‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 15 sur 62 · L.a Justification de l'homme par la fol · texte numérisé non relu

L.a Justification de l'homme par la fol

Sicut credisti, fiai tihi. Et sanatus est puer in illâ horâ.

Qu'il vous soit fait comme vous avez cru. Et le serviteur fut guéri à cette heure même. (S. ^Iatth., viii, 13).

LePsahniste faisait cette demande : « Enseignez-moi la voie de » vos justifications ;i). » Rien n'est plus admirable que rilliimination de l'esprit par le Seigneur, que ce mystérieux murmure qu'il fait entendre aux oreilles du cœur et dont parlait Job, disant: « Une parole secrète m'a été dite >2). » — Prendre pour exemple une mère enseignant son fils à faire les premiers pas ; c'est de la sorte que l'Esprit-Saint nous aide ; il laisse un instant le pécheur à lui-même, et, dès qu'il tombe, il le reçoit sur son sein.

Mais examinons ces paroles : « Enseignez-moi la voie devosjus- » tifications, » pour bien connaître en quoi consistent la justification elle-même et le salut de notre àme. Il y en a en effet qui . pi'ésumant outre mesure de la miséricorde de Dieu, ne font aucune attention aux œuvres ; d'autres, au contraire, oubliant la grâce de Dieu, exaltent leurs œuvres outre mesure. — Grande et exacte est la doctrine qui dirige l'intention et rectifie la règle de nos opérations. Si le navire s'égare à trois lieues même de sa route, ce n'est pas un grand mal ; mais que le gouvernail soit un instant abandonné au caprice des flots, vous courez un grand danger. De la même manière il est nécessaire de régler l'intention de l'âme; car,

(l)Ps. cxviii, 27. - (2) Job, IV, 12.

« si le sel perd sa force, avec quoi salera-t-on (1)? » Et « si la » lumière qui est en vous est ténèbres, combien grandes seront les » ténèbres elles-mêmes 'î] ? »

Il est donc extrêmement utile de montrer à l'homme le solide fondement sur lequel il pourra édifier, de peur que, suivant la parole de l'Evangile, la maison ne s'écroule sous les efforts des vents déchaînés et des flots débordés. Voilà ce que nous voulons montrer aujourd'hui ; nous voulons poser comme un but de direction pour les flèches de notre cœur, c'est-à-dire pour nos affections et nos désirs.

Première question. Etudions, comme le fait longuement l'apôtre saint Paul dans son Epître aux "Romains, en quoi consiste la justification de Ihomme. Voici la première réponse : Elle ne consiste ni dans les œuvres de la loi ancienne, ni dans les sacrifices. Nous savons en effet que ces sacrifices ne furent pas donnés au peuple juif pour sa justification : ils n'étaient qu'une servitude, qu'un exercice. Le Seigneur, voyant combien ce peuple était porté à l'idolâtrie et connaissant d'un autre côté son obstination, ne voulut pas les lui défendre entièrement : il voulut qu'on lui offrit à lui-même ce qu'on aurait offert aux idoles, non pas que cette offrande lui fut agréable, mais par condescendance pour la faiblesse et pour l'imperfection de ce peuple : « Je leur ai donné des préceptes im- » parfaits ,'3\ »

Cependant, pour que ces sacrifices ne fussent pas entièrement vains, il y attacha une signification mystique relative au salut véritable par Jésus-Christ, en sorte qu'ils étaient tous la figure du grand et véritable sacrifice qui devait être offert pour le salut du genre humain. En raison de ce but, de cette signification qui en faisait des figures de notre foi, des témoignages du véritable salut, ces sacrifices étaient agréables à Dieu ; néanmoins, je le répète, ils ne justifiaient point par eux-mêmes, par une vertu intrinsèque; ils n'étaient pas la racine du salut : ils ne justifiaient qu'en vertu de leur signification. Semblables à l'épouse qui attache un grand prix à l'anneau de son époux, non à cause de sa valeur, mais à cause de

(l) S. Matlh., V. 13. - (2) S. Matth.. vi, 23. — (3)Ezéch,, xx, 2o.

APRÈS l'Epiphanie 87

sa signification, ainsi ces sacrifices n'avaient pas de valeur par eux-mêmes devant Dieu, ils n'en avaient qu'à cause du mystère dont ils étaient la figure.

Les Juifs ne connaissaient pas ce sens divin de leurs sacrifices et ils mettaient en eux leur espérance. 0 juif insensé ! Ton salut te viendra-t-il des animaux? « Est-ce que Dieu se soucie des bœufs (1)? » « 11 est impossible que le sang des boucs et des tau- » reaux efface les péchés (2). » Cette erreur pourtant s'était tellement accréditée que plusieurs chrétiens prétendaient qu'il fallait, sous l'Evangile, conserver les, observances légales. Une discussion s'étant élevée là-dessus, Paul et Barnabe furent envoyés par l'Eglise des Gentils pour consulter les apôtres ; un conseil se tînt et l'on décida qu'on ne devait plus les conserver.

Voici entre autres trois raisons que donne saint Paul pour rejeter la loi. Premièrement : « La loi ne domine sur l'homme qu'autant » de temps qu'il vit (3). » Or, « je suis crucifié avec Jésus- » Christ (4}, » j'ai été enseveli avec lui. afin que désormais je vive en lui. Je ne suis donc plus tenu à la loi. Secondement, un homme soumis à la puissance d'autrui ne peut disposer de soi. Or, j'appartiens tout entier à Jésus-Christ, car il m'a racheté tout entier, au prix de son être tout entier, et maintenant il me revendique comme sa possession. Je ne puis donc m'engager au service d'un autre, pour observer la loi. Vous dites que Jésus-Christ seul ne me suftit pas pour me sauver ; mais « si vous recevez la circoncision, » le Christ ne vous sert plus à rien 5; : » par conséquent , j'espère me sauver avec lui seul.

Troisièmement, le législateur n'est pas tenu à la loi : «Or je vis, « ou plutôt ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en » moi (6). » C'est son Esprit qui du fond de mon être me gouverne ; c'est lui qui dirige mes actes, mes sentiments, mes affections ; c'est lui qui dispose tous mes mouvements et toutes les opérations de ma vie. Il dit : va, et je vais; viens, et je viens, fais cela, et je le fais. Comment donc le législateur serait-il en moi soumis à la loi ? Lors-

(1) I Cor., IX, 9. — (2) Hébr., x, 4. - (3) Rom., vu, 1. — (4) Gai., ii, 19. - (5; Gai., v, 2. - (6) Gai., ii. 20.

que, petit enfant encore, j'étais sous les enseignements légaux comme sous un précepteur, alors « javais la sagesse d'un petit en- » faut (1} )) et j'étais plein de vénération pour les sacrements de la loi. « Mais lorsqu'il eût plu à Dieu qui m'a choisi dès le sein de ma » mère et qui m'a appelé par sa grâce, de me faire connaître son » Fils, afin de l'annoncer parmi les nations, etc. 'X. » Quand il lui eût plu de me montrer les richesses de sa bonté, de me révéler le profond et mystérieux conseil de son cœur, me déclarant qu'il avait résolu de se réconcilier le monde, de se le rendre agréable par son Fils bien-aimé qu'il a envoya, « afin que quiconque s'at- » tache à Lui ne périsse pas. mais qu'il ait la vie éternelle (3); » alors, dis-je, « ayant trouvé la pierre précieuse, je m'en suis allé, » j'ai vendu tout ce que j'avais pour l'acheter '4;. » « Je regarde » tout comme une perte, je le considère comme du fumier '5). » C'est une perte à mes yeux que les sacrements de la loi, qu'autrefois je vénérais à genoux : et toutes ces cérémonies si diverses et si viles ne sont plus pour moi que du fumier, je les méprise. « J'ai » trouvé celui qu'aime mon âme : je le tiens et je ne le laisserai » point aller ;6\ »

Seconde question. Mais si le salut n'est pas dans les sacrifices de la loi. est-il dans nos œuvres? — Réponse. Non, l'homme n'est pas justifié par ses œuvres, comme si elles lui donnaient un droit positif, physique, ainsi que le pensait Pelage. Dieu est juste, disait-il. il a donné à l'homme le libre arbitre, suivant ces paroles de l'Ecclésiastique : « Dès le commencement Dieu créa Ihomme » et le laissa dans la main de son propre conseil : il lui donna ses » commandements et ses préceptes. Si tu veux garder ces com- » mandements ils te conserveront. Il a mis devant toi l'eau et le » feu ; étends la main vers ce que tu voudras. Devant l'homme sont « la vie et la mort, le bien et le mal ; ce qui lui plaira lui sera » donné (7). » Donc, concluait Pelage, l'homme doit être jugé d'après ses œuvres. C'était encore là, à mon avis, tout le sujet de la

(1) I Cor., xm, 11. - (2) Gai , f, 15. — (.3) S. Jean, m, 16. — (4) S. Matih., xiu, 46. - (5) Philip., m. 8. — (6) Gant., m, 4. - (7) Eccli., XV, 14.

APRÈS l'épiphame 89

controverse, le nœud principal de la discussion entre Job et ses amis. Ceux-ci disaient : « Dieu peut-il être injuste? Le Tout-Puis- » sant peut-il violer l'équité? Il rend à Ihomme selon ses œuvres ; » il le traite selon ses voies (1~ ? » Ils disaient encore : « L'innocent » sera sauvé par la pureté de ses mains (2). »

Sans doute il y a du vrai dans ces paroles ; mais, quand ils placent le principe du salut dans la liberté de l'homme, ils s'écartent beaucoup de la vérité ; en exagérant ainsi le mérite des œuvres, ils diminuent l'importance de la grâce ; car si le salut vient des œuvres, il ne vient pas de la grâce. Et alors qu'arrive-t-il, sinon ce qu'avait prédit l'Apôtre : « Ne connaissant pas la justice de » Dieu, et s'efforçant d'établir leur propre justice, ils ne se sont » point soumis à la justice de Dieu (3). » Car si vos œuvres vous sauvent, que devient la grâce ? que devient la miséricorde ? « La » récompense donnée à quelqu'un pour ses œuvres ne lui est pas » imputée comme une grâce, mais comme une dette (4). » Vous faites injure au Dieu qui sauve, quand vous dites : « Notre main » puissante et non le Seigneur a fait toutes ces choses (5). » Pourquoi donc le Christ est-il mort? Que dit l'Ecriture? « Tous se sont » égarés, ils sont tous devenus inutiles, il n'en est pas un qui fasse « le bien, pas un seul (6^ »

«Tous sont devenus inutiles , » pourquoi ? Parce que le premier homme par son péché a annihilé toutes les œuvres de l'homme et tout le bien qui est en lui ; car peut-on trouver agréable le service d'un ennemi ? Or « tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu (7). n lis ont été jusiiliés par sa grâce, sans aucun mérite de leur » part (8), » alin que personne ne se glorifie et que nulle chair ne s'enorgueillisse contre le Seigneur, mais qu'elle demeure soumise à Dieu, en reconnaissant sa vanité, en voyant qu'elle a été sauvée non par ses propres mérites, mais par un pur don. L'homme doit donc se reconnaître débiteur d'une si grande grâce.

Mais qui, je vous le demande, peut se glorifier de ses œuvres?

(1) Job., xxxiv, 10. — (2) Job,xxii, 30. — (3) Rom., x, 3. — (4) Rom., IV, 4. — (5) Dent., xxxii, 27. — (6) Ps. xiii, 4. - (7) Rora., ui, 23. — (8) Rom., m, 24.

Les œuvres qui nous paraissent bonnes sont parfois inutiles ou coupables ; d'ailleurs si elles sont bonnes, elles ne nous appartiennent pas ; et quand même elles nous appartiendraient, nous les devons.

Par conséquent nos œuvres sont premièrement imparfaites. Rassemblez en effet dans un seul homme toutes les perfections humaines, cet homme ne pourra apparaître au tiibunal de Dieu ; car « en votre présence nul vivant ne sera justifié (1). » Malheur â la vie. quelque louable qu'elle soit, disait saint Grégoire '2), si, pour la juger, on en écarte Tesprit de piété ! — Job : a L'homme aura beau » parler, il sera englouti [3'^. » « Quand je me laverais dans l'eau ^> de neige et que la pureté de mes mains éclaterait, vous me pion-. » gênez dans un marais fangeux i' . » — Prendre pour exemple la plainte de Magdeleine où l'on trouve le reproche d'en avoir cru ses yeux plutôt que l'oracle du Sauveur. — Que pouvons-nous dire, sinon cette parole du Seigneur : « Seigneur, je me souviendrai de » votre seule justice o] ? » « Car toute notre justice est comme un » linge souillé X\ »

Secondement, les œuvres, si elles sont bonnes et parfaites, appartiennent à Celui auquel nous devons les rapporter. Or, Dieu en est le premier principe, le principe particulier. « Tout don parfait » vient d'en haut '7 • » L'Apôtre nous dit : « Qu'avez-vous que » vous n'ayez reçu ? Mais si vous l'avez reçu, pourquoi vous glori- » fier, comme si vous n'aviez rien reçu '8)? »

Troisièmement, si elles nous appartenaient, nous les devons et nous les devons à plusieurs titres. Vousles devez d'abord, parce que, suivant la parole de saint Augustin, vous vous devez tout entier à celui qui vous a fait, comme le vase façonné par le potier est légitimement à son usage '9). Donc vous vous devez à Dieu par titre de création : vous vous devez encore à lui par titre de Rédemption. Quels que soient vos travaux, Jésus-Christ en a supporté davantage

(1) Ps. cxDi, 2. - (2) .S. Grég. Mor., liv. 29, cliap. 18, n° 34. — (3) Job, XXXVII, 20. — (4) Job, ix, 30. — (5) Ps. lxx, J6. - (6) Isaïe, Lxiv, G. — (■?) S. Jacq,, i, 17. — (8) I Cor., iv, 7- — (9) S. Aug., Lelt.

127, nMj.

APRÈS LÉPIPHANIE 91

pour vous; quoi que vous lui donniez, vous serez toujours son débiteur.

Vos œuvres sont donc imparfaites, elles ne vous appartiennent pas, elles sont dues ; après cela quel sujet de gloire pouvez-vous en tirer? Par conséquent, notre justice ne consiste pas dans nos œuvres en elles-mêmes. « Où est donc, w ô Juda, « ta glorification ? » Elle est détruite. Et par quelle loi? Est-ce par la loi desœuvres? » Non, mais par la loi de la foi (r ; w puique la confession de la foi « est devenue, ô Juda, la sanctification (2) » du pécheur ; ce n'est donc ni tes sacrifices, ni ses œuvres. Par conséquent, etc.

Troisième question. L'homme est justifié par la foi en Jésus- Christ ; car Dieu l'a établi comme une victime depropitiation, afin de se réconcilier le monde par Celui en qui il nous avait lui-même rendus agréables à ses propres yeux, dès avant la constitution du monde. — « Afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point » mais qu'il ait la vie éternelle (3). » — Isaie : « Je t'ai préparé » comme la lumière des nations et le salut des extrémités de la » terre (4), » parce que « personne ne monte au ciel, excepté Celui » qui est descendu du ciel (5), » le Christ Jésus. Tout homme qui veut monter au Ciel doit s'incorporer au Christ par la foi, afin d'accomplir cette parole du Psahiiiste : « Dans uue terre déserte, sans » chemin et sans eau. je me suis présenté à vous, uni avec le » Saint ,'G\ » Que personne n'ait la présomption de se présenter seul au tribunal de Dieu ; qu'il s'y présente uni au Saint ; avec lui, incorporé à lui, quoique dans une terre déserte, sans chemin et sans eau, il peut se présenter en toute sûreté ; rien n'est plus juste qu'il paraisse, qu'il se présente uni à lui sous les yeux de Dieu le Père; prédestinés en lui, créés en lui, c'est donc en lui qu'ils seront sauvés ; comme il est le principe de notre être, il sera le principe de notre salut ; car nous ne pouvons puiser le principe de la vie que dans le principe même de notre être.

L'Apôtre prouve cette vérité par un grand nombre de témoignages. « Le juste, dit-il, vit de la foi 7;. » « Abraham crut à

(1) Rom., 111, 27. — (2) Ps. cxiii, 2. — (3) S. Jean, in, 16. — (4) Isaïe, xLix, 0. — (5) S. Jean, in, 13. — (6) Ps. lxii, 3. — [') Rora., j, 17.

» la parole de Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice 'r. » « Tout » homme qui croit en lui ne sera pas confondu '2). » Eu croyant » de cœur, on obtient la justice '3 . » Et bien d'autres encore.

D'iinautre côté. Tapôtre saint Jacques semble entièrement opposé à cet enseignement: « Sans les œuvres. dit-il. la foi est morte ;;4,. » « Les démons croient, et ils tremblent 'b,. » Il prend même l'exemple d'Abraham et dit : « Abraham n'a-t-il pas été justifié par n ses œuvres, en offrant Isaac (6). » Saint Paul disait : « Si » Abraham a été justifié par ses œuvres, il en a de la gloire, mais » non pas devant Dieu 7^ . » Voyez-vous comme ces deux apôtres semblent en désaccord ?

Mais non : il ny a point de désaccord entre eux ; il y a au contraire un accord parfait. Car saint Paul dit : « Lors même que » j'aurais toute la foi. jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai » pas la charité, je ne suis rien 8 . » II parle encore de « la cha- » rite qui opère par la foi ^9,. » Ainsi saint Paul n'exclut pas les œuvres et saint Jacques n'exclut pas la foi. Car ce dernier ajoute aux paroles déjà citées ces autres bien claires : « La foi est unie aux » œuvres ^10. » Quand saint Paul dit qu'Abraham n'a pas été justifié par ses œuvres, il entend les œuvres prises en elles-mêmes. Quand saint Jacques dit qu'Abraham a été justifié par ses œuvres, il entend les œuvres formées par la foi. Que faut-il donc croire? que faut-il en dernière analyse penser du salut?

Quatrième question. Jésus-Christ est le salut du genre humain; par sou union avec Jésus-Christ l'homme a la vie. La première union est l'union parla foi, et la charité, dit saint Bernard IL, est le complément du salut. C'est donc en Jesus-Christ que tout homme est justiiié par la foi opérant par la cbarité. Aussi la parole du -prophète est très-juste : « La confession de la foi, ô Judée, est de- » venue sa sanctilication 12^. »

La foi est donc la forme de l'espérance, en sorte que vous devez

(1) P.om., IV, 3. — (-2; Rom., ix, .33. - (-3} RoiTi., x, 10. — (4) S. Jacq , 11, 26. - (5) IJ. 19. — (6) Id. 21. — (7) Rora., iv, 2. — (8; I Cor., xm, 2. — (9) Galat., v, G. — (10) S. Jacq., ii. 22. — (U) S. Bern. serm. 2 pour le temps pascal, n" l. — (12) Ps. m. 27.

APRÈS LÉPIPHANIE 93

opérer des œuvres et vous confier non en elles mais en Dieu. — L'Apôtre : « Tout ce que je sais, c'est qu'il faut oublier ce qui est » derrière moi (\). » Il dit encore : « Heureux l'homme qui ne » met pas son jugement dans les œuvres que sa conscience ap- » prouve ;2) ! » Et le Psalmiste : « Offrez un sacrifice de justice et » espérez dans le Seigneur (3). » Si vous espériez sans offrir de sacrifice, peut-être votre espérance serait vaine; mais il est certain que, si vous espériez dans le sacrifice, votre espérance serait orgueilleuse et insensée. Offrez donc par la pénitence un sacrifice de justice, et mettez votre espérance non dans le sacrifice mais dans le Seigneur. Heureux l'homme à qui Dieu fait la grâce d'opérer de bonnes œuvres et de ne pas se confier en elles, mais de se glorifier en Jésus-Christ, comme l'Apôtre qui disait : « Pour moi, à Dieu ne » plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ (4) ! » En écrivant aux Corinthiens, il s'est glorifié de ses œuvres, mais qu'ajoute-t-il? « Je suis devenu » insensé, vous m'y avez forcé (5), «

Le laboureur sera un très-bon exemple de cette vérité. Supposez qu'il espère du fruit sans jeter de semence, son espérance est vaine et ridicule ; supposez encore qu'après avoir jeté la semence, il ne compte ni sur Dieu, ni sur la pluie et le soleil, mais qu'il attende le fruit de la seule semence, son espérance est insensée. Il faut donc qu'il jette la semence et qu'il attende le fruit, non pas de la semence elle-même mais de Dieu qui la fécondera ; un grain mort et corrompu ne saurait se féconder, se vivifier et se multiplier ; c'est « Dieu qui lui donne l'accroissement ; » c'est Dieu qui par la pluie et par la chaleur du soleil, le féconde et le multipUe (6).

Nous devons donc attacher notre espérance à Dieu seul qui par sa grâce vivifie nos œuvres mortes par elles-mêmes, qui les ennoblit et les rend dignes des cieux. La substance de l'or lui-même n'aurait pas sans son éclat extérieur plus de valeur que le fer ; ainsi nos œuvres sans la grâce ; la valeur de l'or, c'est son éclat ;

(I) Philip., m, 13. — (2^ Rom., xiv, 22. — (3) Ps. iv, G. - (4) Galat., VI, 14. — (5) Il Cor., XII, 11. — (6) II Cor., in, 7.

94 QUATRIÈME DIMA.NCHE

enlevez- lui cet éclat, vous lui enlevez toute sa valeur. La valeur d'une œuvre est la grâce de Dieu ; ôtez la grâce, il ne reste de votre œuvre rien ou peu de chose : car la vie de l'œuvre est la charité et sans la charité l'œuvre est morte.

Méprisons donc notre propre justice et magnifions la justice de Dieu ; plus vous retirerez de votre mérite personnel, plus vous accorderez à la grâce ; et plus, dans votre défiance de vous-mêmes, vous vous appuierez sur Dieu, plus vous serez en sûreté. Opérons par la charité, qu'ensuite l'humilité nous fasse oublier ces œuvres, et Dieu s'en souviendra. 11 vaut mieux dire avec le publicain : « Mon Dieu soyez-moi propice, à moi pécheur 'r, » et vous confier comme lui en la clémence de Dieu seul, que de vous vanter insolemment, comme le pharisien, de vos jeûnes ou de vos autres bonnes œuvres. Par conséquent, j'ai dit vrai : Heureux l'homme à qui Dieu fait la grâce de ne mettre qu'en lui toute son espérance ! c^ 11 ne sera pas confondu, lorsqu'il parlera à ses ennemis sur les » portes de la mort (2). » « Heureux l'homme dont le nom du Sei- » gneur est toute l'espérance et qui n'a pas abaissé ses regards sur » les vanités et sur les folies mensongères ^3^ ! »

QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS L EPIPHANIE

Page 1