CHAPITRE IX
Charité de saint Thomas.
Notre bienheureux a mérité comme plusieurs autres Saints, le surnom d'Aumônier, parce que l'aumône est la vertu qui brilla avec le plus d'éclat dans toute sa vie. Néanmoins il pratiquait dans le silence bien d'autres vertus héroïques. Nous avons dit les grâces singulières dont Dieu favorisait son oraison, la profondeur de son humilité, la rigueur de ses mortifications, son esprit de pauvreté, sa prudence admirable, son inaltérable douceur. Dans certaines circonstances. Dieu lui accorda le don de prophétie; il lui découvrit en particulier la prochaine réunion du concile de Trente, et cette révélation consola tellement son amour pour l'Eglise, elle remplit son cœur d'une telle joie. que. dans un premier transport : « Courage, s'écria-t-il alun de ses chanoines, courage, nous aurons bientôt un concile pour régler les affaires de l'Eglise. » Souvent encore dans le cours de sa vie, ses prières avaient obtenu des miracles signalés : mais toutes ces vertus et tous ces dons n'avaient eu pour témoins que Dieu et le petit nombre de personnes auxquelles il était imj • les cacher. Sa charité, au contraire, embras-
sant toutes les souffrante- de son vaste diocèse, pour les guérir ou au moins pour ger, était célébrée par la multitude des
malheureux à qui la re oui, bénir son nom.
Il est vrai de «lire qu'avec l'œuvre de la réformation de son diopauvres absorbait tous ses ■ i tous . il se Qt dresser la liste de tous ts do diocèse pour leur porter ses aumônes. Les mendiant- trouvaient chaque jour dans le palais èpiscopal une table chargée de pain, de vin et d'autres nourritures; chaque jour ceux qui étaient affligés de quelque infirmité, recevaient de la viande et deux pièces de monnaie. Deux médecins et ud chirurgien étaient chargés '1»- visiter les malades pauvres, et un pharmacien devait leur donner tous les remèdes dont ils avaient besoin ; la longueur de la maladie ne diminuait jamais ces secours.
Les ouvriers de Valence eurent aussi à se louer de la générosité du saint archevêque. Non seulement il venait à leur aide quand le travailleur manquait, mais il leur recommandait encore de ne pas vendre leurs produits, lorsque dans des moments de crise, ils ne pouvaient les vendre qu'avec de grandes pertes. Il les invitait à venir alors lui demander tout ce qui leur serait nécessaire pour attendre des occasions meilleures. Par les bienfaits du généreux prélat, le tissage de la laine et de la soie, industrie particulière à la province, prit un nouvel essor, et un plus grand nombre d'ouvriers purent ainsi gagner honnêtement leur vie, sans être obligés détendre la main à la charité publique.
Il y a des infortunes qui se cachent et qui n'en offraient que plus d'intérêt au cœur du charitable archevêque. Aidé de quelques âmes en qui il avait allumé l'ardeur de sa charité, il faisait tous ses efforts pour découvrir ces misères secrètes, et ici son cœur savait trouver les moyens les plus prudents et les plus délicats, pour ne point blesser d'honorables susceptibilités.
L'enfance pauvre était surtout l'objet de sa tendre sollicitude. Il faisait recueillir les petits enfants qu'abandonnaient des mères coupables ou malheureuses ; il leur procurait des nourrices et jamais il ne perdait de vue ces petits enfants qu'il avait adoptés. Cette œuvre de miséricorde lui était si chère, qu'il laissa en mourant une somme suffisante pour la soutenir longtemps après lui dans le diocèse.
Nous devons signaler encore deux autres œuvres fécondes que fonda son intelligente charité. La première fut un collège destiné à donner l'éducation aux enfants pauvres dont les bonnes dispositions donnaient l'espoir qu'ils seraient un jour utiles à l'Eglise ou à la société. La seconde fut la dotation de jeunes tilles dont la vertu était exposée sans d^fenst^ aux séductions de l'âge et aux inspirations de la misère. Saint Thomas donna à cette œuvre une telle étendue, que, dans tout le cours de son episcopat, aucune fille pauvre de son diocèse, ne se maria, sans avoir éprouvé sa generosité.
La pauvreté d'un certain nombre de ses prêtres ne pouvait laisser indifférent le cœur d'un père si tendre et si charitable. Comme aucun membre de son clergé ne lui était inconnu, il n'en laissa jamais aucun aux prises avec la misère, et. de peur que quelqu'un ne fut oublié, il recommandait aux visiteurs de son diocèse et aux curés des paroisses, de lui faire connaître aussitôt les prêtres pauvres
qu'ils découvriraient, pour qu'il put leur fournir les ressources suffisantes à un honnête entretien.
A la vue d'aumônes aussi multipliées, aussi abondantes, ou se demande comment le saint prélat pouvait y suffire avec les revenus de son archevêché, revenus si peu considérables que, lorsqu'il s'en fit rendre compte, il fut saisi d'une grande tristesse, en pensant qu'il ne pourrait se livrer aux œuvres de miséricorde suivant les désirs de son cœur. Plus tard, il fut même obligé d'adresser à ce sujet des plaintes à l'empereur, pour faire rentrer l'archevêché de Valence dans tousles droits dont quelques-uns de ses prédécesseurs s'étaient laissés dépouiller, au détriment des pauvres.
D'ailleurs le généreux prélat savait s'imposer des sacrifices pour augmenter les revenus des malheureux. Nous avons vu la parcimonie, la gêne même à laquelle il s'était réduit par esprit de pauvreté et par amour pour les pauvres ; disons de plus que Dieu vint souvent à son aide et plusieurs fois on ne sut ce qu'il fallait admirer davantage ou la libéralité du charitable pasteur ou les étonnants miracles par lesquels la divine miséricorde lui procurait d'abondantes ressources, aux moments les plus inespérés. Ainsi Dieu récompensait la charité du saint pasteur et la confiance qu'il mettait en sa miséricordieuse Providence.