‹ Œuvres de Théophile GautierChapitre 34 sur 37 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

En notre qualité de poète, nous avons le droit de relever le flanmmeum couleur de safran qui enveloppait a jeune épouse, — plus heureux en cela que les Sardiens qui, après toute une journée d’attente, furent obligés de s’en retourner chez eux, réduits, comme avant, aux simples conjectures.

Nyssia était réellement au-dessus de sa réputation, quelque grande qu’elle fût; il semblait que la nature se fût proposé, en la créant, d’aller jusqu'aux limites de sa puissance et de se faire absoudre de tous ses tâtonnements et de tous ses essais manqués. On eût dit qu'émue d’un sentiment de jalousie à l'endroit des merveilles futures des sculpteurs grecs, elle avait voulu, elle aussi, modeler une statue et faire voir qu’elle était encore la souveraine maîtresse en fait de plastique.

Le grain de la neïge, l’éclat micacé du marbre de Paros, la pulpe brillantée des fleurs de la balsamine donneraient une faible idée de la sub-

stance idéale dont était formée Nyssia.Cette chair si fine, si délicate, se laissait pénétrer par le jour etse modelaiten contours transparents, en lignes suaves, harmonieuses comme de la musique.

Selon la différence des aspects, elle se colorait de soleil ou de pourpre commele corps aromal d’une divinité, etsemblait rayonner lalumière et la vie. Le monde de perfections que renfermait l’ovale noblement allongé de sa chaste figure, nul ne pourra le redire, ni le statuaire avec son ciseau, ni le peintre avec son pinceau, ni le poète avec sonstyle, fût-il Praxitèle, Apelles ou Mimnerme. Sur son front uni, baigné par des ondes de cheveux rutilants semblables à l’électrum en fusion et saupoudrés de limaille d’or, suivant la coutume babylonienne, siégeait, comme sur un trône de jaspe, l’inaltérable sérénité de la beauté parfaite.

Pour ses yeux, s'ils ne justifaient pas entièrement ce qu’en disait la crédulité populaire, ils étaient au moins d’une étrangeté admirable; des sourcils bruns dont les extrémités s’effilaient gracieusement comme les pointes de l’arc d'Éros, et que rejoignait une ligne de henné, à la mode asiatique, de longues franges de cils aux ombres soyeuses, contrastaient vivement avec les deux étoiles desaphirroulantsur un ciel d’argent bruni qui leur servaient de prunelles. Ces prunelles, dont la pupille était plus noire que l’atrament, avaient dans l’iris de singulières variations de

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