XIV
» un navire chargé de fruits, comme l'aigle fondant sur sa » proie ; » et ailleurs il dit encore : « Le fil de mes jours a été » tranché plus rapidement que la trame dans la main du tisse- » rand {\\ » Non, la vie n'est pas longue ; la mort s'avance, elle se hâte de toutes ses forces, à toutes rames et à pleines voiles. L'Apôtre, lui aussi, était loin de la trouver si longue. « Les quel- » ques tribulations du présent, dit-il, sont légères et passagères ; » mais dans la sublimité des deux, un poids éternel de gloire nous » est préparé, hors de toute mesure (2). »
Oui, si vous considérez le moment de la vie comme vous séparant de Dieu, ce moment est bien long, car « tant que nous sommes » dans le corps, nous voyageons loin du Seigneur [3).» Mais en ellemême, cette vie est courte, extrêmement courte ; c'est un moment qui passe avec rapidilé!Kette vie ne sera pour vous qu'un moment, si vous tenez vos yeux attachés à la récompense éternelle. Ce qui afflige, passe vite, ce qui couronne dure toujours; « un poids éternel « de gloire nous est préparé hors de toute mesure dans la subli- « mité des deux. »
Quelle parole pouvait mieux apprécier cette félicité ? Pouvait-on mieux expliquer cette béatitude ? v C'est un poids de délices que nos âmes ne pourraient supporter, si elles n'étaient soutenues par le divin Rémunérateur, ni comprendre, si elles n'étaient éclairées de sa lumière. Maintenant , la douleur nous est donnée goutte à goutte ; dans la gloire, nous boirons le bonheur à longs traits et par torrents)1 « Vous leur donnerez à boire « le torrent de vos délices [4). «L'heure passe, et avec elle passe la douleur; mais la gloire demeure toujours entière, toujours invariable; elle ne sera ni affaiblie, ni altérée dans les siècles des siècles ; elle sera éternellement la même, éternellement immuable.
Ah ! qui n'aimerait pas cette gloire ? qui ne rechercherait une telle béatitude de toutes les forces de son àme, de toute l'ardeur de ses désirs ? Qui pourrait, ô patrie bienheureuse, qui pourrait t'oublier? « Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma droite soit livrée à l'oubli ! « Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de
(1) Job, vu, 6. -(2) II Cor., iv, 17. - (3) H Cor., v, 6. - (4) Ps.xxxv.9.
« toi, si je ne me propose Jérusalem comme le principe de mes « joies (T. » Telles sont les paroles, tels sont les désirs du prophète qui avait soif de ce bonheur, autant que le cerf des eaux d'une fontaine. Ce seul souvenir le fait tressaillir de joie et absorbe toutes ses pensées : il souhaite de voir retomber sur lui les malheurs qui. du reste, doivent nécessairement retomber sur tous ceux qui perdront cette gloire. Car là où n'est pas le souvenir de ce bonheur, la main hésite, la langue balbutie. Ce souvenir, au contraire, rend le travail plus aisé et la parole plus facile. Si l'ouvrier perd de vue son salaire, il ne va au travail qu'avec lenteur : et comment parler éloquemment d'une chose qu'on ne sent pas, qu'on ne goûte pas? 0 région bienheureuse! heureuse patrie des élus, où se trouve tout ce qui peut charmer, d'où est écarté tout ce qui peut déplaire, où se trouvent tous les biens sans aucun mal. une joie éternelle sans le moindre ennui.' un rassasiement sans aucun dégoût, une avidité toujours satisfaite, une vie sans fin, une allégresse sans chagrin, une sécurité sans crainte, une gloire pleine, parfaite, éternelle. Qu'il daigne nous l'accorder, Celui qui. pour nous la donner, a daigné mourir, le Christ Jésus, notre Seigneur et notre Sauveur, à qui appartiennent la gloire et l'empire, avec le Père et le saint Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
SERMON
Sur la conduite de Dieu à l'égard de ses élus.
Justum deduxxt Dominus per rias rectas, et ostendit illi rcgnum Dei .
Le Seigneur a conduit le juste dans des voies droites , et lui a montré le royaume de Dieu. (Sac, x, 10.)
Le prophète royal nous fait connaître en peu de mots la nia- Dière dont Dieu conduit ses saints et ses élus dans la voie du salut. 11 parle de lui-même et dit : « « Le Seigneur me dirige et rien ne
(1) Ps. cxxxvi, 5.