‹ Œuvres de TissotChapitre 119 sur 160 · PAR LA MASTURBATION · texte numérisé non relu

PAR LA MASTURBATION

■ I "~iCi ~" ■

PRÉFACE

Je sentis les défauts de l'original latin de ce petit ouvrage en le composant; j'en fis mes excuses, et j'indiquai mes raisons de jusliircation dans la préface. Ces défauts me frappèrent encore plus Vivement après l'impression, et je les ai trouvés intolérables en examinant une traduction française qu'on désirait que je revisse.

Outre beaucoup d'observations nouvelles à ajouter, il fallait remédier à des fautes d'ordre considérables , et donner une juste étendue à des articles qui n'étaient que des premiers linéaments, presque incapables de faire saisir ce que j'avais voulu dire.

Tant de corrections rendaient l'ou-

vrage à peu près neuf et beaucoup plus long. La difficulté d'exécuter cette entreprise en langue vivante, et tous les désagréments qu'elle entraînait, ne m'échappèrent pas. Il n'y avait qu'un motif aussi puissant que celui de l'utilité, dont cette entreprise bien exécutée (c'est sans doute dire mieux que je ne l'ai fait) pouvait être à l'humanité, qui pût me décider; et c'est en eflet le seul qui m'a décidé. Il est triste de s'occuper des crimes de ses semblables; leur considération afflige et humilie ; il est doux d'espérer qu'on contribuera à diminuer leur fréquence et à adoucir les misères qui en sont les suites.

Ce qui a rendu ce travail beaucoup

480 PRÉi plus pénible qu'il ne l'eût été, si j'eusse écrit en latin , c'est l'embairas d'exprimer des images dont les termes et les expressions sont déclarés indécents par l'usage. Il m'en aurait infiniment coûté s'il eût fallu me dispenser de cette attention; et cette disposition , dont j'ose me glorifier, m'a rendu le travail moins coûteux qu'il ne l'aurait été , si malheureusement elle m'eût manqué; cependant , je l'ai encore trouvé hérissé de difficultés. J'ose assurer que je n'ai négligé aucune précaution pour donner à cet ouvrage toute la bienséance dans les termes dont il était susceptible. Il y a des écueils inséparables de la matière : comment les éviler? Fallait -il se taire sur des objets aussi importants? Non, sans doute. Les auteurs sacrés, les Pères de l'église qui , presque tous , écrivaient en langues vivantes, les auteurs ecclésiastiques n'ont pas cru devoir garder le silence sur les crimes obscènes , parce qu'on ne pouvait pas les désigner sans mots. J'ai cru devoir suivre leur exemple , et j'oserai dire , avec saint Augustin : « Si ce que j'ai écrit scandalise » quelque personne impudique , qu'elle » accuse plutôt sa turpitude , que les pa- » rôles dont j'ai été obligé de me servir M pour expliquer ma pensée sur la géné- » ration des hommes. J'espère que le )) lecteur ])udique et sage me pardonnera » aisément les expressions que j'ai été » obligé d'employer. »

J'ajouleraià ce que dit ce saint homme, que j'espère mériter la reconnaissance et l'approbation des gens vertueux et éclairés qui connaissent la turpitude de l'univers, et qui loueront sinon mes succès, au moins mon entreprise.

Je n'ai pas touché , non plus que dans la première édition , la partie morale, et cela parla raison d'Horace :

... Qiiod nirdïcoruiii est Pi'oiiiiduut iitcilicî.

Je me suis proposé d'écrire des maladies produites par la maslurbation , et

non point du crime de la masturbation ; n'est-ce pas d'ailleurs assez en prouver le crime que de démontrer qu'elle est un acte de suicide? Quand on connaît les hommes, on se persuade aisément qu'il est plus aisé de les détourner du vice par la crainte d'un mal présent que par des raisonnements fondés sur des principes dont on n'a pas assez de soin de leur inculquer toute la vérité. Je me suis appliqué ce qu'un homme , dont notre siècle se glorifiera chez la postérité la plus reculte , fait dire à un religieux : « On » nous fait entreprendre de prouver l'u- » tililé de la prière à un homme qui ne » croit pas en Dieu , la nécessité du » jeûne à un autre qui a nié toute sa vie » l'immortalité de l'âme. L'entreprise est » laborieuse, et les rieurs ne sont pas » pour nous (I). » Marphurius doutait de tout ; Sganarelle lui donna des coups de bâton , et il crut.

Ces zoïles de la société et de la littérature, qui ne font rien et qui blâment tout ce qu'on fait , oseront dire que cet ouvrage est plus propre à répandre le vice qu'à l'arrêter, et qu'il le fera connaître à ceux qui l'ignorent. Je ne leur répondrai point; on s'avilit en leur répondant. Mais il est des âmes faibles, quoique vertueuses, sur lesquelles ces discours pourraient faire impression : je leur dois celte reflexion générale, c'est que mon livre est, à cet égard-là , dans le cas de tous les livres de morale ; il faut les interdire tous, si c'est multiplier un vice que d'en montrer les dangers. Les livres saints , ceux des Pères , ceux des Casuistes , doivent tous être prohibés avant le mien. Quelle est d'ailleurs la jeune personne qui s'avisera de lire un ouvrage sur une matière de médecine dont elle ignore le nom ? Il est à souhaiter qu'il devienne familier aux personnes appelées à diriger l'éducation ; il leur

(I ) Lettres Persannes , 49.

servira k démêler Je bonne heure cette détestable habitude, et les mettra à même de prendre les précautions qu'elles jugeront nécessaires pour en prévenir les suites.

Ceux qui n'entendent pas le latin trouveront peut-être qu'il y a trop de vers en celte langue; je leur répondrai qu'il n'y en a point qui ne soit lié à sa matière, puisqu'il n'y en a aucun qui ne m'ait été rappelé par la chaîne des idées. J'ai cependant fait en sorte partout qu'on pût les sauter sans interrompre le fil du discours. Ceux qui les entendent m'en sauront gré ! le voyageur, au milieu des bruyères, est réjoui par la beauté d'une verdure. Enfin, si c'est un tort, il est léger ; et , dans un ouvrage aussi ingrat, l'on peut permettre ce délassement à l'auleur. S'il n'y en a pas de français , ce qui aurait été plus naturel, c'est peutêtre la faute des poètes plulôt que la mienne.

Cet ouvrage, au reste, n'a rien de commun avec VOnania anglais que le sujet; et, à deux pages et demie près que j'en ai tirées, cette rapsodie ne m'a fourni aucun secours. Ceux qui liront les deux ouvrages sentiront, j'espère, la différence totale qu'il y a de l'un à l'autre; ceux qui ne liront que celui-ci auraient pu être trompés par le rapport des titres, et portés à supposer quelque ressemblance entre les deux livres; heureusement il n'y en a aucune.

Les additions augmentent cette nouvelle édition ]>resque d'un tiers, et je souhaite qu'elles soient accueillies favorablement par les personnes qui sont en état d'en juger. L'on me fera peut-être deux objections : l'une, que j'ai ajouté un grand nombre d'observations et d'autorilcs qui ne sont presque que des répétitions de celles qui se trouvaient déjà dans la première ; l'autre , que , dans quelques endroits , je suis trop sorti de mon titre , et que j'ai envisagé le danger des plaisirs de l'amour sous un point de Tissot.

Page 1