‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 8 sur 54 · CHAPITRE Vm Réforme du. diocèse · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm Réforme du. diocèse

Avant de procéder à la réforme de son diocèse, le saint archevêque voulut en examiner par lui-même tous les besoins, afin d'appliquer avec plus de sûreté les remèdes qu'il jugerait les plus convenables. Dans ce dessein, il choisit d'abord pour partager sa sollicitude et ses travaux, six prêtres aussi remarquables par leur science que par leur piété, et les chargea de mettre par écrit toutes leurs observations, sur les lieux, les personnes et les choses ; ce premier travail devait lui donner une connaissance générale des plaies qui affligeaient son troupeau. Muni de ces informations, le bon pasteur se met en marche, il parcourt son diocèse tout entier ; les villages les plus humbles, les plus retirés, reçoivent sa visite ; la foi, les mœurs des laïques et des prêtres, les communautés religieuses, le culte et les choses du culte, rien n'échappe à la pénétration de son regard. Le saint prélat eut souvent à verser des larmes ; cependant la foi qu'il trouva partout vivante et forte, le consolait, en lui faisant espérer que ses efforts ne seraient pas sans fruits.

Rentré à Valence, il rédige, de concert avec ses coopérateurs, des ordonnances propres à faire cesser tous les désordres aperçus ; puis il convoque en synode tout son clergé : là sa douceur et les accents de son zèle font accepter ces ordonnances qui deviennent comme les statuts du diocèse, et le cierge se retire rempli de bons désirs.

Toutefois, les anciennes habitudes affaiblirent peu à peu ces bonnes dispositions : d'ailleurs un certain nombre n'avait accepté les statuts synodaux qu'avec l'arrière pensée de les laisser à l'état de lettremorte. Quand ils virent le sainten presser l'exécution, ils éclatèrent en murmures ; la plus vive opposition se manifesta du côté qui aurait' du, ce semble, offrir au saint réformateur le concours le plus empressé. Le chapitre de la cathédrale, voyant qu'on voulait le soumettre, lui aussi, à la loi commune, réclama violemment le bénéfice de son exemption et en appela à Rome : « Et moi, j'en appelle à Notre-Seigneur Jésus-Christ, répondit le prélat inspiré. »

Bientôt la prière du saint archevêque parut être exaucée; un membre du chapitre fut mis en prison par le gouverneur de Valence,

contrairement aux lois alors en vigueur ; le chapitre sollicita la protection de son archevêque contre cette violation de l'immunité ecclésiastique: mais l'exemption si hautement invoquée naguère, mettait notre saint dans l'impossibilité de faire une démarche dont on put espérer le succès. Le chapitre le comprit et une seconde atteinte à ses droits, plus grave encore que la première, détermina sa soumission. Alors l'archevêque put prendre sa défense : la longue lutte qu'il engagea contre le gouverneur de Valence, fit éclater tout ce qu'il y avait dans son âme de prudence, de douceur et d'invincible fermeté ; le plus heureux succès couronna tant de zèle et la lutte se termina en laissant un grand exemple de pénitence dans la personne du gouverneur, et eu mettant le nom de saint Thomas de Villeneuve à côté des noms de saint Ambroise et de saint Thomas deCantorbery.

La soumission du chapitre entraîna celle de tout le clergé du diocèse : c'était un grand pas vers la réforme; néanmoins on devait s'attendre encore, surtout sous le rapport des mœurs, à de déplorables défaillances. Notre bienheureux, sachant que la sainteté du prêtre serait bientôt la sainteté du peuple, porta sa plus grande sollicitude vers l'épuration des mœurs de son clergé. Lorsque, après l'examen le plus indulgent, il ne pouvait s'empêcher de reconnaître la culpabilité d'un prêtre, il usait encore longtemps à son égard des ménagements les plus délicats. Sages avertissements, pressantes exhortations, encouragements les plus tendres, il mettait tout en œuvre pour faire entrer le repentir dans ce cœur égaré. Quand ces moyens ne suffisaient pas. la vue de cette insensibilité lui faisait verser des larmes amères : transporté d'un saint zèle, il appelait le coupable et, sous ses yeux, il saisissait la discipline et se flagellait luimême jusqu'au sang. Comment un prêtre aurait-il pu résister à tant de zèle ? Aussi bien peu étaient assez endurcis pour ne pas tomber aux pieds de leur archevêque, en demandant un pardon qui n'était jamais refusé, et ils se retiraient, déterminas à donner au cœur d'un tel père autant de consolation qu'ils lui avaient donni'' «le sollicitude et de peine.

Après avoir dirigé ses premiers efforts vers la réforme de son clergé, le saint archevêque s'appliqua à la réforme des tidèles. Un des plus puissants moyens qu'il employa pour y réussir, fut les missions diocésaines. Il lit un appel a son clergé régulier: il reunit autour de lui une phalange de prêtres actifs, dévoués, prêts à voler partout ou les appelaient l'obéissance et le salut des âmes. Chaque

aimée, aux approches du carême. -il les convoquait dans son palais, ranimait le feu de leur zèle, leur donnait les avis les plus propres à féconder leurs travaux, et quelque temps après, on voyait les populations des villes et des campagnes revenir à Dieu et porter de dignes fruits de pénitence.

Dans sa visite pastorale, notre bienheureux, entre autres plaies qui dévoraient son diocèse, avait aperçu une effroyable corruption de mœurs qui se traduisait dans la famille parle divorce, et au dehors par un libertinage aussi infâme qu'effronté. Le courageux archevêque attaqua personnellement ce mal profond qui semblait devoir résister à tous les remèdes. Aux moyens ordinaires que lui inspiraient sa douceur et sa bonté, il lui fallut plus d'une fois employer les armes plus sévères que l'Eglise et l'Etat mettaient entre ses mains; et alors nulle considération humaine ne pouvait fléchir sa fermeté. La position élevée que donnaient aux coupables les dignités ou les richesses, ne faisait qu'enflammer davantage son zèle, parce que l'exemple- tombant de plus haut produisait dans le peuple des effets plus pernicieux. Les efforts du saint réformateur furent couronnés du plus heureux succès ; à la fin de son épiscopat, il avait la consolation de voir le divorce à peu près disparu de son diocèse, et, si quelqueslibertins continuaient encore leurs débauches, le secret du moins couvrait leurs infamies, le scandale ne s'étalait plus au grand jour.

Notre saint prélat fut dès l'abord puissamment encouragé dans ses projets de réforme par la nouvelle de l'ouverture du Concile de Trente. La faiblesse de sa santé et le besoin de sa présence pour soutenir l'œuvre de la réformation à peine ébauchée dans son diocèse, l'empêchèrent de se rendre à l'appel du Souverain Pontife et de l'empereur. Mais ses suffragants et quelques autres èvèques d'Espagne, étant venus s'embarquer à Valence pour se rendre au Concile, notre saint archevêque les retint plusieurs jours, afin d'avoir avec ces prélats quelques conférences sur l'état présent de l'Eglise. Il leur communiqua ses lumières et ses réflexions ; il remit même à l'évêque de Nuesqua, une série d'articles relatifs à la discipline, qui devinrent dans le Concile comme la base des délibérations sur la réforme à introduire dans tous les rangs de la hiérarchie.

C'est ainsi que saint Thomas étendait sa sollicitude à l'Eglise toute entière, et qu'il lit porter par l'entremise du Concile, à tous les

diocèses de la chrétienté les fruits de salut que le diocèse de Valence portait depuis longtemps.

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