‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 94 sur 122 · CE MONDH-CI ET L'AUTRE · texte numérisé non relu

CE MONDH-CI ET L'AUTRE

Les tamaniers en fleur vous prêtaient des abris ; Vous aviez pour jouer des nids de colibris; Les papillons dorés vous éventaient de Taile; L*oiseau-mouche valsait avec la demoiselle ; Les magnolias penchaient la tête en souriant; La fontaine au flot clair s'en allait babillant; Les bengalis coquets, se mirant à son onde»

Vous chantaient leur romance ; et, seule et vagabonde, Vous marchiez sans savoir par les petits chemins. Un refrain à la bouche et des fleurs dans les mains 1 Aux heures du midi, nonchalante créole.

Vous aviez le hamac et la sieste espagnole.

Et la bonne négresse aux dents blanches qui rit Chassant les moucherons d'auprès de votre lit. Vous aviez tous les biens, heureuse créature, La belle liberté dans la belle nature ; Et puis un grand désir d'inconnu vous a pris, Vous avez voulu voir et la France et Paris.

La brise a du vaisseau fait onder la bannière. Le vieux monstre Océan, secouant sa crinière Et courbant devant vous sa tête de lion.

Sur son épaule bleue, avec soumission.

Vous a jusques aux bords de la France vantée. Sans rugir une fois, fidèlement portée. Après celles de Dieu, les merveilles de l'art Ont étonné votre âme avec votre regard:

Vous avez vu nos tours, nos palais, nos églises. Nos monuments tout noirs et nos coupoles grises, Nos beaux jardins royaux, où, de Grèce venus. Étrangers comme vous, frissonnent les dieux nus, Notre ciel morne et froid, notre horizon de brume. Où chaque maison dresse une gueule qui fume.

Qiiel spectacle pour vous, ô fille du soleil. Vous toute brune encor de son baiser vermeil.

294 poésies DIVERSES

La pinie a ruisselé sur tos Titres jaunies.

Et, triste entre tos soenrs an foyer réunies.

En entendant pleurer les bâches dans k fea.

Vous avez regretté 1* Amérique an del bien.

Et la mer amonrense avec ses tièdes lames

Q|ii se bordent d'argent et chantent sous les lames;

Les beaux lataniers verts, les pakniers chevelus.

Les mangliers traînant leurs bras irrésolus;

Toute cette nature orientale et chaude,

Où chaque herbe flamboie et semble une émenude;

Et vous avez souffert, votre cœur a saigné.

Vos yeux se sont levés vers ce del gris baigné

D'une vapeur étrange et d'un brouillard de houille.

Vers ces arbres chargés d'un feuillage de rouille;

Et vous avez compris, pile fleur du désert,

Qfic loin du sol natal votre arôme se perd,

Qli'il vous faut le soleil et la blanche rosée

Dont vous étiez là-bas toute jeune arrosée.

Les baisers parfumés des brises de la mer,

La place libre au ciel, l'espace et le grand air;

Et, pour s'y renouer, l'hymne saint des poètes

Au fond de vous trouva des fibres toutes prêtes ;

Au chœur mélodieux votre voix put s'unir;

Le prisme du regret dorant le souvenir

De cent petits détails, de mille circonstances,

Les vers naissaient en foule et se groupaient par stances.

Chaque larme fîirtive échappée à vos yeux

Se condensait en perle, en joyaux précieux;

Dans le rythme profond votre jeune pensée

Brillait plus savamment, chaque jour enchâssée;

Vous avez pénétré les mystères de l'art.

Aussi, tout éplorée, avant votre départ.

Pour vous baiser au front, la belle poésie

Vous a parmi vos sœurs avec amour choisie;

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