I.e eceui* du péelieur- est une mer* oi'ageuee
Motus marjnus factus est in mari.
Une grande lernpèle s'éleva sur la mer. (S. Matth., VIII, 24).
Le cœur du pécheur est une mer, suivant ces paroles du prophète : « Le cœur del'impie est comme une mer en courroux (4). » Et il fut dit à Jérémie. « Que vois-tu, ô prophète? Je vois un vase
(1) S. Luc, xviii, 13. — (2) Ps. cxxvi, 5. — (3) Ps. xxxix, 4. — (4) Isaïe, LU, 20.
APRÈS l' EPIPHANIE 9
» embrasé, etc. (1}. » L'avare n'est-il pasune mer? Le libertin et l'ambitieux ne sont-ils pas une mer ? Qui pourra retenir dans l'enceinte de leur cœur les ondes bouillonnantes de leurs désirs? Le Seigneur demandait à Job : «« Qui a renfermé la mer dans ses digues, » quand elle rompait ses liens comme Tenfant qui sort du sein de » sa mère? Je l'ai entourée de limites, je lui ai opposé des portes et » des barrières et j'ai dit : Tu viendras jusque là et tu niras pas » plus loin; ici tu briseras tes flots orgueilleux (2). » Que personne ne se croie assez fort pour mettre un frein à la violence des désirs.
« Comme du sein de sa mère... » C'est-à-dire comme de leur source. La source d'où s'échappent tous ces désirs est le foyer du péché; c'est la faute originelle, c'est le souffle du serpent qui a vicié notre nature. — « Je l'ai entourée de limites, » c'est-à-dire de mes commandements. Oh ! qu'elles sont resserrées les limites de la colère! « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous » ne tuerez pas, etc. Et moi je vous dis. Celai qui s'irrite contre » son frère etc. [T. » Oh 1 qu'elles sont étroites les limites du libertinage ! « Celui qui regardera une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère dans son cœur ^4\ »
Mais il ne servirait à rien d'assigner des limites, si Dieu ne posait en même temps des barrières intérieures. Sans elles la violence des flots, à cause de rinfirmité humaine, dépasserait bientôt les limites assignées par les préceptes. Voilà pourquoi nous trouvons à la suite ces paroles : « J'ai opposé des portes et des verrous. »
Les portes sont la crainte et la pudeur inhérentes à notre nature. Quelles grandes vagues n'onl-elles pas empêchées de s'élancer au dehors 1 Que de péchés n'ont pas été commis soit à cause de la crainte, soit a cause de la honte! Saint Bernard 5 : Le Seigneur referma derrière eux la mer Rouge, pour les empêcher de revenir en Egypte. Combien cette mer Rouge, ia barrière de la honte, n'en a-t-elle pas empêches de revenir en Egypte !
Mais les portes seraient faibles peut-être sans le verrou. Quel
(1) Jérémie, i, 13. — {2j Job, xxxviu, 8. — (3) S. Mattb., v, 21. — (4) S. Matth., V, 27. — (ô) S. Bern. serjn. 3, sur le ps. 90, n° dernier.
est ce verrou, sinon la charité (1^ que l'Apôtre appelle le «lien de la » perfection {%) ? » Oh 1 si famour de Dieu n'arrête pas le pécheur dans ses iniquités, s'il ne recule pas devant la crainte de faire de la peine à son Créateur, à ua Père si bon, que pourront faire la crainte et la pudeur? La charité est un verrou puissant : « La di- 11 lection est forte comme la mort ^3;. » Pourquoi comparer la dilection à la mort? Parce que l'amour triomphe de tout comme la mort. « Qui me séparera de la charité de Dieu? Est-ce la tribula- » tion. etc? '4' «
« Et j'ai dit : Tu viendras jusque là [o]. » Saint Isidore '6} : Quelques-uns sont tentés jusqu'à la suggestion, d'autres jusqu'à la délectation, d'autres enfin jusqu'au consentement. — Saint Bernard (7) : La première tentation nimprime qu'une tache ; la seconde fait une plaie; la troisième donne la mort.
« Tu viendras jusque là, » tu n'iras pas plus loin. Ceux qui ne consentent pas ne commettent pas de péché, suivant ces paroles de l'Apôtre. « Il n'y a pas de condamnation contre ceux » qui sont dans le Christ Jésus '8;. » Mais s'il arrivait à quelqu'un de donner son consentement, qu'il s'écrie avec lePsalmiste : « Sauvez-moi, ô mon Dieu, parce que les eaux sont débordées jus- » que sur monàme ;9;. » Elles ont brisé les portes des sens et des désirs et se sont précipitées jusque dans les profondeurs de mon àme.
« Voilà la grande mer qui s'étend au loin ; là se meuvent des » animaux sans nombre, grands et petits (<0). » Les flots sont les désirs, les vents sont les tentations et les influences des anges mauvais, la barque est la conscience, le pilote est l'àme, les voiles sont les pensées, les rames sont les œuvres, le port est la mort. Là, « assis sur le rivage, ils choisissent les bons et les réunissent dans » leurs vases (1 1) ; » c'est-à-dire ils les réservent pour le bonheur
(1) S. Grog. Mor. sur Job, liv. 29, ch. 22. — (2) Coloss , m, 14. — (.3) Gant., VIII, 6. — (4) Rom., viii, 35. — (5) Job> xxxviii, 11. — (6) S. isid. Du souverain Bien, liv. .3, ch. o. — (") S. Bern. De div., n° 1. — (8) Rom., viu, 1. — (9} Ps. lxvim, 1. — (10) Ps. an, 25. — (H) S. Matth., xui, 48.
et la gloire de réternité etc. : « quant aux mauvais, ils les rejet- » tent » dans les douleurs, dans les angoisses, dans les tribulations sans lin. — Jusqu'au rivage le juste éprouve la persécution et les tempêtes de ce siècle.
Le Psalmiste parle aussi de cette mer, et que dit-il : « La mer a » Ml et a pris la fuite (l~. » Qu'a vu la mer pour prendre ainsi la fuite ? En examinant les paroles du prophète, on \oit que lorsqu'il dit une chose, sa pensée se porte vers une autre. Je ne trouve nulle autre part dans l'Ecriture, que la mer ait vu ou ait pris la fuite. Saint Augustin (2) fait cette même question : Qu'a donc vu la mer, je vous le demande, pour être saisie de crainte? Qu'a-t-elle redouté, pour prendre la fuite?
Le Psalmiste répond : « Les eaux vous ont vu, Seigneur, les eaux >' vous ont vu, et elles ont été dans l'effroi et l'abîme s'est trou- » blé (3). » La puissance de l'homme a vu la puissance de Dieu dans l'humiliation, et la puissance de l'homme s'est abaissée comme un flot devant la sagesse infinie ; la richesse do l'homme a vu la richesse de Dieu dans la pauvreté, et la richesse de l'homme a été saisie d'effroi et elle a pris la fuite. Quel faste humain, quelle pompe terrestre pourrait soutenir cet aspect?
Que dit l'Apôtre ? « Il avait la nature de Dieu et il n'a pas cru n que ce fut pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu (4). » Quelle majesté! L'Apôtre ajoute : « Mais il s'est anéanti lui- » même, en prenant la forme d'esclave, en se rendant sembla- » ble aux hommes, et on l'a reconnu pour homme dans tout ce quia » paru delui. Il s'est humilié lui-même, se rendant obéissantjusqu'à » la mort, jusqu'à la mort de la croix. « Quelle humilité 1 Tout orgueil ne doit-il pas disparaître et s'évanouir comme un nuage à la vue de la profonde humilité de cette Majesté suprême? Que l'ambiiiou rougisse de rechercher les honneurs, après que la gloire des anges s'est fait l'opprobre des hommes! qu'elle rougisse et prenne la fuite ! Que 1 avarice rougisse de rechercher les richesses, après que le trésor des cieux s'est réduit à une telle pauvreté ! Que l'im-
(l)Fs. cm, 3. — ;2) S. Aug. sur le ps. 113, serra. 1, n° i. - (3) Ps. LxxYi, 16. — '4) Philip., n, 6.
pureté rougisse de rechercher les plaisirs charnels, après que le Dieu, joie de tous les siècles, a subi de telles douleurs!
Tels sont les flots qui avant rincarnation étaient comme déchainés sur la face de la terre; mais, à la vue du Seigneur, ils ont rougi de honte, ils ont pris la fuite et se sont évanouis en sa présence, comme un nuage sous les rayons du soleil. Rien n'humilie rhomme, comme de voir son Créateur humilié. — Prendre pour exemple un roi marchant à pied ; tout cavalier marchera comme lui
« Les abîmes ont été troublés [\]. » Cet abîme est le cœur de l'homme ; il se trouble, lorsque de la terre il se tourne vers le ciel, comme on le vit à l'avènement du Seigneur, quand ce divin Maître forma aux désirs des cieux les cœurs hnmains livrés jusqu'alors aux désirs de la terre. — « Des torrents d'eau sont tombés avec » fracas, les nuées ont fait retentir leur voix (2). » L'eaa tomba avec une abondance extrême au milieu des tonnerres éclatant dans les nuées. — Ces nuées sont les apôtres (3). «c Quels sont ceux-ci » qui volent comme des nuées "i}? » Lesoufflede l'Esprit-Saint les conduit. — Ecoutez leur voix. « Leur parole a retenti sur toute la » terre (5^, » pour féconder la terre spirituelle des cœurs. Les eaux se rassenablèrent en abondance, c'est-à-dire un grand nombre d'àmes, en entendant la prédication des apôtres, s'attachèrent à la foi. Un seul discours de saint Pierre convertit trois mille âmes à la vérité.
Est-ce là tout ce qu'a vu la mer: quand elle a fui ? Elle a vu autre chose. Le pécheur voit les mensonges et les périls du siècle, les vanités du monde, son propre abaissement, son esclavage sous le joug du démon, la mort qui le menace, les feux éternels, l'enfer ouvert pour le dévorer, son misérable dépouillement des biens célestes; il l'a vu et il a pris la fuite. Il a fui son cœur mauvais, ses projets pervers.
Oh ! si nous pouvions voir toutes choses dans leur réalité, si la lumière se faisait pour nous, non, il n'est pas d'homme assez cor-
(I) Pî. Lxxvi. IG, — (2) Id. 17. — '3; Cette interprétation est de saint Augustin. Voyez ps. 36, n° 18. — (4) Isaïe. lx, 8. — (5) Ps. xvni, 4.
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rompu, pour ne pas fondre en larmes aux premiers rayons de cette lumière. Le Psaimiste disait : « Donnez-moi rintelligence et je » vivrai (I}. » 0 mes frères, pleurons maintenant, tant que les larmes peuvent nous être utiles ; ouvrons aujourd'hui les yeux ; nous les ouvrirons plus tard et cela ne nous servira de lien. Oh! quelle déception pour une àme, lorsque, sortant du corps, arrachée à tous ses plaisirs età toutes sesvoluptés, elle voit les tourmentsde l'enfer pour son partage éternel !
« Le riche meurt, disait Job, et il n'emporte rien avec lui ; quand » il ouvrira de nouveau les yeux, il ne trouvera rien '2). » Jérémie disait de son côté : « Après que vous m'avez ouvert les yeux, j'ai » frappé ma cuisse ; j'ai été confondu et j'ai rougi de honte (3;. »
Mais en quel lieu a-t-il pris la fuite? Où ira le pécheur pour fuir son Dieu? « Si je monte aux cieux, vous êtes là ; si je descends en » enfer, vous y êtes présent (4\ » Ecoutez le bon conseil de saint Augustin (5). Vous fuyez Dieu et vous ne pouvez échapper à sa présence ; fuyez donc vers lui, qu'il soit votre refuge et il sera luimême votre défense. Il vous préservera du supplice, il vous fera éviter les mains vengeresses du souverain Juge. Tombez à ses pieds, écriez-vous : « Seigneur, vous êtes devenu mon refuge (6). » « Je » vous aimerai, Seigneur, ô ma force. Le Seigneur est mon sou- » tien, mon refuge et mon libérateur (7). >»
« Le Seigneur sera tout en tous '8\ » -Il sera votre force pour attaquer, votre appui pour résister, votre refuge pour fuir, votre libérateur pour vous sauver. Il permet que vous soyez faibles même avec son soutien, pour que vous ayez recours à lui. Ne dites pas : Si le Seigneur est mon soutien, qui se lèvera contre moi? Le Seigneur, je le repète, permet que vous soyez faibles, même avec son soutien, pour que vous ayez encore recou 's à lui, pour être seul votre salut, pour que vous lui témoignez une plus grande reconnaissance. « Les montagnes élevées sont la demeure des chamois,
(l)Ps. cxvin, 144.— (2) Job, xxmt, 19. — (3) Jérémie, xxxi, 19. — (^) Ps. cxxxvni, 8, — (6) S. Aug. sur l'Epît. de saint Jean, traité G*, n°3. - (6) Ps. Lxxxix, t. - (7) Ps. xvii, 1. — (8)1 Cor., xv, 28.
» le rocher est le refuge des hérissons 1). » « Mes ennemis m'ont » heurtépourprécipiter ma chute, mais leSeigneurm'a soutenu (2). » « Si le juste tombe, il ne sera pas brisé, car le Seigneur le soutient « de la main (3;. » a Sa gauche est sous ma tète et de sa droite il » m'embrassera (i). » Sa gauche m'afflige et mf soutient ; sa droite me caresse, m'embrasse et m'attire sur son cœur.
0 mes frères, si vous êtes gémissants, « que lïmpie abandonne » ses voies ;;o\ » « Je n'ai plus de refuge dans ma fuite, dit le pé- » cheur (6'. » « Fuis, mon bien aimé, sois semblable au chevreuil » et au faon de la biche (7). »
CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L EPIPHANIE
L<e pécbé.
Cum dormirent homines, venit inimicus, et siiperseminavit zizania.
Pendant que les serviteurs donnaient, l'ennemi vint et sema l'ivraie.
(S. Matth., xiii. 25).
Nous avons dit comment le cœur per\'ers de l'impie est une mer; voyons aujourd'hui les degrés par lesquels descend le pécheur pour arriver dans les profondeurs de la perversité. Remarquons d'abord que tout péché est une chute de l'àme; l'orgueil lui-même qui semble élever l'àme. l'abaisse en l'élevant. De là cette parole du Psalmiste : « Que le pied de l'orgueil ne vienne pas à moi (8), » car l'orgueil est un pied qui réellement abaisse et élève.
Voici ces degrés, d'après saint Bernard ''è) dans son discours sur les dons du Saint-Esprit : le premier est la négligence. Le juste qui abandonne la vigilance et la garde de son cœur oublie la prière
(l) Ps. cm, 18. — (2)Ps. cxni, 13. - (3) Ps. xxxvi, 24. — (4) Cant., n, C. — (5) Isaïe, lv, 7. — (G) Ps. cxli, 5. — (7) Cant.. vm, 14. — (8) Ps. XXXV, 12. .— (9) S. Bern, serm. li, de divers.
et les exercices de piété ; il ue verse plus de larmes ; et alors cessent les visites et les inspirations de Dieu. « Les pluies ont été re- » tenues et la pluie du soir n'est pas tombée (1) ; » la rosée céleste n'a pas fécondé l'àme et le cœur est devenu stérile. « Mon cœur » s'est desséché, parce que j'ai oublié de manger mon pain (2), » ce pain dont il ^st dit : « Vous nous avez nourris d'un pain de » larmes (3\ » En un mot, à cause du défaut de pluies, à cause de la stérilité de la terre et à cause de la faim, Jacob est descendu en Egypte, c'est-à-dire dans les ténèbres du péché.
C'est la faim qui fait tomber le pécheur. Il n'a plus de nourriture ; toute délectation spirituelle lui est ravie et il tombe. « Leur » âme avait horreur de la nourriture et ils ont touché aux portes » de la mort (4). » L'homme s'attiédit et aussitôt il commet le péché. Voilà pourquoi Salomon nous dit : « Mon fils, garde ton » cœur avec toute ta sollicitude '5\ »
Dire l'histoire de Joseph et montrer les événements que lui révéla l'Esprit qui le guidait. Les vaches et les animaux gras et féconds qui paissent dans des pâturages abondants sont les saints désirs, les bons propos, les pensées salutaires. « N'éteignez point » l'Esprit (6} ; » conservez ce divin Roi, donnez-lui les vertus pour cortège et pour défenseurs ; car si l'Esprit meurt, un autre roi, l'appétit des sens lui succédera, et ce roi ne connaît point Joseph , car « la chair n'est pas soumise à la loi de Dieu et ne peut l'être (7), » Il affligera le peuple, c'est-à-dire les puissances intellectuelles de l'àme, en le condamnant à des pénibles travaux de mortier et de brique. Dire la grande affliction d'Israël, ses profonds gémissements au sein de l'oppression.
Pour empêcher l'entrée de ce roi. dites avec le prophète : « Comme une sentinelle je veille, et je lixe mes pas sur la muraille, » et je considère au loin ; j'attends ce que me dira le Seigneur et » ce que je répondrai à son accusation ^8;. » « Comme une senti- » nelle je veille: » je garde mou àme comme une citadelle : j'exa-
(1) Jéréraie, ni, 3. — (2} Ps. ci, 5. — (3) Ps. lxsix, 6. — (•*) Ps. cvi, 18. - (5) Prov.,iT, 23. - (6) I Thess., v, 19. — (7) Rom., vm, 7. - (8) HabacuG, n, 1.
102 ciXQUIÈME DIMANCHE
mine les pensées et les désirs qui montent dans mon cœur, et, gardien de mon àrae, j'admets les bons et je rejette les mauvais. Si une pensée mauvaise voulait s'élever et monter, des hauteurs du cœur, il est facile de la précipiter « et de briser ses enfants contre >» la pierre [\ ; » et l'on peut dire : « Ruben, mon premier-né, tu » ne croîtras pas, parce que tu es monté sur le lit de ton » père ,'2^. »
« Je fixerai mes pas sur la muraille (3^ » Ce mur est Jésus- Christ. « Un Sauveur lui sera donné , il sera pour elle un mur et un ^> avant-mur ;4\ » Le Psalmiste disait : « Il a posé mes pieds sur » la pierre (5^ ; » et l'Ecclésiaste : « Si l'esprit du puissant s'élève >y contre toi, ne quitte pas ta place '6\ » Fixe donc tes pas sur le mur, et examine d'abord ce que te dit le Seigneur, c'est-à-dire rappelle-toi ses ordres, et. si tu as péché, examine attentivement ce que tu répondras à ses reproches ; fais provision de douleur et de pénitence pour le jour du jugement.
Remarquez ici comment les démons ravissent toutes les délices d'une âme sainte, etc.. Mais cette âme gémit au souvenir du Christ son Bien-aimé ; les démons voudraient bien lui enlever encore ce souvenir ; mais plus on l'oppresse, plus elle redouble ses cris. . .
Le second degré est la curiosité. L'âme ne peut être sans quelque délectation et aussitôt elle disperse sur les créatures ces affections d'amour qu'elle tenait recueillies en Dieu seul. Quelle faim dans l'âme humaine 1 Elle va mendier parmi les êtres créés les jouissances qu'elle goûtait dans le sein du Créateur ; et elle ne peut trouver aucun repos et elle ne gagne rien, parce qu'elle est divisée par le grand nombre des créatures. Elle réalise la parole de Jacob: « Ruben, tu t'es répandu comme l'eau ; tu ne croîtras pas (7) ; » et cette autre du Sauveur : « Celui qui ne recueille pas avec moi » disperse (8^ »
Le troisième degré est la perpétration du mal ou au moins le
(1) Ps. cxxxvi, 9. — (2) Gen., xux, 3. — (3) Isaïe, xxvi, 2. — (4) Id. — ;5) Ps, xxxix, 3. - (6) Ecclé., x, 4. — (1) Geu., xux, 3. — (8; S. Luc, XI, 23.
APRÈS l'Epiphanie 103
dessein du mal. Le cœur humain s'embarrasse dans les choses crées et s'y attache avec la plus grande facilité; il est changeant comme le caméléon. A l'entrée de la terre d'Egypte, Dina, fille de Jacob, curieuse de voir les femmes de la ville, fut violée par Sichem qui s'attacha vivement à elle...
Le quatrième degré est la concupiscence. Le péché dépose dans l'àme comme un levain fécond ; cette convoitise meurtrière y laisse une semence, un foyer d'iniquité... Saint Grégoire (1) : Le péché qui n'est pas promptement effacé par la pénitence, entraîne à un autre péché par l'effet de son poids, c'est-à-dire de son inclination perverse. Bien plus quoique le péché soit détruit, la concupiscence demeure toujours comme une punition... .lob disait : « Si j'ai » péché, pourquoi ne me souffrez-vous pas entièrement purifié de » mon iniquité (2; ? » Le prophète Nahum disait aussi : « En puri- » fiant il ne rend pas l'innocence '3;. »
Comment cela, puisque, d'après saint Bernard 4 , le péché que détruit la divine miséricorde devient comme sil n'avait jamais été commis? — Réponse. Je dis qu'il ne rend pas l'innocence pour deux raisons : à cause de la concupiscence qu'il soulève et à cause de la peine temporelle qu'il attire. Après que David eut prononcé cette parole : « J'ai péché, » le prophète Nathan répondit aussitôt: « Le Seigneur a pardonné ton péché (5). » Et pourtant, à cause de son péché, David souffrit une longue persécution. — Le péché devient, quant à la coulpe, comme s'il n'avait jamais été commis, mais la racine de la concupiscence demeure toujours : « Détruisezw la, détruisez-la jusqu'à ses fondements ,'6\ »
Un autre prophète a dit : « De la race du serpent sortira un basilic (7), » c'est-à-dire de la concupiscence naîtra l'habitude qui est le cinquième degré. Il faut pourtant remarquer qu'autre chose est la concupiscence et autre chose l'habitude. On pèche quelquefois sans aucun entraînement de la concupiscence, par un effet de la seule habitude ; tel est celui qui a l'habitude de jurer...
0)5. Grég., livre I, home. <i, no24 sur Ezéch. — (2> Job. x, U. — (3) Nah.,i. 3. — C*) S. Bern. Serm. 2 pour le temps pascal, n° 10, — (5} II Rois,xii, 43. — (6) Ps. cxxxvi, i\. — (7)Isaie, xiv, 29.
Le cinquième degré est donc l'habitude invétérée. Elle devient une seconde nature, une malheureuse nécessité. — Mais, direzvous, si mon acte est nécessité, il n'est pas un péché, puisque le péché est un acte entièrement volontaire, etc. Là où est la nécessité, il n'y a pas de liberté et par conséquent pas de péché. — La réponse est de saint Bernard : La liberté consiste moins dans la possibilité que dans la complaisance ; or là où la volonté est nécessitée il y a une grande complaisance et par conséquent une grande liberté. Car on ne veut pas médiocrement une chose qu'on veut avec tant de force qu'on ne peut pas ne pas la vouloir. Voilà pourquoi saint Bernard [\ disait dans un sermon sur les Cantiques : Je ne sais quel lien étonnant et mauvais unit parfois la volonté et la nécessité, en sorte que la volonté ne rend pas libre et que la nécessité ne rend pas excusable. Si la volonté était seule, il y aurait un péché sans doute, mais un péché qu'on aurait pu éviter ; si la nécessité él^itseule, il y aurait un acte qu'on ne pourrait éviter, mais qui ne serait point coupable. Mais ici il y a une volonté qui n'est pas libre, parce qu'elle est sous le poids d'une nécessité ; il y a aussi une nécessité qui n'est pas un motif d'excuse, parce que la volonté rend coupable. « Malheureux homme que je suis ! qui me » délivrera » d'une si grande perplexité? Isaïe : « Seigneur, je » souffre violence, répondez pour moi f- " ^I^is que me dira-t-il, puisque moi-même j'ai commis la faute? Le Psalmiste dit à son tour : « Délivrez-moi. Seigneur, de la main de l'impie, de la main » du méchant et de l'oppresseur (3;. » 0 âme, de qui te plains-tu ? De moi-même. C'est moi, c'est moi qui suis ce pécheur; qui me délivrera de mes propres mains?
Mais nous ne sommes pas encore au dernier degré ; l'abîme est plus profond. Le sixième degré est le mépris. Comme le matelot vaincu par la tempête lâche les voiles et laisse marcher le navire au caprice des flots, ainsi le pécheur, voyant qu'il ne peut plus résister à ses passions, lâche les rênes et s'abandonne au vent de de la concupiscence. « Quand l'impie est descendu dans les pro-
(<)S. Bern. Serm. «1 sur le Gant., n" 7. — (2) Isaïe, xxxvni, U. — (3) Ps.