‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 28 sur 54 · SUR LA CONDUITE DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LA CONDUITE DE DIEU

» psalmiste , ceux qui habitent dans votre raaisou. Seigneur, ils » vous loueront dans les siècles des siècles T •> pendant toute l'éternité. Voilà la fin. voilà le port vers lequel Dieu dirige ses élus, vers lequel sa lumière les conduit ; voilà le terme de la voie ,1e repos de nos fatigues.

Vous venez d'entendre, mes frères, la manière dont Dieu conduit les justes dans la voie droite et leur montre le royaume de Dieu. Laissez-vous donc, je vous en supplie par la miséricorde de Dieu, laissez-vous conduire par sa main, confiez-vous à sa conduite, ne soyez point rebelles à la lumière et à la grâce de Dieu, ne résistez pas. imitez celui qui disait : « Je suis devenu près de vous, comme » un animal stupide T. » C'est-à-dire, vous pouvez me mènera votre gré, me conduire partout où il vous plaira. Vous êtes le cavalier, je suis le cheval que vous devez guider : vous êtes le pilote et je suis le navire.

Quelle obstination, quel orgueil, quel entêtement, ô mon âme, de résister ainsi à Dieu, ton Créateur, de refuser l'obéissance à ton Seigneur et Maître ! Vas apprendre l'obéissance à l'école des animaux , et la soumission à l'école des êtres soumis à ta puissance ; les animaux de ton étable t'enseigueront à obéir. Avec quelle affection ils te servent ! avec quelle soumission ils t'obéissent ! Vois ce coursier superbe ; quelle docilité ! quel empressement à écouter ta voix ! Quoique écumant et fier, il ne rompt pas ses faibles rênes ; le frein le plus léger le conduit malgré sa force, partout ou il te plait. Vois encore ce puissant taureau ; comme il porte patiemment la charrue ! humble et tranquille . il attend les ordres de son maître et souffre avec soumission le joug qu'où lui impose. Voyez ces nombreux troupeaux de chevaux et de génisses ; an petit enfant les garde, et les conduit, quand il veut, à l'abreuvoir et les ramène ensuite aux pâturages. Avec quel zèle , avec quelle attention, avec quelle activité, le chien fidèle garde la maison et tes troupeaux! Il aboie toute la nuit, faisant sa ronde, pour écarter les loups et les voleurs. Qu'un imprudent franchisse les barrières, il se jette sur lui comme un lion ; il ne craint pas d'affronter les bâtons

(1) Ps. Lxxxui, 5. — (2) Ps. lxxii, 23.

îli OEUVRES DE SAINT THOMAS DE VILLENEUVE

et les glaives pour défendre ce qui est confié à sa garde. Va apprendre je le répète, l'obéissance à l'école des êtres qui f obéissent, la soumission à l'école des êtres qui sont à ton service. Car ce n'est pas toi qui les a faits , ils ne sont pas l'ouvrage de tes mains; et pourtant, parce qu'il a plu au Créateur de les soumettre à ta puissance, voilà leur fidélité à obéir à ton commandement.

Et vous, ô hommes, quelle bien plus grande obéissance, quelle plus profonde soumission ne devriez-vous pas au Dieu, votre Créateur qui a mis tous ces animaux à vos pieds ! 0 aveugle obstination 1 ô exécrable orgueil ! l'ouvrage ne veut pas obéir à l'ouvrier qui l'a façonné ; une faible créature ne veut pas se soumettre à son Créateur. Les animaux reconnaissent une force supérieure dans la créature raisonnable , et l'homme raisonnable ne reconnaît pas une force supérieure dans la Divinité ; les animaux s'abandonnent à la conduite de l'homme, et l'homme ne s'abandonne point à la conduite de Dieu ! « Mon âme, dit le Psalmiste, ne sera-t-elle point » soumise au Seigneur? N'est-il pas mon Dieu, mon salut, mon » protecteur (1}? » C'est-à-dire, à tous ces titres ne mérite-t-il pas ma soumission et mon obéissance ? Heureux celui qui s'abandonne en toutes choses à sa conduite ! Heureux celui qui peut dire avec l'Apôtre . « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Jésus-Christ qui vit » en moi (2). » Heureux celui que guide non sa propre raison mais l'esprit de Dieu , comme le cheval est conduit par son cavalier! Les Saints, en effet, ne peuvent-ils pas être comparés à des coursiers dociles , avec lesquels Dieu combat les phalanges infernales? C'est d'eux que parlait le prophète quand il disait : « Vous » montez sur vos coursiers ; les chars seront votre salut 3 . »

Le prophète Zajcharie 'i) vit une grande troupe de chevaux, dont Dieu seul était le guide; ils suivaient un homme monte sur un cheval roux, et cet homme se tenait au miJieu de myrthes. Il était l'image du Fils de Dieu dans sa chair mortelle rougie du sang de sa Passion. Qui pourra dire toutes les merveilles que Dieu a oi>< par ses Saints ? Avec saint Paul il a conquis l'univers et l'a mis à

[l, Ps. lxi, 2. —(2) Gai., n, 20.— (3) Hab., m, 8. - (4) Zach., I, 8.

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