DIMANCHE DE LA PENTECOTE
I^a venue du Saint-Esprit.
Emitte Spiritum tuum, et creabuntur.
Envoyez votre Esprit et une création se fera. (Ps. cm, 30).
Nous ne parlerons pas aujourd'hui de la personne du Saint-Esprit, ni de sa procession du Père et du Fils ; ce sujet convient mieux au jour de la très-sainte Trinité ; nous parlerons de la venue du Saint-Esprit et, avec le secours de sa grâce, nous ferons sur ce mystère quatre réflexions ; nous dirons le mode de sa venue, les causes de sa venue, le temps de sa venue et le fruit de sa venue dans les âmes ; ce sera tout le sujet de ce discours.
Le Saint-Esprit, nous disent le Maitre des Sentences et saint Thomas (!}, est envoyé ou donné de deux manières, l'une visible et l'autre invisible. Chaque jour il vient d'une manière invisible dans les cœurs des élus par sa grâce et par ses dons. Quoique invisible, cette venue ne laisse pas de se faire sentir quelquefois ; c'est une inspiration intérieure, un mouvement de dévotion et de sainteté. Le Seigneur parle de cette venue dans son Evangile : « L'Esprit, » dit-il, souffle où il veut et vous enteudez sa voix •2). » L'oreille intérieure entend cette inspiration par la paix, par la ferveur, par la douceur qu'elle procure ; « mais vous ne savez ni d'où il vient, » ni où il va ,'3). » C'est-à-dire, quoique vous sentiez l'inspiration, vous ne vous rendez compte ni de son principe ni de sa fin, vous ne sentez pas que l'inspiration vient du Saint-Esprit, ni quel but il se propose ; vous sentez effectivement sa voix et sa parole, mais vous ne découvrez pas la fin qu'il se propose en vous parlant.
Le Saint-Esprit est donné quelquefois sous le signe de quelque
(1) S. Thom, l'« part., quest. 83. - (2) S. Jean, m, 8. - (3) Id.
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créature visible ; c'est ainsi qu'il a été donné sous quatre formes différentes, sous la forme d'une colombe au Baptême de Jésus- Christ, sous la forme d'une nuée au jour de la Transfiguration, sous la forme d'un souffle après la Résurrection, sous la forme du feu au jour de la Pentecôte. Cependant il ne faut pas penser que le Saint-Esprit se soit uni à ces formes d'une manière hypostatique, comme Jésus-Christ s'est uni à la chair. Si le Saint-Esprit a apparu sous la forme d'une colombe, il n'était pas pour cela une colombe ; il a apparu sous ces voiles, sous ces formes extérieures, pour montrer les effets invisibles qu'il allait produire par cette mission ou par cette donation, de la même manière que les Sacrements sont conférés sous des signes visibles qui représentent '.es effets spirituels qu'ils produisent dans les âmes. Le Baptême produit l'ablution intérieure des péchés, la Confirmation produit la sanctification désignée par le saint chrême. l'Eucharistie nourrit les âmes d'un aliment céleste ; de la même manière le Saint-Esprit a apparu sous des formes et des signes analogues aux effets qu'il devait accomplir.
Voilà pourquoi dans le Baptême de Jésus-Christ où l'eau était le signe de la régénération spirituelle, il prit la forme d'un oiseau simple et fécond, d'une colombe, pour désigner par cette fécondité la régénération qui allait s'opérer et par cette simplicité la condition des hommes régénérés. Dans la Transfiguration où le Père annonçait Jésus-Christ comme le Docteur et le Maître du monde, le Saint-Esprit fut donné sous la forme d'une nuée, pour désigner la pluie de la doctrine évangélique dont cette bouche sacrée allait arroser le monde. Après la Résurrection, le Saint-Esprit fut donné sous la forme d'un souffle, parce qu'il était donné pour opérer la rémission des péchés, ce qui ne peut avoir lieu sans le souffle de l'Esprit saint. Et aujourd'hui il fut donné sous la forme d'une langue de feu, parce qu'il était donné pour la conversion du monde par la doctrine des Apôtres, ainsi que le chante l'Eglise : « Un feu d'une éclatante lumière prend la forme d'une langue, pour » les rendre habiles dans la parole et ardents dans la charité (1). »
(1} Hvmne des Laudes de la Pentecôte, seconde strophe.
C'est ainsi que le Saint-Esprit a été donné sous une forme, sous un signe visible toujours semblable, toujours analogue à l'effet invisible, but de sa mission. Or, comme de toutes ces missions, celle qui eut lieu aujourd'hui est la plus célèbre, la plus remarquable et la plus utile au monde, notre Mère, la sainte Eglise, la célèbre dans la fête solennelle de ce jour.
Au sujet de cette mission, on peut demander la cause, le motif pour lequel le Saint-Esprit est venu dans le monde. La venue du Fils de Dieu avait pour but la réparation et la rédemption des hommes, tout le monde le sait ; mais il n'en est pas de même de la venue de l'Esprit saint. Puisque la rédemption des hommes est accomplie, pourquoi Dieu vient-il encore dans le monde ? On en assigne ordinairement trois causes.
Saint Bernard (I) nous indique la première dans un sermon sur cette fête ; c'est que cette mission devait donner au monde la connaissance du Saint-Esprit. Les œuvres de la création faisaient assez connaître Dieu le Père, suivant ces paroles de l'Apôtre . « Lesper- » fections invisibles de Dieu, etc. (2). » La personne du Fils s'était fait connaître par son Incarnation, par ses miracles et par sa Résurrection. Quant au Saint-Esprit, le monde n'en avait qu'une très-faible, n'en avait même aucune connaissance. Les philosophes, Trismégiste, par exemple, et Platon, ont laissé plusieurs é::rits sur Dieu le Père ; ils ont laissé encore quelques éjcrits, très-peu pourtant, sur le Verbe de Dieu. Mais, nous dit saint Augustin, les magiciens de Pharaon furent impuissants au troisième signe, c'est-àdire les philosophes furent impuissants dans la connaissance du Saint-Esprit. Voilà pourquoi cette troisième personne vint en ce jour sous une forme visible, afin que sa venue si évidente, si célèbre, en donnât la connaissance au monde : et cela n'était pas d'une médiocre importance pour notre salut, puisque « la Vie éternelle » c'est de vous connaître Vous, Dieu véritable, et Jésus-Christ que >> vous avez envoyé (3). » Tout notre salut consiste à connaître et à croire le mystère de la Trinité et celui de l'Incarnation.
(1) S. Bern. Serm. 1" pour la fête de la Pent., n° 1. — (2) Rom., i, 20. - (^3) S. Jeaa, xvii, 3.
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L'Apôtre nous indique la seconde cause de la mission de l'Esprit saint dans ces paroles :« Nous n avons pas reçu l'Esprit de ^) ce monde ('!}, » mais nous annonçons « l'Esprit qui est de Dieu. » Par conséquent le Saint-Esprit est venu pour manifester les œuvres admirables de Jésus-Christ, l'amour que Dieu avait témoigné au monde et les dons qu'il lui avait accordés, afin que l'homme ne fut pas ingrat envers Dieu après de tels bienfaits; c'est là ce que voulait dire le Psalmiste : « Il a annoncé à son peuple la grandeur » de ses œuvres 2). »
La connaissance du bienfait n'est pas une moindre faveur que le bienfait lui-même. Dieu nous a donné cette connaissance par le Saint-Efprit; car comme personne « ne connaît ce qui est dans » l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui, ainsi personne ') ne connaît ce qui est en Dieu, sinon l'Esprit de Dieu (3). » C'est l'Esprit de Dieu qui révèle les mystères.
La troisième cause de la venue du Saint-Esprit nous est indiquée dans notre texte : « Envoyez votre Esprit et une création se » fera (i] ; » c'est-à-dire des hommes terrestres deviendront des hommes célestes, des hommes charnels deviendront des hommes spirituels, des hommes anciens deviendront des hommes nouveaux. « Et vous renouvellerez la face de la terre (5) » vieillie, appesantie par le péché.
Le Fils de Dieu s'était fait homme, pour que les hommes, devinssent enfants de Dieu. « Il leur a donné le pouvoir de devenir » enfants de Dieu (6;. » Cette œuvre de génération avait été commencée par Jésus-Christ ; il avait laissé ses apôtres comme une semence d'où devait sortir une immense moisson de peuples; il les avait laissés comme des œufs dans un nid ; l'Esprit-Saint est venu et les a fait éclore par sa chaleur divine, et c'est par eux que s'est étendue et propagée dans le monde une génération toute céleste. Car qu'était le cénacle? n'élait-il pas comme un nid mystérieux où ces œufs étaient assemblés? ou plutôt n'était-il pas le sein virginal de l'Eglise d'où l'Esprit saint fit sortir soudainement par sa vertu
(1) 1 Cor., Il, 1-2. — (2) Ps. ex, G. — (3) I Cor., ii, 11. - (4) Fs. ciik 30. - (5) Id. - (6) Jean, i, 12.
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puissante cette nouvelle génération, comme du sein de la Vierge Marie il avait fait sortir le Fils de Dieu? Le prophète admire un tel enfantement et s'écrie : « Qui jamais entendit pareille chose ? » Une nation se forme-t-elle tout d'un coup? cependant Sion a été » en travail et a mis au monde ses enfants (I). »
L'ancienne loi nous montrait à l'avance une figure de ce mystère. Quand un Israélite mourait sans postérité, son frère devait lui donner des enfants, en épousant sa femme. Le Christ en mourant ne laissait point d'enfants; voilà pourquoi après la résurrection il charge une sainte femme de dire « à ses frères : Je monte vers » mon Père (2). « Jamais auparavant il n'avait donné aux apôtres le nom de frères. Dites-leur d'agir en bons frères et de susciter à leur frère une postérité, car je monte aux cieux sans en laisser.
Aussi l'Apôtre, ce bon frère, que dit-il? « Je vous ai engendrés par » l'Evangile dans le Christ Jésus ^3). » Et ayant apprisque quelques Corinthiens disaient : « Moi, je suis à Paul, moi à Céphas, moi au » Christ. Est-ce Paul, leur disait-il, qui a été crucitié pour vous? » Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés (i) ? » Vous n'êtes donc ni à Paul, ni à Pierre, mais au Christ. Ainsi disait encore le Psalmiste : « Les filles des rois font votre honneur (5), » et non le sien.
Par conséquent l'Esprit saint fut envoyé pour susciter dans l'Eglise celte génération céleste, pour renouveler les hommes, pour réformer le monde ; car quelle aurait été l'utilité de la Rédemption, si les hommes n'avaient pas été réformés? Le royaume des Cieux pouvait-il être donné à des hommes brutaux et charnels? La bête pouvait-elle être placée dans le ciel à côté des anges? Le Fils de Dieu est venu racheter le monde, le Saint-Esprit est venu rendre le monde susceptible de recevoir les fruits de la Rédemption. Le Fils de Dieu par sa Passion a ouvert le ciel, le Saint-Esprit a rendu les hommes capables de mériter le ciel. Voyez-vous la
(1) Isaïe, Lxvj, 8. — (2) S. Jean, xx, 17. — (3) I Cor., iv, 15. — (4) I Cor., 1, 12.— (5) Ps. xLiv, 10.
nécessité de la venue du Saint-Esprit, pour compléter l'œuvre de la Rédemption?
Parlons maintenant du temps où l'Esprit saint fut envoyé. « Us » étaient tous ensemble dans un même lieu (1) ; » ils étaient assemblés ; car « le lieu du Seigneur est dans la paix (2); >• Dieu n'est pas dans les tourbillons. L'Apôtre disait : « Ayez la paix et le ^) Dieu de la paix et de la dilection sera avec vous (3\ » Le Seigneur n habite pas au milieu de la discorde et de la dissension des esprits. Le Psalmiste : « J'ai vu l'iniquité et la contradiction dans >> la cité '4;. »
Déjà le jour approchait et le soleil répandait sur la terre ses rayons empourprés: les cœurs des disciples commencent à sentir des affections toutes nouvelles; ils répétaient cette prière du prophète : « Créez en moi, ô Dieu, un cœur nouveau ; et renouvelez » au fond de mon âme l'Esprit de droiture. Ne me rejetez pas de » votre face et ne retirez pas de moi votre Esprit saint. Rendez- » moi la joie de votre salut et fortifiez-moi par votre Esprit sou- » verain (5). » Voilà le triple Esprit dont nous avons parlé dans un autre discours : l'Esprit droit, l'Esprit saint, l'Esprit souverain.
Pendant leur prière, « tout-à-coup un bruit se fit entendre ve- » nant du ciel, pareil à un vent violent qui s'approche et il remplit n toute la maison où ils étaient assis (6}. » « Le Seigneur avait » tonné du haut des cieux. » 0 Cénacle pareil au Paradis ! 0 Esprit saint, fournaise ardente où se dilataient des hommes célestes, où ils se purifiaient de toute contagion de fragilité humaine sous la main de Celui « dont le feu est dans Sion et la fournaise dans » Jérusalem. De cette fournaise comme d'un sein maternel sortit une nouvelle gr'nération dont la vie était toute nouvelle, dont toute la conversation était dans les cieux : u II est comme un feu qui di- » laie, et il purifiera les enfants (7) » de Dieu. « Et ils furent rem- » plis de l'Esprit saint, et commencèrent à parler diverses lan-
(1) Act., n, 1. - (2) Ps. Lxxv, 3. - (3) II Cor., xnr. 11. -^ (4) Ps. Liv, 10. — (5) Ps. L, 11, - (6) Act., 11, 2. - (7) haïe, xxxi, 9.
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» gues (1). » « Et tous étaient dans la stupeur et dans l'admiration, » se disant l'un à l'autre. Que veut dire ceci ? Et les autres disaient » en se moquant : Ils ont trop bu de vin nouveau (2). » Quelle apparence que des hommes dans l'ivresse puissent parler diverses langues, lorsque l'ivresse leur fait oublier leur propre langue et les empêche d'eu articuler les mots ?
« Ils furent tous remplis du Saint-Esprit. » Autre est l'habitation de l'Esprit divin dans Jésus-Christ et autre dans les Saints. Premièrement, Jésus-Christ ne l'a pas reçu avec mesure ; quant aux Saints, au contraire, l'un reçoit le don de prophétie, l'autre le don de sagesse, l'autre le don des langues ; Jésus-Christ a reçu tous ces dons à la fois et au suprême degré.
Secondement, l'Esprit du Seigneur se reposa sur Jésus-Christ, tandis qu'il ne fait que passer dans les Saints. Il est dit de Jésus- Christ : « Et l'Esprit du Seigneur se reposera sur lui (3). » Le Psalmiste disait des Saints : « L'Esprit passera sur lui sans s'arrêter » et l'on ne connaîtra plus le lieu de son passage (4). » Saint Grégoire (5) rapporte cette différence à la vertu des miracles ; pour nous, nous lui donnons encore une autre explication.
Jésus-Christ avait dansson cœur toujours la même ferveur, toujours la même vertu, toujours les mêmes affections. Sans doute dans le corps de Jésus-Christ, c'est-à-dire dans la partie inférieure de son être, les impressions étaient plus ou moins grandes ; parfois il se troublait et se plaignait et parfois il s'enflammait et priait ; mais cette différence était tout extérieure. Au-dedans sa piété pour son Père était toujours égale, toujours au degré suprême ; il nous le dit lui-même : « Je savais que vous m'écoutez toujours (6). » Son âme priait sans cesse et toujours il était exaucé.
Dans les Saints, au contraire, le Saint-Esprit passe, versant dans l'âme la dévotion et la ferveur ; « mais il ne s'arrête pas ; » peu après cette ferveur s'éteint et elle s'éteint si complètement qu'on « n'en reconnaît plus la place, » qu'elle ne laisse aucun vestige de cette douceur, de ces admirables délices qu'il faisait goûter. Il en
(I) Act., 11, 4. - (2) Id. 12. - (3) Isaïe, xi, 2. — (4) Ps. en, 16. — (5) S. Grég., sur Ezéchiel, liv. 1, hom. 5, n° 11. — (6) S. Jean, xi, 42,
reste pourtant, dit Richard de saint Victor M), un faible souvenir; nous les oublions, tout en nous en souvenant encore; mais nous ne pouvons les renouveler par nous-njêraes.
Nos yeux, dit saint Grégoire 'X. ne peuvent considérer le disque du soleil; quand ils s'efforcent de fixer ses rayons, ils sont contraints de se détourner ; mais nous pouvons considérer les montagnes que ces rayons éclairent et, à leur éclat, nous jugeons que le soleil s'est levé ; ainsi nous ne pouvons voir en lui-même le Soleil de justice, mais nous pouvons considérer les montagnes mystiques que sa splendeur éclaire, c'est-à-dire les Saints qui brillent par leurs vertus et par le don des miracles et que le Soleil de justice levé sur le monde inonde de son éclat. Invisible par lui-même, il se montre visible par ces montagnes mystiques qu'il éclaire. La vertu divine, en effet, est semblable au soleil fixé au firmament des cieux ; elle éclaire les âmes humaines comme le soleil éclaire la terre.
« L'Esprit souffle où il veut et vous entendez sa voix, mais vous » ne savez ni d'où il vient, ni où il va (3). » Comment donc reconnaître la présence de l'Esprit divin? Au feu et à la langue. Premièrement, au feu de la ferveur et de la dévotion. Le Psalmiste : « Le feu précède ses pas et il dévorera autour de lui tousses enne- >» mis (4), » c'est-à-dire tous les mouvements déréglés du cœur. Comme la présence du soleil met en fuite les nuages et dissipe les ténèbres, ainsi la présence du Saint-Esprit éclaire les âmes, afin qu'elles se voient et reconnaissent leurs péchés, afin qu'elles se fondent d'amour. « Mon àrae s'est fondue, dès que mon Bien-Aimé » a parlé ,5;. » « Son Esprit a soufflé et les eaux ont coulé ;6), « c'est-à-dire les larmes de la dévotion.
Secondement, on reconnaît la présence de l'Esprit saint à la langue ; car alors la langue des muets se délie d'une manière admirable, elle devient éloquente dans le langage des œu\res, elle dit à Dieu des choses merveilleuses qu'elle ne savait pas dire au-
j) I'iicli.ird ili; s.iini Victor De la Coiilemp., liv. i, cliap. dernier. — (2^. S. Gré-. Hom. -30 sur l'Evang., n» 10. - (3) S. Jean, m, 8. ~ (4) Ps. xcYi, 3. — (9) Gant., v, 6. - (6; Ps. cxL\ni, 18.
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paravant. — La présence du Saint-Fsprit remplit aussi de crainte rame des pécheurs à cause de leurs iniquités, suivant cette parole de Job : « L'Esprit est passé devant moi et tous les poils de mon » corps se sont dressés de terreur [\\ »
Rappeler ici une figure célèbre de notre esprit luttant avec Dieu ; c'est Jacob luttant avec l'Ange. Bien peser comment Dieu est vaincu dans cette lutte : car son cœur s'incline à la miséricorde et sa colère contre les pécheurs se dissipe. — « Et sa cuisse se des- » sécha. » Tous les désirs terrestres et en particulier les attraits charnels s'assoupissent. — Jacob retient l'Ange jusqu'à ce qu'il ait reçu sa bénédiction. Quand la ferveur est passée, la bénédiction reste encore pour préserver du péché. — Jacob lutte toute la nuit. Toute la vie présente est une nuit et l'âme ne cesse qu'au matin son combat spirituel. — Tirer la morale de ces choses.
Autre figure dans la colombe que Noé fit sortir de l'arche et qui, ne trouvant où poser le pied, fut bientôt de retour. — « Le bras » de Dieu n'est pas raccourci (2^ » Dans sa magnificence. Dieu est toujours prêt à nous donner son Saint-Esprit. « Sivoiis qui êtes mé- » chants, savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien » plus forte raison votre Père céleste donnera le bon Esprit à ceux » qui le lui demandent (3). » Mais hélas ! ce divin Esprit ne trouve nulle part un lieu pour poser son pied et pour se reposer. Dans les princes il trouve l'ambition et il n'y pose pas le pied ; dans les clercs il trouve la simonie et il n'y pose pas le pied ; dans les peuples il trouve les fraudes et il n'y pose pas le pied ; il n'y a plus de lieu où l'Esprit saint puisse établir sa demeure pour enseigner la vérité. « Sur qui se reposera mon Esprit"? » « Sur qui se repose- » ront mes regards sinon sur le pauvre, sur l'homme contrit de » de cœur et craignant ma parole '4'"?»
Mais pourquoi le Saint-Esprit fut-il donn^ le jour de la Pentecôte? Parce que la loi fut donnée à pareil jour. Dès l'instant qu'on célébrait en ce jour ce grand bienfait, il fallait qu'en ce même jour fut donné le complément de la loi, puisque c'est le Saint-Esprit
(1) Job, IV, ].=>. - (2) Isaïe, lix, 1. — (3) S. Luc, iv, 13. - (4) Isaïe, LXVI, 2.
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qui douue la force d'accomplir toute la loi, afin que la réalité réponde à la figure ; de la même manière que le Christ avait été mis à mort dans une précédente solennité, le jour où le peuple immolait l'Agneau pascal. — Le peuple juif en effet célébrait trois fêtes pascales, la pàque de l'Agneau, en mémoire de la sortie d'Egypte ; la pâque de la Pentecôte, en mémoire de la loi donnée surleSinai, et la pàque des Tabernacles, en mémoire de la manne dont Dieu l'avait nourri dans le désert ; cette dernière se célébrait au mois de septembre.
Rappelons ici l'autorité et la majesté avec lesquelles la loi fut donnée sur le Sinai. La montagne fumait, les éclairs brillaient, le tonnerre grondait; tout le peuple et Moise lui-même saisis d'épouvante n'osaient approcher. Enfin Moise monta, traversa la nuée, reçut la loi et descendit ensuite de la montagne, mais son visage brillait d'un tel éclat, qu'il dut le couvrir d'un voile. Que portait Moïse? Qu'avait donné au monde le Seigneur? Dix tables de pierre où des mots étaient gravés; c'est pour cela que Dieu opérait ces éclatants mystères.
Comme l'Apôtre fait ressortir toutes ces circonstances ! « Si le » ministère de mort, gravé en lettres sur des pierres, a été plein de » gloire, combien le ministère de l'Esprit doit être plus glo- » rieux (1) ! » Si tel est celui qui donne la lettre, que doit être celui qui donne l'Esprit? Quelle gloire environne l'Esprit ! Mais il n'était pas encore donné, parce que Jésus n'était pas encore glorifié.
Quelle différence entre les deux lois ! Quelle distance entre les deux législateurs ! Vous ne donnez pas. Seigneur, une loi de mort, mais une loi de vie, une loi de feu ; vous n'écrivez pas cette loi sur des tables de pierre, mais dans les cœurs. Vous n'avez pas écrit un code évangélique pour être lu des fidèles, vous avez fait des apôtres un code vivant ; en eux votre doigt divin a écrit la loi, code admirable, code redoutable. « Tous ceux qui les voyaient étaient trou- » blés, tout homme était saisi de crainte (2). » La loi est semblable au législateur ; c'est pour cela que la loi fut donnée deux fois, et
(1) Il Cor., ni, 7. - (2) Ps. lxui, 9.
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que Moïse dut en apporter deux fois les tables. Les premières tables devaient être brisées, la seconde loi devait durer toujours.
Nous trouvons une figure de ce mystère dans Elisée envoyant son serviteur avec son bâton pour ressusciter un enfant; mais l'enfant ne ressuscita point; le prophète vint lui-même, il se rétrécit aux dimensions du petit enfant et le corps de l'enfant se réchauffa et reprit la vie. Le bâton ne rend pas la vie, il donne plutôt la mort. Jésus-Christ est venu, il s'est rétréci aux dimensions de l'homme. Cette personne divine a réchauffé le monde par sou bienfait et par son souffle, c'est-à-dire son Esprit a vivifié l'homme. Comme au commencement, après avoir façonné un corps de boue, le Créateur souffla sur lui l'Esprit de vie et « l'homme devint » une âme vivante (1), » ainsi il a une seconde fois soufflé sur Ihomme son Esprit divin et l'homme est devenu un esprit viviliant.
Le feu a quatre effets principaux; il durcit, il purifie, il échauffe, il éclaire. Le Saint-Esprit a produit ces quatre effets d'une manière invisible dans le cœur des apôtres. Il les a durcis en les fortifiant pour subir les plus rudes fatigues et la mort même ; il a purifié leurs cœurs de toute attache aux biens terrestres ; il les a enflammés de l'amour des choses célestes ; il les a éclairés en leur donnant l'intelligence des Ecritures et des divins mystères.
Nous lisons dans Ezéchiel : « Je vis comme l'apparence d'un » métal brillant, et comme l'apparence d'un feu, et comme l'ap- » parence de l'arc qu'on voit dans la nuée aux jours de pluie (2). » Ce n'était qu'une apparence ; ce n'était pas un feu véritable, mais une chose semblable au feu. De la même manière ce n'était pas une véritable colombe qui apparut au baptême du Seigneur ;3), elle revint aussitôt à ses premiers éléments. Le prophète vit une apparence d'arc dans les nuées ; l'arc fut donné en signe d'alliance et d'amour. De là les pluies de grâces au jour de la Pentecôte et dans l'année du Jubile, année sainte où les captifs sont délivrés, où l'héritage des cieux est rendu aux exiles, où l'innocence perdue est (1; Gen., II, 7. - (2) Ezéch., i, 27. - (3) S. Aug. Epît. 169, ch. 3.
recouvrée, ou toutes choses sont restaurées et reprennent leur première vigueur, année de grâce où Dieu se laisse apaiser.
L'arc-en-ciel est produit par la lumière du soleil à travers les vapeurs des nuages, aiusi le nouvel arc mystique fut produit par la lumière du Saint-Esprit à travers les nuages de notre nature, aux jours où tomba la pluie des grâces qui arrosèrent toute la face de la terre, ou plutôt toute la face de l'Eglise. Ainsi Tavait dit le Seigneur : « Qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son » sein (1); « l'Evangéliste ajoute : « Il disait cela de l'Esprit que » devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »
Aux temps anciens de Babylone, une tour fut élevée et les langues furent confondues. Aujourd'hui une tour nouvelle, la tour de la foi est bâtie avec des briques cuites au feu, c'est-à-dire avec des hommes que consume le feu de l'Esprit saint. Edifice difficile et pénible ! Que de sang répandu ! que de milliers de martyrs pour bâtir cet édifice! ils sont comme le fondement delà tour qui s'élève sur la pierre ferme qui est Jésus-Christ. Et les langues autrefois confondues se réunissent aujourd'hui ; après une si longue dispersion, elles rentrent dans l'édifice pour que tous en aient l'intelligence. Ainsi le chante l'Eglise : « Ils parlent la langue de toutes » les nations qui en sont saisies d'étonnement et qui croient pleins » de vin des hommes remplis du Saint-Esprit (2). » Et leur pensée était vraie ; oui, ils étaient pleins de vin, mais d'un vin tout céleste.
Il y a un autre vin, le vin de ce monde dont parle le prophète : << Leur vin est le fiel du dragon (3\ » L'amour est un vin ; mais ces deux vins ont entre eux une grande différence ; l'un et l'autre enivre ; mais l'un enflamme pour la vie, l'autre rend insensé et conduit à la mort.
Il y a en moi trois choses mauvaises : la feinte, la malice et la faiblesse. Aussi le Psalmiste parle d'un triple Esprit : de l'Esprit droit, c'est-à-dire de l'Esprit de vérité, comme l'appellerEvangile; c'est l'Esprit opposé à la fiction et à la duplicité du cœur. Saint
(î) S. Jean, vu, 38. — (2) Hymne des Laudes, strophe 3". — (.'^) Deut., xvxii, 33.
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Jacques (i) : « Purifiez vos cœurs, vous qui êtes doubles d'esprit. » Le second Esprit est l'Esprit sain f ; il est opposé à la malice. L'Esprit saint sanctifie les âmes et les purifie de toute tache de péché, de tout attachement à l'iniquité. Le troisième, est l'Esprit puissant, c'est-à-dire l'Esprit de courage et de force ; il est opposé à la faiblesse. Cependant l'Esprit est un ; on l'appelle un triple Esprit à cause de son triple effet qui est de vivifier, de purifier, de fortifier ; le Psalmiste en parle au psaume cinquantième.
« La parole du Seigneur a affermi les cieux, » c'est-à-dire les apôtres, « l'Esprit de sa bouche leur donne toute leur vertu (2). » Rappelez-vous ces saints apôtres, ces prédicateurs nouveaux ; dans quel état le Saint-Esprit les trouva-t-il en ce jour et qu'en fit-il ? Voyez ces hommes que la crainte des juifs retient dans le Cénacle ; qui, connaissant tous la langue de leur pays n'osent pas dire au peuple un seul mot de Jésus-Christ dans cette langue qui leur était connue. L'Esprit saint vient en eux, il enseigne leur bouche à parler diverses langues, il fortifie leur cœur par sa vertu, et tout-àcoup ils parient de Jésus-Christ dans une langue étrangère, eux qui naguère n'osaient pas en parler dans leur propre langue. Leur cœur s'enflamme et brave les tourments autrefois si redoutés. Leur amour pour Dieu triomphe de la crainte imprimée à leurs membres mortels, et eux que la terreur mettait aux pieds de leurs advervaires s'élèvent au-dessus d'eux avec autorité. Par conséquent, en élevant les apôtres à ce suprême degré d'élévation, qu'a fait l'Esprit saint ? De l'àme des apôtres n'a-t-il pas fait des cieux qu'il a affermis?
Non-seulement il les a faits, non-seulement il les a affermis, mais il les a ornés. Delà cette parole de Job : « L'Esprit du Seigneur a » orné les cieux (3). » Saint Grégoire (4) parlant de la conversion du monde par les apôtres, en trouve la figure dans Gédéon remportant sa victoire, à l'aide de trompettes et de flambeaux. — Isaie : « Vous avez brisé le sceptre du tyran, comme autrefois au » jour des Madianites (5). » « Ils se réjouissent à votre présence,
(1) S. Jacq , IV, 8. - (2) Ps. xxxii, 6. — (3) Job, xxvi, 13. — (4) S. Grég. Hom. 30 sur l'Ëvang., n° 7. — (5) Isaïe, ix, 4.
2/0 DIMANCHK DE LA PENTECOTE.
>» comme des moissonneurs enrichis de leur récolte, comme des » vainqueurs dans l'ivresse de la victoire, quand ils partagent les j) dépouilles ^1}. » Le psaume soixante-quatrième est aussi une prophétie admirable et comme Ihistoire de la conversion du monde. — Expliquer tout ce psaume : « Vous bénirez dans votre » bienveillance le cercle de Tannée 2). » Ce cercle est le temps compris entre TAscension et le Jugement dernier. •« Vous ferez » tressaillir de joie du matin jusqu'au soir. » Le matin désigne le berceau de l'Eglise et le soir ses derniers temps, époque ou abonderont la foi et la sainteté. « Heureux celui que vous avez choisi et » appelé pour habiter votre sanctuaire ! » C'est Jésus-Christ qui rhabitera. après être monté aux cieux. « Nous serons remplis des » biens de votre maison » qui seront répandus, etc.
Mais le divin Maître avait déjà donné son Esprit saint, en soufflant sur les apôtres, pourquoi le donner encore ? — Voyez saint Chrysostôme. Le Saint-Esprit produit deux effets : il éclaire et il enflamme ; voilà pourquoi il est donné deux fois. — Une figure dans Elisée demandant le double Esprit. — Saint Bernard (3) : L'Esprit saint éclaire l'intelligence et enflamme le cœur. — Et pourquoi le Saint-Esprit n'avait-il pas été donné auparavant? Parce que Jésus-Christ n'avait pas été encore glorifié. Il ne convenait pas que le Saint-Esprit fut donné avant la Résurrection. Voyez saint Thomas.
(1) Isaïe, IX, 3. — (2) Ps. lxiv, 12. — (3) S. Bero. Sermon 2 sur la Pentecôte.