MAGDALENA
Sans doute que c'était l'œuvre d'un Allemand, D'un élève d'Holbein, mort bien obscurément, A vingt ans, de misère et de mélancolie.
Dans quelque bourg de Flandre, au retour d'Iulie, Car ses têtes semblaient, avec leur blanche chair, Un rêve de soleil par une nuit d'hiver.
Je restai bien longtemps dans la même posture, Pensif, k contempler cette pâle peinture ; Je regardais le Christ sur son inâme bois, Pour embrasser le monde ouvrant les bras en croix. Ses pieds meurtris et bleus et ses deux mains clouées. Ses chairs par les bourreaux à coups de fouet trouées, La blessure livide et béante à son flanc.
Son front d'ivoire où perle une sueur de sang, Son corps blafard rayé par des lignes vermeilles, Me Élisaient naître au cœur des pitiés nonpareilles, Ht mes yeux débordaient en des ruisseaux de pleurs Comme dut en verser la mère des douleurs.
Dans l'outremer du ciel les chérubins iîdèle» Se lamentaient en chœur, la £ice sous leurs ailes. Et l'un d'eux recueillait, un ciboire k la main, Le pur sang de la plaie où boit le genre humain ; La sainte Vierge, au bas, regardait, pauvre mère I Son divin Fils en proie à l'agonie amère; Madeleine et saint Jean, sous les bras de la croix. Mornes, échevelés, sans soupirs et sans voix. Plus dégouttant de pleurs qu'après la pluie un arbre. Étaient debout, pareils à des piliers de marbre.
C'était, certe, un spectacle à faire réfléchir. Et je sentis mon cou comme un roseau fléchir Sous le vent que faisait l'aile de ma pensée. Avec le chant du soir vers le ciel élancée.
JOS POtsiES DITEESES
Je croisai graveinent mes deux bru sur mon sein, Et je pris mon menton dans le crenx de ma main, Et je me dis : « O Christ ! tes doolenrs sont trop vives ; Après ton agonie au jardin des Olives, Il fallait remonter près de ton Père, an del, Et nous laisser, i nous, Téponge avec le fiel; Les clous percent ta chair, et les fleurons d*épines Entrent profondément dans tes tempes divines. Tu vas mourir, toi, Dieu 1 comme un homme. La mort Recule épouvantée à ce sublime effort; Elle a peur de sa proie, elle hésite i la prendre. Sachant qu'après trois jours il la lui Êiudra rendre. Et qu'un ange viendra, qui, radieux et beau.
Lèvera de ses mains la pierre du tombeau ; Mais tu n'en as pas moins souffert ton agonie. Adorable victime entre toutes bénie; Mais tu n'en as pas moins, avec les deux voleurs, Étendu tes deux bras sur l'arbre de douleurs. O rigoureux destin I une pareille vie D'une pareille mort si promptement suivie 1 Pour unt de maux soufferts, tant d'absinthe et de fiel I Où donc est le bonheur, le vin doux et le miel ? La parole d'amour pour compenser l'injure, Et la bouche qui donne un baiser par blessure? Dieu lui-même a besoin, quand il est blasphémé, Pour nous bénir encor, de se sentir aimé, Et tu n'as pas, Jésus, traversé cette terre.
N'ayant jamais pressé sur ton cœur solitaire Un cœur sincère et pur, et fait ce long chemin Sans avoir une épaule où reposer ta main, Sans une âme choisie où répandre avec flamme Tous les trésors d'amour enfermés dans ton âme. »
Ne vous alarmez pas, esprits religieux.