CHAPITRE El
VovioinU profession, sacerdoce.
Cotait le 21 septembre 1516 Jour de la fête de la Présentation de Marie au Temple ; Thomas se revêtait de l'habit religieux, et, s'unissant à Marie, consacrait à Dieu sa vie entière. Sa joie fut grande, lorsque, se voyant débarrassé de tout souci terrestre, il put appliquer tous ses efforts à resserrer de plus en plus les liens de son union avec Dieu, à la faveur du silence et de la liberté de la solitude. Il s'attacha d'une manière plus particulière à perfectionner dans son âme les trois vertus qui sont les fondements nécessaires de la vie religieuse, l'oraison, l'humilité et la mortification. Quant à la charité, sa vertu favorite, ne pouvant plus l'exercer, du moins sous quelques-uns de ses aspects, tels que l'aumône ou le soin des malades, il ne se livrait qu'avec plus d'ardeur aux exercices spirituels de cette vertu, en s'appliquant à la prière et en se préparant aux œuvres du zèle apostolique qui, plus tard, devait absorber toute sa vie.
Une année s'écoula dans cette solitude et dans ce travail de perfectionnement. L'an loi 7, deux grands faits bien différents se passaient dans l'Eglise et dans l'ordre des Augustins ; l'un était une source d'édification et de joie, l'autre une source de ruine et de tristesse. Pendant que saint Thomas faisait sa profession à Salamanque, dans Tordre des Augnstins, Luther en était rejeté avec horreur et consommait son apostasie. C'est ainsi qu'au milieu des plus cruelles épreuves, Dieu ménage toujours quelques consolations à son Eglise.
Saint Thomas ne vit dans les liens nouveaux qui l'unissaient à Dieu, qu'une obligation rigoureuse de ranimer sa ferveur et de perfectionner en lui toutes les vertus. Plus libre maintenant de suivre son attrait pour les œuvres de miséricorde, il les recherchait avec empressement; il aimait en particulierà rendre à ses confrères les services les plus pénibles. Il avait obtenu la permission de soigner les malades à l'infirmerie, et là son dévouement, sa douce gaieté, ses consolations suggérées par la foi et par la piété, inspiraient aux malades une telle résignation, qu'ils prétendaient eux-
mêmes que sa seule présence leur faisait oublier leur douleur. Quand l'intérieur du couvent n'offrait plus d'aliment à sa charité, notre saint allait chercher au dehors quelque misère a soulager et, alors comme toujours, le monde avait assez de misères pour épuiser la plus inépuisable charité.
Ce fut par l'exercice de ces vertus que le serviteur de Dieu se prépara au sacerdoce. Dans l'année qui suivit sa profession, il passa successivement par tous les ordres inférieurs de la clérieature, et l'on peut penser comme chaque pas qui l'avançait dans le sanctuaire, lui faisait redoubler ses efforts pour présenter au Souverain Prêtre un cœur identifie, pour ainsi dire, par l'amour avec son divin cœur.
Enfin l'an 1518. le samedi des Quatre-Temps de décembre, saint Thomas fut ordonné prêtre : il avait alors trente ans. Sa tendre dévotion au mystère du Verbe incarné, lui lit choisir le jour de Noël pour célébrer sa première messe. Dans le cours de ce premier sacrifice, l'âme du jeune prêtre fut agitée de vives et saintes émotions que trahissaient, à certains moments, ses larmes abondantes et ses traits enflammés. Et ce ne fut pas seulement dans ce premier sacrifice que Dieu le favorisa de ces grâces extraordinaires : souvent dans la célébration des mystères divins, son visage rayonnait et semblait lancer des flammes; on aurait dit que, dans son extase, le saint prêtre conversait face à face avec le divin Rédempteur qu'il immolait sur l'autel.
Néanmoins le saint jour de la Nativité du Sauveur était celui où il recevait avec plus d'abondance ce gage de l'amitié de Dieu. Ce jour d'ailleurs lui était cher entre tous les jours et il le célébrait chaque année avec une ferveur particulière. Les délices dont Dieu inondait son àme, devinrent tellement visibles que son humilité s'en alarma. Pour les cacher aux hommes et en même temps pour >ûter sans contrainte, plus tard devenu archevêque, il célébrait, la nuit de Noël, ses deux premières messes dans la chapelle de son palais, sans autre témoin que le clerc son assistant, auquel il avait commandé le plus profond secret.