‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · APOSTILLE SUR L'ORAISON DOMINICALE · texte numérisé non relu

APOSTILLE SUR L'ORAISON DOMINICALE

« Notre Père. » Hélas î quel Père et quel fils ! Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pilié de moi. Un ver de terre ose vous appelez son Père 1 G mon Père qui m'avez créé 1 0 mon Père qui m'avez racheté ! 0 mon Père qui m'avez tiré de Tombre de la mort des ténèbres extérieures, du feu de l'enfer 1 ah ! ne sont-ce pas là vraiment les œuvres d'un Père ?

Mais moi, suis-je votre tils? Ai-je l'amour, le respect, les égards, la crainte au moins qu'un fils doit avoir pour son père? « Si je » suis votre Père, nous dit-il lui-même, où est votre amour pour » moi ^3 ■? » Malheur à moi ! Vous êtes mon Père, mais je ne suis pas votre fils. Qne dis-je pourtant ? Peut-on être père sans avoir un fils? Votre bienfait m'a fait votre fils, mais mon iniquité n'a fait de moi qu'un fils dégénéré. Je suis votre fils, mais un fils rebelle, suivant cette parole : « Des enfants rebelles ont menti conj) Ire moi (4;. » Vous êtes vraiment le père d'enfants menteurs. Enfants menteurs et pourtant enfants de la vérité. Votre vérité a absorbé notre mensonge, pour faire de nous vos enfants.

Mais d'où sommes-nous sortis? Comment avons-nous été engendrés? " Il nous a engendrés, dit saint Jacques, par la parole de la >» vérité (5). » Nous sommes ses enfants par celui qui est son Fils par nature; c'est lui qui « nous a donné le pouvoir d'être » en

(l) Ps. XXIV, 3. - (2) Ps. txviii, 14. — (3) Mal., i, 6. - (4) Ps. xvn, 49. — (5)8. Jacq., i, 18.

son nom « enfants de Dieu ^\]. » « Voyez, mes frères, quelle cha- » rite le Père a eu pour nous, en permettant que nous fussions » appelés et que nous fussions réellement enfants de Dieu (2). >• Il est notre Père ; je dis notre, car il est le Père commun de tous les êtres ; mais il est particulièrement le Père de celui qui dans sa prière au Gethsémani lui disait : « Mon Père, » puisque seul il est son Fils par nature.

« Qui êtes aux cieux. » Mais n'est-il qu'aux cieux? N'est-il pas aussi sur la terre? N'est-il pas encore dans l'enfer? « Je remplis, « nous dit-il, le ciel et la terre ^3^ » Il est présent partout et partout il est tout entier. Il est au fond de toutes choses, sans y être enfermé ; il est en dehors de toutes choses, sans en être séparé. — Pourquoi disons-nous qu'il est particulièrement dans les cieux, si ce n'est parce que là il apparaît, que là on le voit, que là il se manifeste ? Je dis que vous êtes aux cieux, je vois que vous êtes aux cieux ; là vous êtes présent, là vous vous montrez à tous les yeux.

« Que votre nom soit sanctifié. » Pourquoi cette parole? Pouvons-nous sanctifier ce nom toujours saint, toujours glorieux? Pouvons-nous augmenter sa sainteté? Que pouvons-nons ajouter à votre nom saint par lui-même, pour qu'il soit sanctitié en nous et par nous ? Il est sanctifié en nous et par nous, lorsque nous le louons, lorsque nous le magnifions ; il l'est aussi parce que nous sommes sanctifiés nous-mêmes par ce nom ! — Du reste, nous disons cette parole, parce que nous désirons que votre nom soit connu, béni, loué, magnifié par toutes les nations, par tous les peuples, par le monde tout entier.

a Que votre règne arrive. » Comment vient-il, puisque « le » règne de Dieu est au-dedans de nous (4) ? » Que ce soit votre grâce qui nous arrive, votre grâce qui fasse apparaître dans notre extérieur le règne de Dieu qui sera au-dedans de nous. Réglezvous même notre intérieur et notre extérieur, nos pensées, nos affections et nos œuvres. Que votre volonté, que votre seul désir

(11 S. Jean, i, 12. - (2) I S. Jean, lu, 1. — (3) Jér., xxiii, 24. - (4) S. Luc, XVII, 21.

24i CINQIIEME DIMANCHE

soit la règle de notre cœur et de nos intentions, et votre règne se fera en nous, d'abord parce que nous vous connaîtrons, et ensuite parce que vous nous dirigerez ; il ne nous restera qu'à suivre votre impulsion et à marcher sur vos traces.

« Que voire volonté se fasse. « Voulez-vous ma vie, j'accepte la vie: voulez-vous ma mort, j'accepte la mort; voulez-vous que je monte dans les hauteurs, j'irai sur les hauteurs; voulez-vous que je descende dans l'abîme, j'irai dans l'abîme ; que toutes vos volontés sur moi soient accomplies. Vous êtes le potier, je ne suis que l'argile : faites de moi ce qu'il vous plaira, soit un vase d'honneur, soit un vase d'ignominie ; élevez-moi ou abaissez-moi dans votre maison : « que votre volonté se fasse. » Que suis-je pour m'opposer à vous ?

« Sur la terre comme dans le ciel. « Comme dans le ciel votre volonté s'accomplit uon-seulement sans contradiction, sans ennui, sans fatigue, mais encore avec joie, avec transport, qu'ainsi elle s'accomplisse sur la terre ; que les hommes vous soient soumis sur la terre comme les anges vous sont soumis dans le ciel. Et cela peut-il se faire pleinemejit? Oui pleinement, non par un effet de notre nature, mais par un effet de votre grâce. — Par conséquent il nous faut, premièrement, vous connaître, secor.dement, être intérieurement dirigé par votre main, troisièmement vous suivre dans notre conduite. — Accomplissez ces trois choses.

« Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. » Que reste-il. sinon à accorder le don de votre pain à ceux qui vivent suivant vos désirs'* Donnez-nous donc notre pain quotidien, le pain de vos douces consolations, le pain de la contrition, le pain de la doctrine, le pain de votre corps sacré, le pain de notre corps, tous ces divers aliments dont chaque jour nous sentons le besoin soit dans l'àme soit dans le corps; donnez-nous-les aujourd'hui; aujourd'hui, c'est-à-dire dans le cours de cette vie, «< pendant le temps, n dit l'Apôtre, qui s'appelle aujourd'hui (t\ » Tant que dure ce jour de notre vie, nous ne cherchons pas le superflu, nous demandons le nécessaire, nous repoussons les vanités du temps. Le (1) Hébr., in. 13.

père doit nourrir ses enfants ; il est donc juste que notre Père donne à ses enfants leur pain quotidien. Donnez-nous-le chaque jour, donnez-nous-leconstammerit. Donnez-nous ce pain maintenant, car vous nous donnerez un jour un autre pain qui est au-dessus de toute substance, le pain des anges, la manne des cieux. — Nous demandons aussi ce pain céleste et nous l'espérons. Aujourd'hui nous le mangeons à l'autel sous des voiles mystiques, mais là nous le mangerons sans voile à l'autel de votre gloire. « Heureux celui T) qui mangera le pain dans la maison du Seigneur (1) ! »

a Et remettez-nous nos dettes. » 0 bon Jésus, quelles dettes 1 quelles dettes ! Qui pourra vous payer toutes ses dettes? Nous vous devons tout ce que nous sommes et tout ce que nous pouvons. Vous avez planté l'arbre, à vous sont dus tous les fruits de l'arbre ; à vous est dû toute louange, à vous tout amour, à vous toute gloire, à vous toute crainte, à vous tout respect, à vous toute obéissance, en un mot à vous est due notre vie tout entière. Qui jamais vous a payé entièrement chacune de ces dettes? Qui n'est pas demeuré votre débiteur? Qui vous a aimé autant qu'il le devait? Qui vous a loué autant qu'il le pouvait?

Ceux-là donc qui auront le mieux acquitté ces dettes demeurent encore vos débiteurs ; le paiement complet n'est pas possible ; il est donc nécessaire que vous nous remettiez nos dettes, puisque, ne pouvant les acquitter pleinement, nous demeurons toujours vos débiteurs.

Nous vous devons tous vos bienfaits ; mais ne vous devons-nous pas autre chose? Ah ! nous vous devons encore pour nos péchés ; nous sommes vos débiteurs à cause de vos dons, mais nous le sommes aussi à cause de nos fautes ; nous vous devons les biens que nous ne vous avons pas rendus, nous vous devons aussi l'expiation des iniquités qui nous ont mérité le châtiment éternel. Remettez-nous l'une et l'autre dette, la dette de louange et la dette d'expiation. « Remettez-nous » donc « nos dettes. »

« Comme nous remettons à nos débiteurs. » Ah I que nos dettes envers vous sont bien différentes et bien plus grandes que les

(1) S. Luc, XIV, 15.

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