‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 26 sur 62 · A6 CINQUIÈME DI5L\NCHE APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

A6 CINQUIÈME DI5L\NCHE APRÈS PAQUES

dettes de quelques hommes envers uous '. Quelle différence entre ces dettes 1 Que peut me devoir cet homme que je n'ai pas créé, que je n'ai pas racheté ? S'il m'offense, il n'offense que son égal ; et moi j'offense mon Créateur. Quelle proportion y a-t-il entre ces deux offenses, pour que la rémission si légère de l'une m'attire une rémission si considérable ?

D'ailleurs, en remettant à Thomme son offense, que vous donnons-nous ? Nous remettons des dettes qui vous sont étrangères ; pourquoi nous remettre des dettes qui vous sont propres? Ah! c'est que vous daignez recevoir vous-même tout ce que l'on donne à vos serviteurs ; c'est à vous que nous accordons tout ce que nous accordons au prochain. Des deux côtés ce n'est que justice ; néanmoins, vous le voulez ainsi, afin qu'en remettant de légères injures, nous recevions le pardon de nos crimes.

« Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez- » nous du mal. » Ainsi soit-il. « Dieu ne tente personne (1) ; » il ne porte pas au mal, mais il le permet. Permettez-le, Seigneur, mais sans m'abandonner; car si vous m'abandonniez, vous me laisseriez succomber : si vous ne me souteniez, vous sembleriez favoriser ma chute. Ne me laissez pas succomber. Que la tentation m'attaque à l'extérieur, mais qu'elle ne pénètre pas jusqu'à mon âme. « Eprouvez-moi, Seigneur, et tentez-moi '2), » mais daignez ne pas, vous retirer de moi. Je souffrirai volontiers d'être tenté, mais ne souffrez pas que je succombe. Je ne suis pas assez orgueilleux, pour refuser toute teutation, puisque vous avez dit vousmême : « Pour vous, vous êtes demeurés avec moi dans mes » tentations (3). » Le Seigneur a été tenté et le serviteur ne le serait pas! Mais, ô mon Dieu, que la tentation soit ma gloire et non ma perte.

(1) I S. Jacq., 1. 13. - (2) Ps. xxv, 2. — (3) S. Luc, xxii, 28.

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DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE L'ASCENSION

Opérations de l'Esprit-Saint dans les âmes.

Cum venerit Paraclitus, quem ego mittam vobis a Pâtre, Spiritum veritatis, qui a Pâtre procedit, ille testimonium perhibebit de me.

Lorsque le Paraclet sera venu, cet Esprit de vérité qui procède du Père et que je vous enverrai de la part de mon Père, rendra témoignage de moi. (S. Jean, xv, 26).

Après la glorieuse Résurrection du Seigneur et sa pompeuse Ascension, après avoir payé pour notre rachat un prix surabondant, après avoir introduit dans les demeures célestes, au milieu d'un appareil triomphal, les dépouilles enlevées aux enfers, il ne restait plus au Verbe de Dieu, à cet illustre pèlerin dans la vie, qu'à envoyer du ciel, pour couronner ses œuvres, le Paraclet, TEsprit-Saint, digne présent d'un Souverain si magnifique. Cet Esprit divin découvrirait au monde les opulentes splendeurs du Royaume céleste, consolerait le cœur des disciples attristés, fortifierait les esprits faibles encore, donnerait aux bien-aimés du Seigneur les gages de son amour, et surtout rendrait témoignage du Christ. Voilà ce qu'annonçait Isaïe par ces paroles : « En ce jour paraîtra dans sa » magnificence et dans sa gloire le germe du Seigneur(l) ; » dans sa gloire au sein des demeures éternelles, dans sa magnilicence sur la terre ; dans sa gloire aux yeux des bienheureux, dans sa magnificence aux yeux des fidèles.

La magnificence brille dans toutes vos œuvres, ô bon Jésus ; vous êtes magnifique dans votre mort, magnifique dans l'institution du Sacrement de l'autel, magnifique dans le don de votre Esprit-

(1) Isaïe, lY, 2.

Saint. Quoi de plus magnifique que de donner Dieu en présent? — '< Et le fruit subîinae de la terre. ? Le fruit delà terre est le même que le germe du Seigneur, car « la Vérité, » le Fils de Dieu « est «< sortie de la terre, » cest-à-dire de la Vierge sacrée.

« Et la joie des élus d'Israël. » Ces élus sont les apôtres, les prémices de l'Eglise. Ils étaient effrayés et ils s'étaient enfermés dans la crainte des Juifs. Et tout à coup, ils tressaillent de joie, ils s'élancent au milieu du peuple et prêchent Jésus-Christ sous l'action de l'Esprit- Saint qui les forliûait ; leur cœur s'était dilaté et ils voyaient le glaive sans pâlir.

« Seigneur, mon Dieu, s'écriait le Psalmiste, vous êtes grand » dans votre maguiticence T. » X'est-il pas magnifique, lorsque le ciel tout entier le reçoit au milieu de ses acclamations, lorsqu'il s'asseoit à la droite du Pore, au-dessus des Chérubins et des Séraphins? « Vous vous êtes revêtu de gloire et de beauté : vous vous « êtes couvert de la lumière comme d'un manteau {2}. »

Voilà la gloire de Jesus-Christ montant aux cieux ; écoutez maintenant la joie des enfants d'Israël : « Vous étendez le ciel comme >) un pavillon [i). » Le ciel est lame du juste : chaque apôtre était un ciel. Retendit les cieux, en dilatant leur cœur. Comme il était étroit, le cœur timide de Pierre, lorsqu'à la parole d'une servante, il renia son divin Maître'. Mais voyez comme il s'était dilaté, lorsqu'il disait : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (4). »

" Vous couvrez d'eaux fécondes les parties supérieures du >) ciel '5\ » Quelles sont ces parties supérieures, sinon l'esprit et l'intelligence? Quelles sont ces eaux? Ecoutez : « Vous distribuerez u ô Dieu, une pluie salutaire à votre héritage f6;. » Cette pluie salutaire est la grâce de l'Esprit-Saint, rosée enivrante, rosée fécondante descendant des nuées célestes, du séjour éteruel pour arroser et féconder les cœurs arides.

A la venue de lEspril-Saint, « les cieux répandirent leur rosée, » quand apparut le Dieu du Sinai 7;. » Le Seigneur monte d'abord aux cieux, et. à la présence de ce divin Sauveur qui monte de la

il) P6. cm, l, - (2) !d. 2. - (3) Id. 3. - (4) Act , v, 59. - (ô) Ps. au, 3. -^ (6) Fs. LXYii, 10. — (7) Id. 9.

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terre, les cieux répandent la rosée de l'Esprit saint, ainsi que le Sauveur le disait lui-même : « Si je ne m'en vais pas, le Paraclet « ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enver- » rai (1). ))

Le Verbe du Père monte de la terre, l'Esprit du Fils descend des cieux. Cet Esprit de Dieu, Dieu lui-même, criera « dans nos » cœurs : Père, Père (2). » Ce n'est pas un Ange, ni un Séraphin, ni un Chérubin ; car l'Ange ne peut s'unir à nos âmes ; nul autre esprit que l'Esprit divin ne peut embellir, éclairer, perfectionner nos âmes. Il est essentiellement illumiuateur, vivificateur ; il donne la lumière et la vie ; c'est lui qui a parlé par les prophètes, qui fut le Maître des apôtres. Pour les apôtres, écoulez : « Ce n'est pas » vous qui parlerez, c'est l'Esprit saint (3); » quant aux prophètes, écoutez l'un d'eux : « Mon cœur a exhalé une bonne parole (4). » Oui, une parole éclatante ; j'ai chanté l'Incarnation du Verbe, sa Passion et la Rédemption des siècles, et ces mystères sont grands et illustres.

Mais les ai-je annoncés de moi-même? Non, car « je dis mes » œuvres au Roi (5). » Mes paroles étaient les sienues, c'est à lui que je les attribue. Que suis-je donc, moi ? Le prophète ajoute : « Ma langue est comme la plume de l'écrivain rapide (6). » La plume n'écrit rien d'elle-même ; elle trace des caractères, suivant le mouvement qui lui est imprimé. Notre langue est la plume, la main qui la remue est l'Esprit de Dieu, et notre langue parle suivant les mouvements qui lui sont donnés.

Mais comment écrit-elle rapidement? N'est-ce pas parce que « sa » parole court avec rapidité (7). » « Un souffle passe et ne de- » meure point, et l'on ne connaît pas le lieu où il a passé (8). »

Rapporter la figure d'Elie montant aux cieux et d'Elisée son disciple. Dire toute la figure, car celte histoire est belle ; bien examiner le double esprit d'intelligence et de puissance ; dans un autre sens, le double esprit peut s'entendre d'un esprit réfléchi. —

(1) S. Jean, xvi, 7. — (2) Rom^, viii, 15. - (3) S. Matih-, x, 20. - (4) Ps. XLiv, 1. - (5) Id. — (6) Id. 2. — (7) Ps. cxlvu, 4. — (8) Ps. en, 16.

« Vous n'avez pas reçu l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui est « de Dieu, afin que vous connaissiez les dons que Dieu vous a » faits (4). »

« Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part de mon » Père sera venu, cet Esprit de Vérité rendra témoignage de ♦> moi (2). » Remarquez trois écoles ou Dieu donne ses leçons. La première est l'enseignement des créatures : « Les cieux racontent » la gloire de Dieu 3\ » Mais les cieux. je vous le demande, ont- ' ils une voix? quel est leur langage ? La langue des cieux, c"est leur grandeur, c'est leur beauté ; leur mouvement est une voix; et « ce » ne sont pas des paroles ou des discours que l'on ne comprenne )) pas (4 . » Cette langue est de tous les pays ; tous les hommes la connaissent, le grec, le latin, l'arabe, etc. Les pauvres ne sont pas excusables s'ils ne lisent point; la nature nous présente comme une bibliothèque publique, des li\Tes communs à tous, que tous peuvent lire.

Ecoutez l'Apôtre : « Les perfections invisibles de Dieu, son éter- » nelle puissance et sa Divinité sont devenues comme visibles » depuis la création du monde, par tout ce qui a été fait, en sorte w que les hommes sont inexcusables (5}. »

a Les cieux racontent donc la gloire de Dieu, » la majesté de Dieu, la beauté de Dieu. Pourquoi dites-vous : Je n'ai pas vu Dieu, je n'ai pas aperçu sa gloire? « Les cieux racontent la gloire ^e » Dieu. » La beauté de l'habitation vous montre ce que doivent être les habitants.

Remarquez que Dieu montre le lieu de la gloire et non le lieu du châtiment; pourquoi? Parce qu'il veut être servi de tous non par crainte, mais par amour. Oh ! si nous avions vu l'obscurité des ténèbres, la fumée épaisse, le feu brûlant, peut-être éviterionsnous le péché.

Toute créature, quand on veut bien la considérer, est un prodige, un vrai miracle. Néanmoins la créature ne nous montre que l'A, B, C de Dieu ; c'est-à-dire, « les créatures manifestent ce qui peut

(1) I Cor., 11, 12. - (2) S. Jean, xv, 26. - (3j Ps. xvin, 1. — (4) Id. 3. — (3) Rora., 1, 20.

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' être connu de Dieu (1), » son éternité, sa bonté, sa Divinité. Les ieux et les autres œuvres de la création peuvent montrer la granleur de Dieu, sa bonté, son impassibilité, etc. ; tous ces attributs taient connus des philosophes ; mais il y a en Dieu d'autres mysères qu'ils n'ont pas connus ; la création ne montre pas que Dieu lit pris la forme d'esclave; elle ne montre pas que « le Verbe s'est • fait chair et a habité parmi nous (2) ; » elle ne montre ni les huniliations de Dieu, ni sa passion, ni sa mort. Ces mystères sont du essort de la seconde école.

0 mon Seigneur, il nous est nécessaire pour le salut de conlaître vos perfections ; mais il ne nous est pas moins nécessaire le savoir que vous avez daigné prendre les imperfections de notre lature; et ni les cieux ni les astres ne nous disent ces mystères; Is vous montrent impassible et j'ai besoin de connaître votre paslibilité.

Que faire donc ? Que votre Paraclet vienne à nous ; envoyez du jein de votre Père cet « Esprit de Vérité qui procède du Père et » qui rendra témoignage (3) » de vous. « Envoyez votre Esprit et ) une création se fera (4) ; » ce seront des cieux nouveaux, des prédicateurs nouveaux, des hérauts nouveaux qui publieront partout votre gloire. « Faites connaître ses inventions parmi les peu- » pies (5). » Et quelles grandes inventions ! « Le Verbe s'est fait » chair, » l'Eternel a pris naissance, le Créateur est mort, la Vie a été tuée, le Christ se donne en nourriture, telles senties inventions que les cieux nouveaux doivent annoncer à tout peuple, à toute tribu, à toute nation. Les anciens philosophes ne les connaissaient pas. Platon a dit : « Le Verbe était en Dieu, » ainsi que l'affirme saint Augustin (6) ; mais il n'est pas arrivé à la connaissance du mystère exprimé par ces paroles : « Le Verbe s'est fait » chair. »

Et quels sont. Seigneur, je vous le demande, les prédicateurs que vous avez choisis? Ce ne sont pas des sages d'Athènes ; ce sçmt de pauvres pécheurs; voilà les maîtres qui éclaireront l'univers,

(1) Rom., 1, 19. - (2) S. Jean, i, 14. - (3) S. Jean, xv, 26. - (4) Ps. cm, 30. — (5) Isaïe, xii, 4. — (6) S. Aug. Confes., livr. 7, ch. 9.

voilà les guerriers qui soumettront tous les peuples ; telle est la puissance de Dieu, qu'avec de tels hommes il soumettra le monde entier ; c'est ainsi qu'autrefois des moucherons et non pas des géants exterminèrent le peuple de Pharaon.

La troisième école est encore plus parfaite. Là, tous les hommes sont « des disciples dociles du Seigneur J). » Là, dit Isaie, « tous » les enfants sont instruits par Dieu même (2). » Il dit encore : u Dès le matin, le Seigneur prépare mon oreille à l'écouter comme » un maître (3). » Job dit à son tour : « Une parole mystérieuse » m'a été dite, et mon oreille a saisi furtivement le murmure de » cette voix (4). » L'Epouse disait dans les Cantiques : « Je te sai- » sirai. je t'introduirai dans la demeure de ma mère et là tu m'ins- » truiras ^5). » — Richard de saint Victor 6) : Dieu parle à Moïse sur une montagne; il parle à Aaron dans le secret du tabernacle. Nous trouvons ici la montagne de l'âme et les profondeurs de l'àme. Cette montagne est le centre de l'àme et ce tabernacle est son intérieur le plus intime.

a Du haut du ciel il a envoyé le feu dans mes os et il m'a ins- » truit ,'7}- " Courtes paroles, mais sentence profonde! résumé de quelques syllabes, mais immensité de mystères I Qui pourra pénétrer cet oracle, sinon « la charité qui part d'un cœur pur, d'une » conscience bonne, et d'une foi sans feinte (8)? »

Tels doivent être les prédicateurs de lEvangile. Ils doivent avoir, premièrement, la pureté : « Heureux ceux qui ont le cœur pur ^9)! » Lucius dit dans son histoire : Une àme avare ou corrompue ne peut aimer mon art. — Les prédicateurs doivent avoir, secondement, une bonne conscience. Le Psalmiste : « Dieu a dit au pécheur : Pour- » quoi publies-tu mes décrets? pourquoi ta bouche annonce-t-elle u mon alliance^lO" ? » — Troisièmement, les prédicateurs doivent avoir une foi sans feinte. Le Psalmiste : « Ils l'aimaient du bout des » lèvres et leur langue mentait au Seigneur; leur cœur n'était pas

(1) S. Jean, vi, <5. - (2) Isaïe, uv, 13. - (3) Isaie, l, 4. - (4) Job, IV, 12. — (5; Gant, VIII, 3. - (6; Richard de saint Victor. Traité de la Contemp., livr. 4, cbap. dernier. — (7) Lam., i, 13. — (8) I Tiui., i, 5. — (9) S. Mallh., V, 8. - (10) P«. xlix, 16.

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» droit devant lui ; ils n'étaient pas fidèles à sou alliance [\]. » — Quatrièmement, ils doivent être assez habiles, pour savoir « expri- )) mer le miel de la pierre et Thuile des durs rochers (2) » des Saintes Ecritures ; il faut qu'ils sachent puiser la sagesse dans les écrivains sacrés.

« Du haut du ciel il a envoyé le feu ,'3\ » Cette parole est difficile à expliquer. Comment le feu descend-il du ciel, puisque d'après sa nature le feu tend à monter? a Dans mes os. » Pourquoi dans les os, sans que la chair soit brûlée ? « Et il m'a instruit. » Comment le feu a-t-il instruit? Jamais vit-on le feu donner des enseignements?

Dans la sainte et sublime Trinité, le Père est comparé à la lumière, le Fils à l'éclat. l'Esprit-Saint à la chaleur ; ainsi dit saint Augustin (4\ Comme dans la seule et même substauce du feu ou du soleil il y a trois choses : la lumière, l'éclat et la chaleur, toutes trois aussi distinctes par leur action que par leur nom; ainsi dans une seule et même substauce suprême, il y a le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L'éclat vient de la lumière, la chaleur de la lumière et de l'éclat ; ainsi en Dieu la seconde personne vient de la première, la troisième des deux autres, mais comme d'un principe unique. Il est dit du Père : « Il est la lumière et en lui il n'y a » point de ténèbres (6). » Il est dit du Fils : « Il est la splendeur » de sa gloire (6). » Il est dit du Saint-Esprit : « Votre Dieu est un » feu qui dévore >7 . »

Voilà le feu que l'Eglise trouve dans ces paroles : « Du haut des « cieux, il a envoyé le feu. » Qu'était en effet le Cénacle, sinon une fournaise ou les apôtres, vases grossiers encore, furent purifiés, fortitiés, renouvelés ? En vérité TEsprit-Saint est « un feu qui dilate, « une pl?.nte qui purifie, et il sera assis dilatant et épurant l'arn gent [%). » Ce divin Esprit les dilata pour leur donner une forme nouvelle ; d'hommes mortels il fit des dieux immortels non par na-

(1) Ps. Lxxvn, 40. - (2) Deut., xxxu, 13. — ^3; Lameot., i, 13. — (4) S. Aug., liv. 3, symbole aux Catéch., ch. 9. — (ô) I S. Jean, i, ô. - (fî; Hébr., i, 3. - {1) Deut., iv, 24, - (8) Malach., lu, 2.

ture. mais par grâce, ainsi qu'il est écrit : « Il leur donna le pou- » voir de devenir enfants de Dieu 'J). »

Saint Grégoire (2) : Dieu est venu deux fois dans le monde ; dans son premier avènement Dieu se lit homme ; dans le second riiomme devint Dieu. L'amour transforme en l'objet aimé, dit saint Augustin (3). Aimez-vous la terre, vous serez terre ; aimezvous le ciel, vous serez ciel ; aimez-vous Dieu, oui, j'ose le dire, vous serez Dieu. Toutes les autres créatures ont un être déterminé ; l'homme peut devenir tout ce qu'il voudra.

0 mon Dieu, mon âme désire vous louer, mais les paroles lui manquent; mon cœur désire vous glorifier, mais il n'en a ni les forces ni les facultés. L'eau n'éteint pas ce feu, au contraire elle le produit. Pierre baptise et, pendant qu'il verse l'eau, l'Esprit descend et les cœurs des baptisés brûlent d'ardeur.

Le second livre des Machabées (4} nous offre la figure de ce mystère dans le feu sacré qu'avaient caché les prêtres et qui s'était changé en eau épaisse ; on répandit cette eau sur le sacrifice et aussitôt il s'éleva une grande flamme qui brûla les pierres, le bois et les viandes sacrées ; cette eau avait conservé la vertu du feu. De la même manière le Saint-Esprit est un feu qui sort de l'eau du baptême. Le Seigneur disait dans l'Evangile : « Qui croit en moi, » suivant ce que dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive couleront de >> son sein. Or, il disait cela à cause de l'Esprit que devaient rece- » voir ceux qui croyaient en lui (5). » « Les cieux ont fait des- » cendre leur rosée, à la présence du Dieu du Sinai, à la présence » du Dieu de Jacob. 0 Dieu, vous avez réservé une pluie salutaire » à votre héritage (6). » Cette eau répandue au milieu du sacrifice sur Tautel du cœur consume tous les péchés, les bois, les viandes et les pierres.

« Du haut du ciel, » j.ar conséquent, u Dieu a envoyé le feu dans » mes os. » Dans le corps il y a la tête, les os, les muscles et les nerfs. Dans le corps mystique de l'Eglise la tête est Jésus-Christ ;

(1) S. Jean, i, 12. - ^2) S. Grég. Hom. 30 sur l'Evang., a" 9. - (3) S. Aug. Traité 2 sur l'Evang. de saint Jean. — (4) II Macb,, i, 32. — (S) S. Jean. vu. 38. - (G) Ps. lxvii. 9.

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les os sont les apôtres qui sont le fondement de l'Eglise : « Vous » avez été bâti sur le fondement des apôtres et des prophètes (1). » Les nerfs sont les saints, les muscles sont les fidèles. Job en parlait, disant : « Mes chairs ont été consumées et mes os se sont attachés » à ma peau (2). » Le Psalmiste parle de ces os, disant : a Tous » mes os diront : Seigneur, qui est semblable à vous (3). » Avant les apôtres, plusieurs avaient voulu s'attribuer la Divinité, comme Jupiter, Mercure, Vénus. Les apôtres n'agissaient point ainsi. Paul et Barnabe empêchaient l'adoration de ceux qui voulaient se prosterner devant eux. Ils disaient: «Seigneur, qui est semblable à » vous? » « Il n'y a qu'un Dieu, une foi, un baptême (i). »

« Du haut du ciel, Dieu a envoyé le feu dans mes os. » Et pourquoi ? » Et il m'a instruit. » Mais qu'a-t-il enseigné? L'amour de Dieuet du prochain. « Ces deux commandements rendent toute la » loi et les prophètes (5;. » Saint Augustin (6) : On observel'esprit et la lettre des codes divins, en pratiquant la charité dans toute sa vie. Savoir aimer, voilà toute la doctrine chrétienne.

Figure : « Vous mangerez les plus vieux des fruits réservés de- » puis longtemps, et quand viendront les nouveaux, vous jetterez » les anciens (7). » Les fruits les plus vieux doivent être mangés ; ces fruits sont les commandements du Décalogue, les préceptes naturels gravés dans les âmes dès le commencement. Les fruits anciens sont les préceptes lévitiques qui ne sont que des figures ; quand viendront les mystères nouveaux, les mystères de l'Evangile, ces préceptes seront rejetés.

« Et il m'a instruit. » Le feu ne saurait instruire ; parfois, au contraire, c'est l'instruction qui enflamme. Que de choses enseigne la ferveur de l'esprit! Comme une tendre piété ouvre les yeux pour faire voir des choses qu'on ne voyait pas auparavant! Et la méditation, comme elle embrase l'àme ! « Mon cœur, disait le Psalmiste, » s'est échauffé dans mon sein et dans ma méditation le feu s'est embrasé (8). >> Lorsque le foyer est humide, il fume d'abord ; puis

(l) Eph., Il, 20. - (2) Job, XIX, 20. - (3) Ps. xxxiv, 10. - (4) Eph., IV. S. — (5) S. Matth., xxii, 40. — (6) S. Aug, Serra. 350, n° 2. — (7) Lévit., XXVI, 10. - (8) Ps. xxxvni, 4.

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quand Ihuraidite est absorbée, le foyer brûle et éclaire. Ainsi le feu spirituel, sous les larmes de la contrition, ne laisse d'abord échapper que de la fumée ; plus tard, par Tintelligence et par la connaissance des mystères divins, il éclate d'une vive lumière. Abraham vit d'abord une fournaise fumante, et puis une lampe de feu ; l'Esprit saint provoque les larmes dans le cœur des pécheurs et la joie dans le cœur des justes.

Le Psalmiste parlant de la venue du Saint-Esprit dans les âmes: « Du haut des cieux, disait-il, le Seigneur a tonné et le Très- » Haut a élevé sa voix, il a lancé la grêle et le feu (1). » Le Seigneur tonne d'abord en imprimant la crainte et la terreur de ses jugements et de l'enfer, » La crainte du « Seigneur est le commencement de la sagesse ^2;. » « Qu'ils soient convertis à l'aspect >• de l'enfer, s'écriait le Psalmiste, tous ceux qui oublient Dieu (3), »> c'est-à-dire, s'ils ne sont pas attirés par l'amour, qu'ils soient du moins retenus par la crainte.

D'abord le tonnerre de la crainte ; après le tonnerre, la voix de l'inspiration ; après celte voix, la grêle de la tribulation. et enfin le feu de l'amour. « Le feu précède ses pas et dévore tous ses ennemis (4;, » c'est-à-dire toutes les affections perverses de l'àme.

Tel est le feu qui devrait sans cesse brûler devant l'autel, le feu que les prêtres sont obligés d'entretenir avec le bois de la forêt, c'est-à-dire avec des exhortations tirées des Saintes Ecritures. Faisons jaillir ce feu de notre cœur comme d'un rocher, ou bien demandons qu'il nous soit envoyé du ciel.

Par conséquent, quatre choses sont désignées dans ce texte : l'impression de la terreur, l'inspiration, la tribulation, l'inflammation. Ainsi vient l'Esprit saint. Ce sont les quatre vents dont parle le prophète : « 0 esprit, viens des quatre vents et souffle sur ces » morts et qu'ils revivent 'o). »

(1) l's. xvii, 15. - (2) Ps. cm, 10. - (3) Ps. ix, 18. - (A) P». xcvi, 3. — (5) Eréch. , xxxvii. U.

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