‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 7 sur 54 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Saint Thomas, archevêque de Valence.

Saint Thomas était à Valladolid dont il avait été nommé prieur, au départ du P. Séripand. Celui-ci avait quitté l'Espagne pour aller présider à Rome un chapitre général où l'on examina les moyens de réformer l'ordre entier des Augustins. L'assemblée ne voulut point encore régler définitivement une matière si délicate ; elle nomma une commission chargée de rédiger sur les besoins de la situation, des notes dont le prochain chapitre devait faire le sujet de ses délibérations. Notre saint, quoique absent de Rome, fut élu membre de cette commission si importante, et il s'appliquait avec le plus grand soin a la rédaction de ces notes, lorsqu'un décret impérial vint lui faire connaître sa nomination à l'archevêché de Valence. Profondément affligé d'une nomination à laquelle tout le monde applaudissait, l'humble prieur opposait d'invincibles refus aux plus hautes et aux plus pressantes sollicitations. quand intervint l'ordre formel de son provincial qui lui prescrivait d'accepter, sans délai, sa dignité nouvelle. L'obéissance lui fit un devoir d'accepter en silence ce nouveau fardeau et de courber la • us le joug que Dieu lui imposait. Il reçut la consécration épiscopale des mains de Jean de Tavera, cardinal-archevêque de Tolède. Saint Thomas avait alors 06 ans.

Quelques jours après son sacre, le nouvel archevêque prit la route de Valence: un religieux et deux serviteurs l'accompagnaient; le

prélat portait toujours l'humble habit des Augustins. A son arrivée, la grande sécheresse qui désolait le pays, cessa tout à coup : les habitants attribuèrent cette faveur inespérée à la présence de leur archevêque: du reste, la pluie abondante qui rendit la vie aux champs, sembla désigner la pluie de grâces que Dieu s'apprêtait à verser sur l'Eglise de Valence, pour lui rendre une vie qui s'affaiblissait en elle de jour en jour.

A cette époque, une grande réforme dans l'Eglise était devenue nécessaire. La fui n'avait éprouvé aucune variation; la moindre variation dans la foi est impossible dans l'Eglise de Dieu ; mais le plus grand relâchement s'était introduit dans tous les ordres de la hiérarchie. Les âmes saintes en finissaient et notre bienheureux avait bien souvent, du haut de la chaire, uni sa voix à la voix de tous ceux qu'affligeait la vue de ce désordre général.

L'Eglise de Valence, administrée depuis près d'un siècle par des pontifes qui n'y résidaient point, était devenue, suivant l'énergique expression de saint Thomas, une forêt de désordres et de vices. Le serviteur de Dieu ne perdit point de temps, il se mit aussitôt à l'œuvre de la réformation de son diocèse et, pour être en toutes choses, la forme et le modèle de son troupeau, il commença par réformer sa propre maison.

Georges d'Autriche, prédécesseur de notre saint, avait déployé une magnificence extérieure que commandait peut-être sa parenté avec l'empereur; un évèque religieux n'était pas tenu à cette brillante représentation. Saint Thomas ne voulut dans sa maison que le nombre de gens absolument indispensable pour les besoins du service. Du reste le plus grand nombre des anciens serviteurs avaient suivi Georges d'Autriche : parmi ceux qui restèrent, le nouveau prélat ne conserva que ceux dont les mœurs étaient régulières ou dont le caractère pouvait faire espérer une conversion prochaine ; quant aux nouveaux serviteurs, il ne les admettait qu'après s'être assuré par un examen minutieux de leurs antécédents irréprochables. Une règle détaillée fut imposée à tous les domestiques de la maison: elle prescrivait, entre autres choses, la récitation quotidienne du petit Office de la Sainte Vierge, ou celle du Rosaire. Souvent le saint prélat les réunissait pour leur adresser de pieuses exhortations; il recommandait, en particulier, le support mutuel, la vie retirée, le silence et la prière. Et cette règle et ces conseils étaient si parfaitement observes que notre bienheureux put se croire encore au milieu du silence et de la charité du cloître.

La maison toute entière respirait la pauvreté du religieux ; jamais le nouvel archevêque ne permit dans ses appartements la moindre décoration qui eut semblé du luxe ou de la superfluité ; sa .table n'était pas seulement frugale, elle était aussi pauvre que la table des monastères ; jamais on n'y vit un mets recherché, et plusieurs fois l'archevêque fit reporter au marché public des aliments dont le prix un peu plus élevé ne lui semblait pouvoir être payé qu'au détriment des pauvres.

Même simplicité dans les habits. Durant les onze années de son épiscopat, saint Thomas n'acheta que deux vêtements de la grossière étoffe prescrite par la règle des Augustins. Quand ils se déchiraient, il les raccommodait lui-même dans son palais d'archevêque, comme il faisait autrefois dans sa cellule de religieux, et jamais il ne voulut consentir à porter de moins pauvres habits. A son arrivée, les chanoines voyant ces vêtements plus que modestes, lui portèrent une forte somme d'argent, pour subvenir, disaient-ils, à ses besoins les plus pressants. L'archevêque accepta et, après avoir demandé la liberté d'employer cette somme à sa volonté, il la remit toute entière aux administrateurs d'un hospice que le feu venait de ravager.

En acceptant la dignité épiscopale, saint Thomas ne crut pas devoir renoncer à ses habitudes intérieures de religieux. Il ne retrancha rien à son oraison et à ses pénitences ; loin de se prodiguer dans le monde, il ne sortait jamais de son palais que pour les besoins de son ministère ou de la charité. Dans la distribution sévère de son temps, rien n'était accordé ni au délassement de l'esprit, ni aux visites ou autres rapports de société. Tous ses délassements consistaient à écouter chaque matin, pendant plusieurs heures, ceux qui avaient quelque demande à lui présenter, et il les écoutait tous avec une patience et une douceur qui causaient une véritable satisfaction à ceux là mêmes dont il lui était impossible d'exaucer les demandes.

Une vie si simple et si retirée ne pouvait être du goût de tout le monde, et bien souvent les oreilles du saint archevêque furent assiégées de représentations sur ce sujet : mais on s'aperçut bientôt qu'on se heurtait contre une résolution inébranlable. Le saint pasteur, dont le but était de travailler avec énergie à la réforme de son troupeau, voulait donner l'exemple, afin que sa parole acquit une plus grande autorité.

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