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3f TROISIEME DIMANCHE
» tera un Fils (I). » Telle est la voie, telle est la porte par laquelle le Fils de Dieu est entré dans le monde. Voie belle, voie pure, voie imraacuh^e. « Ses voies sont des voies belles ;1. » C'est la Vierge sainte qui l'a attiré des cieux ; c'est elle qui, nouvelle Dalila, par sa beauté et par ses vertus, a enlacé ce nouveau Samson dans les liens de la chair, et rasant ses cheveux, principe de sa puissance, sans les déraciner, l'a mis dans un état de profonde faiblesse et l'a livré ensuite à ses ennemis pour le cruciQer. Comment aurait-il été crucifié, s'il n'était homme ? « Tu as blessé mon cœur, dit-il, ô » ma sœur, mon épouse, tu as blessé mon cœur, d'un seul de tes » regards, par un cheveu de ton cou (3:. » Elle plut par sa foi et elle conçut à cause de son humilité.
Telle est la voie, mes frères, par laquelle Dieu est descendu jusqu'à l'homme et par laquelle l'homme monte jusqu'à Dieu. Ne vous en écartez jamais. Supplions-la de nous obtenir la grâce de voir un jour dans la gloire, Celui qu'il a montré à nos yeux dans une chair mortelle. Gloire ineffable à laquelle nous conduise Jésus-Christ Xotre-Seic^neur. Ainsi soit-il !
Evangile du jour.
Vox clamantisin deserto : dirigite liam Domini,
La voie de celui qui crie dans le désert : rendez droite la voie du Seigneur. (S. Jean, i, 23).
Lorsque le voyageur s'est égaré au milieu d'un désert, il ne lui reste qu'une ressource pour échapper à sa perte : c'est de gravir quelque haute montagne, d'y pousser des cris de toutes ses forces.
(I) Isaïe. vu, 1-i. — (2) Prov;, m, i:. — (3) Gant., iv, 9.
de les lancer de tous côtés, pour voir si quelqu'un ne les entendra pas. Oh ! mes frères, l'homme s'est perdu dans le désert du péché. a J'ai erré comme une brebis perdue ; cherchez votre serviteur (\). » Et comment le chercher? Montez sur une montagne et de là appelez à votre secours. Mais quelle montagne est plus haute que la Vierge sacrée'^ Elle a été élevée par-delà les sommels des montagnes, c'est-à-dire des esprits angéliques. « Dans les derniers )) jours, disait le prophète, la montagne où habite le Seigneur, sera » préparée au-dessus du sommet des montagnes (2). »
Ce mont sublime est celui dont parle le même prophète : a En- » voyez. Seigneur, l'Agneau dominateur de la terre ; envoyez-le de » la pierre du désert (3), » c'est-à-dire du sein de son Père, « vers » la montagne de la fille de Sion (4), » c'est-à-dire vers la Vierge sainte, « montagne riche » de toutes sortes de grâces, a montagne » fertile, montagne où Dieu se plaît à habiter. »
Que vous dirons-nous donc, Vierge sacrée? Salut (5}, ô Reine, ô Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance, salut. Nous crions vers vous, nous pauvres exilés, enfants d'Eve ; gémissant et pleurant, nous soupirons vers vous, non pas du haut d'une montagne, mais du fond de cette vallée des larmes, nous crions vers vous, ô montagne de Dieu. Eh bien, ô notre Avocate, tournez vers nous vos regards de miséricorde; souvenez-vous qu'il est écrit : « En ces jours-là, les montagnes distilleront des w flots de douceur, le lait ruissellera sur les collines, et des eaux » abondantes couleront dans tous les ruisseaux de Juda, et de la » maison du Seigneur jaillira une fontaine ([ui arrosera la vallée ^> des épines [(">]. »
C'est de vous, ô montagne pleine de richesses, que doivent s'épancher sur les cœurs affliges les douceurs de la miséricorde ; les regards des pécheurs implorent le lait de la grâce, remplissez nos yeux de ruisseaux de larmes. De la demeure du Seigneur, ô Mère de notre Dieu, faites descendre jusqu'à nous la fontaine de ces eaux qui rejaillissent dans la vie éternelle ; que nos âmes arides et
(1) Ps. cxviii, 176. — (2) Isaïo, ii. 2. — (3) Isaïe, IG, 1. [Vj Ps. Lxvii, 16. - (5) Paroles du Salve Regina. — (6) Joël., m, 18.
3i TROISIÈME DIMANCHE
desséchées les boivent cl eu sùieut abreuvées. Pour obtenir cette faveur, nous vous offrons notre prière accoutumée :
Ave Maria.
Deux sujets paitageront ce discours : nous expliquerons d'abord l'Evangile de ce dimanche ; nous dirons ensuite quelques mots de saint Isidore dont nous faisons la fête.
L'Evaugile de ce jour, mes frères, nous rappelle la députation que les Juifs envoyèrent à Jean-Baptiste. Ils voyaient en effet que, d'après les prophètes, le temps du Messie était proche ; le sceptre n'était plus dans la maison de Juda; les gouverneurs n'étaient plus de sa race. Connaissant donc la sainteté de Jean-Baptiste, ils supposaient qu'il pouvait bi^n être le Messie. Après un long conseil, ils lui envoyèrent des députés pleins de sagesse pour l'interroger et dire : « Qui ét^s-vous (1)? » Nous voyons la sévérité de votre vie, votre conduite surhumaine, vos austérités inouïes; vous êtes couvert d'un habit en poils de chameau, vous ne mangez que du miel sauvage, vous dormez sur la terre nue, votre demeure est une caverne et votre société les animaux sauvages, vous passez dans la prière le jour et la nuit ; des làge de sept ans où vous avez commencé ce genre de vie. vous ne lavez jamais cessé, vous êtes toujours revêtu d'un cilice ; votre abstinence est continuelle, vos jeûnes assidus, souvent vos yeux versent des larmes. Cette conduite nous tient dans le plus grand étonnemeut. vous nous semblez un homme miraculeux, un prodigieux phénomène. « Qui ètes-vous ? » Que votre bouche vous rende témoignage, nous vous le demandons. Etes-vous le Messie ? Ltes-vous Elie '? ètes-vous prophète ? ou bien ètes-vous un ange céleste revêtu d'une chair mortelle, car votre vie n'est pas une vie d'homme, mais une vie d'ange ? Nous savons que vous êtes vrai dans toutes vos paroles et que la vaine gloire ne peut vous loucher, vous qui foulez ainsi le monde à vos pieds. Par conséquent, répondez, nous vous en conjurons, parlez-nous clairement : « Qui ètes-vous? »
Eh quoi ! répond le saint précurseur, vous ne me connaissez pas? Ne suis-je pas Jean, fils de Zacharie, de ce prêtre que vous con- (1)S. Jean, i, lîJ.
DE LAVENT lo
naissez tous? Xe suis-je pas le fils d'Elisabeth? Toute ma famille ne vous est-elle pas connue ? Xe suis-je pas né. n'ai-je pas été nourri au milieu devons? Pourquoi, me connaissant ainsi, me demandez-vous encore : « Qui ètes-vous ? )>
Ranimez votre attention, mes frères. Telles étaient les vertus suréminentes. la sainteté de Jean-Baptiste, qu'on ne le croyait pas un être humain ; quoique bien connu, on croyait ne pas le connaître encore: dans cette humilité on croyait cachée quelque grandeur ignorée, et en vérité il en était ainsi.
Oh 1 quelle autorité s'attache à la vertu ! Quelle déférence n'accorde-t-on pas à la perfection et à la sainteté î Considérez ce Messie désiré depuis si longtemps, demandé si longtemps avec larmes par les prophètes, promis depuis le commencement du monde, attendu par l'univers comme son Sauveur et son Maître ; quel être plus grand et plus éminent pouvait-on attendre? quel homme pouvait être plus puissant, plus parfait? Et néanmoins, telle est la déférence du peuple pour Jean-Baptiste que. si cela lui plaît, il peut se dire le Messie, s'octroyer cet honneur ; on ne veut pas d'autre témoignage ; qu'il parle et Ton se soumettra et l'on croira à sa parole ; la vérité seule peut sortir d'une bouche si sacrée. Quel prince, quel roi, quel empereur eut j"amais sur la terre une autorité aussi grande que ce pauvre solitaire couvert d'un vêtement en poils de chameau et d'une ceinture de peau ?
Mais, ô faveur du monde, que tu es vaine, que tu es inconstante! que tu es changeante I Qui oserait se confier à ta légèreté? Voyez, mes frères, ce Baptiste que tout ce peuple prend pour le Messie, à qui l'ou envoie une dépulation si solennelle, dont on croira tous les témoignages qu'il voudra se rendre ; ce Baptiste est le même homme qui, après la danse d'une jeune fille, sur la demande d'une adultère sacrilège, sera mis à mort par manière de jeu ; c'est le même dont la tète sera apportée parmi des convives dans l'ivresse, et, au miheu de leurs railleries, remise dans un plat à cette jeune fille qui ne saura elle-même que s'en moquer. Quoi de plus grand et quoi de plus bas! Quelle différence entre l'heure ou il recevait la députation et l'heure de sa mort ! Elre regardé
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comme le Messie Sauveur et èlre égorgé par manière de jeu. qu'il y a loin entre ces deux extrêmes 1 Et pourtant dans l'un et dans iautre. Jean-BaïUisle se couvrit de gioire: il fut vrai dans le témoignage qu'il se rendit, il fut fort dans le martyre qu'il souffrit pour la vérité.
Quant à nous, mes frores. apprenons de ce fait à mépriser avec coursrge les faveurs d'un monde trompeur, à ne pas nous laisser jouer par les fausses apparences dune vaine gloire : la véritable louange vient de Dieu : seul, il rend témoignage à la véritable bonté ou à la véritable malice. Ecoutez la parole de saint Paul aux Corinthiens : « Pour moi. je me mets fort peu en peine d'être jugé p par vous ou par le tribuual de l'homme '1}. » La bonne opinion du peuple ne me rend pas meilleur, et sa mauvaise opinion ne me rend pas pire. Que chacun pense de moi ce qui lui plaît. Je suis ce que je suis ; ce n'est pas l'opinion des hommes, ce sont mes œuvres qui me font ce que je suis. C'est au-dedans de moi que se trouve la matière sur laquelle je dois être jugé.
Quelle folie de demander à un ignorant ou à un aveugle son sentiment sur les couleurs 1 Supposez un homme à la vue claire et perçante, qui va demander à un aveugle : Qu'est-ce que je tiens à la main ? Ne prendrait-on pas pour un insensé celui qui, ne voulant pas s'en tenir au jugement de ses yeux clairvoyants, va interroger les yeux d'un aveugle? Il en est de même dans notre sujet, mes frères. Ne demandons pas son jugement sur nous à une opinion aveugle ; demandons-le à notre conscience clairvoyante ; nul ne sait en effet ce qui est dans l'homme : seul, l'esprit qui est en l'homme peut le savoir : cest la propre parole de saint Paul : « Qui d'entre les hommes connaît ce qui est dans l'homme, si ce >* n'est l'esprit de Ihomine qui est en lui 'X ? »
Mais revenonsànos d^^pulés. et, daprèsleur demande elle-même, montrons quelle fut plus tard toute leur malice, toute leur jalousie contre Jesus-Christ. Imitons ici saint Augustin (3). Je m'adresse à vous, ô Juifs, et je vous porte un défi. Entrez en discussion avec
(1) I Cor., IV, 3. — (2) I Cor., ii, 11. — (2) S. Aug., seriu. sur le Sym- Lole, coutre les Juifs, etc., chap. xi. .\ppend. tome 8.
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moi ; je vous convaincrai de votre injustice et de votre perversité. Cette même question que vous adressez à Jean-Baptiste, vous l'avez aussi adressée à Jésus-Christ : « Jusqu'à quand tiendrez-vous notre » esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-nous-le claire- » ment (1). » Et le Sauveur vous renvoya à ses œuvres, disant : « Les œuvres que je fais rendent témoignage de moi (2\ « Plus tard il rendit encore de lui-même un plus clair témoignage ; c'était devant Caïphe : « Je le suis, répondit-il (3); » souvent il vous a dit aussi la même chose. Et vous, que lui avez-vous répondu? « 11 a blasphémé ; « ou bien encore : « Vous vous rendez témoignage » à vous-même; votre témoignage est faux '4;. » Certes, il aurait pu produire encore une multitude de témoignages que lui ont rendus vos prophètes, ainsi que l'a fait plus tard saint Augustin (5).
Mais laissons maintenant de côté tous ces témoignages ; répondez-moi, je vous prié. Le témoignage de Jésus-Christ a-t-il moins de valeur que le témoignage de Jean ? Jean ne ressuscite pas les morts, il ne guérit pas les lépreux, il ne rend pas la vue aux aveugles, il ne commande pas aux éléments, il ne chasse pas les démons, comme moi. « Jean-Baptiste n'a même fait aucun mi- « racle (6), « dit l'évangéliste ; il ne fait pas les œuvres que je fais et que d'ailleurs personne ne peut faire comme moi. Et cependant vous me dites à moi : « Vous vous rendez témoignage à vous- » même; votre témoignage est faux '7}- " Et vous dites à Jean : « Que dites^vous de vous-même (8} ? « Rendez-vous témoignage.
Voyez-vous comme vous faites acception des personnes ? Vous recevriez, sans autre preuve, le témoignage de Jean que n'accompagne aucun miracle, et mon témoignage qu'accompagnent tant de signes, tant de prodiges, vous le rejetez! Ignorants et aveugles, si vous recevez le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu n'est-il pas plus grand? Est-ce que Dieu par ces miracles ne me rend pas
témoignage?
(1) S. Jean, x, 24. - (2) S. Jean, v, 36. - (3) S. Marc, xiv, 62. - (4) S. Jean, vin, 13. — (5) Sermon cité tout à l'heure, chap. 13. — (6) S. Jean, î, 41. — (7) S. Jean, viii, 13. — ■ (8) S. Jean, i, 22.
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Mais, direz-Yous peut-être, vous n'êtes pas vêtu comme Jean, votre vie n'est pas aussi austère, vous ne vous nourrissez pas comme lui ; vous vivez au milieu de nous, Jean passe sa vie dans le désert. — Insensés 1 la perfection de la ^^e consiste moins dans les austérités que dans la charité. C'est par un dessein profond de la Sagesse divine que Jésus-Christ mena une vie d'une austérité tempérée quoique d'une perfection suprême ; on pouvait craindre que le pécheur faible et infirme, voyant la vie austère de son médecin à laquelle il fallait se conformer, ne tombât dans le découragement et ne désespérât de son salut. Cest la pensée de saint Thomas \ .
Mais soit; quon se rapporte aux austérités plus qu'aux miracles; accordez plus de confiance à Jean dans le désert, puisqu'il vous semble plus admirable. Que répondrez-vousà ceci? Le témoignage qu'il rend à un autre, a plus de valeur évidemment que le témoignage qu'il se rend à lui-même. Pourquoi donc croire Jean, quand il parle de lui-même, et ne pas le croire, quand il parle d'un autre? Que dit-il eu effet? « Je ne suis pas le Christ {T, » « mais au mi- » lieu de vous il y en a un que vous ne connaissez pas (3). » Ou le langage de Jean est le langage de la vérité ou il ne l'est pas. S'il ne l'est pas, pourquoi le croire, quand il parle de lui-même? S'il l'est, pourquoi ne pas le croire, quand il me rend témoignage? D'autant plus que le témoignage qu'on rend à un autre, vous le dites vous-mêmes, a une plus grande autorité. A cela vous n'avez rien à répondre, et votre malice et votre jalousie apparaissent dans tout leur jour ; on voit clairement que vous me haïssez sans motif.
Cet argument n'est pas de moi, mes frères, il est du Seigneur lui-même, car celui qu'il fit aux Juifs de sa propre bouche, est entièrement semblable ; il leur dit : « Le baptême de Jean, d'oùétait- » il ? du ciel ou des hommes 'i^ ? » Est-il une révélation de Dieu ou une invention humaine? Comme s'ihlisait : Jean est-il un prophèteou unséducleurdu peuple?— Les Juifs n'osaient pas répondre;
(1) S. Thomas. 3omnie, 3* part., quesl. 40. — (2) S. Jean, i, 20. — (3, S. Jean, i, 20. — (4) S. Mauh., \x\, 25.
DE l'avent 39
car s'ils avaient dit : il est un séducteur, ils avaient à craindre le peuple, parce que tous regardaient Jean comme un prophète. D'un autre côté, ils n'osaient pas l'appeler un prophète, car le Sauveur aurait pu leur dire : Pourquoi n'avez-vous pas accepté sa parole, quand il parlait de moi ? Ils répondirent donc : nous n'en savons rien. — Oui, vous dites vrai; vous n'en savez rien; vous êtes des ignorants, des aveugles et des guides d'aveugles.
Revenons à Jean-Baptiste et examinons sa réponse : « Je ne suis » pas le Christ, dit-il, je ne suis pas prophète (l\ » — Mais qui ètes-vous donc? « Je suis, reprit-il, la voix de celui qui crie dans >» le désert : rendez droits les sentiers du Seigneur ^2^ » — Il ne dit pas : Je suis une voix qui crie ; mais « je suis la voix de celui » qui crie. » Et cela est la vérité, mes frères ; quand vous entendez un prédicateur, vous entendez Dieu qui vous parle. Ne considérez pas la valeur de la trompette, mais le souffle qui en tire les éclats, et reconnaissez Dieu qui les fait entendre.
Nous pourrions dire ici bien des choses, sur la voix et sur le Verbe; mais, comme l'heure presse, prenons plutôt des choses morales et d'une utilité plus pratique. Ce désert est le cœur du pécheur ; deux raisons vont nous le montrer. Le désert est un lieu inculte qu'on ne laboure pas, qu'on n'ensemence pas. Là naissent et croissent d'elles-mêmes toutes sortes de plantes sauvages, les épines, les buissons, les chardons, les orties, les paliures ; là habitent les lions, les serpents, les lézards, les vipères ; et tout cela se trouve dans le cœur du pécheur.
Ce cœur, en effet, n'est jamais labouré par la charrue de la pénitence qui arrache les vices jusqu'à la racine ; jamais n'y tombe la semence des vertus ; tous les vices de la chair y naissent à leur gré, nulle main n'est là pour les détruire. « Leur iniquité sort » de leur abondance (3). » Là se trouvent les épines, les chardons et les ronces des soucis, des angoisses, des désirs, de toutes sortes de convoitises. 0 quel horrible abîme ! Lors même qu'il n'y aurait pas de ciel pour récompenser la vertu, ni d'enfer pour punir le vice, nous devrions fuir toujours une conscience mauvaise. Mais
(1) S. Jean, i, 20. — (2) Kl., 23. — (3) Ps. lxxii, 7.
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eux, nous dit Job. « leL^^rdenl comme un plaisir d'habiter sous ces » ropces (4). »
Le cœur du pécheur est encore la demeure des démons : « Il » sera, nous dit Isaie. la demeure des dragons, et l'autruche y » prendra sa nourriture : les onocentaures s y rencontreront avec » les démous ; les satyres sy appelleront l'un l'autre, les lamies » y chercheront leur retraite et s'y reposeront en paix; le hérisson » y creusera sa tanière et y nourrira ses petits qui grandiront à » l'ombre de sa caverne ; les milans s'y rassembleront en foule (2). » Que signifient ces dragons, sinon la malice du pécheur? que signifient ces autruches, sinon son hypocrisie. L'autruche semble avoir des ailes pour voler, mais elle ne saurait s'en servir ; de la même manière Ihypocrite veut se faire regarder comme un homme tout céleste, et il ne saurait faire un pas dans la voie de la sainteté. Par conséquent, le dragon se repose dans une âme perverse et l'autruche y prend sa nourriture; le pécheur sait adroitement couvrir sa malice et dérober à tous les yeux ses artiticieux efforts pour feindre la vertu.
Que signifient ces onocentaures, sinon les libertins et les orgueilleux? Le mot grec onos veut dire âne, et l'âne désigne la luxure, suivant cette parole du prophète : « Leur ardeur est celle de » l'âne (3). « Le taureau désigne la superbe, suivant cette parole que le Seigneur disait par son prophète, au sujet des Juifs qui s'exaltaient dans leur orgueil : « Les taureaux de Basan m'ont assailli (4). » — Ils sont par conséquent des onocentaures, ceux qui, s'abandonnant aux honteuses passions, s'enorgueillissent de ce qui devrait les humilier. — Les domous vont au-devant des onocentaures, parce les esprits pervers rendent aux hommes qui leur ressemblent tous les services qu'ils demandent.
« Les satyres s'appelleront l'un l'autre. » Les satyres sont aussi appelés Pans chez les Grecs, et Incubes chez les Latins. Le haut du corps a la forme humaine, et le bas la forme du bouc. Par ce nom de Satvre, le u^^^^tÏÏÇerMnit désigner la monstruosité du péché
(1) Job, XXX, f<^Y^) Isaïyit^iv, 13. — (3^ Ezéch., xxiii, 20. — ^4) Ps. xxj, 13.
qui abaisse l'homme jusqu'à la brute ; car toute faute commence avec quelque apparence de raison, mais entraîne toujours dans des effets déraisonnables. — Les satyres s'appellent l'un l'autre. Une première faute provoque toujours à en commettre une seconde ; presque toujours à l'occasion d'une faute précédente, une autre faute, sous quelque apparence de raison, vient séduire un esprit pervers.
« Là les lamies prennent leur repos, » Les lamies ont le visage de l'homme ; le reste du corps est celui d'un serpent. Ainsi tout pécheur semble un homme à l'extérieur et en réalité il se met au rang de la brute.
Par les hérissons le prophète désigne ces esprits artificieux qui prennent la défense de leurs actes mauvais. En effet, quand vous approchez du hérisson pour le prendre, vous voyez sa tête, ses pieds et tout son corps ; mais saisissez-le; aussitôt il se ramasse en boule, retire ses pieds et sa tète qu'il cache au-dedans, et dans votre main vous perdez la vue de celui que tout à Theure vous aperceviez tout entier. Voilà les pécheurs, ces esprits artificieux dont nous parlons ; lorsque vous les surprenez dans leurs désordres, vous apercevez la tète du hérisson, c'est-à-dire, vous voyez le début du poché, la voie où est entré le pécheur pour arriver à la faute ; vous apercevez les pieds du hérisson, c'est-à-dire vous voyez les traces du péché, les moyens dont s'est servi le pécheur pour le commettre ; mais tout à coup le hérisson relire ses pieds au-dedans, c'est-à-dire cet esprit artificieux apporte mille excuses et fait disparaître toute trace de son péché ; le hérisson cache sa tète, c'est-à-dire par une habile défense, le pécheur démontre qu'il n'a pas même commencé quelque chose de mal ; le hérisson enfin n'est plus qu'une boule dans la main qui l'a saisi, c'est-à-dire que, voulant reprendre le pécheur, vous perdez tout à coup la vue de ce que vous connaissiez ; le pécheur s'est replié au fond de sa conscience, et, après avoir vu sa culpabilité tout entière au moment où vous le surpreniez, aveuglé ensuite par les détours d'une défense perverse, vous ne voyez plus rien. Le hérisson a aussi sa ta-
nière dans le désert, c'est-à-dire ces esprits artificieux, se repliant en eux-mêmes, se cachent dans les ténèbres de leurs excuses.
Vous le voyez : le cœur du pécheur est un vrai désert où Dieu n'habite point, et pourtant il y fait entendre sa voix de mille manières différentes, tantôt par des bienfaits, tantôt par ses apôtres, tantôt par ses fléaux, tantôt par de saintes inspirations, et ceci est le cri le plus puissant.
La voix de l'inspiration, noub dit saint Bernard '^, ne fait point de bruit au dehors, elle pénètre l'àme. « Une parole silencieuse » est venue jusqu'à moi, et mon oreille saisissait à la dérobée le fré- » missement de sou murmure (2). » Ainsi parlait Job, et saint Grégoire ^3), expliquant ce passage : Par cette parole silencieuse, dit-il, on peut entendre la parole d'une aspiration tout intérieure ; quand cette aspiration saisit l'àme humaine, elle l'élève, écarte loin d'elle toute pensée matérielle et l'enflamme des désirs de l'éternité, en sorte que rien ne plaît à celte àme, sinon les choses d'en haut, et qu'elle méprise toutes les choses d'en bas qui font plus ou moins de bruit au sein de la corruption humaine. — Par conséquent entendre cette parole silencieuse, c'est recevoir dans son cœur la parole de l'Esprit-Saint.
« Et mon àme saisissait à la dérobée le frémissement de son mur- '> mure. » L'oreille du cœur ne saisit qu'à la dérobée le frémissement du murmure céleste, car l'homme que Dieu inspire doit saisir la voix de cette parole intérieure à son rapide passage dans les profondeurs de l'àme. Par conséquent entendre a la dérobée le frémissement du murmure céleste, c'est saisir dans ce qu'elles ont de délicat et de mystérieux les voix secrètes du souffle divin. « Le » Seigneur m'a donné une langue éloquente, afin que je puisse sou- » tenir par ma parole l'homme abattu ; dès le matin, il prépare » mon oreille à l'écouter comme un Maître (4). »
Etendre cette pensée : pourquoi refusent-ils de s'entretenir avec Dieu? pourquoi refusent-ils d'écouter un tel Maître? pourquoi ne lui préparent-ils pas une chaire dans leurs cœurs? — Le Psalmiste
(1) S. Bern. Sur le Cant.,serm. 31, wG. — (2) Job, iv, 12. — (3) S. Grég. Liv. V des Mor., chap. 28. — (4) Isaïe, l, 4.
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disait : « Que vos paroles me sont douces ! le miel le plus exquis n est moins agréable à ma bouche (1). » « Heureux l'homme que » vous instruisez. Seigneur, et à qui vous enseignez votre loi (2). » C'est à l'école d'un tel Maître que le grand Isidore fut élevé ; il était assidu à ces leçons sublimes et voilà pourquoi il en est devenu un disciple aussi illustre. — Dire que l'Espagne compte de nombreux martyrs et des confesseurs illustres, mais que. par sa science et son génie, Isidore est le plus illustre de tous. Il connaissait, comme les quatre grands docteurs de l'Eglise, toutes les sciences divines et humaines, et il eut de plus que les autres docteurs le don de prophétie. De la même manière que l'Italie se glorifie de ses Ambroise et de ses Grégoire, l'Afrique de ses Augustin, la France de ses Bernard, ainsi l'Espagne se glorifie de son grand Isidore. Il est la gloire et la couronne de notre patrie ; je ne sais pas pourquoi l'Espagne n'est pas pleine de ses temples. Oh 1 quelle reconnaissance nous lui devons ! Il a rejeté de notre Espagne la secte pestilentielle de Mahomet, ainsi que l'atteste l'histoire ; par son secours, Tolède fut arrachée au pouvoir des Sarrazins. Le roi Alphonse assiégeait cette ville depuis sept ans : déjà il désespérait de s'en rendre maître et il levait le camp, lorsque saint Isidore apparut à l'évèque de Léon, nommé Cyprien, et lui ordonna d'envoyer au roi un messager pour lui dire de ne pas lever le camp, parce que la ville se rendrait vingt-cinq jours après, comme cela eut lieu en réalité. Après saint Jacques, saint Isidore est le second patron de l'Espagne.
(1) Ps, cxviii, 103. - (2)Ps. xcm, 12.