‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 4 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Saint Thomas professeur.

Notre bienheureux aurait désiré qu'aucune charge publique ne vint troubler ces délices dont Dieu remplissait son âme dans la solitude du cloître ; mais les supérieurs, se rappelant les succès de son professorat à Alcala, regardèrent comme un devoir de remettre en lumière tant de science et de vertu, dans l'intérêt de leur communauté et pour le bien de l'Eglise. Ils lui confièrent le cours de théologie qui se tenait dans une des salles du couvent. Soit que ce cours destiné primitivement à l'instruction des jeunes religieux augustins, fut déjà ouvert au public, soit que la réputation du professeur inspirât aux étudiants de Salamauque le désir d'entendre de nouveau ses leçons, les supérieurs laissèrent ouvertes les portes du couvent : bientôt cette chaire fut environnée d'une foule avide d'entendre un enseignement que le professeur s'efforçait de rendre aussi solide et lumineux pour l'intelligence, que pieux et salutaire pour le cœur.

Nous devons remarquer ici que ces travaux du professorat déjà si pénibles par eux-mêmes, étaient encore bien plus pénibles pour notre saint. Ainsi qu'il arrive quelquefois aux plus illustres génies, sa mémoire n'égalait pas sa haute intelligence, et. comme il tenait à remplir sa tâche d'une manière utile à Dieu et à son Eglise, il suppléait par des études plus prolongées à ce qui lui manquait du côté de la mémoire. Que l'on ajoute à cela ses austérités et son inébranlable résolution de n'omettre, malgré tous ses travaux, aucun de ses exercices religieux, et l'on pourra se former une idée des fatigues que devait éprouver sa santé d'ailleurs fort délicate. Toutefois son amour pour Dieu et pour le prochain, le fit triompher de ces difficultés et il parvint heureusement à la quatrième année de son professorat.

Au reste, parmi cette foule d'étudiants qui se pressaient autour de sa chaire, il voyait de nobles intelligences, des cœurs dévoués, des âmes d'une ardente piété, et cette vue le consolait et l'encourageait, car il lui était permis d'espérer que de tels disciples feraient un jour fructifier pour l'Eglise et pour Dieu, un enseignement qui

lui avait coûté à lui tant de fatigues. La gloire des disciples rehausse la gloire du maître ; qu'il nous soit donc permis de rappeler quelques-uns des principaux disciples de notre saint professeur.

Le premier que nous devons nommer, parce que notre saint l'avait trouvé sur les bancs d'Alcala. est le dominicain Dominique Soto, plus tard confesseur de Charles-Quint et député par lui au concile de Trente en qualité de théologien. C'est dans les leçons de son bienheureux maître, si préoccupé du sort des pauvres, que Dominique puisa ces théories sociales traitées dans ses œuvres avec autant de profondeur que de clarté. Les économistes de nos jours seraient bien étonnés, s'ils apprenaient qu'un moine, qu'un théologien du moyen-àge, soulevait et résolvait les mêmes questions, et en particulier cette brûlante question du paupérisme, auxquellesils cherchent en vain une solution raisonnable : il est vrai que les solutions du moine et du théologien ont l'impardonnable défaut d'avoir été trouvées à la lumière catholique.

Nommons encore le frère mineur Alphonse de Castro et le dominicain Melchior Canus, qui tous deux citent dans leurs ouvrages les maximes de leur saint maître, comme on cite les maximes d'un Père de l'Eglise. Le premier, confesseur et prédicateur ordinaire de Charles-Quint, fut nommé à l'archevêché de Compostelle. en récompense des grands services qu'il avait rendus à l'Espagne dans diverses ambassades; le second, après avoir partagé son admiration entre notre bienheureux et François Victoria qui professait en même temps à Sala manque, occupa la chaire que la mort de Victoria laissa vacante dans le couvent des Dominicains; il fut avec Dominique Soto, une des lumières du concile de Trente : puis il revint à Salamanque pour y occuper encore sa chaire de théologie et laissa en mourant de nombreux ouvrages qui ont illustré son nom.

Parmi les Augustins qui se formèrent à l'école et à l'exemple de saint Thomas, nous trouvons un grand nombre de noms célèbres ; le pieux François de la Niéva qui refusa Févêché de Grenade et dont l'humilité faisait dire à Jean de Tavera. cardinal-archevêque de Tolède: « Si l'ordre des Augustins venait à périr, le P. François de la Niéva suffirait à lui seul pour le ressusciter ; » le P. Alphonse d'Orosco qui posséda toute la confiance de Charles-Quint, de Philipe II et de Jeanne d'Autriche, princesse de Portugal, le P. Jean Estase, qui fut évèque de Puebla : le P. Alphonse de

Corumna, grand inquisiteur au Nouveau-Monde et évêque de Popayan : le P. Ferdinand de Castro dont les prédications eurent un grand retentissement et qui mourut évêque d'Iéna ; et enfin pour terminer cette énumération, qui deviendrait trop longue, si nous voulions citer cette pléiade d'hommes illustres groupés autour de notre bienheureux, le P. Jérôme Ximénès qui fut de tous les disciples de saint Thomas, celui que la Providence appela à seconder plus efficacement les travaux de notre saint dans la réformation de son ordre.

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