes. L'authenticité du texte même du traité n'a jamais été sérieusement contestée et ne paraît pas pouvoir l'être. Le témoignage de Rieuwertsz, transmis par Stolle, la note manuscrite de Monnikhoiî ne permettent pas de douter que les amis de Spinoza n'aient eu entre les mains un ouvrage antérieur à V Ethique et traitant des mêmes matières '. Le personnage à qui nous devons le manuscrit A, que ce soit Jarig Jelles ou un autre, est certainement un contemporain de Spinoza, très vraisemblablement un de ses plus proclies amis ; il est renseigné sur la provenance de l'ouvrage qu'il transcrit et ne doute pas qu'il ne soit de Spinoza. 11 y a entin entre la doctrine du Court Traité et celle de VEtkique assez de ressemblance pour qu'on n'hésite pas à les regarder comme deux expressions différentes,

1. Oa peut trouver sui-prenant que Spinoza, ni dans ses lettres, ni dans ses ouvratçes postérieurs, ne fasse jamais allusion ni ne renvoie au Court Traité. Dans le traité de la Héfvrme de l'Entendement, dont la composition semble avoir suivi de prés celle du Court Traité, il renvoie à diverses reprises à un ouvrage, qu'il appelle sa l'fiilosopkie, ouvrage non encore rédigé à ce moment et qui, en fait, ne la jamais été, au moins sous la forme où il avait d'abord été conçu. Or, quelques-unes au moins des choses qu'il se proposait d'exposer dans cette Philosophie, il les avait dites dans son Court Traité. 11 faut donc admettre que Spinoza considérait son premier ouvrage comme une ébauche trop imparfaite et, n'ayant aucunement l'idée de le publier, s'en était totalement désintéressé ; de là, sans doute, le triste état dans lequel cet écrit nous est parvenu.

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la dernière beaucoup plus mûre et plus achevée, de la même pensée. Il est certain seulement que le texte primitif de Spinoza a été remanié par ceux qui l'ont transcrit ; que divers passages ont été transposés, que d'autres se sont perdus, qu'enfin il y a au moins quelques phrases interpolées '.

L'authenticité du traité étant admise, celle de la plupart des notes, de toutes celles qui ont quelque importance, ne saurait guère faire de doute ^, car elles complètent utilement la pensée exposée dans le texte ; plusieurs d'entre elles sont d'ailleurs bien dans la manière de Spinoza et dignes de son génie. Il est à observer toutefois que ces notes ne sont pas exactement contemporaines du texte et nous savons d'ailleurs par l'exemple du Traite Théologico-PoJilique que Spinoza avait l'habitude d'annoter après coup ses propres écrits"'.

Les deux dialogues et spécialement le second ont paru suspects à certains critiques, notamment à Trendelenburg '•. Il ne paraît pas possible dans tous les cas de les considérer comme faisant corps avec le reste, et les

1. Voir particulièrciuent à oc sujet, les Éludes sur Spinoza {Spinoza Studien) de Freudenthal. dans Zeilschvifl fur Philosophie mm, Bd. 108, lOi)).

2. Trendelenburg Ueber die aufgefundenen Errflinzunf/en zu Spinoza' s Werken (mémoire lu ù l'Académie de Berlin et publié par l'auteur dans ses Historische Beitn'ige zur Pliilosophie, Berlin, iSeï), conteste l'authenticité des notes.

Sigwart a bien montré dans les I'rolëf/o7nènes de son édition (pp. XLiv et suiv.) que les arguments de Trendelenburg ne s'appliquent justement qu'à une partie des notes et à la moindre.

3. Quelques-unes des notes, bien qu'étant de Spinoza, ont fort bien pu ne pas se rapporter primitivement nu Court Traité, et y être jointes après coup par quelque disciple. Cela paraît même certain pour lune d'elles, la note 3 du chapitre xx, partie II.

critiques allemands qui accordent le plus d'importance aux dialogues, Sigwart, Avenarius', Busse-, sont d'accord pour reconnaître qu'ils ont été composés à un autre moment, antérieurement au traité selon eux, et y ont été joints par la suite ^.

Quant à l'appendice enfin, en dépit du titre qu'il a reçu, on ne peut guère y voir une addition au traité; on y trouve plutôt les premiers linéaments d'un autre ouvrage exposant des idées semblables suivant un plan différent. W. Meijer fait au sujet du style de cet appendice une observation dont il est difficile d'apprécier la justesse : ce style serait d'après lui plus malaisé que celui du traité, d'où il conclut que ce morceau a bien pu être écrit par Spinoza lui-même dans l'idiome où nous le possédons '.

Concernant la date de la composition, il ne paraît guère douteux que le Court Traite doive être considéré comme un ouvrage de jeunesse et même comme plus ancien que tous les autres écrits de Spinoza"'. Certains critiques, Avenarius en particulier dans son

i. Uelier die lieiden ersten Phasen des spinozislischen Pantheisiiius (Leipzig. 1868).

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