‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 5 sur 62 · PREMIERE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

PREMIERE INSTRUCTION

La pi'éparatîon de la A-oie du Seigneur.

Erunt praia in direct a. et aspera in lias plenas.

Les chemins torlueuii seront redressés et les n'iOntueux aplanis.

(S. Lcc, m, 5).

Saint Lue dans son Evangile ne dit qiruu mot de Jean-Baptiste sur lequel les autres évangélistes se sont longuement étendus: il dit : « La parole de Dieu se fit sur Jean-Baptiste (1); » mais ce seul mot comprend tout. Oui, la parole divine se fit en Jean-Baptiste qui était la voix de ce Verbe : au dedans de lui ce Verbe venait former la voix qui devait ensuite retentir au dehors et faire éclater des coups de tonnerre prodigieux. La parole^ divine s'était faite en Jean-Baptiste, dès avant sa naissance, ainsi qu'il est écrit : «' Avant de te former dans le sein de ta mère, je t'ai connu '2). » Mais, « Tan quinzième de l'empire de Tibère, la parole divine se » fit entendre '3^ » à Ihomme par Jean-Baptiste et sur Jean- Baptiste.

Ce n'est pas sans mystère qu'il est dit : « La parole du Seigneur » se fit sur Jean-Baptiste ; » car en lui tout était une parole ; ses actions, ses œuvres, son vêtement, sa nourriture, la ceinture de ses reins, tout parlait; tout était une ligure mystique et une prophétie. Il prêchait la pénitence dans ses discours, il la prêchait dans sa conduite.

En prenant les choses sous le côté mystique, le vêlement hérissé

(1; S. Luc, m, 2. — (2) Jcrémie, i. 5. — (S) S. Luc, iir, 1.

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de poils de chameau signifie nos péchés que le Verbe a pris sur soi, ainsi qu'il e-t écrit : « En vérité il a pris nos langueurs et a " porté nos souffrances 'I;. » Lî ceinture signit'ie le corps mortel qu'il devait déposer sur la croix. Le miel sauvage signifie l'esprit retenu jusqu'alors captif dans la loi. mais qui allait être répandu dans les champs et dans les forêts de la gentilité. « Nous l'avons » trouvée dans des campagnes couvertes de forêts fî]. )> Le miel signifie l'esprit de piété, rien de plus évident d'après ces paroles : « Mone'sprit est plus doux que le mielfS). »

« Préparez la voie du Seigneur. » Jean-Baptiste nous montre quelle est celte voie, quand il dit : « Faites pénitence, car le « royaume des cieux approche '4,. » Dans son livre de la Cité de Dieu, saint Augustin 5^ nous dit : Parun effet de la miséricorde de Dieu la peine a ét*^ changée en vertu. 0 miséricorde infinie ! le châtiment du péché est devenue une récompense. Qui jamais entendît pareille cho^e ? Le coupable est puni de son péché et le châtiment est accepté de Dieu comme un service que nous lui rendons. La pénitence est ainsi devenue le chemin qui conduit à la vie.

Au terme de cette route, nous trouvons des champs pleins de fruits, fruits de joie et d'éternelle allégresse; notre divin Seigneur a marché par cette route et y a laissé ses traces, afin que nous ne pussions nous en écarter et périr. Et si notre faiblesse ne nous permet pas d'y marcher, faisons comme le lierre qui, d'après saint Isidore '6 \ est appelé lierre, parce qu'il se lie aux arbres: il n'aurait pas par lui-même la force de s'élever, mais soutenu par les branches de l'arbre, il acquiert parfois une grandeur prodigieuse et étend ses rameaux de toutes parts.

La voie est encore les préceptes du Seigneur (7), « Je méditerai » vos préceptes et je considérerai vos voies. » « J'ai couru dans la » voie de vos commandements 'S;. » « Vous avez ordonné d'obser-

(1) Isaïe, LUI, 4. — (2) ?s. cxixi, G. - (3; Eccli., xxiv, 27. — (4) S. Mauh.. III, 2. — (5) S. Aug. Cité de Dieu, liv. XXl.'chap. 13. — (6) S. Isid. Etvm.. liv. XVII, chap. 9.— (V Ps. csvni, 15. - (8) M.. 3-::.

« ver vos commandements avec fidélité ;1.\ » « Voulez-vous entrer » dans la vie? observez les commandements '2', » — Saint Ambroise (3) nous dit : Eve, après avoir reçu le commandement du Seigneur, et après avoir entendu cette parole : « Le jour que vous « en mangerez, vous mourrez [i], » ne sut que répondre au serpent: « De peur que peut-être nous ne mourrions (5}. » Voyez-vous comme elle ne gardait qu'avec peu de force le commandement du Seigneur ? Aussi la vue d'une telle tiédeur donna au démon l'audace de la tenter.

Le chrétien qui marche dans cette voie doit attacher un regard attentif sur l'étendue qui. sans dévier, s'étend devant lui, ainsi que sur le terme, sur la fin de la voie. — La flèche qui tend droit à son but est une figure du chrétien marchant dans cette voie. Voilà pourquoi Salomon a dit : « Les yeux du sage sont à la tète (6). » Qu"entend-il par le sage, sinon le juste? Car tout pécheur est un insensé, puisqu'il donne les biens de l'éternité en échange des biens du temps. « Les yeux du sage, » c'est-à-dire du juste, « sont donc n à la tète. » Mais les yeux de l'insensé ne sont-ils pas à la tète ? Non; il les a sur la terre et non sur la tète qui est le Christ.

Vous donc qui, pendant cette vie ou nous sommes dans la voie dont le terme est la patrie, ne voulez-vous pas vous égarer de la route, accomplissez ce qui est écrit : « J'ai toujours le Seigneur » présent à mes yeux ; il esta ma droite, je ne seraipas ébranlé (7). » — SaintBernard 8; sur ces paroles : « LeSeigneur aconduitlejuste » par des voies droites ,9;, » nous dit : Les voies du Seigneur sont droites, belles, pleines, sans la moindre colline. Elles sont droites, sans détour, parce qu'elles conduisent à la vie; elles sont belles, sans souillure, parce quelles enseignent la pureté ; elles sont pleines, couvertes d'une multitude, parce que le monde entier est dans les filets du Sauveur; elles sont unies et sans aspérités, parce qu'elles remplissent de douceur.

(I) Ps. cxvm, 5. — (2) S. Matih,, xix, 17. - (3) Ou plutôl saint Bernard, serm l«s sur l'Annonciation, n" 8. — (4) Genèse, ii, 17. — (5) Genèse, m, 3. — (6) Ecclé., ii, li. — (7) Ps. xv, 9. — (8) S. Bern., serm. X.\I, de Divers., n' 1. — (9^ Sag., x, 10.

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« Les chemins tortueux seront redressés et les montueiix apla- » nis. » — Dire ici comment il faut purifier sa conscience par la confession et quelle dévotion doit nous animer pendant ces fêtes. L'arche du Seigneur était revêtue d'or au dehors et au-dedans ; on y voyait aussi du vin, du pain et la verge d'Aaron ; à plus forte raison vous devez revêtir d'or votre conscience qui doit être la demeure du Roi des cieux, et cet or sera au dehors l'exemple des bonnes œuvres et au-dedans la pureté de bonnes pensées et des saints désirs.

L'Apôtre nous dit : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple » de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu'un » \iole le temple de Dieu, Dieu le perdra : car le temple de Dieu » est saint et vous êtes ce temple '1'. » Chose admirable! le

Seigneur habite dans notre corps et dans notre âme

Ezéchiel: « Fils de l'homme, vous êtes le lieu de mon trône, le ^5 lieu où j'habite au milieu des enfants d"lsraêl pour jamais (2;. » Dieu a dit encore : « J'habiterai toujours au milieu d'eux '3,\ » j'habiterai en eux, je marcherai parmi eux. Telle est la largeur d'une conscience sanctifiée par lamour de Dieu.

Continuer en attaquant les vains amusements, les plaisirs de la table et de la débauche. Isaïe : « Malheur à vous qui dès le matin » vous livrez à la volupté et ne cessez jusqu'au soir de vous eni- » vrer des vapeurs du vin. La cithare, la lyre, le tambour, la flûte, ^) les vins exquis font la joie de vos festins; vous ne regardez pas « l'œuvre du Seigneur, vous ne considérez pas les œuvres de ses « mains. C'est pourquoi l'enfer a dilaté ses entrailles et a ouvert » ses gouffres sans fin (4~ . »

Hélas 1 « vous ne regardez pas l'œuvre du Seigneur et vous ne » considérez pas les œuvres de ses mains. » Vous m'avez tant aimé, Seigneur; pour moi vous avez opéré tant de merveilles, et moi je vous oublierais! Si un homme avait fait pour moi des choses semblables, est-ce que je ne baiserais pas sans cesse la trace de ses pieds? est-ce que je ne me donnerais pas à lui pour toujours? Et

(1) 1 Cor., 111, 16. — (2) Ezéch., xuii, 7, — (3) Exode, xxv, 8. — (4) Isaïe, V, 11.

la Majesté infinie s'est humiliée pour nous, et personne ne se rappelle ses bienfaits, personne ne lui en rend des actions de grâces !

Malheur à moi, malheureux! toutes choses trouvent dans mon cœur un amour surabondant ; pour vous seul mon cœur est sans amour ; j'ai besoin de mettre un frein à ma recherche des vanités, je dois sans cesse déployer tous mes soins pour leur arracher mon cœur, et vous, mou Dieu, vous à qui je dois tout, je ne vous aime pas! Ah! Seigneur, je dois l'avouer, quand je n'aurais point commis d'autre péché contre vous, un tel oubli, une telle ingratitude mériteraient la mort éternelle et les feux de l'enfer : << C'est pour cela » que l'enfer a dilaté ses entrailles et a ouvert ses gouffres sans >» fin. »

Ah ! mes frères, ne célébrez pas ces fêtes, comme vous l'avez fait jusqu'à présent : entrez au fond de votre cœur et considérez les mystères de la charité de Dieu pour nous. Ne marchons plus « dans « la débauche et dans les festins, dans les im^udicités et dans les » dissolutions, dans les querelles et dans les jalousies; mais revè- » tez-vous deNotre-Seigneur Jésus-Christ '1} » qui s'est revêtu de notre fragilité, « et ne cherchez pas à contenter les désirs de la » chair. » Sans quoi « malheur à vous qui dès le matin vous livrez » à la volupté... C'est pour cela que l'enfer... a ouvert ses gouffres » sans fin (2). »

Dire comment les anges descendent parmi nous dans cette solennité. Comme autrefois ils se mêlèrent aux pasteurs qui veillaient sur leurs troupeaux, ainsi ils se mêlent encore avec joie à ceux qui veillent dans l'oraison ; ils embellissent ces âmes, épouses du Christ; ils les couvrent d'ornements, les consument des flammes de l'amour.

Mais vous êtes tièdcs peut-être et vous ne sentez pas dans votre cœur cette joie spirituelle. Recevez alors mou conseil ou plutôt le conseil de saint Jean dans l'Apocalypse : « Je te conseille d'acheter » à moi de l'or embrasé (3). » Mais comment l'acheter à Dieu? Donnez la joie du temps et recevez la joie de l'esprit. Vous avez,

(1) Rom., xm, 13. - {i) Isr-ïe. v, 11. - (3J Apoc, ni, 18.

par exemple, votre table couverte de mets abondants et près àe vous habite un pauvre indigent, et il est triste, car il n'a pas un morceau de pain à donner à ses petits enfants pour qu'ils se réjouissent, eux aussi. Oh ! quelle tristesse dans une telle faim! Estil juste que vous soyez dans l'abondance et lui dans la misère. Envoyez-lui de quoi se réjouir et Dieu vous donnera aussi de quoi vous réjouir, ici-bas la grâce et plus tard la gloire sans fin. Ainsi soit-il.

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