‹ Œuvres de TissotChapitre 110 sur 160 · ARTICLE III. — DES METASTASES DE 1.\ MIGRAINE · texte numérisé non relu

ARTICLE III. — DES METASTASES DE 1.\ MIGRAINE

§. Plusieurs observations ont prouvé que les dérangements de la migraine sont presque aussi dangereux q'ie ceux de la goutte, et qu'ils sont ordinairement suivisd'accidents plus ou moins fàclieux. J'ai vu un homme âgé de quarante et qucliiU(S années, qui , ayant été sujet aux migraines depuis long-temps, et les ayiinl perdues sans aucune cause apparente, tomba dans une diarrhée qui l'affaiblissait considérablement : son estomac était dérangé, sa santé mauvaise , et tout ce qu'on lui avait ordonné ne lui avait fait aucun bien. Un long usage de Ihériaque des pauvres, ordonné par un habile médecin , rapjiela les migraines, mais moins régulières et moins fortes ; la diarrhée cessa, et les digestions se réla-

(1) < Ansam malo prœbuerant inde- > fessa studia, luciibrationes et conipola- » tiones. » Wepfer, p. 129.

(2) Obs. 49, p. 133.

£T SE LEURS MALADIES

blirent un peu; mais l'estomac n'a jamais repris foutes ses forces, et le malade est re-té sujetà dos indigestions de temps en temps. J'ai été consulté par une dame de Lyon, âgée d'environ cinquante ans, qui, ayant eu pendant plusieurs années des migmines régulières, les avait perdues, et était sujette depuis ce moment à un véritable asthme convulsif , dont les accès élaierit très-forls, l't dont je parlerai en traitant de celte maladie; et je viens de revoir une autre femme qui était venue, il y a netif iin<, me consulter pour différents maus qui l'avaient attaquée après une fièvre violente, qu'elle avait eue un an auparavant , et depuis laquelle des migraines, auxquelles elle était fort sujette auparavant , n'étaient point revenues, non plus que les règles. Après trois mois tie traitement, les règles reparurent, les migraines ne revinrent que quelques semaines ensuite, et ce ne fut qu'alors que sa santé se remit : au bout de six mois, elle m'écrivit qu'elle était très bien. Cet état a duré quelques années ; différentes circonstances ont dès lors occasionné de nouveaux maux , quoique la migraine subsiste très-forte tous les mois avant les règles, et souvent dans d'autres temps ; et ce sont ces nouveaux dérangements de sa santé qui l'ont ramenée. Viridet nous a conservé l'observation d'une femme sujette à la migraine, qui , ayant cessé de l'avoir, ne voyait plus dès ce moment que les bords des objets; leur cenirc était perdu pour elle, quoique l'œil restât très-beau (l ) ; et \'alescus de ïaranta avait déjà vu la cécité suivre la migraine (2). J'ai vu un homme, âgé d'environ quarante ans , sujet pendant long-temps à de violentes migraines, qui, depuis qu'il ne les avait plus, était sujet à des altui|ues de douleurs Irès-vioientes, qui lui occasionnaient le sentiment d'une ceinture extrêmement serrée tout autour de la poitrine, et lui gênaient excessivement la respiration ; et un jeune homme de la même ville, sujet dès son enfance à le migraine , et ne l'ayant plus depuis qiiel(]ues années, touiba dans une hypochoiidrie nerveuse , accompagnée d'une inquiétude excessive. Je lui conseillai un traitement doux , mais long; il le quitta au bout de cinq jours , suivit d'autres

(1) Traité du bon chyle, t. i, p. 53. II paraît que c'était une goutte sereine centrale.

(2) Philomiiim.

directions, et j'appris au bout de quelques mois que la maladie avait singulièrement affecté la tête.

J'ai déjà parlé, en donnant l'histoire de la maladie, d'un homme qui , à mesure que les migraines diminuaient, éprouvait des mouvements convu'sifs dans le visage, et des attaques'd'étouffement spasmodique. M. Scliobelt (l) vit une malade qui , ayant dissipé une migraine par beaucoup rl'applicalions réjFercussives , éprouva un singulier accident ; c'était une douleur continuelle de l'épaule et de la clavicule du même côté, avec un lournement continuel de l'humérus, et un bruit comme de bâtons cassés. — Quelquefois , les dérangements de la migraine ont des suites encore plus fâcheuses ; Wepfer, Schebbeare (2) et d'autres en ont vu résulter la paralysie ; et je suis persuadé qu'il n'y a point de médecin attentif qui n'ait eu des occasions de se convaincre par lui-même de celte vérité, qui n'avait pas échajjpéaux anciens observateurs. Aretée avait déjà vu qu'elle pouvait avoir des suites fâcheuses : ce n'est point une maladie légère, dit-il, quoi(|u'elle ait des intermittences , et que d'abord elle ne paraisse pas forte. Si elle a attaqué lout-à-coup violemment, elle peut avoir des suites atroces : les nerfs font dins un état de spasme, le visage se lord, les yeux se raidissent, quelquefois les convulsions peuvent gagner les organes intérieurs (3). Il va même jusqu'à dire que la mort peut en résulter; mais, sans do ite. les cas où il l'a vu étaient de ces migraines qui dépendent de quelque lésion organique de la tête , et l'erreur ét iit facile dans un temps oii l'on cherchait si peu dans les cadavres les causes de la mort. Il est inutile d'accumuler un plus grand nombre de faits pour pro"aver les dangers de la migraine troublée dans sa marche. Avant que de chercher à les expliquer, j'ajouterai que, sans se déranger, la migraine

(1) 'N'^oici ses propres termes : « Cedit » tandem liemicraniu , sed materla re- » puisa liumerum et claviculam ejusdeni » laleris, sinistri, diro modo infestât. Hae » euim partes in perpeluis gyris agitan- > tur , sonitum eclunt instar fractorum ï baculorum, absque uUa remissione do- » lorum. » p. 02.

(2) Practice of physick., t. IJ, p. 121. Wepfer, De m. c, obs. 165, p. 798.

(3) De morb. chronic., cap. ii.

DÉS Ï^TERFS

peut quelquefois avoir des suites fâcheuses par sa violence ou pur sa fi'éi|uencc. — On a (léj.i vu plus li.iul qu'elle pouvait séparer les sutures; ou vo l très souvent une ecchymose tri's forle couvrir toutes les p^u'ties qui oui soufFi'i t. J'ai vu plusieurs fois.quc la vue s'ufl'iil)liss;iit sensiblement, et j'ai été consulté par une personne qui l'avait eiitièremenl perdue On trouve aussi, dans les observations d'un médecin allemand du commencement de ce siècle, l'Insloire d'une miarraine si violente, rpi'elle fit perdre l'œil du même côté, et enfin y produisit uu si Rrand épuncbemenl. de sauîj. (]u'il creva (ij. La diminution de la mémoire en est aussi une suite, et, en p^énéral , la migraine, étant un spasme violent et douloureux, peut entraîner louies les suites de la douleur et du spnsme. M. Fordyce a vu le muscle cr.'tapliile, qui est presque toujours le principal siège de la douleur, m^iigrir; et cela est très-naturel Quelquefois le spasme s'étendant à d'autres parties, toutes [leuvent tomber dans des accidents convulsifs. M. de Haen ("2) a vu un lioiunie de cinquante ans (|ui , après la migraine, tomba dans d'Iiorribles convulsions du visage, qui l'attaquaient vingt ou trente fois par jour; et sa mémoire s'affaiblit à un tel point que, quoiqu'il reconnût tous ceux qui l'apiirochaient , et toutes les choses qu'il voyait, il ne pouvait les nommer : il balbutiait tout ce qu'il voulait dire; et si on lui demandait quelque chose en français ou eu italien, il ne pouvait, contre si coutume, répondre qu'en allemand. La malade de Willis , dont j'ai parlé plus haut, qui était sujeile à la miijraine dès son enfance, l'ayant négligée, devint sujette-à différents accidents paralytiques et convulsifs (3j ; et l'une des suites les plus ordinaires, quand les attaques deviennent trop fréquentes, c'est de détruire entièrement l'esto nac , d'ôter le sommeil.

(1) Ido Wolf, Obaerv. chir. med. 40.

Quediinburgi, 1705, lib. ii, obs. 1(3.

(2) Ral. mcdeml., p. 6, cap. vu, § 4. L'observaiion est incomplMe, en ce que M. de Haen ne donne point l'bisloire de la migraine, et ne m.irque point si les convulsions se joignirent à la migraine, ou lui succédèrent. On peut présager, de la lin de l'observation, que c'était une addition, et non une succession.

(3) De anim. bf'u't., part, li, cap, ii, p.

d'affaiblir, de rendre triste, de diminuer réellement les facuUés, de donner de l'humeur, en un mot, de rendre l'existence très - misérable. Wepfer vit une mainde (]ui, dès qu'elle eut la migraine, perdit une partie de l'ouïe, et en même temps pâlit (t maigrit singulièrement.

M lis peut-être qu'il faut regarder ces deux accidents, moms comme des suites de la misr iino, que comme des co-e£fets de la même c:iuse, le dérangement de l'estomac. Une autre perdit l'odor.it, et sa vue s'affaiblit considérabîenieRl (1) : ce qui paraît dépendre , plus sûrement que les accidents précédents , de la lésion locale des nerfs. Tous ces faits prouvent que le traitement de la migraine mérite plus d'attention qu'on ne lui en donne ordinairement : je m'en occuperai, après avoir cherché a expliquer pourquoi celle qui disparaît laisse quelquefois des suites si fâclieu.ses.

§. C)n comprend aisément comment une maladie cutanée répercutée, ou une évacuîition h ihitue'lesupiu-iinée, peuvent produire d'autres maladies, et déranger considérablement la santé; il n'est pas aussi aisé de saisir d'abord pourquoi il est si dangeieux de perdre une maladie qui n'est que douloureuse et qui, paraissant ne dépendre que d'une irritatioti sympathique, n'est pas dans le cas des douleurs humorales, telles que la goutte ou le rhumatisme ; peut-être même que jîlusieurs méde ins ont observé ces changements sans chercher à s'en renilre compte. Voici, je crois, ce que l'on peut dire de plus simple sur ce phénomène.

Ce n'est pas de perdre la douleur qui est un mal: ce serait au contraire un bien que de n'avoir plus la migraine, si l'on en détruisait la cause ; mais la migraine étant l'effet d'une cause malidive qui reste dans l'eslomac, si la douli ur de tête passe, c'est une pretive: ou que l'action sympathique de reslomac s'affaiblit; et quand celte action s'affaiblit av.nt que l'âge amène cet alTaiblissement , c'est une preuve de dérangement; ou que cette action porte sur (|uel([ue autre partie; et si celte partie est un nerf de quelque organe interne, les désordres qui en résultent sont bien plus fâcheux que la migraine. Ainsi c'est un vrai mallieur que de ne plus l'avoir; et comme les plu-* fortes sympathies actives de l'esloiiiae sont avec les nerfs qui se distribuent à la tête et

(1) Observ. 51 et 5i,

ET DE LEUÏIS MALADIES

avec ceux qui se distribuent à la poitrine, on comprend pourquoi il en résultera souvent des maladies graves de la tête ou de la poitrine, et surtout des asthmes et des of)|)ressions.

Une seconde remarque , c'est que ces vomissements, qui terminent souvent la misfrainesi com|ilèlement, et qui, quand ils manquent, laissent la santé moins ferme, doivent être reffardcs comme une espèce de crise qui, en secouant l'estomac et tons Its viscères, les dégorge, les débarrasse, leur rend toute la liberté des fonclious, qui est très -souvent un peu altérée parles mêmes causes q<ù produisent les retours de migraine (l). On a vu plus liant , dans plusieurs observations , que la tnigraine est souvent présagée par des symptômes maladifs qui prouvent que difl'érents viscè'Cs ont souffert : et en effet , on doit comprendre aisément que, puisqu'il y a dans l'estomac un dérangement qui peut opérer un effet aussi marqué que la mig -aine, il esl fort à présumer que différents autres nerfs (l'estomac tient à un si grand nombre ! ) peuvent aussi être dans un état de souffrance quelque temps à l'avance : ainsi c'est un grand bien quand l'eflfct maladif principal vient à produire sur l'esloniac une action qui opère une crise. Lors même qu'il ne survient pas de vomissement, la migraine peut être utile par !a diète à laquelle elle force, par l'augmentation dans l'action des vaisseaux, par les sueurs, par les crachats. Quind ces dégorgements n'ont pas lieu, les embarras subsistent, les fonctions de l'estomac et celles de tous les autres viscères languissent, et il en résulte quelquefois des obstructions que l'on attribue mal à propos au déplacement de l'humeur de la migraine.

Ainsi on peut dire que quand la migraine se dérange, c'est, ou parce que l'aclion sympathique de l'estomac se porte sur d'autres nerfs , ou parce qu'étant affaiblie , elle ne s'exerce plus d'une façon marquée sur aucun viscèrej mais tous les lierfs souffrent.

(1) Le malade dont j'ai parlé plus haut, qui a dissipé ses migraines en soupant, n'en esl pas plus heureux depuis lors : il a très-souvent des embarras de tète , quelquefois même assez forts pour être otfrayants, ot pour détruire presque eniitNrement ses Ibrces et ses facultés peuclant quelques heures. Il est très-vraisemblable que, s'il avait encore la migraine, Il n'éproùvérait paé ces ènibarras.

Une troisième observation , c'est qitë la misraine peut être dérangée, ou par des causes qui agissent sur des parties de la tête, qui en étaient le siège : c'est ainsi qu'on l'a vue se dissiper par une brûlure de celte partie , qui changea l'état des nerfs qui étaient afleclés dans l'accès; ou par des causes qui agissent sur l'estomac; ou par celles qui agissent sur la machine , comme cela arriva chez la dame qui la perdit après une fièvre ; ou enfin par celles qui, en agissant sur quelque organe particulier , y déterminent l'aclion sympathique de l'estomac. — Après les maladies aiguës, la migraine paraît quelquefois su- pendue pendant plusieurs mois; et si tout va bien d'ailleurs , il ne faut point s'en alarmer : ou elle reparaîtra quand les forces seront complètement revenues , ou il peut être arrivé quelques chanKcments heureux qui en ont détruit la cause : on en a vu des exemples , et , comme il arrive souvent qu'après une maladie aiguë bien conduite, l'eslomac acquiert des forces qu'il n'avait pas auparavant, on comprend que la cessation Je la migraine peut être la suite de ce changement. — Si la migraine cesse dans la vieillesse avec l'âge , c'est parce que les maux de nerfs diminuent volontiers à cet âge, que les sympathies sont moins fortes, qu'on observe plus de sobriété, qu'on donne plus d'attention au choix des aliments, qu'on se permet moins d'escès en tout genre : d'ailleurs elle ne cesse pas (0!ijours chez les vieillards, et quelquefois, si elle cesse, ils en sont incotiimodés, La migraine finit chez quelques personnes quand elles sont attaquées de la goutte : cette mal.idie délivre alors de la première. M. Junker regarde cette marché comme très - naturelle ; je ne l'ai cejicndant pas vue souvent.

§. Si la migraine est remplacée par d'autres maladies, il peut aussi arriver qu'elle les remplace, et Wepfer parle d'un homme qui dès son enfanec avait été i-ujet à des vertiges journaliersquelquefois trèsforts, et qui, en ayant été guéri à l'âge de trente-huit ans , fut presque immédiatement après attaqué de la migraine (1).

(1) De morb. capit. , obs. 48, p. 120'. Il se fit pour ce malade un changement eiilièremeni différent de celui qui esl arrivé chez celui dont j'ai parlé dans la note précédente; mais c'est un cliangeîment heureux que de perdre les vertiges, et d'avoir la migraine : c'est un mal qu%

DES NEKFS

— M. Junker, en établissant que le côté gauche est plus souvent affecté que le droit, ce que d'autres médecins ont aussi cru observer, ajoute que cela tient à la même raison qui fait que, dans les affections hystériques, c'est l.i partie gauclie du corps qui est le plus souvent malade (I).

DU TRAlïEMElNT.

§. Quand h migraine est une suite de la plctliorc, elle code aux moyens que l'on emploie pour diminuer la quaniilé du sang : l.i saignée est donc quelquefois nécessaire, et elle est autorisée par plusieurs observations. Paclieq se guérit d'une migraine de quinze ans en se faisant saigner largement deux fois par m^iis du même côté oîi la nature lui taisait sortir tous les mois assez de sang par une Lémorrhagie de la lèvre (2j. Turnera vu plusieurs malaJes attaqués de violentes migraines guéris par la saignée de l'artère temporale, et la malade dont j'ai parlé plus haut, qui fut guérie par une hémorrhagie spontanée de celte même artère, aurait sûrement été saignée avec avantage. Mais quand il y a pléthore, ce n'est pas assez que de saigner, il faut cncorequ'oa évite tout ce qui peut augmenter la quantité et le mouvement du sang , les mets nourrissants, succulents, échauffants, le vin, le chocolat, les liqueurs, les exercices violents, les appartements chauds, le long sommeil. — La migraine qui dépend de l'état de l'eslomac demande un autre régime encore plus exact et un autre traitement. Arélée avait déjà donné le précepte le plus sage sur le régime : Que la dièie, dit-il, soit très-légère, et que l'on ne boive que de l'eau, ce qui est plus utile qu'aucun remède. Il défendait singulièrement tous les aliments acres et les farineux de dift'icile digestion (3). — Le traitement doit consister à dissiper le vice de l'eslomac ([ui l'entretient; mais on doit commencer par remarquer que, comme souvent ce vice n'a aucun effet sensible sur la digestion, et que l'on ne peut point le déterminer avec précision,

de perdre la migraine pour avoir des vertiges.

(1) Conspectus medicin., tab. 47.

(2) Riverii, Opéra, observât, communie, obs. 57.

(3) De cwat. diuturn. morb. , lib. i, cap. II.

il n'est point aisé de déterminer quelles espèces de remèdes il exige, et en général on doit établir pour première règle du traitement de la migraine que, qmnd elle n'est pas trop fréquente, ce que je déterminerai en disant : quand elle n'attaque pas plus d'une fois par mois ; quand les accès ne sont pas assez violents pour faire craindre ces suites dont j'ai parlé plus haut; quand entre les accès on se porte très -bien, et que l'estomac fait bien ses fonctions , il faut bien se garder d'ordonner aucun remède, et je ne vois pas trop sur quoi , dans un cas comme cclui-la, un médecin s.ige pourrait fonder ses indications. Ainsi, alors il n'y a quoi que ce soit à faire, et la seule attention du malade doit être d'observer la sobriété et d'éviter les choses qui fatiguent l'estomac.

Les migraines qui reviennent régulièrement ajnès ou avant les règles, et qui dépendent 'quelquefois autant du consensus avec l'utérus qu'avec l'estomac , exigent encore [dus de réflexions avant qu'on en entreprenne le traitement, que les autres. — Si le genre de vice de l'estomac est plus marqué, et si l'on a assez de symptômes pour déterminer avec confiance en quoi il consiste, on doit alors y remédier, mais toujours avec prudence, et en faisant attention que les remèdes violents peuvent déranger la migraine. Quand il y a une lenteur, une aîonie bien marquée dans l'estomac, qu'il est tapissé de glaires, que chaque accès en fait rendre beaucoup, que les signes qui les font connaiire existent entre les accès, que l'on ne peut pas espérer que les simples stomachiques suffisent pour les détruire, on doit alors, et c'est suivre le juécepte d'Aretée, qui avait drj:i ordonné de fiire vomir; on doit, dis-je, employer 1 ipécacuanlia, et même le réitérer. Je l'ai fait prendre trois fois, de dix en dix jours, à une femme qui éprouvait tous les sym- I)tô nes dont je viens de parler, et, dans lesjours intermédiaires, elle buvait vingtquaire onces d'une décoction de racine de chicorée amère. Après les premières évacuations, on peut donner un laxatif amer (i) , s'il y a des symptômes d'embarras dans les intestins, et passer ensuite à un long usage des stomacliiques amers, parmi lesquels je n'en ai trouvé aucun

(1) On a vu plus haut que M. Van Swieten avait guéri quelques migraines par des purgatifs réitérés de temps en temps.

ET SE LEURS MALADIES

qui me réussît aussi bien que le trèfle de marais en infusion (1). Celte même femme dont je viens de parler en fit usage pendant six mois, et, au bout de ce temps-là , son appétit revint, ses digestions se rétablirent; ses couleurs, perdues pendant plus de dix-huit mois, reparurent; la migraine, qui venait quatre ou cinq fois par mois, ne revint que de cinq en cinq , ou de six en six semaines , et dans Tentre-deux elle était à merveille. D'autres amers peuvent sans doute opérer utilement : j'ai vu de bons effets du kina , de la conserve de genièvre , de la cenlaurée. D'autres médecins vantent d'autres remèdes; mais, en général , je crois que l'on vante trop le kina, qui réussit toujours dans les migraines trèspériodiques et très-rapprocliées qui paraissent tenir à une disposition fiévreuse , mais qui ne réussit pas également dans d'autres migraines. J'ai employé quelquefois avec beaucoup de succès la tisane de feuilles d'oranger , qui est tout à la fois un stomachique et un anii spasmodique. Quand il y a une disposition aux aigreurs, l'usase de la magnésie est très- utile : seule, elle a souvent diminué la fréquence ou la violence des accis; jointe au trèfle de marais, elle en augmente les bons efTeis. J'ai vu les eaux de Balaruc, prises à doses modérées, m;iis cependant comme laxatives, et ensuite celles de Spa, et les bains froids, rendre beaucoup moins fortes, moins fréquentes et plus régulières les migraines d'un jeune homme qui les avait eues presque dès son enfance, mais éloignées, et qui, s'étant dérangé totalement l'estomac par une vie studieuse et sédentaire, les avait sept ou huit fois par mois. Au bout de trois mois, en quittant les eaux de Spa , je lui conseillai de boire pendant Irès-long-lemps une tasse d'infusion de trèfle de marais tous les mutins, et, deux ans après, j'appris qu'il se portait à merveille et que les migraines n'étaient pas plus fréquentes que dans ses premières années. Une vie active , des frictions tous les matins sur l'estomac, et un fréquent exercice à cheval, sont des secours très-utiles ; mais celui sur lequel on doitle pluscompter, c'est le régime, et chaque malade doit, à cet égard, examiner lui-même ce qui l'incommode. Les principales attentions doivent être d'éviter tous les aliments gras ou visqueux, les pâtisseries, les sucre-

(1) Trifolinm filmmm.

ries, les acides (1), les eaux chaudes, qui affaiblissent l'estomac et le genre nerveux ; le vin , et assez souvent hs laitages : on fait même «ne loi sévère et absolue de la privation des laitages ; mais celte règle, à laquelle on a donné trop d'extension, d'après un aphorisme d'Hippocrate qui ne paraît pas avoir parlé de la migraine, n'est point sans exception. "Wepfer conseilla le lait de chèvre à la dose d'une livre tous les malins, avec succès (2). M. Fordyce n'en a jamais été incommodé, et j'ai vu quelques malades qui s'en trouvaient fort bien ; mais j'ai toujours remarqué que c'était ceux chez qui le genre nerveux est très- mobile ; et il semble que le malade de Wcpfer était précisément dans ce cas-là : ce qu'il dit de son état, quand il se détermina à lui prescrire le lait , mérite l'attention de tous les médecins : /V souffrait^ dit-il, une peine au creux de Cestoinac (3) qu'il comparait à un te'nesme, et qui était une angoisse .'■pasniodique ; un des eifets les plus marqués du lait fut de dissiper les violentes secousses convulsives qu'il éprouvait dès qu'il dormait un mO'ment. L'estomac est bien toujours la première cause, mais son déiangement peut être tics-peu considtrahle ; et si la migraine est violente, c'isl qut les nerfs sont trè. -suscepliblis d'irritation, et quelquefois cette irritation devient un objet du traitement aussi important que l'état de l'estomac. C'est dans ce cus là oii un régime très-doux, les laiteux, le lait d'ânesse sont indiqués, et oii j'ai donné pendant long-temiis, mais avec beaucoup de succès, la racine de valériane sauvage, ou son extrait spiritueux joint à des boissons douces. Cette variété dans l'état de l'estomac n'avait point échappé aux anciens médecins. Alexandi e de'fr.illes avaitdéjà averti qu'il fallait bien distinguer si la migraine dépendait de l'intempérie chaude ou de l'intempérie froide de l'estomac. Des bains tièdts, dans des cas de

(1) Wepfer observa une femme pour qui les sucreries éiaient presque indigeslibles, et à qui elles donnaient un accès de sa migraine. Obs. B.j. Il en avail aussi vu une autre à qui un grand usage de raisins, pendant un .Tuloinne, occasionna des migraines bien plus fortes, avec une grande faiblesse d'estomac.

(2) Obs. CO, p. 178.

(3) Prœconlia. Ce met n'est pas rjndu exactement parle creux de l'esttmjc, el Vavant-cœur n'est pas cnjore reçu.

39S t>ES

cette espèce , diminuent la violence des accès , si on les prend quelques jours avant le Qioinent où ils doivent arriver. Des cliangcinents d'air considérables , qui d'ailleurs sont presque toujours accom pagnés d'u u changement dans le genre de vie et dans les alimeuls ; des longs voyagt s ont quelquefois soulagé considérablement la migraine. J'ai connu un ecclésiastique qui avait eu, très-jeune, une; migraine héréditaire , qui l'avait encore très forte quand il vint me consulter pour d'autres maux, et qui me dit en avoir été exempt pendant sept ans qu'il avait été vicaire dans des montagnes très-élevées.

Ainîi, on peut dans des cas très-graves s'aider de ces moyens. — M. Linnœus se guérit d'une migraine qui avait résisté à tous les remèdes , en buvant tous les malins à jeun une livre d'eau fraîche , et eu faisant de l'exercice avant de dîner (I). Cette cure simple me paraît mériter toute l'attention di s médecins.

§. On sent aisément que différentes circonstances particulières peuvent exiger des variétés de traitement, et indiquer des secours dont je n'ai pas parlé. Le traitement de Wepfer consistait :

1° dans la sobriété; 2° dans une grande attention à éviter les alimçnts de difficile digestion , ou ceux qui peuvent porter de 1 àcreté dans le sang; 3" à souper légèrement; k" à éviter l'air froid et humide ; 6° à faire journellement de l'exercice à pied , et , au moins une fois par semaine, un fort exercice à cheval ou en voiture; G'' à lire ou à écrire sans baisser la tête ; 7" à ne jamais veiller pour étudier ; 8° à se faire raser la tête ; 9° à appliquer des vésicatoires , un séton ou des cautères [i) ; 10° à adoucir toute la masse du sang, et c'est dans cette vue, sans doute , qu'il ordonnait le lait; 11" à bien ctublir la transpiration ; 12" à ouvrir plusieurs fois l'artère temporale :

on voit qu'il le faisait avec succès; 13" à faire des douches avec une décoction céphaliciue ; 14" à employer des bains de jambes ; 15" à faire usage d'une pou-

(1) Commentar. de rébus in histor. natur. etmedic. gesl., decad. secund.^ suppl. tert. 387.

(2) Il faut ûire Irès-atlentif à n'appliquer trop légèrement ni sélons ni cau- I6res, que je n'emploie presque jamais ^ue comme des lénitifs dans les maux incurables.

N£RFS

dre céphalique , dont la racine de valériane sauvage faisait la base (1).

§. Dans l'accès, il n'y a presque point de secours à donner; d'ailleurs les malades craignent si fort tout bruit, tout mouvement, tout ce qui les approche , qu'ils aiment infiniment mieux qu'on les laisse parfaitement tranquilles, que de les fatiguer par des soins le plus souvent infructueux : ils ne demandent que d'être seuls et tranquilles dans une chambre obscure, et Cœlius Aurelianus avait déjà ordonné de les tenir dans un endroit frais, obscur, tranquille, et de leur laisser un parlait repos de corps et d'esprit. Quelquefois cependant l'accès peut demander quelques secours:j'ai parlé plus haut d'un accès si violent, qu'il lusa les sutures, et d'un autre tel, qu'il occasionna un épanchement de sang dans rœil. On doit sans hésiter, dans 'les ras de celte espèce , faire ce que fil Fahrice de Hilden dans un cas semblable, où le globe de l'œil était extrêmement engorgé. 11 saigna sur-le-champ, et la douleur cessa presque d'abord (2). Depuis lui, Wepfer a vu aussi que, dans les douleurs extrêmes, l'artériotomie est un secours très-prompt et très-sùr (3). Dans les migraines ordinaires, la saignée ne soulage point dans l'accès, comme Fordyce l'a remarqué, et il en éprouva sur lui-même l'inutilité. Richa , cet excellent observateur, dont le trop court ouvrage est un morceau bien précieux aux praticiens, soulageait dans quelques migraines en faisant saigner aux jugulaires. — Quelques malades sont soulagés par le café à l'eau; et j'ai parlé plus haut d'un homme qui, encouragé par ce soulagement passager, en avait fait un abus qu'il paya ensuite très-cher; sans abus, d'autres s'en trouvent très-mal. J'ai une parente à qui le café à l'eau , pris hors de l'accès , en donne un , et chez qui il l'a augmenté toutes les fois que, par complaisance , elle s'est laissée aller à en prendre. Le moment où les malades réclament (|iielqu('s secours, c'est celui oîi ils commencent à vomir, et où ils ont de la peine; alors ils désirent quelque chose qui leur aide. J'ai cité plus haut une femme à qui la seule Ihénaque procurait

(1) De morl/is capith, p. 128 et 135. Il en employait plusieurs de même espèce^ mais avec quelques variétés."

(2) Cent. II, obs. 9 et 10.

(3j De morb, capit., obs. 48/ p. 151.

ET DE LEO

cet effet ; mais elle ne le produirait vraisembhiblemeiit point cIkz d'antres, et les meilleiiis seco'irs sont quelque boisson chaude : celle qne je co!.^ellle ordinairement est une Icfrère infusion de camomille. J'ai trouvé cependant des personnes cliez qià <lu llié Irès-lé^rer, ou même de la siniide eau chaude produisaient mieux cet effit. La femme dont j'ai dit qu'elle ne pouvait |ires(|ue vomir qu'en voilure, a, s:ins doule, l'estomac trop fa bic pour opérer le vomissement, si son action n'est pas augmentée par le mouvement. Je lui «i conseillé une fois une infusion de chardon bénit, mais j'ignore si elle en a fait usage. — L'usage de l'opium n'est in(li<|ué que qu.inil, sans pléthore, les douliurs soni excessives, et le genre nerveux si irrité que l'on peut craindre des convulsions, el j'ai éîé obligé de le donner plusieurs fois à la même personne, avec un succès prompt. Miis ces Ciis sont rares, et dans iesaulres il ne faut pas l'employer.

Les bains de jambes , les lavements , les applications sur le front , que beaucoup lie méilecins conseillent, ne soulagent presque jamais et fatiguent toujours. On aurait plus à espérer de la couipressioD du nerf supra-orbit.iire à la sorlic du crâne, et elle a tiuclquefois fait du bien ; mais il faudrait pouvoir la faire au premier moment; car, dès que la douleur est décidée, les malades ne permettent plus qu'on les touche : dans les cas où les migraines seraient très-fortes, très-fréquentes, et où rien ne les soulagerait, on pourrait le couper : les p irlies auxquelles il se distiibue tirent assez de nerfs de la septième paire, de la seconde et de la troisième cervicale, et d'auires encore, pour que leurs fonctions n'en fussent pas altérées. — M. Sigaud de la Fond dit avoir vu nombre de fois la migraine cesser, en ap])!i(]uant quelque moment le pôle sud d'un petit barreau aimanté S 'r la pulie aftVciée, et pendant que le visage du malade était tourné vers le nord (l). L'autorité d'un aussi bon observateur ne peut ([u'encouragcr à réitérer ces essais. — (^uand les migraines se déran/^ent, si c'e t par un affaiblissement de l'eslomae, par une diarrhée, par line suil:> d'un afl'aiblissement généra! , les am rs, les bains froids, le.) eaux minérales peuvent y remédier; et je vis à

(1 ) Eléments de plii/sir/ne llicor'ujue et cxpérimeutale, § 057, t. iv, p. -^Ol,

I MAtADlES. S99

Spa un malade dans cçl état , à qui les eaux de la Geronstère faisaient le plus grand bien. On a vu plus haut une diarrhée de celte espèce guérie par la (hériaque des pamres. — Quand quelqu'autrc n)aLidie fâcheuse succède à la migraine, on doit, dans le traitement, ne pas perdre de vue la cause première.

Je conseillai h la dame dont la migraine avait dégtnéré en asthme convulsif , le lait d'ânesse pour tout remède, parce qu'il me parut qu'il était indiqué par toutes les circonstances de la maladie et de la malade, et qu'il aurait été indiqué même par la migraine ; il lui fit le plus grand bien. Mais pour le malade qui avait des spasmes externes des n)uscles de la respiration, je joignis aux adoucis-^ sants , les slomachiqui s , le kermès minéral à très- petites doses, et des frictions de l'épine du dos, qui raniment puissamment l'action des nerf> ; et il s'en trouva fort soulagé : chez lui les adoucissants seuls auraient eu des inconvénients , que je n'avais pas irainl pour la dame dont je viens de parler.

Je n'ai l onseillé, à celle qui est revenue au bout de neuf ans, qu'un régime très-sévère, une vie très active , et des poudres composées de magnésie 1 1 d'herbe de trèfle de marais, dont je fais le plus grand cas. J'en fais infuser une demidrachme, deux scrupules , une drachme même avec douze onces d'eau bouillante:

on prépare l'infusion le soir; on laisse infuser pendant toute la nuit , et on la boit froide le lendemain, un tiers à jeun, une heure avant dîner et une heure avant souper. On doit éviter avec le plus grand soin tous les remèdes topiques qui peuvent faire disparaître la douleur. On en a déjà vu de mauvais effets plus haut, et on lit dans Schenck l'histoire d'un homme qui se guéiil delà migraine par l'application de l'eau froide, mais qui, bientôt après , tomba dans une difficulté d'avaler. — Le c/oii est une douleur dans une petite partie de la tête, qui n'a pas plus d'un demi-pouce, tout au plus un pouce d'élendiie circulaire , qui n'a pas de siège bien fixe, mais qui cependant est plus ordinairement placé sur l'occipilai que sur le frontal, ou sur les temporaux : celle douleur n'attaque pres(|ue jamais que les femmes hystériques, rarement les hommes hy pocliondres. Je n'ai jamais vu qu'elle fût une maladie isolée, comme la migiaine. Ainsi, on peut ne l'envisager que comme un symptôme d'hyslérie ou d'hypocliondrie ;

elle a cependant des rapports avec la migraine , c'est de n'être jamais que d'un côté de lu tête, et d'occasionner des douleurs très vives, que Sydenliam compare à celle d'une aiguille qu'on plongerait dans les cliairs ; de dépendre d'un vice dans les premières voies , et d'occasionner souvent des vomissements de bile verte : elle n'a d'ailleurs aucune régularité dans sa marche, ni dans ses accès. J'ai vu quelques clous durer sept ou huit jours, d'autres quelques minules ; souvent il change assez j)romptement de place , mais je n'en ai jamais \u deux à la fois : il ne demande d'autre traitement que celui de la m aladie principale. — « Le clou hystérique, dit M. Ilaulin, » qui cause de si vives douleurs, pro- » vient des convulsions des muscles ex- » térieurs de la lêlc , qui se contractent » violemment plusieurs ensemble, et ex- » citent 1.1 douleur, précisément à l'en- » droit oîi leurs fibres tendineuses s'en- « trecroisent , et tiennent au péricràne » (f). )> — L'œuf ne diffère du clou que par sa forme, que son nom indique : ainsi c'est le même accident.

§. Il y a des maux de têle q-.ii , sans avoir le caradèie dislinclif de la migraine , de n'attaquer que d'un côté paraissent cependant être la même malailie et exiger le mAme Irailonunl. Leurs périodes assez réglées, la sensibilité extrême et les autres symptôiues nervins, la promptitude et la violence de la douleur, les vomissements dans le plus fort de l'accès, le soulagement d'abord après, et ensuite un sommeil qui tranquillise, sont les symptômes qui font présumer que, quoique toute la têle, ou queliiue autre partie de la tête que les lemiies, soient aûectées, on doit cependant traiter cette maladie tout comme si c'était une migraine. J'tn ai vu quelques-unes, et l'on trouve dans Wepfer deux observations qiie l'on pourrait, je crois, ranger d.ins cet ordre. Il l'indique lui-même pour Tune des deux (2) qu'il appelle céphalalgie stmblahU à une mit/ruine , dont elle avait en effi t tous les caractères , excepté celui d'occuper seulement une moitié de Id tête.

(1) Traité des affections vaporeuses, p.

(2) De morb. capit., obs. 42 et 45.

DES MIGRAlSEi ACCIDENTELLES.

§. On a vu plus haut qu'il y avait des migraines accidentelles, c'est à-dire, des douleurs qui occupent la moitié de la têle , et qui ne sont cependant point de vraies migraines, mais les symptômes d'une cause très-différente de celle de la vraie migraine, .le ne dois point en traiter ici en détail, mais je crois devoir en présenter les principales espèces , indiquées par M. Sauvages, et après lui par M. Sagar, afin de prévenir contre le danger de les confondre avec la vraie migraine (1). — L'oculaire est celle qui dépend de l'inflammation , de lu suppuration, ou de quelque autre maladie de l'œil, c'est une des plus fréquentes; et l'on pourrait aussi placer ici cette migraine intermittente, qui revient trèspériodiquement tous les jours , ou tous les deux jours avec la fièvre, et qui occasionne des douleurs excessives dans l'œil , et d'un côté de la tête. Je l'ai décrite très - exactement dans l'Avis au Peuple. — h'odonlalfiique ou dentaire est aussi assez fréquente : et comme c'est de toutes ces fausses migraines celle qu'il est le plus aisé de confondre avec la vraie, je rapporterai ici une observation de Fabrice île Hilden .et une de Fauchard. Le premier vil une dame de Lausanne, qui, depuis (juatre ans, souffrait de violentes migraines du côté gauche, surtout dès qu'il faisait froid ou humide; on avait essayé inutilement toutes sortes de remèdes ; enfin Fabrice ayant été consulté, et ayant vu que la maladieavait commencé par de vives douleurs de dents du même côté, qui avaient cessé peu à peu, il examina la bouche, et il jugea que lu migraine dépendait de ses dents Cariées : il en arracha quatre , et la migraine finit. Fauchard a un chapitre entier (2) sur les violentes douleurs de lète occasionnées par les dents : sa première ob>.ervation oH're une douleur d'oreille très-opiniâlre , qui ne céda qu'à l'extraction d'une dent gâtée du mc.iic côlé; et les observations suivantes présentent les douleurs de tète les plu-, opiniâtres d'un côlé, qui, après avoir résisté à tous les remèdes, Qnirent dès que l'on

(1) Sauvages, class. 7, art. 13, I. ii, p. 5'(. Sagar, Sijstema morhorum symptO' malic., p. 229.

(2) Cliirurg, dentiste, chap. xxxni, 1. 1, p. 411.

ET DE LE0R9 MALADJES

eut j(iE:é qu'elles (îépcndaicnt de la carie des dénis, dont l'extraction les guérit d'abord.

La sinuale est celle qui dépend de quelque maladie dans les sinus frontaux, spliénoïdaux ou maxillaires, dont l'irritalion s'étend aux rameaux nerveux qui sont le siège de cette maladie : ainsi l'engorgement, l'inflammation, la suppuration de ces parties peuvent occasionner des douleurs parfaitement semblables à la migraine. On a vu à Strasbourg un soldat qui, après une plaie à la tête avec fracture, eut pendant trois ans une migraine crui-'Ue , qui avait résisté h tous les remèdes, et qui se guérit quand, après un fort éternuraent, le malade eut rendu par les narines beaucoup de pus, dont l'écoulement dura vingt - qu;Ure heures, et le laissa très - bien (l). Des causes de même espèce , des exosloses , dessquirrhes, destumeursa'[ueuses, etc., placées au haut des narines, dans le sac lacrymal, et dans toute la cavité du crâne, peuvent aussi la produire ; et j'ai vu un homme qui avait habituellement la migraine, mais souvent fort légère, quelquefois très-forte , du même côté où il avait un polype au nez : il ne s'est plaint de la migraine que depuis qu'il s'était aperçu de l'existence du polype. — C'est à celte espèce de variété qu'il faut apporter la nrigraine qu'éprouva une femme à qui on avait abattu la cataracte, qui était remontée et à qui il avait fallu l'abattre une seconde fois : l'oculisle travailla dans l'œil plus d'un quart d'heure avant que de pouvoir la remettre. Cette opération n'eut pas de suites fâcheuses pour l'œil, il conserva seulement un peu de facilité à larmoyer, qui n'empêchait pas qu'elle n'en vît assez bien. Mais , au bout de huit jours , elle éprouva des douleurs très-cruelles de tout ce côte sur l'œil, au front et à la tempe , qui cessaient quelquefois lout-à-lait, m.^is qui redoublaient ensuite avec violence, et qui, malgré beiiucoup de secours, n'ét;iicnt pas finis au bout de trois mois (2j. — On peut jilacer après la niigr.iine sinuale Vinseciale , qui n'en est jiroprement qu'une variété , quoiqu'elle dépende de l'irrita-

(1) Sauvages, ibid.

(2) Wepl'er, obs. 55, p. 143. Parmi les secours employés, il y en eut vraisemblablement de nuisibles, lels que les v6sicuioires, qui ne peuvent jamais être utiles ilans des cas de celte espèce,

Tissot,

tion du fond des narines ou des sinus , comme la précédente, mais d'une irritation produite par des insectes; et elle est prouvée par plusieurs observations indiquées par M. de Sauvages , et dont quelques-unes ont été discutées par M.

Morgagni ()). 31. Boerhaave lui-même en avait vu un exemple bien marqué chez une jeune personne.

La rénale a déjà été observée par Bartbolin , et depuis lui par Baglivi. Elle dépendait d'un calcul dans les reins , et j'ai rapporté son observation en parlant de la sympathie des reins. La coryzale est celle qui dépend d'un simple rhume de cerveau, mais elle est très-passagère , et exige rarement aucun soin. — Une humeur de transpiration, ou quelque écoulement séreux dans le voisinage , brusquement arrêté, peut aussi produire une douleur aiguë dans la moitié de la tète. Un homme, à la suite d'une légère fièvre, avait un peu de douleur et de bruit dans l'oreille droite; il survint un écoulement séreux et long de cette même oreille, et à la suite d'un froid vif, auquel il fut exposé, une migraine du même côté si violente, qu'il ne pouvait ni dormir, ni parler, ni mâcher, et qu'il avait même beaucoup de peine à avaler.

Cet état dura trois semaines, au bout des(fuelles il survint une parotide, et la migraine diminua à mesure que la parotide grossissait (2). — Je finirai l'histoire delà migraine par une observation trèsintéressanle, qui se trouve partni celles des médecins de Breslau (3). Un homme qui avait eu une jeunesse fort libre tomba , à l'âge viril , dans des douleurs de colique atroces , et ensuite dans une hémiplégie dont les frictions mercurielles le guérirent. Il éprouva quelque temps après des douleurs cruelles de goutte; et n'ayant pas la force de les supporter, il se baigna d'abord les pieds, ensuite , plus de quarante fois , tout le corps dans de l'eau dans laquelle on avait éteint de l'argent chauffé. Les douleurs dégoutte passèrent, mais à la place il éprouva des douleurs ineffables de tète, qui revinrent encore de temps en temps tout-à-eoup , et qui excitèrent toute la piliédesassihtants. Le malcommence par un larmoiement abondant avec quelque

(1) De Sauvages, ibîd., 58. Morgagni, epist. I, § 9. Fabri, cent, i, obs. 8.

(2) Wepfer, obs. 52, p. 141.

(3) Histor, morb., p. 50.

chose de convulsif dans les yeux; un bourdonneniciit dans les oreilles, du nwlahe dans l'estomac, et des urines crues. La douleur altaque plus ordinairement le côté gauche de la têle , mais tantôt dans un point, tantôt dens un autre, et commençant faiblement, elle fait bientôt des prugrès rapides, et n'est jamais si violente que quand elle attaque la racine de l'œil : quelquefois elle s'étend aux mâchoires, aux lèvres, aux épaules, jusqu'à la poitrine ; elle passe même aussi au côté droit. Il se forme de temps en temps sur la nuque une tumeur rouge , extrêmemeut sensible, et que l'on ne peut pas toucher sans occasionner des douleurs extrêmes. Aussi long-(em|is que la douleur dure, et sa durée varie depuis douze heures jusqu'à cinquante, le malade ne peut ni voir la lumière, ni ouvrir la bouche, ni respirer librement. Quand elle est à son plus haut période, il survient des vomissements, et l'accès se termine par des urines chargées, qui déposent un séiliment abondant : le malade reste exlrênienieut faible et si sensible , qu'on n'ose le loucher nulle part. Il paraît que, dans ce cas , le lail d'àïiesse , le kiua , les eaux de Seltzer pour boisson, et de légers irritants habituels, sous la plante des pieds, étaient les remèdes indiqués.

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