‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 26 sur 54 · SLR LA CONDUITE DE D1EL · texte numérisé non relu

SLR LA CONDUITE DE D1EL

» me manquera X. " S°us un guide si grand et si sage, que peut-il me manquer? Conduit par lui, comment pourrais-je m'égarer ? Je me suis tout entier abandonné à sa conduite ; il est le maître de mes sentiments et de mes actions, il règle tous mes pas ; il est tout ensemble mon guide et ma voie , ma barque et mon pilote, a Car je sais à qui j'ai donné ma confiance et je suis cer- » tain qu'il est assez puissant pour conserver mon dépôt jusqu'au » dernier jour 2 : » je suis certain que, sous sa couduite, aucun obstacle, aucune difficulté ne m'empêcheront de parvenir à mon but, d'obtenir l'objet de mes désirs.

Mais enseignez-nous , ô saint prophète , comment vous avez connu sa direction , faites-nous connaître la manière dont il vous gouverne , la règle d'après laquelle il vous conduit. Remarquez, mes frères, avec quelle merveilleuse sagesse, avec quelle précision, il exprime ce que de longs traités ne pourraient contenir : « Il m'a » placé au milieu de ses pâturages : il m'a élevé près d'une eau » rafraîchissante et a couvert mon àme ; il m'a fait entrer dans » les voies de la justice , pour la gloire de son nom. Quand je » marcherais au milieu de l'ombre de la mort , je ne craindrais » aucun mal, parce que vous êtes avec moi. Votre houlette et » votre verge me consolent. Vous préparez une table pour moi, à » la vue de ceux qui me persécutent. Vous avez répandu sur ma » tète une huile parfumée, votre calice est enivrant et délicieux. » Et 'votre miséricorde me suivra pas à pas tous les jours de ma » vie, afin que j'habite dans la maison du Seigneur, pendant toute » la duréedes jours éternels 3;. » Le prophète rappelle en ces mots dix grâces qu'il a reçues et qui lui ont montré que Dieu prend soin de lui et que sa règle le gouverne.

La première grâce c'est d'avoir été placé par lui au milieu de ses pâturages , c'est-à-dire dans l'Eglise de Dieu , au milieu du peuple fidèle où la foi sera sa nourriture. Et c'est là une grande grâce et une grâce toute gratuite. Avant d'avoir reçu l'existence, le juste pouvait-il mériter un si grand bienfait? Dieu, le créateur de toutes les âmes, qui dispose tout d'après son libre arbitre et suivant

(1) Ps. xxu, 1. — (2) II Tim., i, 12. - (3) Ps. xxn, 2.

le conseil de sa volonté, destine à son gré telle àme à l'en faut du chrétien et telle àme à l'enfant de L'infidèle, il L'unit à ce petit corps formé à peine dans le sein de la niere, et personne ne peut lui demander : Pourquoi faites-vous ainsi ? Quelle est l'importance de cette grâce pour le salut ? Tout le monde le sait ; il n'est pas besoin de l'expliquer.

Lorsque l'enfant vient de recevoir l'existence de parents chrétiens, il se trouve encore dans un état tel, qu'il vaudrait mieux pour lui n'avoir jamais été : il est encore enfant de colère, et s'il ne recevait une seconde génération, il ne seFait né que pour être l'aliment du feu éternel. Par conséquent après avoir reçu une àme vivante, il reçoit de plus l'esprit vivifiant; après avoir été fait à la ressemblance de l'Adam terrestre . il est régénéré dans l'eau du salut à la ressemblance de l'Adam céleste. Voilà ce qu'expriment ces paroles : « Près d'une eau rafraîchissante , c'est-à-dire l'eau » régénératrice. » « Il m'a élevé . » c'est-à-dire il m'a donné comme une seconde création , une seconde naissance. Telle est la seconde grâce. Dieu conserve le juste dans le sein de sa mère jusqu'au moment de la naissance ; Dieu le préserve de la mort dans les périls de l'enfantement , afin que sa faveur divine le fasse arriver au baptême qui doit le régénérer.

Quand les années de l'enfance se sont écoulées, l'enfant parvient à l'âge où il commence à discerner le bien du mal, et aussitôt il voudrait s'élancer dans des voies tortueuses, suivant la malice de son cœur, contenter ses appétits sans frein, et accomplir follement les désirs de la chair, car « l'esprit et les sens de l'homme sont » portés au mal dès sa jeunesse (1;. » Cependant Dieu le regarde du haut du ciel; et, prenant en pitié ses égarements, il convertit son âme , de peur qu'elle ne se mette à la poursuite d'ombres fugitive el trompeuses, et que ses passions ne l'entraînent au fond des précipices. Voilà la troisième grâce. Dieu éclaire le juste, le fait renoncer au mal et choisir la voie de le vérité.

liais que serait le choix de la vertu, si l'on persévérait dans le mal?Ao8si, I >i.*u qui donne une bonne volonté, en donne

(1) Gen., vin, 21.

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