SUR LA CONDUITE DE DIEU
» porté ses pas (1). » Les impies au contraire marchent à travers » des détours (2) ; » ils vont toujours et n'avancent jamais. A qui pouvons-nous les comparer? Ils sont semblables à ces chevaux qui, les yeux couverts, font tourner la roue pour puiser l'eau ; ils travaillent sans cesse, ils se fatiguent et se couvrent de sueur, sans jamais s'écarter du cercle qu'ils ont fait une première fois. « Sei- » gneur, disait le Psalmiste, rendez-les semblables à la roue (3). » Qu'elle est belle la voie delà justice! Qu'elle est unie ! Qu'elle est douce! Qu'elle est agréable! Qu'elle est délicieuse! Qu'elle est désirable ! Seul l'homme qui y marche, en connaît les agréments. Oui, « une grande paix habite dans le cœur de ceux qui vous » aiment, Seigneur, et ils ne trouvent pas de pierre d'achoppe- » ment (4). » La voie des méchants, au contraire, est pénible, suivant cette parole. « Le déchirement et le malheur habitent dans » leurs voies, et ils n'ont pas connu la voie de la paix (5); » et cette autre : « Nous nous sommes fatigués dans la voie de l'iniquité et » et nous avons marché dans des voies difficiles ; et la lumière n'a » pas brillé à nos yeux, le soleil ne se leva jamais pour nous (6). » Les malheureux ! ils auraient pu, tout en goûtant les plus grandes douceurs, acquérir la gloire du paradis, et ils choisissent les voies pénibles qui mènent à l'incendie éternel. « Conduisez-moi, Seigneur, » dans votre voie, afin qne je marche dans votre vérité (7). » Je ne puis sans votre guide parvenir à votre vérité; que votre Esprit, source de bonté, me conduise dans la voie droite. Envoyez-le Seigneur, du haut des cieux, du trône de votre grandeur ; qu'il nous dirige à travers les divers écueils, les innombrables dangers de cet océan de la vie , et qu'il nous fasse arriver au port tant désiré. « Envoyez votre lumière et votre vérité (8). » et qu'elles nous conduisent à la montagne sainte et dans vos tabernacles, à la vision de votre gloire, vision si douce, si ravissante, si désirable, si incomparable. Daignez-nous accorder cette grâce, par Jésus-Christ notre Seigneur et notre Rédempteur, ô Dieu qui vivez et régnez, avecle Fils et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
(1) Isaïe, xxvi, 7. — (2) Ps. xi. 9. - (3) Ps. lxxxw, 14. - (4) Ps. cxvin, 165. - (5, Ps, xm, 3. — (6) Sag., v, 7. - (7) Ps. xxxxv, 11, — {8) Ps. xui, 3.
Dieu, par un admirable dessein de sa sagesse, nous dit saint Augustin I. a voulu que la sainte Ecriture appelé dans un psaume Técrituredes peuples, et qui pour cette raison aurait dû être à la portée de toutes les intelligences, fut remplie, au contraire, d'obscurités si profondes, qu'à moins du secours de l'Esprit-Saint. jamais homme, ce semble, n'aurait pu en pénétrer le sens. Cette obscurité, en effet, offre plusieurs avantages. Premièrement, la connaissance de l'Écriture, ne pouvant être que le fruit d'un travail sérieux, en est aussi plus douce et plus précieuse, puisque d'après Salomon : « Le » pain caché est plus suave [t). » Secondement, à cause de cette obscurité, les interprètes donnent aux paroles de l'Écriture des explications différentes, en sorte que parfois un passage bien court ndit et se multiplie, en fournissant mille sens divers; delà cette parole adressée à Daniel : « Ferme les paroles et scelle » le livre; plusieurs passeront et la science sera multipliée Troisièmement, les hommes indignes se trouvent écartés par ces obscurités : < ar, dit l'Évangile, ail ne faut pas donner aux chiens intes, ni aux pourceaux les pierres prccieuses L'Ecriture a des passages tellement obscurs que, si la foi ne nous avertissait que la se trouvent des mystères caches, elle nous semblerait ridicule et burlesque. Mais brisez l'écorce de la lettre, tez la liqueur secrète et cachée, et vous serez forcés de vous i
(1) S. Aug., sur le ps. 1*1, n° 1. — (2, Prov., îx, 17. — (3) Daniel, xn, 4. — (4) S. Matih., vu, u.
avec saint Augustin T : 0 merveilleuse profondeur de vos paroles, ô mon Dieu! ô merveilleuse profondeur ! quand on veut la scruter, on est saisi d'une religieuse horreur. Tel était le livre scellé de sept sceaux, qui fut montré à saint Jean ; personne ne pouvait l'ouvrir excepté celui « qui a la clé de David, celui qui ouvre et personne » ne ferme, celui qui ferme et personne n'ouvre (2). »
Cette clé, suivant saint Hilaire (3), est la foi au divin Médiateur; et, parce que les docteurs juifs n'avaient pas cette foi, le divin Maître leur dit : « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens, qui, après » vous être emparés de la clé delascience, n'avezpoint voulu entrer » etavezarrètéceuxqui voulaient entrer (i;! » Le prophète Isaïe (5) parle aussi de ce livre ; et nous dit qu'il fut présenté à l'homme illettré et que celui-ci répondit : Je ne sais pas lire ; il fut encore présenté à l'homme instruit qui répondit également : Je ne puis le lire, c'est un livre scellé.
Cependant ce trésor précieux, caché dans les entrailles de la lettre, ne devait pas paraître donné inutilement au monde, et alors l'Esprit-Saint en a ouvert lui-même les voies secrètes à de saints docteurs qui, par la pureté de leurs cœurs, sont descendus jusqu'où ne serait jamais parvenu l'intelligence la plus pénétrante. Le législateur se faisait ainsi l'interprète de sa loi, en accordant à l'homme le don de sagesse et d'intelligence, et aussi le don d'interpréter les discours ; çlon précieux qui devait nous découvrir les secrets de l'Écriture et que nous pouvons considérer comme uu côté du don de prophétie, puisque l'intelligence est nécessaire daus les visions de l'avenir.
Mais parmi tous les livres de l'Écriture, celui qui renferme le plus d'obscurités et les sens le plus sublimes; c'est, à mon avis, le Cantique des Cantiques; livre admirable que les Juifs, à cause de son obscurité et de son style passionné, ne permettaient de lire à personne à moins qu'on ne fut avancé en âge et en sagesse ; les plaisirs spirituels dont parle ce livre, son obscurité même auraient
(1)S. Aug. Conf., liv. 12, chap. 14. — (2) Apoc, m, T. — (3) S. Hilaire, Prolog, sur le livre du ps., n° 5. — (-i) S. Luc,, xi, 52. — (5) Isaïe, xxix, 11.
pu inspirer du mépris, et son style passionné aurait pu le faire servir à des chants profanes; l'on avait voulu prévenir ce danger.
Quant à nous, communiquant les choses spirituelles à ceux qui sont spirituels, et nous confiant non pas à notre propre esprit, mais aux secours de l'Esprit Saint, nous voulons, à laide de la divine lumière, après tant de docteurs illustres, apr^s tant d'expositions brillantes, faire en toute humilité comme une sorte d'épilogue; nous ne voulons pas précisément exposer des sens nouveaux, nous voulons plutôt, autant que Dieu nous le permettra, recueillir les diverses explications éparses ça et là dans les livres anciens : imitant l'écrivain évangélique si instruit dans les choses des cieux, qui « tirait de son trésor, des choses anciennes et nouvelles (1); » nous n'y mettrons du nôtre qu'en préférant à notre propre sens les explications des Saints.
Pour pouvoir lire ce livre avec fruit, il faut que le lecteur soit capable d'éprouver ce qu'il lit. Ces mystères qui se passent dans le secret du cœur entre l'àme et son Dieu, ne peuvent être compris par l'homme livré aux plaisirs et aux vanités : « L'homme animal » ne perçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu 2 . - Lavez donc vos yeux, purifiez vos cœurs, vous qui voulez écouter de telles leçons et en profiter.
(1) S. Mallh., xni, 52. - (2) I Corimh., Il, 1-i.