ODE IV TRADUITE D'HORACE
L*APRE hiver se dissipe aux souffles printaniers, La barque oisive aux flots se livre ; '
Uétable et l'âtre enfin lâchent leurs prisonniers
Et le pré n*est plus blanc de givre.
Sous la lune déjà Vénus conduit le chœur;
Aux Nymphes les Grâces décentes Se mêlent dans la ronde, et Vulcain, plein d*ardeur,
Souffle les forges rougissantes.
C'est le temps d'entourer son front de myrtes verts
Ou de fleurs qu'avril renouvelle, Et d'immoler à Faune, aux bois d'ombre couverts,
Le bouc ou, s'il lui plaît, l'agnelle.
La pâle Mort, d'un pied égal, heurte taudis
Et palais. — O Sextius, songe Combien les longs espoirs sont à l'homme interdits.
La Nuit et les Mânes, mensonge, Et la cour de Pluton te réclament. Là-bas
Les dés ne font plus de monarque.
Et l'on n'admire plus le tendre Lycidas,
Que la vierge déjà remarque.
A l'impératrice 237
^ L'UK'PÉli^TTilCE
SUAVE et pur jasmin d'Espagne Où se posa l'abeille d'or, Une grâce vous accompagne, Et vous possédez un trésor ;
Vous, le sourire de la force, Le charme de la majesté, Vous avez la puissante amorce Qjii prend les âmes — la bonté!
Et, derrière l'Impératrice A la couronne de rayons, Apparaît la consolatrice De toutes les afflictions.
Sans que votre cœur ne l'entende Il ne saurait tomber un pleur; Quelle est la main qui ne se tende Vers vous, du fond de son malheur?
Pensive, auguste et maternelle, Tenant compte des maux soufferts.
Vous rafraîchissez de votre aile Les feux mérités des enfers.
Ce n'est pas seulement vers l'ombre Qjie va le regard de vos yeux, Dans la cellule étroite et sombre Faisant briller l'azur des cieux;
Ce regard que chacun implore, Q.ui luit sur tous comme un flambeau, S'arrête^ plus touchant encore, Quand il a rencontré le Beau.
L'enthousiasme y met sa flamme Sans en altérer la douceur ; Si le génie est une femme, Vous lui dites : « Venez, ma sœur !
« Je mettrai sur vous cette gloire Qui fait les hommes radieux, Ce ruban teint par la victoire.
Pourpre humaine digne des dieux I »
Et votre main d'où tout ruisselle.
Sur le sein de Rosa Bonheur Allumant la rouge étincelle.
Fait jaillir l'astre de l'Honneur!
A l'impératrice 239
Oh 1 quelle joie au séjour morne Des pauvres EnÊints détenus, Limbes grises, tombeau que borne Un horizon de grands murs nus,
Lorsque la porte qui s*entr'ouvre, Laissant passer le jour vermeil, A leurs yeux ravis vous découvre Comme un ange dans le soleil 1
Pour le penseur chose effrayante I L'homme jetant à la prison La Êiute encore inconsciente Et le crime avant la raison I
Là sont des Cartouches en herbe Dont les dents de lait ont mordu, Comme un gâteau, le fruit acerbe Qjii pend à l'arbre défendu;
Des scélérats sevrés à peine; De petits bandits de douze ans, D'un mauvais sol mauvaise graine, Tous coupables, mais innocents 1
Hélas 1 pour beaucoup la famille Fut le repaire et non le nid, La caverne où gronde et fourmille Le monde fauve qu'on bannit.
Vous arrivez là, douce femme, Lorsque sommeille encor Paris, Faisant l'aumône de votre âme A ces pauvres en&nts surpris.
Vous accueillez leur plainte amère.
Leur long désir de liberté, Et chacun d'eux vous croit sa mère A se voir si bien écouté.
Vous leur parlez de Dieu, de l'homme, Du saint travail et du devoir.
Des grands exemples qu'on renomme, Du repentir qui suit l'espoir;
Et la prison, tout éblouie Par la céleste vision, De la lumière évanouie Conserve longtemps un rayon 1
Il est d'autres cités dolentes due d'autres Dantes décriront; Les heures s'y traînent bien lentes, La faute a la rougeur au front.
Là gémissent les vierges folles Qpi vont sans lampe dans la nuit ; Les paresseuses aux mains molles Qjie l'éclat d'un bijou séduit;
A l'impératrice 241
La coupable, presque novice, Trébuchée au chemin glissant.
Et toutes celles que le vice Sur son char emporte en passant.
Sans craindre pour vos pieds la &nge.
Vous traversez ces lieux maudits.
Comme en Enfer un bel Archange Qui descendrait du Paradis.
Vous visitez dortoirs, chapelle, Et la cellule et l'atelier.
Allant où chacun vous appelle Et ne voulant rien oublier.
Si, dans la triste infirmerie, Au chevet où râle la mort, Vous trouvez une sœur qui prie, L'innocence près du remord,
Vous ployez les genoux, et l'âme.
Dont l'aile bat pour le départ.
Croit voir resplendir Notre-Dame A travers son vague regard.
Lorsque se tait la litanie.
Vous vous penchez pour mieux saisir
Sur les lèvres de l'agonie
Le suprême et secret désir.
La jeune mourante, épôrdue, Qjni ne parlait plus qu'avec Dieu, D'une voix à peine entendue Confie à votre cœur son vœu.