SUR LÀ CONDUITE DE DIEU 4 I
ses pieds. Avec saint Pierre il a soumis au joug de la foi, l'orgueil de l'empire romain. Voyez ce bouillant coursier bien caparaçonné, couvert d'or et de pourpre ; quelle fierté dans sa démarche et dans tous ses mouvements! Il semble s'enorgueillir du maître qu'il porte. Est-il donc étonnant de voir le juste se glorifier du Dieu qui le guide et habite en lui : « Ils étaient des milliers à se ré- » jouir; en eux habitait le Seigneur (4). »
D'un autre côté, les méchants sont semblables au daim indompté ou à l'onagre vagabond. C'est la comparaison que le saint homme Job fait du libertin et du débauché. « Il se croit libre, dit-il, comme » le fils de l'onagre (2), » c'est-à-dire il ne se croit soumis à aucune loi , il ne reconnaît aucun maître, il croit au contraire pouvoir se livrer à tous les caprices de sa volonté. Qui put jamais dompter un seul d'entre eux? Qui put jamais leur imposer un joug? Personne, excepté Dieu : « Maîtrisez par la bride et le mors, dit le prophète, » ceux qui n'approchent pas de vous (3). Les freins et les fardeaux domptent les animaux ; c'est ainsi que parfois Dieu met un frein aux pécheurs ; il réprime leur fierté sous les lourds fardeaux de chagrins, de travaux, de contradictions de tout genre , afin qu'ils obéissent paisiblement à sa volonté , et qu'ils portent son fardeau si doux et si léger ; telle est la vérité que nous lisons encore dans Isaïe : « A cause de ma gloire, je te mettrai un frein, » de peur que tu ne périsses (4). »
Montrons maintenant par quelles voies Dieu conduit ses élus dans le chemin du salut. Tous les élus, en effet , ne marchent pas vers la gloire par une seule et même voie ; chacun marche dans celle qui lui est propre. Cependant le prophète royal réduit à deux toutes ces voies : « La miséricorde et la vérité, dit-il, voilà » toutes les voies du Seigneur (5). » C'est par l'une de ces deux voies , « de la miséricorde ou de la vérité , » que tous les Saints s'avancent vers la terre promise, objet de leurs désirs. L'un, s'appliquant aux œuvres de miséricorde, se donne comme Marthe, beaucoup de soin et d'agitation dans le service du Seigneur; l'autre se renfermant uniquement dans la contemplation de la vérité,
(l)Ps. lxvii, 18. —(2) Job, n, 12. — (3) Ps. xxxi, 9. - (4) Isaïe, XLvni, 9. — (5) Ps. xxiv, 11.
il 6 OBUVftES DE SAINT THOMAS DE VILLENEUVE
goûte un doux repos avec Marie aux pieds de Jésus. La première voie est celle des séculiers , la seconde celle des religieux. Que chacun marche dans la voie qu'il a choisie, sans l'abandonner jamais , suivant cette parole : « Gardez ce que vous avez [3). » Et cette autre : « Que chacun demeure dans la vocation à laquelle » Dieu l'a appelé I . »
En effet . changer de voie fréquemment, passer chaque jour de l'une à l'autre , c'est, en voulant les examiner toutes , ue marcher dans aucune : « Malheur au pécheur qui marche par deux voies » sur la terre, dit Salomon T ! n que de voyageurs le démon n'at-il pas trompa au milieu de leur course ! Tel qui est attaché au chœur, voudrait le ministère de la prédication, et tel qui prêche aux peuples, voudrait avoir le calme du chœur. Tel qui pour le Seigneur travaille au service de ses frères, désire le recueillement de l'oraison, et tel qui se trouve dans ce recueillement, désire travailler au salut des âmes. El au milieu de toutes ces envies mutuelles, pendant qu'on se laisse dominer par ces désirs des fonctions des autres, on n'accomplit la sienne qu'avec une grande lâcheté. Et c'est là, mes frères un grossier mensonge qui. sous un prétexte de piété , fait éprouver un grand retard à la marche des voyageurs. Si l'on ne peut aller dans la même ville par deux routes opposées, quelle folie de vouloir aller dans deux cités opposées par une seule et même route, et voilà ce que font un grand .nombre d'enfants du siècle ; ils désirent marcher dans la voie qui conduit à la Jérusalem des cieux , sans abandonner la route qui conduit à la Babylone de la terre.
Les voies du Seignenr, nous dit saint Bernard V. sont des voies droites, des voies belles, des voies pleines, des voies unies; elles sont droites, sans aucun détour, car elles conduisent a la vie ; elles sont belles, sans la moindre souillure, car elles enseignent la publies sont pleines, couvertes de peuples," car Jésus-Chris! tient le monde entier dans ses filets; elles sont unies, sans le moindre coteau , car elles inondent des plus grandes douceurs. Oui . « le n sentier du juste est droit ; il est droit le chemin où le juî
(I) I Cor., vu, 20. - (2) Lccli., u, H. — (4) S. Bern. Serm. 21 de Divers, n° 2.