‹ Œuvres de TissotChapitre 102 sur 160 · C. LVI · texte numérisé non relu

C. LVI

(2) L. v, palh., ch. ii.

(5) Encyclop. medic, liv, I, ch. VU, (4) Dec 1), an, 1.

ET DE LEDRS MALADIES

la première enfance : une iille de cinq ans, ayant été un jour vivement choquée tie ce que sa sœur avait enlevé , pendant le repas, un morceau clioisi dont elle avait elle-même envie, elle devint raide loutà coup. La main qu'elle avait étendue vers le plat avec sa cuiller demeura dans cet étal , elle regai-i.lail sa sœur de travers et avec des j eux d'indignation ; quoiqu'on l'appelât à haute voix et qu'on l'excitât vivement, elle n'entendait point; elle ne remuait ni la bouche ni les lèvres; elle marchait lorsqu'on la poussait et qu'on la conduisait avec la main ; ses bras, lorsqu'on les tirait en haut, en bas, ou transversalement , restaient dans la même situation ; vous eussiez cru voir une statue de cire. Après l'accès, elle était raide et froide comme du marbre; au bout d'une heure environ, elle se réchauffait peu à peu , en étendant ses membres avec de profonds soupirs ; de fréquents borborygmes faisaient résonner le bas- ventre; enfin, après une grande sueur elle revenait à son premier état. Heers parle de quelques malades qu'il appelle cataleptiques, mais l'hislo re qu'il en donne ne le prouve point. Les observations de Wep' fer ne sont pas non plus de vraies catalepsies (l) , et appartiennent évidemment aux convulsions ou à l'épilepsie. Maison en trouve ailleurs quelques autres qui s'en rapprochent davantage. Yédélius en cite deux que l'on peut placer ici, quoiqu'elles diffèrent beaucoup de la première (2). Après de grandes inquiétudes et de la peine occasionnées j)ar la maladie de son mari, une femme , âgée de trentecinq ans, commença jiar avoir des bâillements, des angoisses, et ensuite des accès singuliers. Son visage devenait d'aboi d fort rouge, et ensuite pâle; elle tombait dans l'insensibilité et l'aphonie ; elle restait debout au milieu de son ouvrage , sans contorsions des yeux, mais pliant et agitant ses mains pendant un quart d'heure ou une demi -heure, et le mal revenait deux ou trois fois par jour ; elle en fut guérie peu à peu. Due autre femme, âgée de vingt- cinq ans, arrêtée pour soupçon de vol, et nourrice a lors d'un enfant de neuf mois, fut saisie d'une défaillance, et trois jours après d'une véritable catalepsie, sans aucun mouvement musculaire que la respiration ; le pouls était naturel , elle n'avait aucun senti-

ment, on lui chatouillait en vain la plante des pieds ; elle n'avait cependant rien de convulsif ni de raide, et toutes les parties de son corps étaient très-mobiles.

On voit que le chagrin, qui avait produit la catalepsie de la dame de Vesoul, est aussi la cause à laquelle on doit at!ribuer ces deux dernières maladies, et c'est celle que tous les auteurs qui ont écrit snr celle maladie regardent comme une des plus propres à la produire. Tulpius vit un jeune homme qui, ayant appris queson mariage avec une femme qu'il aimait était rompu, au moment oii il croyait qu'il allait se conclure , devint sur - le - champ cataleptique (I). Rondelet en rapporte un exemple qui dépendait aussi de celte cause. Après avoir bien défini la catalepsie , cette maladie dans laquelle on perd tout-à-cûup les sens, et pendant laquelle toutes les parties restent dans l'éîat dans lequel la maladie les trouve , de façon que ceux qui parlaient restent la bouche ouverte et immobile, que les yeux restent ouverts sans voir, il donne l'histoire d'une jeune personne qu'il avait observée luimême: on l'avait mariée à l'âge de quinze ansà un homme qu'elle n'aimait point ; au bout de huit joursde mariage elle eut une attaque. Ellequitlason mari; mais il suffisait qu'elle le vît, qu'elle l'entendît , ou même qu'elle l'entendît nommer , pour être saisie d'un accès qui la laissait pendant plusieurs heures dans la même attitude dans laquelle il la surprenait, sans aucun sentiment et sans aucun mouvement, excepté un mouvement assez vile dans les côtes inférieures et dans les muscles du bas-ventre (2). Jl rapporte, dans un autre endroit, une catalepsie plutôt chimérique que feinte ; elle altaquait un prêtre romain toutes les fois qu'en récitant l'histoire de la passion on en venait au mot consummatum eft. Il en fut témoin lui-même ; la personne chez qui il était prononça ces mots, et le prêtre tomba dans l'insensibilité et l'immobilité cataleptique , que Rondelet dissipa en demandant un bâton pour chasser le mal ; ce n'était cependant point fraude, dit-il, mais l'effet de l'imagination frappée chez un hofnme mélancolique, qui s'imaginait ne pouvoir pas entendre ces mots. Jacot vit un homme en être attaqué à table, en mangeant, et rester dans celle atli-

(1) Obs. 121, 122, 5, 4, 5, G.

(2) De catalepsi nrissimo affeçlumi.

(1) Obs. med., lib. i.

(2) Guill. Rondelet, Melhod, curand^ omn. morb., in-8, Lyon,

tude (1 ), et M. Boerliaaveen rapporteaussi un exemple singulier. J'avais dîné, dit-il, avec un homme fort mélancolique, mais qui cependant avait été bien pendant le dîner. En voulant lui dire adieu , sur le seuil de la porte, il restait immobile sans me répondre. Je criai, je le pinçai, je le poussai ; tout fut inutile. Cet état dura plus d'un quart d'heure; le mouvement revint, le mal finit, et les personnes présentes me dirent que cet état revenait assez souvent (2j. Des deux observations de M. Hoffman , la première apparlinnt aux maladies convulsives plus qu'à la catalepsie; la seconde est plutôt une extase qu'une catalepsie, et je l'ai déjà rapportée ; on en a de M. Didier qui sont intéressantes, en ce qu'elles prouvent que souvent la catalepsie se combine avec des accidents spa^modiques. — Guillaume Bousquet, de Cavisson, diocèse deRhodez, âgé de cinquante-cinq à soixanleans, après avoir essuyé plusieurs chagrins domestiques, tomba malade le 25 avril dernier; il entra à l'hôpilal, où il fut saigné deux fois et purgé une dans l'espace de cine[ à six jours, sans aucun succès. — Ayant ordonné de lui administrer les sacrements le 3 mai, M. le curé ne put en tirer aucune parole; ce qui m'obligea le lendemain de l'examiner avec plus d'attention. J'eus beau l'appeler par son nom, le pincer, lui tordre les doigts, lui arracher les cheveux, il ne donna aucun signe de sentiment, tous les membres étaient souples, et je le croyais apoplectique, lorsque, m'avisanl de lui relever les bras , je fus agréablement surpris de les voir rester constamment dans celte situation; je levai les jambes et les cuisses avec la même facilité, ces parties restèrent élevées avec le bras et le tronc que j'avais fléchis de manière que toute la machine n'appuyait que sur le fondement. J'ordonnai qu'on le levât du lit, pour voir s'il marcherait : on le mit debout ; je levai ses bras toutà-fait haut, et , le poussant par derrière, je l'obligeai à faire un pas, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, suivant la manière dont on le poussai!. Le bruit s'en étant répandu dans la ville, on y accou-

(1) în Coacns, p. 68.

(2) l'nix medica, ad apli. 1043, l. iv, p. 3-24. M. Van Swielen parait rapporler la même observation avec quelques cliangemenis de circonstances, et sans citer cet ouvrage.

rut de toutes parts, et chacun l'examinant à son gré, suivant les préventions particulières, on ne convenait pas de la flexibilité des membres du malade : les uns soutenaient qu'ils étaient en convulsion, les autres les trouvaient souples, et quelques-uns tenaient un milieu. Ce qui va sans doute vous surprendre, monsieur, c'est qu'ils avaient tous raison. Je revins à l'hôpital deux heures après ma visite, et j'observai que la mâchoire inférieure était en convulsion , de manière qu'on n'avait pu lui faire avaler ni un bouillon, ni la potion émélique que je lui avais ordonnée. Je trouvai dans ce moment un peu de résistance à mouvoir les cuisses du malade, dont les bras étaient re>tés assez souples. Je m'en retournai fort mécontent de mon observation, par rapport à l'hypothèse que je m'en étais formée ci -devant. Je n'osai nier que ce ne fût un véritable cataleptique; cependant ne pouvant lui faire prendre aucun remède par la bouche, je me retranchai aux lavements avec l'émétique trouble , et aux ventouses scarifiées. Le malade resta dans cet état pendant vingt-quatre heures , au bout desquelles il commença à sentir et à prononcer quelques paroles. On continuait cependant de lui remuer les membres avec violence, jusqu'à le fatiguer; ainsi on ne peut pas bien s'assurer s'il se ressouvenait de ce qui s'était passé hors de l'accident : il resta hébété d'une manière à ne pouvoir tirer aucune conséquence juste de ses raisonnements. II mourut le 9 du mois, vers les trois à quatre heures du matin , et son cadavre fut ouvert l'après-midi par M. de la Peyronie, en présence de M. Vieussens; nous trouvâmes deux corps glanduleux , de la grosseur d'un gros pois, sur la dure-mère, des deux côtés du sinus longitudinal ; ces corps glanduleux avaient tracé deux enfoncements considérables au -dedans des deux pariétaux, et tout le tissu intérieur du cerveau était imbu d'une sérosité étrangère, par où je fus pleinement convaincu que ce malade était épilcptique et cataleptique tout ensemble, mais que la catalepsie tenait le dessus.

JeanSoladier, âgé d'environ quarante ans, habitant de la ville d'Agen , et depuis peu soldat du régiment de Poitou, compagnie de M. de la Roquette , capitaine à la citadelle de Montpellier, après avoir été fatigué d'un long voyage, et chagrin d'abandonner sa fi<mille, fut porté sur un brancard à l'iiôpital, le soir du huitième de ce mois. 11 était sans scq-

SX DE LEURS MALADIES

timent et sans mouvement, ouvrant cependant les yeux , et regardant les assistants ; et lorsqu'on le pinçait , il ne répondait rien ; son pouls était naturel et sa respiration libre. Je jugeai d'abord qu'il était carolique , je me contentai d'ordonner pour le soir une potion cordiale. Le lendemain matin, le trouvant à peu près dans le même état, je lui levai les deux bras sans aucune résistance, et je fus agréablement surpris de les voir rester dans le même état oii je les mettais, et d'où je les ôtais avec tant de facilité en présence de M. Gybert, docteur en médecine de notre université, qui essaya comme moi de lever tous les membres. Je n'eus pas la même facilité à mouvoir les jambes et les cuisses du malade, que nous trouvâmes recourbées : il fallait toute ma force pour pouvoir les étendre. La mâchoire inférieure était dans une convulsion si forte, qu'à peine trouvait-on un moment pour lui faire avaler un bouillon ; de manière que le malade resta vingt-quatre heures sans rien prendre (1). — M. Reynel rapporte, dans les Transactions philosophiques, l'histoire d'une véritable catalepsie. Une servante, âgée d'environ vingl-un ans, dont les règles étaient irrégulières depuis quelque temps, et qui était fort affligée par la mort d'un ami, se plaignit d'un mal de tête et d'estomac , et d'un malaise général ; elle prit en se couchant un peu de poudre de Gascoigne (2), pour se faire suer. Le lendemain, on la trouva dans son lit sans aucun sentiment, mais sans froid, les membres assez raides et ne se prêtant pas aisément aux mouvements, mais gardant parfaitement toutes les attitudes qu'on leur faisait prendre quelles qu'elles fussent. Elle n'avait aucun mouvement convulsif; la respiration était aisée , et le pouls faible (3).

(1) Journal de Trévoux, 1711, p. 351, et Bibliotli. de médecine, de Planque, I. Jii, p. 270. Il y a , dans celle letfre do M. Didier à M. Gastaldi, deux autres observations, dans lesquelles on voit quelques accidents cataleptiques : chez l'un, après une lièvre maligne; chez l'autre, dans une maladie convulsive ; mais ces deux observations paraissent Irès-imparfailes, et ne sont point de vraies catalepsies.

(2) C'est un composé d'absorbants et de diaphoréliques.

(3) Ph. Tr., n» 437, p. 49.

§ 5. Je placerai ici une observation de M. de Haen , dans laquelle on voit une vraie catalepsie se combiner, comme dans celle de M. Didier, avec des symptômes qui lui sont tout-à-fait étrangers ; ses combinaisons prouvent la facilité avec laquelle l'état du cerveau peut varier d'un instant à l'autre, sans qu'il soit possible d'en assigner la cause. Une fille de douze ans, d'un tempérament froid et glaireux, fut pendant plus d'un mois saisie deux ou trois fois par jour d'un véritable accès de catalepsie. Dans quelque situation qu'elle fîit, au moment où l'accès la prenait , couchée , debout , marchant, mangeant, elle y restait constamment, à moins que quelqu'un ne la fit changer; et pendant tout le temps que durait le paroxysme , dans quelque situation que je misse sa tête , ses bras, ses mains , ses doigts , ses jambes , ces parties y restaient constamment, et bien plus long-temps que je n'aurais pu, dit M. de Haen, les y tenir moi-même. Mais, au bout de huit jours, il se joignit un nouveau symptôme à chaque accès : ce fut un babil rapide, mais cependant trèsnet et raisonné. Quelquefois elle chantait des psaumes, d'autres fois elle récitait son catéchisme; d'autres fois elle s'élevait avec force contre les vices et contre les vicieux , de façon à avoir fait soupçonner qu'il pouvait y avoir du dol; mais les épreuves les plus fortes et les plus exactes convainquirent du contraire (1). — On trouve dans le Journal de médecine une observation qui se rapproche de celle de M. Reyneil , en ce qu'il y avait aussi dans les membres une espèce de raideur qui faisait qu'ils résistaient un peu aux attitudes qu'on voulait leur donner; elle est de M. de la Tour, médecin à Bcaufort (2j. Une fille de treize ans, nommée Gourdin, perdit toutà coup la parole et l'usage de tous ses sens , en présence de sa mère ; mais le mal fut court, et l'accès était passé quand M. de la Tour arriva : il la trouva interdite, le vis;ige enflammé, la vue égarée, le pouls plein , et se pUignanl d'un engouriissement général. Il ordonna les remèdes qu'il crut convenables, et l'enfant paraissait bien, quand , au bout de quatre jours, « il survint un nouvel ac- » cès qui la saisit debo it, au même in-

(1) Ratio medeiidi, pars m, c. v, § 3,

(2) Journal de médecine, t. vi, p. 4Ô. Juillet J75G.

» stant qu'elle était occupée à pi-endre » un sac suspendu h un mur, dont l'élé- M vation la mettait dans la nécessité d'é- » tendre le bras droit et de lever le pied » gauche ; en sorte qu'elle demeura dans » celte altitude sans connaissance, sans » parole, sans sentiment, sans mouve- » ment , et dans un parfait équilibre. » L'accès fut assez long pour que M. D.

pût encore en être témoin, et il était assez frappant pour que beaucoup d'assistants le crussent l'effet d'un sort. Mais l'effet d'un sel volatil urineux, que l'on fit sentir à la malade, et qui la fit revenir, dissipa l'illusion. On recommença les remèdes , qui n'empêchèrent point que pendant deux mois la malade n'eût plus de soixante accès plus ou moins longs et violents, dans lesquels la respiration était très-taboi ieuse , et c'est une circonstance particulière à celte malade. « Les » membres avaient assez de raideur pour »« donner quelque difficulté à les fléchir » et à les mettre dans l'attitude qu'on >> voulait leur donner; mais ils la gar- » daient constamment jusqu'à la fin du » paroxysme , ce qui ne laissait atfcune » équivoque , et caractérisait parfaitew ment la catalepsie. » Elle eut quelques retours d'accès pendant deux ans , et la maladie ne fut parfaitement terminée que par l'éruption des règles ; ensuite elle se maria et eut des enfants, sans éprouver aucune altération dans sa santé (I).

§ 6. Feu M. de la Meltrie nous a laissé l'histoire d'une maladie qu'il appelle catalepsie hystérique, qui offre en effet des attaques de véritable catalepsie, mais qui n'était cependant point une simple catalepsie, et qui me paraît mériter d'èlre connue, îi cause de [ilusieurs circonstances intéressantes. « Hélène Renault de » Saint-Malo , âgée de dix-sept ans , et » Olive, sa sœur aînée, furent attaquées, » l'une le onze et l'autre le quinze du « mois de mars dernier, d'une affection j) hystérique causée par la suppression » (le leurs règles. L'aînée n'en eut que «cinq ou six accès consécutifs, et fut )> bientôt radicalement guérie, grâce aux » emmenagogues et aux hystériques que » je lui fis prendre, et qui lui rendirent » ses menstrues. La cadette ne fut pas si

(1) On Irouve dans le même journal, f. XX, d'aulres observations annoncées comme des cafalepsies; niais on voit éyidemmeni que ce n'en sont pas.

» heureuse , les remèdes qui rétablirent « sa sœur ne firent qu'irriter son mal. » Après dix ou douze accès qui ne furent » qu'hystériques, elle tomba dans une » véritable et parfaite catalepsie, symp- « tome de vapeurs, métamorphose nou- » velle , dont aucun auteur que je sache » n'a fait mention. Les doigts , les pha- » langes des doigts, le poignet, l'avant- >) bras , le bras , les yeux , la tête , tout M restait immobile dans la situation oh » l'on s'avisait de les mettre. En un mot, » ce spectacle était si effrayant, que la » mère de la malade fut prise d'un vio- » lent accès hystérique la première fois » qu'elle vit sa fille en cet état. Outre » ces accidents communs aux catalepti- » ques, l'odorat de celle-ci avait un sen- » timent exquis : quelque odeur spiri- » tueuse un peu forte qu'on approchât à » un ou deux pieds de sa narine droite, 1) elle se jetait du côté gauche ; si on » l'approchait de l'autre narine, elle se » retournait avec force du côté droit. Si » l'on ôtait la main avec laquelle elle » tenait fortement son nez, elle y portait » l'autre avec une vitesse incroyable ; si » l'on ôtait encore celle-ci , la première » qui était restée suspendue ne semblait » l'être que pour défendre plus promple- » ment cet organe , ennemi déclaré de » toutes sortes d'odeurs fortes, et princi- » paiement de l'esprit volatil de sel am- » moniac , qu'elle sentait à plus de dix » pieds de distance de son lit. Lorsqu'on » l'approchait d'elle un peu plus près, » elle se couvrait le visage de son drap, » ou se cachait sous la couverture, par » je ne sais quel instinct ou perception » qui la servait sans le consentement de » sa volonté. On n'avait même qu'à pro- » noncer le nom de cet esprit , la voilà » sur ses gardes comme ces fous que » certains mots mettent sur leur folie. B Enfin, si l'on venait armé d'une plume » trempée dans cet esprit pour violenter » son nez et la faire ainsi revenir, elle » poussait des cris affreux sans les enten- » dre; il lui prenait des convulsions vie- «Icnies, des transports de colère et de » rage ; trois hommes ne pouvaient alors » la tenir, elle qui , avant l'accès , avait à » peine la force de parler. Ce qui prouve » évidemment que, quoique les esprits » volatils dissipent jiour l'ordinaire la » catalepsie présente , ils sont toujours M nuisibles dans les maladies des nerfs, » par la grande irritation qu'ils leur eau- » sent ; et par conséquent, lorsqu'un mé- » decin aura à traiter une catalepsie hys»

ËT SE UEVRi HÂtÂSIES.

» tërique, comme celle-ci, îl ne doit point » se servir d'esprit aussi violent pour b dissiper le paroxysme actuel. J'ai re- » marqué que la fumée d'une carte allu- » mée faisait le même effet sans aucun » danger.

» INotre malade eut pendant l'espace » de deux mois plus de vingt accès de » celte calalepsie, que j'appelle liystéri- «q«e, parce qu'en effet elle succédait » toujours à l'affection hystérique : à » mesure que son oppression diminuait, » ses yeux paraissaient plus fixes ; et en » même temps qu'elle cessait , il lui pre- » nait ordinairement un petit vertige té- » nébreux qui la faisait doucement tom- )) ber sur son oreiller. Quelquefois, cew pendant , sa catalepsie était accompa- » gnée de sa suffocation utérine , à la- » quelle on voyait souvent succéder de » violentes convulsions, et un délire bien » plus spirituel que l'état sain. Il arrivait » aussi de temps en temps qu'elle rêvait M durant son accès de catalepsie : il était » alors assez plaisant de voir cette jeune » fille assise dans son lit, le tronc imrao- » bile, la tète penchée, les yeux tournés » de tous les côtés qu'on s'avisait de les » tourner, les bras fléchis et suspendus, » sourire agréablement avant que de par- » 1er, comme une statue à ressort , sus- » ceptible de toutes sortes de mouve- » ments. Après chaque accès , elle jouis- » sait d'une apyrexie semblable à celle » des fièvres intermittentes, et se portait )) si bien, qu'elle se flattait toujours de » ne plus retomber. Cependant, la moin- » dre frayeur, une mauvaise nouvelle, le » plus petit sujet de mélancolie ou de co- » 1ère, la moindre odeur puante et hysté- » rlque, telle que celle du castoreum ou » de la rhue , réveillaient ce genre de «mal, et même en accéléraient le pawroxysme. — Après tous ces accès de » catalepsie hystérique , la malade eut » pendant près de deux mois (1 j un heu- » reux intervalle que le lait de chèvre, » l'air de la campagne, et principalement » l'exercice , lui procurèrent. Mais elle » fut à peine de retour en ville , que la » catalepsie reparut , sans être , comme » auparavant , précédée de l'affection «hystérique, mais avec d'autres singu- » larités remarquables. Elle commençait » toujours par tomber en faiblesse , et » quelquefois en syncope. Lorsque, dans » cet état, on s'avisait de la piquer pour

(■1) Juin et juillet.

» la faire revenir , Ou de liiî faîfe sentir

» quelque odeur puante , elle devenait » cataleptique, mais, pour l'ordinaire, de » la moitié du corps seulement. On l'a )) vue aussi tomber d'elle-même dans ■» cette demi-catalepsie, qui était plus ou «moins parfaite. Enfin, ce mal, qui » change de face comme un prolée , prit » une nouvelle face bien plus dangereuse » que les précédentes ; je parle de l'apo- » plexie. Le premier accès dura trois » jours entiers avec des convulsions si )) violentes de la mâchoire inférieure, » qu'on ne voyait point les dents de cette » mâchoire, et que par conséquent on ne )) pouvait rien lui faire avaler. Elle n'a » eu depuis le mois d'août que deux lé- » gères attaques de celte apoplexie cata- » leptiqne. "

M. Yan Swieten rapporte l'histoire d'une catalepsie périodique bien singulière, tirée de la bibliothèque de Vienne: Lanibec, dit-il, ayant accompagné l'empereur Léopold à Inspruck, vit dans un village une fille de vingt-cinq ans , qui, depuis quelques années, éprouvait un état bien singulier, et qui était continu les vendredi et samedi , mais qui , les autres jours , revenait alternativement, et seulement par intervalles. Elle n'avait aucun sentiment dans tout le corps; elle avait toujours les yeux ouverts, avec un très- léger mouvement convulsif , et elle restait constamment dans la même situation comme une statue, absolument insensible aux piqûres. Si on lui élevait les bras en l'air, ils ne retombaient point, mais restaient fermes dans la même position. M. Van Swieten ajoute : dans ce cas , les yeux étaient ouverts, et cela arrive presque toujours ainsi. J'ai cependant observé , pendant plusieurs accès, une femme, dans la flïur de l'âge, dont les yeux étaient fermés ; si j'écartais les paupières, elles se refermaient bientôt, quoique tous les autres membres restassent dans l'état dans lequel je jugeais à propos de les mettre (IJ.

§ 7. De toutes les histoires de catalepsie, une des mieux circonstanciées, des plus exactes, des mieux faites , c'est celle que feu M. de Sauvages a communiquc'e à l'académie royale des sciences (2) ; elle présente en même temps des faits intéressants pour l'histoire du somnambulisme, qui sera l'objet d'un des

(2) Année 1742, p. 409.

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chapitres suivants , et je crois la devoir donner ici tout entière. — On a différentes histoires de cataleptiques et de somnambules ; mais, ayant observé dans une même personne iout ce qu'il y a de plus étonnant dans l'une et l'autre de ces maladies, j'ai cru devoir en constater la vérité , et en donner un détail circonstancié. M. V., fille âgée de vingt ans, était en service dans une maison de Montpellier en 1737 ; elle était fort pâle, et avait toujours froid aux extrémités; son caractère était d'être timide, et sensible à la moindre injure. Ce fut à l'occasion de quelque chagrin que , vers le mois de janvier de celle môme année, elle eut quelques attaques de catalepsie, qui, ayant augmenté , l'obligèrent à se rendre à l'hôpital général au commencement de mars. Là, ces attaques la tourmentèrent pendant tout ce mois, revenant au commencement et plus souvent, et d'une façon plus réglée que vers la fin; leur durée variait depuis un demi-quart d'heure jusqu'à trois ou quatre heures entières. Les mois d'avril el de mai suivants , celte maladie fut compliquée d'une autre maladie singulière , pareille à celle des somnambules, laquelle ayant donné du relâche pendant quelques mois, a reparu presque tous les hivers, depuis 1737 jusqu'en 1745 , avec quelques différences que nous détaillerons dans la suite. Quand celte fille se fut rendue à l'hôpital , oii elle demeura une année entière, je ne manquai pas d'y faire mes visites aux heures où ses attaques la prenaient le plus souvent. J'observai qu'elle avait le pouls naturellement fort petit, et si lent, qu'il baltait à peine cinquante fois par minute; son sang était si gluant, qu'il ne coulait que goutte à goutte par l'ouverture de la veine lorsqu'on la saignait (1). Les purgatifs les plus forts ne la vidaient que peu , et fort tard. Cette fille était dégoûtée, et fort triste de ce que cette incommodité l'empêchait de servir en ville. Elle était d'ailleurs réglée pour le temps, mais très-peu pour la quantité. Elle ne pressentait ses attaques que par une chaleur au fi ont et une pesanteur considérable à la têle, dont

(1) Sans manquer à la mémoire d'un homme justement célèbre, que j'aimais tendrement, et dont je conserverai toujours le souvenir le plus cher, ne pourrait-on pas demander pourquoi on la saignait?

elle se sentait soulagée à la fin de son sommeil cataleptique.

Dans ces attaques, 1° elle se trouvait prise tout-à-coup, tantôt dans son lit, tantôt montant les degrés ou faisant autre chose. Si cela lui arrivait au lit, on ne pouvait s'en apercevoir qu'en ce qu'elle ne répondait plus, et que sa respiration semblait entièrement abolie ; le pouls devenait plus lent et plus petit qu'auparavant. 2° Elle conservait la même attitude qu'elle avait à l'instant de l'attaque : si elle était debout, elle y restait ; si elle montait les degrés, elle avait une jambe élevée pour monter, et durant tout le temps de la catalepsie, elle conservait celte même altitude. 3° Si, dans cetélat, quelqu'un élevait un de ses bras, fléchissait sa tête, la mettait debout sur un pied, les bras tendus, ou en quelque autre posture, pourvu qu'on eut mis le corps en équilibre, elle conservailparfaitement jusqu'à la fin la dernière attitude qu'on lui avait donnée. 4° Quand , l'ayant mise debout sur les pieds, on venait à la pousser, elle ne marchait pas, comme Fernel le rapporte d'un cataleptique; elle glissait, comme si l'on eut poussé une statue. 6° Elle n'avait aucun mouvement, ni volontaire, ni naturel, qui fût sensible, pas même celui que l'on fait en dormant pour avaler la salive : le seul mouvement du cœur et des artères se faisait sentir ; encore était-ce bien faiblement. C» Comme c'est par les gestes ou par la voix des personnes qui se plaignent qu'on peut juger si elles ont quelque douleur ou autre sensation, cette fille, qui n'avait aucun mouvement , ne donnait non plus aucun signe de sentiment:

les cris, les piqûres, les chatouillements à la plante des pieds, de§ bougies portées sous ses yeux ouverts , rien n'était capable de lui faire donner des marques de sensation. 7° Enfin, elle se tirait d'ellemême de cet état sans aucun secours, et aucun remède n'en abrégeait la durée.

Les bâillements et les allongements des bras marquaient son réveil, et alors elle n'avait aucune idée de ce qui lui était arrivé, si ce n'est que les piqûres et les situations gênantes lui causaient des douleurs et des lassitudes.

J'ai insisté sur le détail de ces premières attaques parce que les auteurs ne les décrivent pas ordinairement avec assez d'exactitude, et que d'ailleurs elles forment une catalepsie des plus complètes, soit pour la profondeur du sommeil, soit pour la flexibilité dp? ijiemhrçs et pour

ET DE lEUBS MALADIES.

leur constance à conserver les attitudes.

— Jusqu'ici celle fille nous fait voir une maladie qui, quoique rare, n'est pas sans exemple; mais en voici une autre fort singulière qui s'y est jointe. Dans les mois d'avril et de mai de la même année 1737, elle eut plus de cinquante attaques d'une autre maladie, dans lesquelles on distinguait trois temps. Le commencement et la fin étaient des catalepsies parfaites et telles que nous les avons vues ci-devant, et l'intervalle, qui durait quelquefois un jour entier, ou du matin au soir, était rempli par la maladie que les filles de la maison appelaient l'rtcc/f?e«i vif, donnant le nom A'accident mort à la catalepsie.

— On va voir des phénomènes que j'aurais cru simulés, si je ne m'étais assuré de la réalité par mille épreuves ; les occasions s'en présentaient souvent ; et pour se convaincre de la vérité, il n'en coûtait que de légères douleurs à la malade, qu'elle ressentait dès qu'elle était revenue de ces accidents. M. Lazerme, que j'avais prié de m'aider de ses conseils pour le traitement, et quantité de curieux ont été témoins de ce que je vais rapporter. Ce que je dirai d'une attaque doit s'entendre, à quelques circonstances près, de toutes les autres.

I.e 6 avril 1 737, visitant l'hôpital à dix heures du matin, je trouvai la malade au lit, la faiblesse et le mal de tête l'y retenaient; l'attaque de catalepsie venait de la prendre, et la quitta en cinq ou six minutes; ce que l'on connut parce qu'elle bâilla, se leva sur son séant et se disposa à la scène suivante, que les filles de ce quartier avaient déjà observée plusieurs fois. Elle se mit à parler avec une vivacité et un esprit qu'on ne lui voyait jamais hors de cet état. Elle changeait quelquefois de propos et semblait parler à I plusieurs de ses amies qui s'assemblaient autour de son lit. Ce qu'elle disait avait quelque suite avec ce qu'elle avait dit dans son attaque du jour précédent, où ayant rapporté, mot pour mot, une instruction en forme de catéchisme, qu'elle avait entendue la veille, elle en fit des applications morales et malicieuses à des personnes de la maison qu'elle avait soin de désigner sous des noms inventés, accompagnant le tout de gestes et de mouvements des yeux qu'elle avait ouverts ; enfin avec toutes les circonstances des actions faites dans la veille, et cependant elle était fort endormie. C'était un fait déjà bien avéré, et personne n'en doutait plus, mais prévoyant que je n'oserais ja-

mais l'assurer à moins que je n'eusse fait mes épreuves en forme, je les fis sur tous les organes des sens, à mesure qu'elle débitait tous ses propos.

En premier lieu , comme celte fille avait les yeux ouverts, je crus que la feinte, s'il y en avait, ne pourrait tenir conlre un coup de la main appliquée brusquement au visage ; mais cette expérience réitérée ne lui fit pas faire la moindre grimace, et elle n'interrompit point le fil de son discours. Je cherchai un autre expédient, ce fut de porter rapidement le doigt contre l'œil et d'en approcher une bougie allumée assez près pour brûler les sourcils des paupières, mais elle ne clignota seulement point. — En second lieu, une personne cachée poussa tout-à-coup un grand cri très-près de son oreille, et fit du bruit avec une pierre portée contre le chevet de son lit; cette fille, en tout autre temps, aurait tremblé de frayeur, mais alors cela ne produisit rieu. En troisième lieu, je mis dans SCS yeux et dans sa bouche de l'eau-devie, de l'esprit de sel ammoniac ; j'appliquai sur la cornée même, d'abord la barbe d'une plume, ensuite le bout du doigt, mais sans aucun succès. Le tabac d'Espagne soufflé dans le nez, les piqûres d'épingle, les contorsions des doigts faisaient sur elle le même effet que sur une machine; elle ne donnait jamais la moindre marque de sentiment.

Pendant ces entrefaites, comme elle parlait d'un ton plus animé et plus gai, on nous annonça que la scène se terminerait bientôt par des chansons et des sauts, comme c'était son usage. En eiîet, peu de temps après, elle chanta, fit des éclats de rire et des efforts pour se tirer du lit, ce qu'elle fit en sautant et en poussant des cris de joie. Je m^attendais à la voir heurter contre les lits voisins, mais elle enfila sa ruelle et tourna à propos, évitant les chaises, les cabinets; et ayant fait un tour dans la salle, elle enfila de nouveau sa ruelle sans tâtonner, se mit au lit, se couvrit, et peu de temps après elle fut cataleptique. Dans moins d'un quart- d'heure que la catalepsie eut duré, cette fille revint comme d'un profond sommeil, et connaissant à l'air des assistants qu'elle avait eu ses accidents, elle fut extrêmement confuse, et pleura le reste de la journée, ne sachant d'ailleurs rien de ce qu'elle avait fait en cet état. — Vers la fin de mai de la même année , tous ces accidents disparurent, et il n'y avait guère d'apparence que les remèdes

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