DIMANCHE DE LA SAINTE TRINITÉ
DIMANCHE DE LA SAÎNTE TRINîTE
Témoignages rendus à la foi.
Très sunt, qui tesUmonium dant in cœlo : Pater, Verbum, et Spiritus sanctus : et ht très utium sunt.
Il y en a trois qui rendent témoignage dans , le ciel ; le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint ; et ces trois ne font qu'un.
(l S. Jean, v, 7).
Au chapitre vingt-unième de l'Exode, nous lisons cet article de la loi : a Si quelqu'un frappe une femme enceinte et que celle-ci 1) accouche d'un enfant mort, il rendra vie pour vie, œil pour » œil. « Cette femme est la figure de l'àme chrétienne qui par la foi conçoit Jésus-Christ, mais que font avorter ces docteurs dont l'imprudence ose traiter avec une trop grande subtilité les questions les plus ardues ; ils sont cause que l'àme conçoit l'erreur et s'écarte de la véritable doctrine. De là ces paroles de l'Apôtre : « Je crains » que, comme le serpent séduisit Eve par son astuce, ainsi vos » esprits ne se corrompent (1}. » De tels docteurs rendront âme pour âme, parce qu'ils procurent la perte des âmes, en les précipitant dans l'erreur, en aveuglant le regard de leur intelligence; ils rendront compte de tout au jour du jugement.
Voilà pourquoi il faut bien se garder de discuter les profonds mystères de notre religion, en présence du peuple, avec trop de curiosité ou de subtilité, de peur de faire avorter les âmes qui portent Jésus-Christ dans leur sein. C'est pour cela que nous ne parlerons pas aujourd'hui du profond mystère de la sainte Trinité, mais des témoignages qui lui ont été rendus ; nous ne parlerons pas de la Trinité en elle-même, m^is de la foi en la sainte Trinité.
(i; II Cor., XI, 3.
Que la grâce de Dieu vienne à notre aide et, pour l'obtenir, supplions la Vierge Marie, en lui disant : Âve Maria.
Le précepte qui nous commande la foi en la sainte Trinité paraît malaisé à accomplir, car de tous les sublimes mystères que nous propose l'Evangile, le mystère de la sainte Trinité est le plus difficile à croire. Je n'y entends rien, je n'y comprends rien; mes sens le repoussent, mon esprit ne le conçoit pas, ma raison s"y oppose, mon intelligence le contredit, comment le croire? Comment mon intelligence pourra-t-elle y adhérer? Comment ma raison acceptera-t-elle une vérité qui, ce semble, lui répugne? Et pourtant il m'est ordonné, sous peine de damnation éternelle, de l'accepter, de le croire feimement, suivant ce qui est écrit : « Celui M qui ne croira pas sera condamné (1). » Non-seulement il m'est ordonné de croire cette vérité, mais de mourir pour elle. Que dire à cela ? Dieu commaude-t-il des choses impossibles? Loin de nous cette pensée. — Saint Jérôme (2) : Que celui qui parle ainsi soit anathéme î Rien d'étonnant que Dieu commande des choses difficiles; le royaume des cieux est difficile, lui aussi, et on y parvient par la foi. Néanmoins, suivant la parole de saint Jean : « Ses commandements ne sont pas pénibles '3;, » Au contraire son joug est doux et son fardeau léger. Donnons quelques explications.
Si la foi devait être acquise par nos propres efforts, ce précepte pourrait sembler trop difficile, mais ce n'est pas par nos propres forces que nous l'acquérons, cest par la grâce de Dieu, suivant ces paroles de l'Apôtre parlant de la foi : « Elle est un » don de Dieu, elle ne vient pas de nous (4). » Le Seigneur avait dit aussi dans l'Evangile : « Personne ne vient à moi, si mon Père » qui m'a envoyé ne l'attire (5). » L'expérience nous l'atteste ; lorsque l'homme n'a pas reçu ce don de Dieu, ni la raison, ni le sentiment ne suffisent pour lui donner la foi. Voilà pourquoi, en voyant les miracles des apôtres, en entendant leurs prédications, les uns, nous disentles Actes sacrés, se convertissaient et croyaient, les autres au contraire résistaient. Tous ceux que Dieu avait pré-
(1; S. Marc, xvi, 16. — (2) S. Jérùmc, sur le chap. 5« de saint Matthieu. - (3; I S. Jean, v, 3 — '4) Eph., ii, 8. — (5i S. Jean, vi, 44.
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destines se convertissaient et croyaient à l'aide du don de la loi, et ceux à qui ce don n'était pas accordé ne croyaient pas, au contraire ils ne savaient que se moquer.
Cette grande vertu de la foi est un lien puissant qui unit, qui colle à l'intelligence les vérités les plus hautes, les plus sublimes ; par elle l'intelligence devient comme un papier subtil qui s'imbibe d'une écriture sacrée ; on peut déchirer le papier, mais l'écriture ne peut en être effacée. Que de tourments souffrirent les martyrs ! On les broyait, on les déchirait, mais la foi ne pouvait être détruite dans leuràme: au contraire plus on s'efforçait de la faire disparaître, plus elle s'y attachait avec force, parce que cette écriture sacrée avait pénétré leur esprit. C'est de ce lien de la foi que parlait Isaie : «Ceci est bon pour unir (1^. «Certes, vous avez fait, ô mon Dieu, un grand miracle dans le Sacrement de l'autel ; mais vous n'opérez pas un moins grand miracle en me le faisant croire. De là cette parole de saint Bernard (2). Dieu a opéré trois unions admirables : il a uni le Verbe à la chair, la virginité à la maternité et la foi à l'intelligence. Par conséquent si Dieu daigne nous aider, la foi n'est pas difficile.
De plus, quoique les vérités de la foi soient au-dessus de la raison, cependant rien n'est plus raisonnable que de les croire. Penses-tu faire un grand effort, ô homme, en croyant à la parole de Dieu, quoique celte parole exprime des choses sublimes et difficiles à croire? Ne vois-tu pas quel est celui qui parle? Que de choses très-difficiles à croire n'admettons-nous pas sur une parole d'homme! Que d'admirables récits sur les secrets de la nature, sur les sources, sur les plantes, sur les animaux ! Pline (3) disait : la nature dans ses œuvres exige la foi. Et dans l'histoire, que de choses n'acceptons-nous pas chaque jour malgré leurs difficultés, sur la parole des historiens !
Si l'empereur, si le souverain pontife affirmaient avoir vu une chose invraisemblable d'ailleurs et opposée à toute notre raison, vous la croiriez cependant à cause de l'autorité qui revêt une telle
(1) Isaïe, xLi, 7. — (2) S. Bernard. Serm. 3 pour la Vigile de la Nativité du Seii^neur, n" 7. — (3) Pline. Hist. nat., liv. 7, chap. !•'.
parole, et l'on regarderait comme incivil et grossier celui qui refuserait d'y croire ; et pourquoi? parce que quoique dise l'empereur, l'autorité de sa parole est bien plus grande que toutes les difficultés que cette parole peut renfermer.
0 insensé, tu crois aux paroles d'un homme et tu ne crois pas à la parole de Dieul Quelques diflicultés que renferment la parole de Dieu, elles seront toujours bien au-dessous de son autorité. Aussi après les paroles de mon texte sur la Trinité, saint Jean ajoute, pour que ces paroles ne semblent pas difficiles à croire : « Vous » recevez le témoignage de l'homme, mais le témoignage de Dieu » est bien plus grand. Or. c'est Dieu même qui a rendu ce témoi- » gnage de son Fils (T. »
Votre foi, ô chrétien, ne sappuie pas sur des raisons légères, sur quelques conjectures, sur des arguments sans gravité, elle ne s'appuie pas sur la parole d'un homme, pas même sur la parole d'un savant ou dun saint; elle s'appuie sur le témoignage de l'infaillible Vérité, sur le témoignage de Dieu parlant à l'homme. Si la Vérité peut tromper et si Dieu peut mentir, alors votre foi pourra vous tromper.
0 fondement solide, inébranlable! — LApôtre: « Quand un » ange venu du ciel vous annoncerait un évangile différent de » celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème (2;. » Car vous avez cru non à la parole d'un ange mais à la parole de Dieu.
En vous demandant d'ajouter foi à sa parole, Dieu ne vous demande rien d'injuste, puisqu'il est la Vérité, pas plus qu'il ne commande rien d'injuste en demandant l'ob^^issance, puisqu'il est le Seigneur et le Tout-puissant. Ces deux devoirs, les plus grands de tous, sont aussi les plus légitimes envers Dieu.
Il y a en effet dans l'homme deux facultés supérieures à toutes les autres, l'iutelligenee et l'appétit, l'esprit et la volonté. La foi soumet à Dieu l'intelligence, l'obéissance lui soumet la volonté. De la même manière que le renoncement à l'appétit, aux plaisirs et aux cupidités, la soumission de la volonté à Dieu est ud devoir
(1) I S. Jean, v, 9. - '2j Gai., i, 8.