ŒUVRES
ï^e joui' du ^el^neur.
Levate capita vestra : quoniam appropinquat redemptio vestra.
Levez la téie, parce que votre rédemption approche. (S. Luc, \xi, 28;.
C'est une chose étonnante, mes frères, que le Seigneur, après avoir annoncé des signes terribles, tels que l'obscurcissement du soleil et de la lune, les mugissements de la mer. les guerres, les séditions, la colère du divin Juge, le feu dévorant la terre ; signes tellement épouvantables que « les hommes, » suivant la parole même du Seigneur, « sécheront de frayeur dans l'attente de ce » qui doit arriver à tout l'univers (1) ; » que le Seigneur, dis-je, ajoute ces paroles : « Levez la tête, » relevez-vous pour vous livrer à la joie. Comment! il couiiuande de se réjouir, au moment où les hommes sèchent d'épouvante, où les anges eux-mêmes sont saisis de frayeur en sa présence !
-;i) s. Luc, XXI, 2G.
6 PREMIKR DIMANCHE
Oui, en vérité, heureuses la vie innocente et la conscience pure qui permettent de lever la tête, au moment de l'embrasement du monde î Lorsque tous les êtres s'écroulent, le juste se lève ; il ne craint pas de paraître devant le Juge irrité dont le feu précède les pas.
Croyez-le bien, mes frères, croyez-le bien ; ce n'est pas la mort qui effraie le pécheur, c'est sa vie passée dans le mal. « Ce qui » fait notre gloire, dit l'Apôtre, c'est le témoignage de notre cons- »> cience d "avoir vécu en ce monde avec la simplicité du cœur et » la sincérité de Dieu, et non selon la sagesse de la chair, maisse- >» Ion la grâce de Dieu (1). »> Le juste a vécu avec ce témoignage de la conscience, avec ce témoignage de l'Esprit-Saiut qui « rend » témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de » Dieu (2). » Non, le saint ne craint pas la présence du Juge irrité ; que d'autres craignent ; pour vous, mes frères, « levez la tête. »
Le Seigneur avait dit dans l'Evangile : « Des jours viendront où » vous désirerez voir un des jours du Fils de l'Homme (3). » Un tel désir est le désir des parfaits, de ceux qui appellent le moment « de leur dissolution pour être avec le Christ ,4), » de ceux qui s'écrient avec le prophète : « Délivrez mon âme, » Seigneur, « de 1) sa prison (3 , » c'est-à-dire de son corps mortel : et avec saint Paul : « Qui me délivrera de ce corps de mort (6, ? » de ceux encore qui gémissent avec l'Apôtre, appelant « leur habitation qui est » dans les cieux, désirant être revêtus (7) » de la vie éternelle, " en sorte que ce qui est mortel soit absorbé par la vie (8} ; » et leur désir, leur gémissement durent « tout le temps que, revêtus » de ce corps, ils marchent loin du Seigneur (9;. »
Mais que veut dire cette parole: « Des jours viendront (10), » et ces jours sont désirables? Les jours de l'homme sont multiples, ils s'enfuient, ils s'ajoutent les uns aux autres, séparés par les ténèbres de la nuit. Le jour du Fils de l'Homme est un ; et ce jour n'a
(1) 1 Corinlh., 1, 12. - (2) Rom., vui, \G. - (3) S. Luc, xvn, 2?. - (4) Philipp.,1. — (ô) Ps. cxLi. - (ti) Philipp. - (7)11 Corinlh., V, 2. - (8; Id., i. - (9) Id., G. - (10) S. Luc, xvu, 22.
point de nuit, point de déclin, parce que « l'Agneau est le flambeau'1) » qui l'éclairé. Et ce divin soleil brille sans cesse : sans cesse il verse sur lésâmes les torrents de ses rayons ; là point de nuages, point de changement, point de passage de la lumière aux ténèbres. Dans les jours de l'homme, il y a un soir et un matin : le Sabbat du repos éternel n'a point de soir, point de chute ; c'est un jour sans fin, un midi perpétuel. Le soleil se retire et la nuit se fait; le Soleil de justice est immuable; en lui « il n'y a ni » changement, ni ombre de vicissitude {l\ « En lui tout est joie, allégresse, plénitude de bonheur.
Le jour du ciel, lui aussi, sera un : là le soleil arrêtera sa course ; il se reposera toujours au même point et y demeurera éternellement, et ce repos sans fin du soleil engendrera un jour fixe et éternel. — Maintenant, ô mes disciples, en apprenant mon futur avènement et les signes qui l'annonceront, vous êtes saisis de crainte; mais des jours viendront où vous serez parfaits, et alors non-seulement vous n'aurez point de crainte, mais vous désirerez le jour du Fils de l'Homme.
Voulez-vous voir combien sous tous les rapports, ce jour est désirable? écoutons l'Apôtre : « J'estime, dit-il, que les souffrances " de la vie présente n'ont aucune proportion avec la gloire qui » doit un jour éclater en nous (3). » Pour juger une chose, il faut en avoir fait l'expérience. Or, qui a éprouvé de plus grandes tribulations que celles dont l'Apôtre parle aux Corinthiens? « J'ai essuyé » de nombreux travaux, j'ai subi très-souvent la prison, j'ai reçu » des plaies sans nombre, j'ai été fréquemment exposé à la mort, » etc. (4;. » « J'ai été dans les travaux et dans les chagrins, dans )' des veilles multipliées, dans la faim et dans la soif, dans des » jeûnes fréquents, dans le froid et dans la nudité (3'. »
D'un autre côté, qui, mieux que l'Apôtre, a connu dans une chair mortelle la gloire du ciel ? Ecoutez encore : « Je sais un » homme en Jésus-Christ, qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu'au » troisième ciel, (si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne
(1) Apocal., XXI, 23. — (2) S. Jacq., i, 17. — (■]) Rom., vm, 18. — (4) 11 Corinth., ii, 23. - (5) Id,, 27.
8 PREMir.r. DIMANCHE
» le sais pas, Dieu le sait.) Et je sais que cet homme fat ravi dans n le paradis, (si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne le » sais pas, Dieu le sait.) Et il entendit d^s paroles mysiérieuses T) qu'il n'est pas permis à nu homme de rapporter 1), «c'est-à-dire qui dépassent les facultés humaines, en sorte que l'homme ne peut les répéter. L'Apôtre a éprouvé l'un et l'autre, les tribulations et la gloire ; il peut donc bien juger, et que dit-il ? « Les souffrances >» n'ont aucune proportion avec la gloire qui sera un jour révélée » en nous (2). »
Remarque. Par elles-mêmes, ces souffrances n'ont pas cette proportion, mais elle leur est donnée par les souffrances de Jésus- Christ et par sa grâce. Voulez-vous savoir pourquoi elles n'ont pas cette proportion par elles-mêmes? C'est que « la gloire qui sera révélée en nous » est d'une grandeur sublime.
Pesez cette parole: «sera révélée. » Car aujourd'hui « votre vie est » cachée en Dieu avec Jésus-Christ, mais lorsque Jésus-Christ, votre ^ \ie, apparaîtra, vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire (3). » Aujourd'hui « le royaume de Dieu est au-dedans de vous (i) ; » il y est caché ; mais alors il sera révélé. Aujourd'hui ce qui est en voi:s est grand, mais cette grandeur est cachée. « Mes bien-aimés. » nous sommes maintenant les enfants de Dieu : mais ce que nous » serons un jour ne paraît pas encore (5). « Oh ! la grande, la glorieuse filiation qui est cachée en eux ! Maintenant ils sont « comme » le rebut de tous et comme la balayure du monde (6) , >> ils sont méprisables, abjects. «< Les uns ont été cruellement tourmentés... » les autres ont souffert les outrages et les fouets, les chaînes et » les prisons ; ils ont été lai)idés, ils ont été sciés, ils ont été mis » aux plus cruelles épreuves ; ils sont morts par le tranchant du » glaive; ils ont mené une vie errante, couverts de peaux de brebis » et de peaux de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés (7) »
Mais leur grandeur sera révélée ; ils en ont maintenant un gage de l'Esprit-Saint ; ils en ont une vive espérance ; ils espèrent qu'un
(l) il Corinih., \ii, X\ — (2) Roi.i., viii, 18. — (3) Coloss., m, -i. — (i)S. Luc, XVII. 21. - (5) I S. Jran. m, 2. — (fi) J Corinlh,, iv, 13. - (7) Hébr., xi; 35.
DE L AVEM 9
jour <i Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts, rendra n aussi la vie à nos corps mortels Tl}, « et « réformera Ihumilitê » de notre corps, en le rendant conforme à la gloire de son » corps (2"^ ; » « lorsque, suivant la parole du Psalmiste, il aura » donné le sommeil à ses bien-aimés, des tils seront rhéritage du " Seigneur et une nombreuse postérité le fruit de son achat (3). » On verra de véritables enfants de Dieu dans ce peuple que le Seigneur recevra en héritage, car « nous serons semblables à lui (4); » et l'on verra par conséquent que Dieu est Père, et « qu'une nom- » breuse postérité est le fruit de son achat. » Alors apparaîtront les acquisitions qu'a faites cet acheteur céleste au prix de tout son sang ; alors nous verrons dans les saints les fruits immenses des souffrances et du sang de Jésus-Christ, fruits que nous ne voyons pas encore ; alors, en voyant la gloire des saints. leur béatitude, leur sublime grandeur, les méchants étonnés et attristés seront dans la stupeur. « Ils seront saisis de trouble et d'un horrible effroi ; » ils s'étonneront de ce salut inespéré et soudain ; ils diront en » eux-mêmes, se repentant et gémissant dans l'angoisse de leur » esprit : Les voilà ceux que nous avions en mépris et qui étaient » l'objet de nos outrages ! Nous, insensés, nous estimions leur vie » une folie et leur fin un opprobre; et les voilà comptés parmi » les fils de Dieu, et leur partage est entre les saints (5) ! »
Alors ils verront combien étaient sages ceux qu'ils croyaient insensés ; ils verront que leurs tourments d'un moment n'ont pas été stériles. « Je t'ai délaissé pour un moment, dit le Seigneur, et dans » une légère circonstance; mais je te rassemblerai dans la grandeur » de mes miséricordes. Dans un moment d'indignation, je t'ai voilé » un instant mon visage ; mais bientôt j'ai eu pitié de toi dans ma » miséricorde éternelle. Ainsi dit le Seigneur, ton Rédemp- » teur (6). » La vie présente n'est qu'un moment ; car « ce qui est » dans le présent, dit l'Apôtre, est momentané et léger (7). » Je ne t'ai donc délaissé qu'un moment, dans une circonstam.e légère ; je
(MRorD., viii, 11. - (2) Coloss., m, 21. - (3) Ps. cxxvi, 4. — (4) I S. Jean, m, 2. — (5) Sag., v, 2. — (6) Isaïe, liv, 7. — (7) II Corinlh., IV, 17.
10 PREMIEB DIMANCHE
ne tai pas délaissé dans une circonstance grave, car la tribulation d'ici-bas est courte et sans gravité. Dieu permet donc chez les siens des tribulations de peu de chose ; l'honneur est peu de chose, les dignités sont peu de chose, la fortune et les richesses sont peu de chose, la santé matérielle même de ses enfants est peu de chose ; tout ce qui regarde le corps est peu de chose. Donc « le Seigneur abandonne « uniquement « dans ce qui est peu de chose, » c'est-à-dire dans ce qui regarde le corps, mais non dans ce qui regarde l'âme, car l'âme est une grande chose.
Ecoutez cet exemple. Dieu dit à Satan en lui parlant du saint homme Job : « Tout ce qu'il possède est en ton pouvoir '1;. » " Voilà qu'il est lui-même en ta puissance ; cependant respecte son T) âme (2). » Job était délaissé dans ce qui est peu de chose, mais Dieu le protégeait dans ce qui est grand, c'est-à-dire dans son âme.
0 bon Jésus, c'est vous que je veux considérer. Sur la croix, vous avez poussé ce cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- » vous délaissé ^3~ ? >> 0 mon Fils, dit le Père, c'est pour un moment, c'est dans ce qui est peu de chose que je t'ai délaissé ; pour ce moment et pour cette médiocrité qu'on appelle la vie du temps ; c^r « tu es avec moi ^4^ » pour le jour de l'éternité, pour le jour sans tin. Oui, je te délaisse dans ce qui est peu de chose, dans l'humanité, dans l'angoisse, dans cette médiocrité dont le prophète disait : « Je suis un ver de terre et non pas un homme ; je suis l'opprobre » des mortels et le rebut du peuple (5); » dans cette médiocrité dont il dit encore : « Pour moi. je suis mendiant et pauvre (6); » dans cette médiocrité dont un autre prophète disait : « Nous l'a- » vons vu et il était sans beauté, et nous l'avons désiré ; nous l'a- » vons méprisé, c'était le dernier des hommes, un homme de dou- T) leurs, en proie à l'infirmité ; son visage était obscurci et mépri- T) sable et nous l'avons compté pour rien, il a vraiment porté lui- » même nos langueurs, il s'est chargé de nos souffrances, et nous » l'avons regardé comme un lépreux, frappé de Dieu et humilié.
(1) Job. 1, 12. - (2) Job, 11,6. - (.3) S. M.ttlli., xxvii, '.6. - (4) Ps. XXII, 4. — (5) P». XXI, 6. — (6) Ps. XXXIX, 17.
» Il a été blessé à cause de nos iniquités et il a été broyé à cause » de nos crimes (l\ » Voilà la légère circonstance où je t'abandonnerai, dit le Père. Mais, quand il s'agit de la Divinité, que dit Jésus à Philippe ? « Xe croyez-vous pas que je suis dans le Père et » que le Père est en moi [fj ? » Il disait encore : « Mon Père et » moi nous sommes un '3> »
Mais revenons à nous, mes frères. « Je fai délaissé, dit le Sei- » gneur, pour un moment, » pour le moment de l'angoisse, « mais » je te rassemblerai dans la grandeur de mes miséricordes [i] ; » tes cendres dispersées seront rabsemblées, consolidées, et de plus une brillante lumière sera donnée à ton corps. 0 miséricorde immense 1 Une poussière corrompue, des cendres dispersées seront rassemblées pour cette gloire sublime, pour cette splendeur sublime, pour cette lumière sublime. « Les justes brilleront comme » le soleil [o) » dans l'éternité sans fin.
Et maintenant, mes frères, jugez s'il n'est pas juste d'attendre une si grande gloire, de lever la tète et d'aspirer à un si grand bonheur, même en passant à travers le feu et la mort. Tous les êtres attendent cette gloire : Dieu l'atiend, les anges l'attendent, les saints l'attendent ; et nous aussi attendons-la, L'Apôtre disait aux Romains : « Toutes les créatures attendent avec un grand dé- » sir la manifestation des enfants de Dieu... car toutes les créa- » tures seront affranchies de cet asservissement à la corruption, » pour entrer dans la liberté et dans la gloire des enfants de Dieu. » Car nous savons que jusqu'à présent toutes les créatures gémissent » et sont dans les douleurs de l'enfantement. Et non-seulement elles, » mais aussi nous-mêmes qui possédons les prémices de l'esprit, » nous gémissons au-dedaus de nous dans l'attente de l'adoption » des enfants de Dieu, qui sera la délivrance de nos corps (6). » ' Par conséquent toutes les créatures, les anges et les hommes, que dis-je ? Dieu lui-même attend notre résurrection, notre rédemption. Aussi lorsque les martyrs appelaient le jour du jugement, ils n'obéissaient pas à un désir de vengeance ; ils désiraient cette
(1) Isaïe, LUI, 2. — (2) S. Jean, xiv, 11. — (3) S. Jean, x, 30. — (4) Isaïe, Liv, 7. — (5) S. Matth., xiu, 13. — (6) Rom., viii, 19.
i2 PREMIER DÎMANCilE
béatitude parfaite que ce jour devait leur donner,- voilà pourquoi Dieu leur faisait cette réponse : Prenez patience encore un peu de temps, jusqu'au jour ou se comptera le nombre de vos frères. Ils ne reçurent donc chacun quune seule robe; la seconde leur sera donnée au jour où, nous aussi, nous la revêtirons. Nous en avons pour garants et pour otages leurs propres cor) s que nous possédons, et sans lesquels leur cousommation ne peut s'accomplir, et ils ne la recevront pas sans nous. Voilà pourquoi l'Apôtre disait des patriarches et des prophètes : « Dieu a voulu, par une » faveur particulière pour nous, quiJs ne reçussent pas sans nous » laccomplissement de leur félicité 1^ »
Oh ! si nous savions comme ils attendent, comme ils désirent notre présence! Avec quelle sollicitude ils s'informent de nos bonnes œuvres î Avec quelle joie ils en écoutent le récit! Mais pourquoi parler des hommes, des saints martyrs, qui, dans leurs propres souffrances, ont appris à avoir pitié de nous ? Les saints anges eux-mêmes désirent avec ardeur d'avoir pour concitoyens Icï justes et les saints. N'est-ce pas cette poussière humaine qui doit restaurer les murs de Jérusalem, la cité des cieux ? Oh! songez comme les citoyens célestes doivent désirer devoir leur cité se relever de ses ruines ! Quelle sollicitude pour y faire entrer les pierres vivantes qui s'uniront à eux dans ces murs sacrés ! Comme ils s empressent entre Dieu et nous, fidèles à porter nos gémissements à ses pieds, et joyeux de nous reporter ses grâces ! Ah ! certes, ils ne dédaignent pas de nous avoir pour compagnons, puisqu'ils se font nos serviteurs. « Tous ces esprits ne sont-ils pas des » serviteurs, envoyés pour exercer leur ministère, en faveur de » ceux qui seront les héritiers du salut (2)? »
Hàtons-nous donc, très-chers frères, hàtons-nous ; l'innombrable cour céleste nous attend tout entière ; les anges ont tressailli, quand nous nous sommes convertis à la pénitence ; avançons encore et halons-nous de compléter la joie que nous leur avons causée.
Malheur à vous qui que vous soyez, qui regardez en arrière et désirez revenir à la boue! Pensez-vous trouver, au jour du jugement
',1) Hcbr.. XI, iO. - (2) Hébr., i, li.
les anges dans l'indifférence, vous qui voulez les priver de cette immense joie qu'ils attendaient avec tant d'ardeur? Ils avaient tressailli d'allcgresse, lorsque nous avions embrassé la pénitence ; car ils nous voyaient, pour ainsi dire, arraches aux portes de l'enfer. Quelle serait leur tristesse, s'ils nous voyaient nous éloigner de la porte du paradis où nous a\ions déjà pose le pied ! Car si nos corps sont encore ici-bas, nos cœurs habitent en haut. Courez donc, mes frères, hàtez-vous, hàtez-vous d'entrer dans Jérusalem, la cité sainte.
Avec les anges, le Créateur des anges lui-même vous attend. Les noces sont préparées ; mais la maison n'est pas pleine ; on attend encore plusieurs de ceux qui doivent célébrer les noces. Le Père vous attend, non-seulement « à cause du grand amour qu'il a pour » nous et qui l'a porté, lorsque nous étions morts par le péché, » à nous ressusciter dans le Christ et à nous faire asseoir dans le » ciel (1), » mais encore à cause de lui-même, ainsi qu'il le dit par son prophète : « Je le ferai à cause de moi-même, non à » cause de vous [V. » Peut-on douter qu'il n'accomplisse la promesse qu'il a faite à sou Fils, disant : a Demande-moi. et je te dou- » nerai les nations pour héritage (3) ? » et dans un autre endroit : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis » à vous servir de marchepied '4;. »
Quant au Fils, qui ne sait combien il désire posséder les fruits de sa naissance, de sa Passion et de sa mort? Est-ce qu'il ne doit pas remettre à Dieu le Père le royaume qu'il a acquis au prix de tout son sang? Est-ce qu'il ne doit pas restaurer les créatures pour lesquelles son Père l'a envoyé dans le monde? Et l'Esprit- Sairit ne nous attend-il pas aussi, lui qui est la Charité, la Bénignité par lesquelles nous avons été prédestinais dès les siècles éternels? Lui qui, sans le moindre doute, veut accomplir sa prédestination.
Donc, mes frères, puisque les noces sont prêtes, puisque toute la cour céleste nous désire et nous attend, courons ; mais ne courons pas au hasard, courons par les désirs et avançons-nous.
(1) Ephés., II, 4. - (2) Ezéch., xvi, 22. - (3) Ps. ii, 8. - (4) Ps.