DES SÉCRÉTIONS
§ 274. Le mécanisme encore trop obscur des sécrétions n'est point du ressort de cet ouvrage , mais je dois prouver l'influence des nerfs sur cette importante fonction; cette inOuence est la source d'une multitude de phénomènes dans les maux de nerfs, qui seraient absolument inintelligibles, si on ne la connaissait pas, et j'ai vu plusieurs exemj)les d'erreurs funestes dans le traitement, qui ne venaient que de ce qu'on l'avait méconnue. Je n'entends pas ici \)ar sécrétion seulement l'office des glandes, mais aussi cette séparation , la plus abondante de toutes , qui se fait par la peau , connue sous le nom de transpiration cutanée, et qui se fait assurément sans aucun appareil glanduleux; l'action des nerfs sur celte évacuation est évidente , puisque
(1) Supplément à l'Enajclopédie , art.
Muscle. Vieussens avait-il eu une idée semblable, en disant que les nerfs agissent en augmentant l'élasticité du muscle qui se contracte?
NERFS
l'on a remarque , à différentes reprises , qu'une violente affection de Tâme pou- I vait l'arrêter tout- a -coup; la peau, de douce et moite, devient tout-à-coup sèche, rude, elle spasme fermant cette issue aux sérosités, il s'en fait tout-àcoup un reflux sur les reins, dont les couloirs aussi resserrés, mais moins complètement, ne laissent passer que la partie la plus aqueuse; j'ai même vu que presque généralement chez les personnes sujettes aux maux de nerfs, cette évacuation se fait mal, et leur peau est presque habituellement plus sèche qu'elle ne devrait l'êire. Ce n'est point sur les glandes que les nerfs agissent dans ce cas, mais c'est sur les petites artères exhalantes; et celte action, comme je l'ai déjà dit , s'opère vraisemblablement par la constriclion des fibres musculaires que l'on a droit d'y supposer, comme la joie et le plaisir augmentent sans doute la j transpiration, en augmentant l'action des vaisseaux.
Mais l'action des passions serre également les couloirs proprement glanduleux ; on n'en voit que trop d'exemples j après le chagrin ou la frayeur qui arrê- s tent quelquefois sur-le-champ le flux de ( la bile et procurent la jaunisse ; et en général l'influence des nerfs sur les couloirs et sur les glandes peut occasionner j un grand nombre d'obstructions. — Le j spasme serre quelquefois pendant plu- i sieurs jours totalement les reins, et il ne se sépare pas une goutte d'urine. M. Van ] Swieten a vu un squirrhe au sein être la i suite immédiate d'u.ie frayeur subite, et i cet effet ne pouvait être produit que par I le spasme des glandes. On voit donc ' évidemment par tous ces faits que les nerfs ont une action sur les glandes; mais quelle est la cause de celte action ? c'est ce qu'on ne pourra vraisemblablement jamais décider; n'est-ce qu'en agissant sur les vaisseaux qui vont à la glande et fournissent à la sécrétion ; ou est-ce en agissant su ries parties mêmes qui sont propres à la glande, et dont la nature n'est pas encore parfaitement connue ?
Ce qu'il y a de certain , c'est que, sans paraître musculaire à l'œil , elle a son irritabilité particulière, et que cette irritabilité est excitable par l'action des nerfs. M. Haller, qui a été si attentif à ne pas trop étendre le domaine de l'irritabilité , affirme positivement celle des glandes (I), et la prouve par un grand
(1) « Etsi mechanica cultelli aut acûs
ET DE LEDRS MALADIES
nombre de faits qui avaient porté des ioiédecius à attribuer toutes les sécrétions il leurs différences à l'action des nerfs : X C'e>t aller trop loin, dit il, mais on ne ') peut pas douter que l'efficace de la ' puissance nerveuse ne soit très-consi- ) dérable ; et il est même fort à présumer
• que , quoique l'anatomie ne nous les » découvre point, il faut admettre dans
• les glandes des muscles imperceptibles, •) qui , sollicités par une humeur irri- ) tante, serrent et relâchent allernative- ) ment leurs follicules (l). >-
§ 275. Cette iniluence des nerfs sur es sécrétions n'est pas moins sensible iur les excrétions, et elle opère des effets rès- marqués. Si les fibres musculaires ies intestins sont dans un état de relà- ;hement ou de contraction , la marche ies excréments est absolument altérée ; i le sphincter de l'anus est serré spasnodiquement, et cet accident n'est pas are chez les enfants, les selles sont supjrimées; si celui de la vessie est dans e même état , le malade tombe tout à- ;oup dans une ischurie; et l'on verra, lans le chapitre de la paralysie, une cesiation entière des fonctions de la vessie t des intestins produite par les lésions
rritatio nullum conspicuum motum prolucat, non ideoa glandulis irrltabilis naura abest, et fere ubique et excreiionem !t ipsam secretionem praecipitat. » Elem. ihtjs., liv. VII, sect. m, § 12, t. ii, p.438; ît liv. il, sect. IV, § 8 ; et prim. lin., ch. M, surtout § 203, 221 , 233. N'est il pas itonnant , apri's un passage aussi précis, jue M. Marheri' dise positivement : Omlem vim irritabilem glandulis Hallerus delegat. P»œlect. in Doerhaave Instit. ad § 142, t. Il, p. 328, et qu'il s'occupe à le éfuler? C'est avec cette attention et cette ixactitude que beaucoup d'ouvrages molernes , qui ont de la célébrité, sont icrits. Pour prouver l'action des nerfs iur les glandes , M. Marlierr allègue la •ougeur subite qui a lieu quand on 'prouve un léger mouvement de honte; nais cette rougeur n'a rien de commun ivec les glandes.
(1) Ibid., p. 442.
de la moelle de l'épine qui détruisent les fonctions des nerfs qui en sortent. On me dira peut-être que cette influence des nerfs sur les excrétions n'est point un genre d'action particulier , que ce n'est qu'une suite de leur action sur les fibres musculaires , et j'en conviens aisément ; mais les excrétions sont une fonction si importante, si fréquente, si différente, au premier coup-d'œil, de l'action musculaire, qu'il fallait nécessairement au moins l'indiquer : d'ailleurs, les muscles qui servent à la régie des excrétions paraissent plus sensibles à l'action nerveuse que les autres, et ils éprouvent des irrégularités dans le temps telles que l'on ne peut en remarquer aucune dans l'action des autres muscles; enfin peut-être que toutes les fonctions des nerfs se réduisent presque uniquement à agir sur la fibre musculaire, qui paraît en eflet le grand agent des machines animales : les nerfs lui impriment le mouvement, et ce mouvement opère tous les autres; mais les effets de ces mouvemenis sont variés, et il a fallu nécessairement indiquer ces principales variétés, que j'ai réduites, comme on l'a vu, au mouvement musculaire proprement dit, à la circulation, à la nutrition, à la sécrétion et aux excrétions. — L'action des nerfs sur les glandes, leur influence sur les sécrétions et sur les excrétions , ne sont donc point douteuses, et elles nous serviront à expliquer un grand nombre de faits pratiques, à découvrir la cause de plusieurs maladies et à saisir les indications qu'elles nous présentent. Ce sera un objet essentiel de la partie pratique de cet ouvrage , qui en est la principale , celle qui a été mon premier objet, et à laquelle celle-ci ne sert que d'introduction ; introduction plus longue, il est vrai , que je ne l'avais prévu d'abord , mais à laquelle, en la relisant attentivement , je n'ai cependant trouvé aucun retranchement à faire, puisqu'il n'y a aucun article qui ne m'ait paru propre à répandre du jour sur la partie suivante dont je vais m'occuper en commençant par les maladies particulières au corps même du nerf, et aux esprits animaux.