‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 89 sur 104 · LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES FEMMES

Combien sont emportés dans chaque jour qui passe! Que Dieu sauve aujourd'hui tous les sauvés d'hier, Et qu'aux derniers partants il nous donne la grâce De pouvoir dire adieu d'un front tranquille et fier!

Nous les aurions suivis, vaillantes que nous sommes, Si nos forces servaient nos soupirs belliqueux : C'est un cruel chagrin d'abandonner les hommes, Quand la patrie est faible et qu'on l'aime autant qu'eux !

Qu'espérons-nous? ceux-là que nous aimions naguère Sont morts ; les nouveau-nés dorment sur nos genoux, Et nous ne pouvons pas soulever pour la guerre Les bataillons futurs que nous portons en nous.

Ces défenseurs perdus, n'en attendons plus d'autres! Les hommes plus heureux dont la justice a soin Ont des foyers trop doux pour s'occuper des nôtres; Leurs femmes sont près d'eux, et nous sommes si loin !

Nous mourrons! ou verra le vainqueur solitaire, Cherckant partout une âme à qui donner des lois. Rencontrer seulement le cadavre et la terre Et la honte pour pris de ses sanglants exploits.

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