‹ Œuvres de TissotChapitre 108 sur 160 · ARTICLE II. — DE LA CAUSE DE LA MIGRAINE · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DE LA CAUSE DE LA MIGRAINE

§ 4. C. Pison l'attribuait, comme toutes les maladies dont il traite, au dépôt d'une sérosité acre; et Willis, à un vice des esprils animaux. I/opinion de Pison, qui était aussi celle de Wepfer et de plusieurs autres médecins , ne peut pas se soutenir, et celle de Willis n'est pas constamment vraie. Nicolas Pison paraît avoir vu la cause de celle maladie plus complètement que son fils, sans doute parce qu'il n'avait point de système. Il dit bien que quelquefois elle dépend d'une sérosité acre , mais le plus souvent du consensus avec l'estomac et les autres viscères du bas-vcnire ; et il a remarqué le premier, si je ne me trompe, que, chez les femmes (]ui allaitaient, elle dépend du consensus avec les seins , où quelquefois le lait s'amasse ou s'altère (i). Gomme c'est de la connaissance de la cause que l'on peut espérer de tirer des règles pour la guérison, il est important de la bien déterminer.

Les raisons qui prouvent que l'estomac est la cause première des mif;raines , et que cette maladie est presque toujours sympathiijue , sont: 1° les observations constantes des personnes qui ont la migraine , et des médecins qui les observent Tous les malades remarquent que leur estomac est moins bien aux approches de la mii;raine ; que, s'ils le ménagent, les migraines sont plus rares ; que, s'ils prennent quelque cliose qui le dérange, elles sont plus fortes et plus fréquentes. Les médecins qui suivent attentivement l'histoire de la maladie vérifient la même cliose tous les jours , et l'ont toujours remarquée. On doit croire que Cœlius Aurelianus avait déjà vu qu'elle venait de l'estomac, puisque, dans le traitemeni , il fait quelquefois vomir ; et

Alexandre de ïralles est positif : s'il admet une migraine locale, il désigne plus particulièrement celle qui dépend du consensus de l'estomac. — 2" Les personnes sujettes à la migraine et à des dérangements d'estomac sentent la migraine se dissiper a mesure que l'estomac se rétablit. Feu M. Haller, qui avait dans sa jeunesse l'estomac mauvais, etqui éprouvait des migraines fréquentes, ayant renoncé à l'usage du vin , sentit son estomac se rétablir, et perdit les migraines. J'ai parlé plus haut d'un malade qui les perdit en soupant. — 3" Les causes qui augmentent les autres maux de tête n'influent pointaussi souvent sur les migraines; mais tout ce qui dérange l'estomac les produit. — i" Ce n'est presque que les stomachiques qui guérissent les migraines. — 5° Presque toujours, au moment oii l'estomac s'est débarrassé , les douleurs finissent, et l'on a vu des malades prévenir les attaques des migraines par de légers cméliques ou par des purg.itifs répétés de temps en temps.

Blanchi parle d'un homme qui , toutes les fois qu'il se fâchait, éprouvait une violente migraine, que des vomissements bilieux terminaient au bout de quelques heures. Bordli a aussi vu un homme atta(|ué d'une forte et opiniâtre migraine, qui cessait au moment même oîi il avait rendu des matières fort âcres. Et M Van Swieten a vu plusieurs malades sujets à de fortes migraines périodiques , que des vomissements bilieux terminaient sur-le-champ, et que l'on peut prévenir en donnant des laxatifs avant que les matières soient amassées ; et Rivière avait déjà remarqué que les migraines qui accompagnaient lesaccèsd'une fièvre tierce finissaient après avoir donné un émétique qui, sans emporter la (ièvre, avait considérablement évacué l'estomac (Ij.

Après toutes ces observations , on ne peut plus dou er que la plus grande partie des migraines ne soient la suite d'une cause irritante dans l'e.'tomac, qui agit sur les rameaux des nerfs qui se distribuent à la partie antérieure et latérale de la tête, et qui paraît principalement agir sur toutes les ramifications du rameau supra-orbitaire de la cinquième paire ; et M. Van Swiélcn avait connu un homme dont la migraine commençait toujours par le tronc de ce rameau, dans l'endroit

(1) De morb.cognosc. et curancl,, \ib. i, cap. vin, p. 52.

(1) Rahn, Mirum inter caput et viscera eommercium, § 4.

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