‹ Œuvres de SpinozaChapitre 94 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

humaines pour cette raison que si, en tout ce que les hommes décrètent, ils ont en vue leur bien-être, il ne s'ensuit pas que la Nature entière doive aussi s'en bien trouver, mais au contraire, elles peuvent tendre à la destruction de beaucoup d'autres choses.

(6) Quand les lois de la Nature sont plus puissantes, les lois des hommes sont détruites ".

Les lois divines n'ont, en dehors d'elles-mêmes, au-cune fin, en vue de laquelle elles existent; elles ne sont pas subordonnées; il n'en est pas ainsi des humaines. Bien que, en elTet, les hommes fassent des lois pour leur propre bien-être et n'aient en vue aucune autre fin que d'améliorer par ce moyen leur propre condition, cette fin qu'ils se proposent (étant subordonnée à d'autres fins qu'a en vue un être supérieur aux hommes et qui les laisse agir d'une certaine façon en tant que parties de la Nature) peut cependant bien faire aussi que leurs lois concourent avec les lois éternelles établies par Dieu de toute éternité et aident, avec tout le reste, à produire l'œuvre totale. Bien que les abeilles n'aient, par exemple, d'autre fin, dans tout leur travail et par le ferme maintien de l'ordre établi parmi elles, que de s'assurer une provision pour l'hiver, l'homme qui leur est supérieur se propose, en les soignant et les entretenant, ime tout autre fin, qui est de se procurer du miel pour luimême. De même l'homme, eu qualité d'être particulier, n'a pas de but plus éloigné que ce que peut atteindre son essence limitée ; mais, eu égard à ce qu'il est une

• Celte plirase scniblo être la contre-partie de la précédente, peut-étredevrait-on lire : quand il en e*t ainsi (qnand les loiâ humaines sont en désaccord avec les lois de la nature), let lois de la nature étant plus puistante*, celle» de» homme» sont détruites.

184 COURT THAITE

partie et un instrument de la nature entière, cette fin de l'homme ne peut être la fin dernière de la nature, puisqu'elle est infinie et emploie l'homme de même que tout le reste comme son instrument.

(7) Après avoir jusqu'ici traité des lois données par Dieu, il est à observer maintenant que l'homme perçoit en lui-même une double loi; celui du moins qui use bien de son entendement et parvient à la connaissance de Dieu; et ces lois ont pour cause l'une la communauté qu'il a avec Dieu, et l'autre la communauté qu'il a avec les modes de la Nature.

(8) La première de ces lois est nécessaire, mais non la seconde; car, pour ce qui touche la loi qui naît de la communauté avec Dieu, puisqu'il doit être toujours et sans relâche nécessairement uni à Dieu, il a toujours et doit toujours avoir devant les yeux les lois selon lesquelles il doit vivre pour Dieu et avec lui. Pour ce qui touche, par contre, la loi qui naît de sa communauté avec les modes, en tant qu'il peut se séparer des liommes, elle n'est pas aussi nécessaire.

(9) Puis donc que nous établissons une telle communauté entre Dieu et l'homme, on pourrait demander avec raison comment Dieu se fait connaître aux hommes? et si une telle chose a lieu ou peut avoir lieu par des paroles ? ou s'il se fait connaître immédiatement par lui-même sans employer aucune autre chose par laquelle il le ferait?

(10) A quoi nous répondons : en aucun cas par des mots; car, si cela était, il faudrait que l'homme eût connu la signification de ces mots avant qu'ils fussent prononcés. Par exemple, si Dieu avait dit aux Israélites : Je suis Jéhovah voire Dieu, il aurait fallu qu'auparavant déjà, sans ces paroles, ils eussent su que Dieu

Page 1