‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 21 sur 62 · DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

Le bon Pasteur.

Ego sum Pastor bonus.

Je suis le bon Pasteur.

(S. Jean, x, 11).

« Choisissez un homme parmi vous (1). » C'est une grande responsabilité que nous avons vis à vis de Dieu, depuis qu'il nous a confié la charge d'élire à sa place nos pasteurs, car c'est à lui de les choisir, à lui qui connaît les secrets des cœurs. « Je vous ai » choisis dans tout Israël. » Les Apôtres lui laissèrent le soin de choisir leur douzième compagnon et le premier choixecclésiastique fut l'œuvre de Dieu seul.

Le Seigneur Jésus, notre Rédempteur, voyant l'excellence des âmes, toute la valeur de son sang versé pour elles, et, considérant que nous portons ce trésor dans des vases fragiles, n'a pas voulu abandonner uniquement à notre prudence le soin de ces âmes qui lui avaient tant coûté et qu'il avait cherchées avec tant de fatigues et de douleurs. Pour les garder en même temps que nous, « il a » établi sur tes murs, ô Jérusalem; des sentinelles qui pousseront » des cris nuit et jour (2). » Ces gardiens des hommes, établis par le Seigneur, sont les pasteurs, les prélats qui jugent et gouvernent les œuvres extérieures ; ce sont encore les anges qui répriment les mauvais penchants, dissipent les tentations et résistent aux démons. Mais en vérité « si Dieu ne garde lui-même la cité, inutilement veil- » leront ses gardes (3). » Que le gardien soit homme ou ange, que la cité ait des montagnes autour d'elle ; cela ne sert de rien, si « le » Seigneur n'est lui-même autour de son peuple (4). »

(1) IRois, xvii, 8. - (2^ Isaïe, lxii, 6. — (3) Ps. cxxvi 2. — (4) Ps.

CXÏIY, 2.

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Eq Dieu le choix, l'élection est la prédestination qui ne regarde pas les mérites, mais qui les confère. « Heureux celui que vous avez » choisi » vous même. Seigneur, « el que vous avez pris (i;! »> Cette élection est irrévocable, les desseins de Dieu ne changent jamais ; mais l'élection nous est inconnue. Nous avons une figure de ce mystère dans les Séraphins qui voilaient leur face et leurs pieds. u Je vis le Seigneur sur un trône élevé ; le bord de ses vêtements n remplissait le temple. Des Séraphins étaient debout au-dessus du » trône ; l'un et lautre avait six ailes ; deux voilaient leur visage, » deux recouvraient leurs pieds et deux leur servaient à » voler (2). n

Ces mots : « leur tête, leurs pieds, » si déterminés dans le texte latin, sont, ainsi que l'atteste notre interprète, plus indéfinis dans l'hébreu et peuvent tout aussi bien signifier sa tête, « ses pieds; » en sorte que. le sens hébreu étant ambigu, on peut lire : « deux >. voilaient les pieds et la face de Dieu, » comme on peut lire; « deux voilaient les pieds et la face des Séraphins. »

Prenons le sens où ces mots s'appliquent aux Séraphins ; pourquoi les ailes, couvrant la tète et les pieds, laissent-ils à découvert le milieu du corps? Et encore le milieu du corps n'était pas entièrement à découvert, à cause des ailes qui leur permettaient de voler. — Je trouve ma tête, mon corps et mes pieds dans ces paroles de l'Apôtre : « Il les a connus d'avance et les a prédestinés à » devenir conformes à l'image de son Fils ; et ceux qu'il a prédesw tinés, il les a appelés : et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés ; n et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés [3\ »

La tète est voilée, c'est-à-dire le principe de ma justification, ma prédestination est l'effet de la grâce seule ; je ne puis rien m'en attribuer. Cependant je ne suis pas entièrement étranger à l'œuvre de ma justification ; la grâce opère sans doute, mais elle opère avec moi. Voyez-vous comme les Séraphins laissent paraître assez visiblement le milieu de leur corps? Mais les pieds sont voilés, parce que la consommation démon salut, ma glorification est l'effet de la grâce seule. Et sur ce point encore je n'ai aucun sujet de m'enor-

(I) Ps. Lxiv, 5. — (2) Isaîe, vi, J. - (3) Rom., vm, 30.

gneillir, comme ayant aidé ou coopéré à cette œuvre ; le premier et le dernier acte de mon salut, la prédestination et la glorification sont couverts d'un voile ; mais l'œuvre de la justification est à découvert. Le Séraphin voile donc sa tète de ses deux ailes, lorsqu'il reconnaît véritablement et avoue en toute humilité qu'il a été prévenu par la grâce ; il voile encore ses pieds de ses deux ailes, lorsqu'il ne se montre ni oublieux ni ingrat envers la miséricorde dont plus tard il sera -encore l'objet.

Ah ! que Dieu agisse aujourd'hi^i comme il le fit au jour de la Pentecôte, lorsqu'il produisit des Séraphins sur cette terre, ainsi qu'il est écrit : « Je suis venu porter le feu sur la terre (1) i » Qu'elle daigne nous mettre du nombre de ces Séraphins, nous, indignes serviteurs de son nom. cette miséricorde infinie dont nous avons parle, cette miséricorde qui prévient les élus de toute éternité, pour les suivre encore pendant toute l'éternité !

Il y a des hommes qui résistent à l'ordre de Dieu et qui font entendre cette plainte de l'Epouse : « Les fils de ma mère ont lutté » contre moi (2), » en m'établissant malgré moi leur gardien. Ils refusent la charge qu'on leur offre et disent : Seigneur, qu'avezvous voulu faire ? N'ai-je pas assez de mes péchés, sans avoir encore à rendre compte des péchés des autres? Que faites-vous? « Gardez-vous de cela,>eigneur (3). »

D'autres veulent par leur raison reprendre l'Esprit de Dieu, A ceux-là Dieu répond justement comme à Pierre : « Marche après » moi. Satan (4\ » Pourquoi t'opposer à moi comme un ennemi? suis-moi plutôt. Je suis ton guide; pourquoi me reprendre, quand tu dois marcher après moi?

Remarquons ici que le Seigneur ne s'est presque jamais loué ; cependant il s'y résout dans l'Evangile de ce jour. Et de quoi vous louez- vous, Seigneur? Vous pouviez vous louer de votre origine, car vous êtes le Fils de Dieu ; vous pouviez vous louer de votre puissance, car vous êtes le Roi des siècles éternels; vous pouviez vous louer de vos richesses, car tout vous appartient.

(l) S. Luc, XII, iO. - (2) Caul., i, 5. — (3) S. Maiih., xvi, 22. - (4) Id. 23.

Tel n'est pas le sujet de son éloge ; que dit-il? « Je suis le bon w Pasteur (1).» Voyez comme il confond notre folie! Parmi nous les pâtres sont méprisés et c'est de ce titre que lui se glorifie. Mais écoutez ses preuves : « Le bon Pasteur donne sa vie pour ses bre- » bis. Le mercenaire au contraire et celui qui n'est point pasteur, » à qui les brebis n'appartiennent point, voit venir le loup et il « abandonne ses brebis et s'enfuit; et le loup enlève et disperse les » brebis '2). »

Oh! que de mercenaires! Pourquoi leur fuite? « Parce qu'ils sont » mercenaires. » Tels sont tous ceux qui se chargent du soin des âmes en vue des revenus matériels. Le soin. des brebis ne les inquiète gwre; il ne se préoccupent que des produits du bénéfice. — Prendre pour exemple le pacte du démon avec certains pasteurs : — Prends la brebis ; laisse moi sa laine et sa toison. — Toi, que veux-tu? — L'âme. — Moi, je veux les revenus. — « Donne-moi » donc les âmes, reprend le démon, prends le reste pour toi (3). »

Heureux le peuple à qui Dieu fait la grâce d'avoir d'excellents gouvernants! La reine de Saba vint à Salomon et lui dit : « Béni » soit le Seigneur, votre Dieu, à qui vous avez plu et qui vous a » placé sur le trône dTsraél, parce que le Seigneur aime Israël pour » toujours et vous a établi roi pour régner avec équité et pour ren- » dre la justice [i;. » Hiram, roi de Tyr, dans les lettres qu'il écrivait à Salomon disait aussi : « Parce que le Seigneur a aimé son « peuple, il vous a fait régner' sur lui. Et il ajouta ces paroles : Béni » soit le Seigneur, le Dieu d'Israël ; qui a fait le ciel et la terre, n qui a donné au roi David, unlilssage, habile, plein d'esprit et de » prudence (fs). »

D'après l'Evangile le bon Pasteur doit réunir quatre conditions. Premièrement, il fait paître ses brebis ; secondement il les connaît; troisièmement il les défend; quatrièmement il réunit celles qui sont dispersées. La première condition est exprimée dans ces paroles : " Je suis le bon Pasteur ; » la seconde dans celles-ci : « Et jecon- >» nais mes brebis ; » la troisième dans ces autres : a Le bon pas-

(1) S. Jean, X, 11. - (2) Id. - (3) Genèse, xiv, 2l. —[4) 111 Rois, x, 9. - (5) II Paralip , II, 11.

« leur donne sa vie ; » la quatrième enfin dans ces dernières : « Et » il n'y aura qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. » Jésus- Chiist réunissait ces quatre couditions ; voilà pourquoi ila pu dire : « Je suis le bon Pasteur. »

Premièrement il nourrit ses brebis. Trois sortes de nourritures : la nourriture du corps, la nourriture de l'esprit, la nourriture de la gloire. Il nourrit le corps en pourvoyant à ses nécessités ; Dieu a créé les fruits, les poissons, les animaux, pour la nourriture de l'homme. «< Il donne la nourriture à toute chair (i), » en lui procurant divers fruits selon les saisons.

La seconde nourriture, la nourriture spirituelle, est la doctrine sacrée et les saintes inspirations, car « l'homme ne vit pas seule- » ment de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de » Dieu (2). » Privé de nourriture, le corps s'affaiblit, ainsi l'àme privée de la visite de Dieu. « Moïse conduisit son troupeau dans le » fond du désert (3). » Moïse, c'est la lettre de la loi ; l'intérieur du désert, c'est le sens mystique, ou bien encore les consolations spirituelles, les bons désirs. Oh 1 quelle nourriture on trouve dans l'intérieur du cœur !

La troisième nourriture est celle de la gloire ; elle est ce pur froment dont Dieu nourrit ses élus, ce torrent de volupté dont il les enivre par sa présence. « Vous me remplirez de joie par votre vi- » sage (4), » c'est-à-dire par votre présence. Oh ! quelle nourriture ! — L'Epouse des Cantiques : « Toi que chérit mon àme, en- » seigne moi où tu fais paître tes brebis, où tu te reposes au milieu » du jour (5). »

Tu lesfaispaîtresansdoute sur cette terre ; mais là leurnourriture est peu abondàixte ; les brebis ne peuvent s'y rassasier et elles ne la prennent que pendant la nuit. Et moi je désire prendre ma nourriture avec sécurité, au milieu du jour, aux lieux où vous vous reposez. Ici tout est plein de dangers et, en nous donnant la nourriture, vous êtes sans cesse dans la crainte de nous voir périr. Là point de lion, point de loup dévorant ; voilà pourquoi vous vous

(1) Ps. cxxxv, 25. - (2) s. Mallb., iv, 4. — (3) Exode, m. 1. — (4) Ps.xv, II. — (5) Cant., i, 7,

reposez. Ici dès le matin, au milieu des ténèbres de la chair qui nous environnent, vous nous donnez les pâturages de la doctrine. Mais que a le malin passe! » qu'il tombe, qu'il se flétrisse, qu'il se dessèche ! Cette nourriture n'est pas suflisante pour moi ; montrezmoi «< où vous faites paitre vos brebis, où vous vous reposez au mi- » lieu du jour(1). »

Ezèchiel répond : « Je les conduirai dans les plus gras pâtu- » rages ; les hautes montagnes d'Israël leur fourniront leur nourri- » ture (2), » c'est-à-dire les montagnes du fils de Jacob dont il est dit : «< Israël sera sa puissance '3'. » Le Christ en effet est une montagne dans toutes les parties de son être. Son corps est une montagng. son àme est une montagne, le Verbe est une montagne. Le Psalmiste : Le Christest la montagne du Seigneur ; son corps est une riche montagne, son àme est une montagne fertile en doctrine et en vérités ; le Verbe de Dieu est « la montagne où Dieu se plait » à habiter '4'. » Sur la montagne du Seigneur sont trois sommets, trois substances.

La seconde condition du bon pasteur est qu'il connaît la forme de son troupeau. — S'élever contre les prélats non résidants. — Dieu connaît tous les hommes; mais il n'y a que ses propres brebis qu'il connaisse d'une science d'approbation. Ses brebis ont un signe particulier qui les distingue. « Vous nous avez marqués, Seigneur, de » la lumière de votre visage '5} ; » « à cause de votre foi, vous avez » été marqués du sceau de l'Esprit-Saint qui vous fut promis (&}. » Ainsi ditsaint Paul aux Ephésiens. Il disait encoreaux Corinthiens : « Dieu a répandu son onction sur nous, il nous a marqués de son » sceau et a donné dans nos cœurs le gage du Saint-Esprit (7\ » Les traits auxquels Dieu nous reconnaît sont les traits de son Fils; la lumière de la face divine est la foi en Jésus-Christ, voilà le signe.

Rappeler le caractère de la bi'te dont parle l'Apocalypse. — Dire aussi comment il y a des brebis marquées du signe de la perdition. Laban et Jacob en étaient la ligure. Il fut convenu que les brebis

(I) Canl., 1, 7. —(2) Lzcch,, xxxiv, li. — 3) Ts. lxiii, 2. — (4) Ps. Lxvu, 17. — (5) P». IV, 7. - {6) Eph., i, 13. — (7) II Ccrinlh., i, 22.

d'une seule couleur appartiendraient à Laban et les brebis de plusieurs couleurs à Jacob. Laban, quisignifîe combustion, est la figure du démon, Jacob est la fig'ire de Jésus-Christ. Les brebis qui, à cause delà variété de leurs vertus, ont plusieurs couleurs, appartiennent à Jésus-Christ. Les brebis ignorantes qui n'ont pas plusieurs vertus appartiennent à Laban ; elles ne portent que le seul vêtement des appétits charnels. — Le Psalmiste signale les premières comme « revêtues d'une grande variété (1). »

Mais vous demanderez comment l'âme peut prendre diverses couleurs. Ecoutez la sagesse de Jacob. Il prit des branches qu'il plaça dans les canaux, après les avoir dépouillées de leur partie supérieure, de leurécorce. Au moment de la conception, les brebis voyaient ces branches et concevaient des agneaux tachetés. Que sont ces branches, sinon les facultés de l'âme dépouillées de leur parties supérieures, c'est-à-dire de l'écorce corporelle qui les couvre ? La pensée, le désir, l'espérance sont libres, quand ils sont dépouillés de l'pcorce de la chair, de tout appesantissement terrestre. La partie intérieure de l'âme, la faculté active garde sa couleur verte, en sorte que la pensée dépouillée de la chair contemple Dieu et que la faculté active qui conserve sa couleur se porte au secours du prochain. Par conséquent, que la partie intelligente soit pure pour contempler et aimer Dieu, et que la partie active soit toujours vigoureuse pour procurer au prochain des soins et même des agréments.

Mais il faut poser ces branches dans des canaux. Les canaux, ces fontaines d'où coulent jusqu'à nous les eaux de la vie, « ces fon- » taines du Sauveur » pleines d'un sang divin, sont les plaies sacrées du Rédempteur. Voulez-vous que votre bonne pensée conçoive un bon désir, une bonne œuvre ? placez vos branches dans les canaux divins. Au moment où vous désirez vous repentir et servir votre Dieu, où vous vous proposez le mépris du siècle, le démon vient, il enlève de votre cœur la parole sainte et fait surgir mille difficultés, mille obstacles à votre pénitence; et alors vous ne pouvez ni concevoir, ni produire au dehors ce que vous avez

(1) Ps. XLIV, 10.

conçu : «« Les enfants sont arrivés au terme; mais cellp qui est en n travail n'a pas assez de force pour enfanter (1). >»

Voici le remède : placez vos branches dans les canaux, contemplez-les au moment de concevoir: placez vos saints désirs, vos saintes pensées dans les ondes sacrées de la Passion du Sauveur et ils ne seront pas stériles. Rappelez-vous ce que Jésus-Christ a souffert pour vous et il vous sera facile de tout souffrir pour Jésus- Christ. Accomplissez cette parole de l'Apôtre : « Pensez en vous- )> mêmes à celui qui a souffert de si grandes contradictions de la n part des pécheurs soulevés contre lui, afin que vous ne vous dé- » couragiez point '2). »

La troisième condition du bon Pasteur est qu'il défende ses brebis. — David, arrachant leur proie à Tours ou au lion, en était la figure. « Votre serviteur, disait-il à Saill, paissait le troupeau de » son père ; et un lion ou un ours venait et prenait un mouton au » milieu du troupeau, et je les poursuivais et je les frappais et j'ar- » rachais leur proie de leur gueule ; et, lorsqu'ils se levaient contre » moi. je les prenais à la gorge et je les étouffais et les tuais. Car »> moi. votre serviteur. j"ai tue un lion et un ours, c'est pourquoi ce » philibtin incirconcis sera comme l'un d'eux (3\ »

Le nouveau David, à la main puissante, est le Christ. David fut d'abord pasteur et ensuite roi ; pourquoi cela, Seigneur? Si vous voulez faire un roi de David, qu'il soit élevé parmi des princes, qu'il prenne les mœurs et les usages de la cour ; pourquoi laisser élever dans les champs, celui qui doit gouverner un royaume?

David était la figure de Jésus-Christ qui fut aussi gardien de troupeaux, avant de régner par sa puissance. Lui aussi, quand survient l'ours ou le lion, arrache leur proie ; c'est-à-dire, il arrache des mains avides du démon le pécheur au cœur incirconcis. Ainsi fit le Sauveur au jour de sa mort, ainsi il fait tous les jours dans le Sacrement de Pénitence. — Job avait dit : « Avec le bois de ses » javelots, il percera ses narines (i). »

La quatrième condition du bon pasteur est qu'il réunit en un seul

(!) IV Rois, \\\, 3. — (2) Hébr., xii, 3. — (3) I Rois, xvir, 34. — (4) Job, XL, 10. ^

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troupeau toutes ses brebis. « Jésus devait mourir afin de rassemw bler les enfants de Dieu qui étaient dispersés 'I). » Ezéchiel (2) nous montre aussi deux branches qui se réunissent et ne fontqu'une seule branche.

Be'da (3) commentant TEpîlre aux Philippiens. disait : On reconnaît aux fruits les qualités d'un pasteur : Premif^rement. il connaît ses brebis et il en est connu ; il connaît les traits de son troupeau, c'est-à-dire il connaît les consciences; il en est connu, parce que ses brebis reçoivent ses aumônes et se» bienfaits. Secondement, il donne sa vie pour ses brebis. Troisièmement, il entre par la porte.

Deux marques du mercenaire : Premièrement, il fuit, il ne défend pas les brebis. Secondement, parce qu'il est mercenaire, il ne s'occupe pas des brebis; il ne s'occupe que de lucre.

Trois marques du voleur. Premièrement, il enlève même ce qui ne lui est pas dû ; secondement il dévore ; troisièmement il n'entre point par la porte, mais par la simonie. — Que ceux qui gouvernent l'Eglise examinent à quelle classe ils appartiennent.

Quelles sont les qualités du bon pasteur? La première est la charité ; c'est même la seule qui futdemandee à sainlPierre. — Pierre, « m'aimes-tu (4)? » Pierre, « m'aimes-tu? » Et Pierre répond:' « Seigneur, vous savez que je vous aime (5). » — Le pasteur dit : « Je suis noire, » c'est-à-dire j'ai mille soucis, mille distractions: « mais je suis belle » par mes intentions, par ma charité. Noire « comme les tentes de Cédar : " je suis embarrassée de soins et d'affaires comme les enfants du siècle ; mais par ma charité je suis belle « comme les tentes de Salomon ; » je suis semblable au Christ dans sa chair mortelle. A cause des hommes il fut humilié ; son amour l'obscurcit, en le réduisant à la forme d'esclave ; il avait la forme d'un bon prélat qui ne recherche pas ses propres intérêts.

La seconde qualité du bon pasteur est la vigilance. « J'ai tigecé » des sentinelles sur tes murs, ô Jérusalem ; ils ne se taironfîcA le » jour ni la nuit ;6). » Quand le Seigneur trouva les trois apôtres

(1) S. Jean, xi, 52. — (2) Ezécli., xxxvii, 17. — (3) Beda EpU. aux Philip., ch. 1". — (4) S. Jean, xxi, 15. — (5) Gant., i, 5. — (6) Is., Lxii, 6.

endormis, il ne s'adressa qu'à Pierre; il ne se plaignit que de Pierre ; il dit : « Simon, tu dors ! » Je ne m'étonne pas du sommeil des autres; mais toi que j'ai préposé à la garde des brebis, tu dors !

Mais, Seigneur, pourquoi, je vous prie, l'appeler Simon? Ne lui avez-vous pas d''jà imposé le nom de Pierre? « Tu es Simon ; tu » seras appelé Pierre (1). » Il lui rend son ancien nom, parce que ce sommeil montre qu'il ne s'était pas encore dépouillé du vieil homme ; ce sommeil n'était pas digne de celui qui portait le nom de Pierre.

La troisième qualité du bon pasteur est la science : « Que leSei- » gneur. le Dieu des esprits, de toute chair, choisisse un homme » qui veille sur cette multitude et qui puisse sortir et entrer de- » vaut eux, et les faire sortir et entrer, de peur que le peuple du » Seicrneur ne soit comme des brebis sans pasteur (2). » — « Qui » puisse sortir » c'est-à-dire seprésenterà eux avec de bonnes œuvres ; " et entrer » c'est-à-dire péijétrer en eux par sa science et par ses salutaires exhortations. « Qui puisse les faire sortir » pour opérer de saintes œuvres; « et entrer » pour se recueillir dans de bonnes méditations.

Voici une figure de cette troisième qualité : Moise, ce bon pasteur, conduisait « son troupeau dans l'intérieur du désert (3). » A ce sujet l'Apôtre dit : « Que les prêtres qui gouvernent bien » soient doublement honorés ; principalement ceux qui travaillent M à la prédication et à l'instruction (4). » Qu'il soit pasteur et qu'il y ait en lui les pâturages de la doctrine. — Le Psalmiste : « Il a » choisi David son serviteur ; il l'a tiré du milieu des bergeries ; il l'a » pris quand il gardait les brebis, pour être le pasteur de Jacob son » peuple et d'Israël son héritage (5). »

Tel est le pasteur : mais il y a en lui des pâturages, car le P^rel^iste ajoute : «< Et David les a gouvernés dans la simplicité de » Svpcœur; il les a conduits d'une main sage et prudente (6). » Le Psalmiste : « Si vous prenez votre repos entre les clergés

(1) S. Jean, 1, 42. - (2) Nomb.. xvii. IG. - (3) Exode, m, 1, - (4; I Timoth., V, 17. — (5} Ps. lxxvii, "6. — (G) Id. 78.

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» etc. 'i). » C'est-à-dire entre le clergé séculier et le clergé régulier. — Job : « Ils se sont endormis au milieu de leurs monceaux » de blé ; ils sentent les ardeurs de la soif, en foulant leurs pres- » soirs (2\ w Dans le clergé, en effet, doivent se trouver une grande doctrine, des sources fécondes de piété et de consolation ; c'est dans ce but qu'ont été établies les dignités ecclésiastiques.

« Qui sentent les ardeurs de la soif, en foulant le pressoir ; » c'est-à-dire qui, fatigués, accablés par les affaires de ce monde, recourent aux hommes spirituels pour leur demander les consolations de la doctrine et de la parole de Dieu. Mais helas 1 ô sainte Eglise, ma Mère ! « Tes gardiens sont comme des sauterelles '3' ; » ceux qui devraient nourrir les pauvres sont précisément ceux qui les accablent d'impôts et les dépouillent. 0 pasteurs changés eu simulacres ! ils ne savent pas même siffler pour rassembler le troupeau ! Vous pourriez tout aussi bien confier vos brebis à une statue de marbre. — Job parlant du rhinocéros : « Oseriez-vous, s'écriait- » il, lui confier vos travaux '4^? » c'est-à-dire les âmes pour lesquelles vous avez essuyé tant de fatigues et de sueurs?

Oh ! quel compte il faudra rendre de ces âmes pour lesquelles Jésus-Christ a essuyé de si cruels supplices! Saint Bernard '5), parlant du triple soin des âmes et des difûcultés de la charge pastorale, nous dit . C'est une dette bien plus grave, bien plus périlleuse, bien plus écrasante, celle des prélats qui auront à rendre compte d'un grand nombre dames. Que faire, malheureux que je' suis? de quel côté me tourner, s'il m'arrive de garder avec négligence un si grand trésor, ce précieux dépôt que Jesus-Christ regardait plus précieux que son propre sang? Ah ! si, aux pieds de la croix du Sauveur, j'avais recueilli les gouttf'S de son sang, et qu'après les avoir d^-posees dans un vase de verre, je les eusse là près de moi et que je fusse oblige de porter ce vase, de le d-i-placer souvent, quelles seraient mes anxiétés dans un si grand danger! Eh bien 1 j'ai reçu la garde d'un dépôt, pour lequel un sage acheteur, la Sagesse même donna ce sang divin. Et j'ai ce trésor dans des

(1) Ps. Lxvii, 14. —(2) Job, x-siv, 11. — (3) Nahum, m, 17. - (4) Job, xxxix, 11. —(6) S. Bern. Serai. 3 de l'Avent.

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vases fragiles que je vois entourés de bien plus de dangers que des vases de verre. Et ce qui met le comble à ma sollicitude et au poids de mes craintes, c'est que, devant veiller sur ma conscience et sur celle de mon prochain, je ne connais suffisamment ni l'une ni l'autre. L'une et l'autre est pour moi un abîme insondable ; l'une et l'autre est pour moi une profonde nuit; et pourtant ou exige de moi la garde de lune et de l'autre et sans cesse on me crie : « Sentinelle, » que djs-tu delà nuit? bentinelle, que dis-tu delà nuit(1) ? » Et je ne puis répondre comme Gain : « Suis-je le gardien de mon » frère (2)? » — Cependant les prélats me semblent dignes d'excuse, s'ils s'attachent à une juste vigilance et à la discipline « avec » une patience à toute épreuve et par toutes sortes d'instruc- » lions 3), »

Par conséquent, « si vous prenez votre repos entre les clergés » calmes et tranquilles, vous serez instruits et consolés ; leurs instructions, leurs exhortations, leur science feront votre sécurité. — « La colombe aux ailes argentées (4). » La sainte Eglise est cette colombe. — L'Epoux disait : « Ma colombe est unique, elle est » parfaite (5). » Le corps de l'Eglise est le peuple lourd et pesant ; ses deux ailes sont les deux clergés régulier et séculier qui, comme je l'ai dit, soutiennent et élèvent le corps par leur doctrine et leurs exhortations. — Mais pourquoi les ailes de la colombe, pourquoi tout son plumage est-il argenté ? Parce qu'aujourd'hui nous voyons en énigme et daj^s un miroir. <« Mais les plumes de son dos reflè- » tent l'éclat de l'or. » Plus tard, au sein de la gloire, « nous verrons » face à face. »

Nous lisons dans le dernier chapitre du Cantique : « Si elle est » comme une muraille, bâtissons a u-dcssus des tours d'argent, (6)» les tours du gouvernement et de la prédication. « Si elle est »> comme une porte » ouverte, ne pouvant résister aux tentations, fortifions-la d'une forte clôture. « Si elle est un mur, bâtissons au- » dessus. » Voyez si vous trouvez en vous la force. — « Vous ne " labourerez pas avec le premier-né du bœuf 7^. » Et saint Paul :

(1) Isaïe, XXI, U. - (2) Genèse, iv, 9. - (3) II Tim., iv, 1'. - (4) P». Lxvii, 14. — (ô) Gant., vi, 8. — (G) Gant., mii,9. — [',) Deut., xv, lU.

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«< Que ce ne soit point un néophyte. » — Jérèmie : « Je vous don- » nerai des pasteurs selon mon cœur, qui vous nourriront de science » et de doctrine. » Ezéchiel : « Fiis de l'homme, je t"ai établi sen- » tinelle dans la maison d'Israël ; tu entendras la parole de ma bou- » che et tu la leur répéteras en mon nom .'1). » Nous lisons encore dans le troisième livre des rois :• « Garde cet homme ; et s'il s'é- >» chappe, ton âme répoudra de sou âme (2). »

Saint Grégoire (3} énumère les qualités nécessaires à un pasteur dans son explication de la figure qu'il trouve dans les socles faits par Salomon. Dieu avait commandé que sur ces socles le sculpteur représentât des chérubins , des lions, des bœufs et des lanières flottantes. Les chérubins signifient la science nécessaire à un prélat, et les lions son zèle. — Moïse était le plus doux des hommes, et pourtant quand le peuple pécha, Moïse lui infligea la punition la plus sanglante. Comme il vengea le Seigneur, pour sauver le peuple de sa destruction ! Sans doute le sang du peuple causait à Moïse la plus vive douleur, et pourtant son zèle pour Dieu le portait à verser le sang de ces coupables, car il savait que sans cela Dieu détruirait le peuple tout entier.

Une certaine vivacité convient donc aux prélats; néanmoins qu'ils aient ausbi comme le bœuf une grande patience. Qu'ils n'aient point la vivacité seule ni la patience seule ; qu'ils aientune ardeur patiente et une patience ardente. — Les lanières pendantes signifient la répression. Que son exemple refrène les vices, qu'il pratique volontiers la discipline. — Par conséquent un prélat doit être savant comme un chérubin, ardent comme un lion, patient comme le bœuf, attentif à corriger les vices. — Saint Augustin dit dans sa règle : Qu'il corrige les turbulents, qu'il console les pusillanimes, qu'il soutienne les faibles, qu'il soit patient pour tous et que lui-même, donne volontiers l'exemple de la discipline.

Isaïe dans ses prophéties parle du Seigneur Jesus-Christ, et que dit-il ? « Il porte sur son épaule le si^ne de sa domination ; il sera » appelé l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père du siècle

(1) Ezéch„in, 17. - (2) 111 Rois, xx, 39. — (3) S. Grég. Homélie 17 sur l'Evang., u» 12.

204 DEl-XIÈME DIMANCHE

» futur, le prince de la paix J> » Tel doit être un prélat parmi le peuple. A l'exemple de Celui qui, tenant le monde dans sa main, porte sur son épaule sa principauté, sa charge, son pouvoir, que le prélat, en recevant sa prelature, la regarde comme un très-lourd fardeau. Le Pasteur des pasteurs iui demandera compte de ses brebis. Lorsqu'il aura remis son royaume entre les mains de son Père, qu'il se sera dépouillé de tout pouvoir, de toute principauté, suivant les paroles de l'Apôtre, alors « toute grandeur sera abaissée parmi les » hommes ; Dieu seul sera grand en ce jour '2). » Alors tous ne seront que des sujets, et le divin Juge demandera aux pasteurs un compte sévère de leurs troupeaux; il montrera à son Père les blessures au prix desquelles il avait acquis ces brebis qu'il portait autrefois sur ses épaules. Et ceux qui maintenant foulent aux pieds ses chères brebis, lui-même alors les foulera aux pieds.

Saint Bernard ['6; : Nous sommes votre héritage, ô bon Jésus ; vous l'avez acquis par votre arc et votre glaive. Votre arc est votre Incarnation, votre glaive est votre parole. Par votre Incarnation et par votre parole, vous avez acquis cet héritage pour lequel vous vous êtes donne tout entier. Vous avez dans les cieux un autre héritage que vous n'avez point acheté; il est uniquement l'ouvrage de vos mains : quant à votre héritage terrestre, vous l'avez créé et vous l'avez acheté.

La dernière qualité du pasteur, mais aussi la principale est l'innocence, la pureté de la vie. La colère de Dieu s'était enflammée contre le peuple ; Moïse dit à Aaron de prendre à l'autel le feu et l'encensoir, et lui-même se plaça entre les morts et les vi\ants, pour apaiser le Seigneur et pour s'opposer à sa colère. Voilà ce que doit être un prélat ; sa vie doit être si pure qu'il puisse se placer entre les justes et les pécheurs, pour conserver par ses prières la justice des premiers, pour obtenir par ses larmes le pardon des autres et pour s'opposer à la colère du Seigneur irrité.

Mais hélas! ô mon Dieu, a personne nevous invoqueaujourd'hui ; » personne ne se levé pour arrêter votre bras (4^ » Le Seigneur

(1; Isaïe, IX, 6. — (2) Isaïe, ii, 17. — (3) S. Bern., sur les Sentences, n° 13. — (4^ Isaïe, lxiv, 7.

s'en plaint lui-même par son prophète : u j'ai cherché uii homme, » dit-il. qui se présentât comme un mur entre eux ei moi. qui s"op- » posât à moi pour cette terre, atln de m'empècher de la détruire, » et je ne l'ai point trouvé J). » C'est à peine si Ion peut obtenir le pardon de ses propres péchés ; quelle audace, quelle présomption de s'opposer à Dieu pour les péchés dautrui !

Le Seigneur Jésus-Christ, le Prêtre éternel, prenant l'encensoir de sa chair mortelle, le feu de la charité et l'encens de la prière, offrit son sacrifice à Dieu sur l'autel de la croix ; il se plaça Médiateur entre Dieu et les hommes et offrit pour tous une abondante satisfaction. — Moïse s'opposa à Dieu, disant : « Ou bien remettez-leur » cette faute, ou bien effacez-moi du livre de vie (2 . » Abraham semble gourmander le Seigneur et lui donner des conseils, disant : a Gardez-vous, Seigneur, d'agir de la sorte ; cela n'est point de » vous qui jugez la terre; vous ne rendrez pas ce jugement (3). >» Quelle admirable audace dans ces deux hommes ! La charité est excessive dans sa hardiesse ; ce n'était pas une prière qtf'ils adressaient au Seigneur, c'étaient plutôt les plus vives instances.

Il est dit des anciens et des nouveaux prélats ainsi que des religieux : « Ses Nazaréens sont blancs, ils ont rendu gloire à Dieu et, » comme le lait qui se durcit, ils se sont affermis ; » « ils étaient plus » blancs que la neige, plus purs que le lait, plus brillants que l'i- « voire, plus éclatants que le saphir ^4). » Que de beauté, que de splendeur dans ces anciens Nazaréens ! — Mais voyez ce qui suit : « Leur visage est devenu plus noir que le charbon ; ils n'étaient point » reconnus sur les places publiques [o].. » — Peser cette parole : « Ils n'étaient point reconnus sur les places publiques. » Autrefois quand il leur arrivait de sortir au milieu du peujile. à cause de cette rarcto, à cause de leur modestie et de leur sainteté, tous les vénéraient comme des pères. Aujourd'hui « le prêtre est semblable » au peuple ^6) ; » a ils se sont mêles aux nations et ils ont appris )) leurs œuvres ^7\ » « Comme l'or s'est obscurci ! » où est cette

(1) Ezéch., XXII, 30. — (2) Exode, xxxii, 32. — (3) Genèse, xviu, 25. — (4) Lament.. iv, 7. — (S) Id. 8, — 6] Isaïe, xxiv, 2. — (") Ps. cv, 35.

splendeur de la saiiUeté antique? » Cette belle couleur, » c'est-àdire la régulant' et la charité, « a ét-i changée: les pierres du « sanctuaire ont été dispersées à l'entrée de toutes le^ places pu- » bliques(1}. »

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