LES VIEILLARDS
V>E sont eux! j'ai posé l'oreille contre terre;
Les bruits sourds qu'on entend sont des pas de chevaux;
Que le jeune soldat se rappelle son père,
Et que l'ancien s'apprête à des combats nouveaux !
Que nul de vous ne songe aux sanglots de l'épouse, Aux longs baisers d'adieu sur le front de l'enfant; Mais qu'à l'heure d'agir la colère jalouse Fasse oublier qu'on aime et songer qu'on défend.
Sachez qu'il n'est permis d'autre plainte au courage QjLi'un suprême soupir, celui du trépassant, D'autres pleurs dans les yeux que les larmes de rage, D'autre faiblesse au cœur que la perte du sang.
Ce sont des gens soldés, des troupes asser%-ies : L'or fait les plus nombreux, mais l'ame les plus forts, Et nous vendrons du moins si chèrement nos vies Qu'ils seront les vaincus si l'on compte les morts.
Leur sang sera l'engrais des récoltes futures : Ils nous volent nos champs, ils les doivent nourrir. Allez! laissez aux vents le soin des sépultures; Les femmes priront Dieu pour ceux qui vont mourir!
LES JEUNES GENS
Pères, nous acceptons que le canon nous broie; Nous ne languirons pas sous le fouet exécré. Xous sommes préparés, ayant grandi sans joie; Sur nos premiers jouets nos mères ont pleuré.
Nous n'avons pas connu ces belles gaités folles, Salut de la jeunesse à la création; Nos fronts décolorés n'ont d'autres auréoles due les blêmes reflets de l'indignation.
Nous avons oublié les yeux des jeunes filles; Pères, les vôtres seuls nous peuvent enflammer! Quand un grand deuil civique assombrit les familles, Les enfants sont muets, ils n'osent plus s'aimer.
Ils n'osent plus s'aimer : les cœurs cessent de battre Pour vouer à la haine un culte simple et froid. Les vierges sont nos sœurs quand nous allons combattre, L'amour avec respect cède la place au droit.
Nous marchons librement, détachés de la vie Comme si nous étions des spectres de vingt ans ; Les jeunes de Yalmy nous porteraient envie : Nous vibrons tout entiers dans les tambours battants !
Et nos aïeux, tous ceux dont la Pologne est veuve, \'iennent nous parler bas ; nous nous sommes voués. Et nous voulons tomber dans la prétexte neuve, Comme ces vieux héros dans les drapeaux troués.