‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 9 sur 62 · DE NOËL · texte numérisé non relu

DE NOËL

de l'esclave au maître. L'esclave renonce à son indépendance ; il n'a plus aucun pouvoir sur lui-même, il vit selon la ^olontéd'un autre, tous ses pas sont réglés par la décision dim autre. Quel état plus vil, quelle condition plus abjecte que celle où l'homme, ne s'appartenant plus, appartient à un autre? Tout ce qu'il est, tout ce qu'il a, tout ce qu'il fait ne le regarde plus; un autre le possède, un autre le règle et en dispose suivant sa volonté. Une telle condition rapproche l'esclave de la brute, il n'est plus pour son maître qu'un autre cheval ou qu'un autre bneuf de ses étables ; ne suivant plus sa volonté, son propre arbitre, mais ceux d'un autre, s'il est homme par sa nature, sa condition est celle de la brute.

Voilà jusqu'où est descendu le Créateur, voilà jusqu'où son humiliation l'a conduit; et lui-même s'écrie à son Père par la bouche du prophète : « Je suis devenu devant vous comme l'animal stu- » pide ^1;. » Il dit encore : « 0 Seigneur, je suis votre esclave ; je >> suis votre esclave et le fils de votre servante (2;. >» 0 mon Seigneur, vous êtes devenu mon maître, vous qui étiez mon Père ; ô mon Seigneur, moi votre Fils, moi consubstantiel à vous, coéternel à vous, égal à vous, moi en qui et par qui tout a été fait , « je suis » votre esclave. »Que dis-jé ? votre esclave '^ Je suis l'esclave de vos esclaves. Mis tout entier à la disposition des autres, asservi aux intérêts des autres, m'employant tout entier au service de ma créature, non seulement je vis, mais je meurs pour son utilité. Plus que tout autre esclave, je sers par ma vie et je sers par ma mort.

Comme l'Apôtre a bien exprimé cette vérité 1 u II s'est anéanti » lui-même, dit-il, en prenant la forme d'esclave. » Pesez bien cette parole : « Il s'est anéanti ;;3) ; » ce n'est pas tout : « il a pris » la forme d'esclave ; » il a pris la forme de l'esclavage du pécheur. lui qui était sans péché. Certes c'est d.^jà beaucoup que lui, le Seigneur souverain, ne nous semble qu'un esclave ; mais n'y a-t-il pas quelque chose de plus, quand il nous appaiait coupable, lui l'Innocence même, quand il verse son saug comme un malfaiteur, quand il souffre la mort au milieu de malfaiteurs? Et cela lorsqu'il est le souverain Seigneur de toutes choses, Maître de tout, non par

(1) Ps. Lxxn, 23. - (2; Ps. cxv, 16. - (3) Philip., ii, 7.

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