D DÈS
où il sortait du trou sus-orbitaive, et de là la douleur se ré|iandait sur loutes les ramificalions (i). J'ai eu un ami, assez "bon ariatomisie, qui éprouvait la même chnse drtiis des accès de migraine Irèsforts, mais très-rares ; il m'assurait qu'il aiirait pu dessiner le nerf d'après su douleur : mais il lui trouvait bien pins de ramificalions que rou n'en démontre ordinairement. M. Monro avait très-bien vu que tons les rameaux de ce nerf sont le siège de la migraine; car, dit-il , le front souffre, l'œil éprouve aussi de vives douleurs et est comme serré, les paupières sont fermées convulsivement, Us larmes coulent , et on sent une chaleur inquiétante dans les narines (2). — Il est donc vraisemblable qu'il se forme peu à peu un foyer d'irrit ilion dans l'estomac, et que, quand il est parvenu à un certain point, l'irritation est assez l'orle pour donner de vives douleurs à loutts les ramifications du nerf sus-obitaire. Ce phénomène d'une partie qui souffre pour une autre est fort étonnant sans donle ; mais il rentre dans la classe des phénomènes sympathiques que j'ai cherché à expliquer plus haut. On a vu des malades à qui des douleurs occasionnaient , en irritant dilTérents nerfs, des dérangements dans la vue , des surdités , des éruptions cutanées , des douleurs dans toute la peau, des oppressions, des toux, etc. , sans que l'estomac parût souffrir. Les mit;raines sont une maladie du même genre; elles diffèrent par les symptômes, mais non point par la cause première. Tous les symptômes d'extrême sensibilité à toutes les impressions, ceux de convulsibililé, les convulsions mêmes, les vomissements, l'engourdissement, la perte de mémoire , qui accompagnent un violent accès , ou sont la suite d'accès souvent répétés , s'expliquent très-aisément par cette loi, que l'irritation d'un nerf se communique aisément à tous les autres , et surtout à ceux avec lesquels il a des connexions plus particulières, et qne les nerfs souvent irrités s'affaiblissent. Si, par une .suite des lois du consensus , l'état de l'estomac fait souffrir tous les rameaux du sus-orbilaire , l'extrême irritation de ce nerf peut, par une suite de ces mêmes lois, déterminer le vomissemi nt; et ce vomissement devient le remède qui , par un cercle admirable, naît du mal même;
■^4) i. il, p. 534.
(2j Coopmans, p. 104.
la violence de la douleur fait finir sa cause.
Si l'on fait attention à toutes les circonst mces qui peuvent apporter les différences dans la premièie formation de la Ciiuse, à celles qui peuvent en relarder ou en bâter les effets, à celles qui peuvent influer sur l'aptitude des nerfs à être plus ou moins affectés, on se rendra raison de la variété des symplômt'S que présentent les différentes migraines.
Toutes les causes qui hâteront le dérangement de l'eslomac, ou celles qui le retarderont; toutes celles qui rendront les nerfs plus délie. ils, ou qui les maintiendront dans un état de force, rendront les attaques plus fréquentes ou plus rares, plus fortes ou plus faihles ; et l'on comprend par là comment les alimenis, les boissons , le mouvement , l'inaction , le trop de sommeil, les passions, surtout la colère et le chagrin , les évacuations, les variations des saisons, auront nécessairement des influences marquées, à moins que ce ne soit sur des tempéraments si forls , que peu de causes accidentelles peuvent agir sur eux. Les changements qui arrivent chez les femmes, et dans les fonctions de l'estomac , et dans celles du genre nerveux, à l'époque des règles, rendent très-naturels les retours de migraine à celte époque; et il n'est point surprenant que les hémorrhoïdes aient aussi beaucoup d'influence sur cette maladie, et que quelques hommes aient la migraine avant les hémorrhoïdes, comme les femmes avant les règles, ou quand elles sont supprimées; ce qui nous conduit à remarquer qu'elle peut aussi quelquefois dépendre d'une autre cause que le dérangement de l'estomac.
Il y a même des médecins qui nient qu'elle en dépende jamais; et celte opinion , quoique erronée, doit cependant être connue. — M. Forclyce ne la croit point sympathique, ni produite par un vice des premières voies (!}; mais il la regarde comme idiopalhique , p^irce, ditil, que l'on a souvent la migraine sans
(1) M. de Sauvages, dans la Théorie générale des maux de tête, établit aussi qu'elle n'esl point sympathique, et paraît nier toute sympalliie, en disant qu'une cause n'agit jamais où elle n'est pas ; mais dans les détails, il admet la céphalalgie stomachique, et dans d'autres sections, une multitude de maladies sympa-, tbiques.
ET DE LEURS MALADIES
aucun sym]itôme de dérangement d'csîomac ; mais c'est un des car.n téres des maladies sy mpathiq^ics de ne se f,iii-e souvent jioint apercevoir dans leur premier foysr, et, si elle est iiuelqnefuis épiiléiiiique, c'estquand elle est symptôme d une fièvre d'aeeè-i, comme celle que j'éprouvai moi-même , et comme celle qu'observa M. Schobell, qui revemiit très-périodiquement à la même heuie, de deux nuits l'une, et qui se termina par des sueurs,
M. Schobelt, qui a aussi donné un petit ouvrage sur cette maladie, l'envisage comme une douleur de rhumatisme (l) ; mais, en comparant attentivement Thistoire de la migraine et celle du rhumatisme, il me parait qu'il est difficile d'adopter cette idée. 11 est vrai que quelquefois l'humeur de rhumatisme peut se porter sur cette partie comme sur toute autre; je l'ai vu moi-même, et, dans ce cas , on peut appeler cette douleur migraine ; mais je crois que tous les médecins qui l'auront observée, auront vu comme moi que, quoiqu'elle occupe la même place que la micr.iiiie , elle a des symptômes fort différents ; et l'on ne peut pas regarder comme vraie migraine celle de cette femme qui était sujette depuis lonfj-temps à des douleurs arthritiques vagues, chez qui elles se fixèrent sur la moitié droite de la tête , oii elles restèrent plusieurs mois , et qu'elles quittèrent une nuit, parce qu'étant en sueur elle sentit un air froid , pour se porter sur l'œil , dont elle n'y vit plus rien le niMtiii (2). Il me paraît q l'appeler cette maladie une migraine, c'est réellement un abus de mots, tout comme si l'on appelait pleurésie la douleur que cette même humeur , portée sur le deltoïde ou le grand pectoral , pourrait y produire :
c'est une douleur dans la même place, mais ce n'est pas la même malailie. On trouve dans IVlanset une migraine de celle espèce (3j. Une femme, dit-il , se
(1) n Ilcmicrania est illa rhumalismi t specics singularis , qua unum capiiis B laïus lanium af'fllgiiur cruciaiibus. » C.-ll. Schobell, Tractalio de hemicrania, Berlin, 1776, in-12. Partout il l'envisage comme rlmniaiisme, et le traite comme tel. Il n'y a que très-peu d'observations dans son ouvr.Tge.
(2j De liemicraniii, p. 29.
(3) Hemicrania a sera proditcta. S'epukhr., t. 1, p. 16.
plaignait d'une migriine du côté droit; la saitrnée, et ensuite dt-s pilulrs ci'phiiliques, ne lui firent aucun bien; elle dis.iit qu'elle éju'ouvait un vertige à chaque mouvement de tête, et qu'elle sentait comme une vessie pleine d'eau. Oïl lui appliqua des vésicatoires derrière les oreilles, eton lui mit des tentes, tre npées dans un esprit volatil, dans les narines; il se fit un écoulement pi odii^ieux de matières séreuses, et elle fut pruérie On voit là cv demmerit une simple douleur de rhumatisme. C'est encore peut-être à une douleur de rhumatisme mâle qu'il faut attribuer une misraine dont parlé Fabrice de liiiden, qui dura onze ans, devenant toujours plus forte et plus rapprochée d.ius sesaccè*, et se portant sur toutes les parties d'un seul côté de la tête, la joue, li lèvre , le menton, l'œil, l'oreille , le muscle temponil , sans fièvre, sans dérani^ement d'estomac, et qui ^é^isla à Ions les remèdes, et ne céda qu'à un sétoii (t). Mais je passe à une cause plus vraie de la migraine, c'est la pli.thorc qui ccrlaiiiement la produit .quelqueloii.
Ou a vu plus haut qu'elle avait été radicalement guérie par une arlériotomie spontanée, qui ne pouvait reméilier qu'à un état de pléthore. J'ai vu un jeune homme qui en eut plusieurs attaques depuis douze ans jusqu à seize; a cette époque , il prit de fréquents saignements de m z, et la migraine disparut. A dixneuf ans, les saignements cessèrent, et les migraines revinrent; mais, au bout de six mois, les saignements ayant re()aru, les migraines finirent. Quel<|ues années afirès, les hémo'rhiig es se ralentissaient beaucoup, sans que les migraines revinssent. Depuis lors , je l'ai perdu de vue. J'ai vu d'autres personni s que des saignées faites pour d'autres circonslance.s préservaient de la nii;,'raiiie pendant un certain temps. Fab. de Uildiui parie d'un homme que la vi;ilence de la douleur l'obligea de l'aire saigner dans le pai oxysme, qui non-seulement fut d'abord souhigé, mais qui se trouva beaucou|> mieux dans la suite. Plusieurs autres observations semblables ne permcltent pas de douter que la pléthore ne puisse quelquefois occasionner cette maladie , cl il sera toujours aisé de s'en assurer par le tempérament du malade, par l'état de son estomac, par celui de son pouls, par l'exa-
(1) Cènt., obs, G.
nien des causes qui dtîlerminent l'accès ou qui le souliiijent. — Lh misr.niie peut- «'lle enciire être l'effet, comme Pisoii et d'autres l'onl pfnse, d'une sérosité Acre, qui se | orle sur celte p;irtit ? peut elle être nue luiilailie calarrliale? C'est ce qui me paraît Irès-do ileux. On voit bien, il est vi ai , quelques maladies de celle espète assez péiioitifiues, assez régulières, et j'en ai cité des exeuiples plus haut. Une humeur àc;re de Iranspiration arrêtée se jelti- souvent avec assi z <le régularité sur telle ou telle purtie ; on voit drs fluxions sur les yeux , le nez , les oreilles, les dents, la fjorge, la poitrine, qui ont leur temps, leur durée ; mais je n'en ai jamais vu qui eussent cette exacte régularité , cette parfaite uniformité, celte durée toujours constante qui caractérise la migraine, et surtout jam^iis celle espèce de doLileur qui n'appartient qu'à la migraine ; jamais celle attaque aussi prompte , cette durée quel(|ut fois si courte , celle terminaison aussi subite. Ce n'est jamais par des vomissements qu'elles se terminent, et leur terminaison est toujours longue, tédieuse, les réciilives plus faciles ; en un niot, l'examen attentif des maladies calarrhales et de la migraine ne permet point de les regarder comme de la même classe. — H y a aussi quelques causes qui peuvent occasionner des douleurs très-forles, quelquefois très-opiniâtres et presque continues, d'autres lois périodiques dans les mêmes parties qui sont le siège de la migraine, et j'en parlerai à la tin de ce chapitre; mais ceux qui les ont observées altenlivemenl savent conib.en peu elles ressemblent à la vériuhle migraine, et combien on se tromperait en les regardant comme telles. Ce n'est non plus la migraine, que les violentes douleurs qu'un érysipèl un luronele , un anthrax , un abcès à la cuisse occasionneraient dans cette partie, ne sont une sciatique : c'est une douleur d'un côté de la tête , et rien de plus.
§. Quelles sont les causes éloignées de la migraine ? Il paraît que ce sont le plus ordiiiiiirement toutes celles qui peuvent aff.iiblir Teslomac ; ainsi , quand on n'a pas celte mauvaise disposition dès l'enfance, elle peut être la suite : l" des erreurs de régime dans l'enfance, surtout du trop d'aliments, et d'aliments trop Jiourrissants ; 2» des excès dans le manger dans un âge plus avancé, et de ceux dans le boire; 3° des travaux de l'esprit trop soutenus; 4° des veilles: 5" des
passions, surtout du chagria (I); 6»
quelquefois même de l'air. Il y en a dans lesquels on a beaucoup moins d'appétit, et dans lesquels les diges ions sont pénibles ; et, souvent dans ces cas là , des personnes qui ne connaissaient point ou presque point la migraine, en éprouvent de très fréquentes On pourrait ajouter 7° quelques évacuations habituelles , ou même quelque éruption supprimée; \Vi>pl'er fui consulté pour une reliaieuse qui ne fut attaquée de la migraine qu'à quarante-huit ans, et qui, depuis la première attaque, ne revit plusses règles (2). — On voit, par tout ce que je viens de dire , q'ie la migraine proprement dite est quelquefois, mais rarement, une maladie plélhorifjue ; peul-èlre , mais plus rarement encore, une maladie calarriiaie et rhumatismale, et que prescpie toujours elle a sa cause dans l'estomac. Je déviais actuellement m'occuper du traitement, si elle n'offrait pas encore un caractère essentiel f|ue j'ai déjà indiqué, mais dont je n'ai pas fait entrer le développement dans son histoire , parce qu'il m a paru niériler un article à part; c'est que la migraine est une de ces maladies critiques qu'il ne faut point chercher à dissiper trop légèrement , puisqu'alors il en résulte quelquefois des maux plus dangereux.