LA PETITE-VÉROLE, L'APOPLEXIE ET L'HYDROPISIE
Monsieur ,
Comme vous possédez parfaitement l'histoire de la médecine, vous n'ignorez pas que les Arabes, qui ont les premiers observé la petite-vérole , ont indiqué la véritable méthode de la traiter.
Ils ont averti qu'elle est du nombre des maladies chaudes ; et ils ont employé une méthode curative propre à empêcher que l'inflammation n'aille trop loin : cette méthode consistait à faire de copieuses saignées , à donner des rafraîchissants , des acides, des lavements, et à prescrire une diète très-légère, tandis qu'en même temps ils préparaient la peau , par des vapeurs émollientes , à donner au venin une issue facile. Ils ranimaient les forces languissantes en donnant de l'opium, et ils resserraient le ventre lorsqu'il était trop relâché. — Depuis le temps d'Albucasis , qui a été à peu près le dernier des médecins arabes, et qui a vécu sur la fin du onzième siècle, jusqu'à la fin du seizième , les médecins du temps de la basse latinité ont plutôt avili la médecine qu'ils ne l'ont changée. Au commencement du seizième siècle, Paracelse, qui méprisait ses prédécesseurs, qui vantait avec exagération les remèdes chimiques et l'opium, fut le fondateur d'une secte qui, dans les maladies aiguës, surtout dans les éruptives, cherchant à faire sortir le venin par la peau , rejetait avec horreur les saignées , les rafraîchissants, les lavements et toutes les évacuations, excepté la sueur. Celte méthode s'établit si bien , surtout dans le traitement de Ja pelile-vérole, que depuis Paracelse il se
trouve peu de médecins qui aient été entièrement exempts de ce préjugé. Mais pendant deux siècles on a employé des diaphorétiques fort échauffants, des compositions thériacales, des bézoardiques, des narcotiques, qui en ajoutant à l'activité du virus variolique , ont dévasté toute la terre. Mais, comme vous le dites très-bien, il importe aux médecins d'ensevelir tout cela dans un éternel silence pour ne pas laisser aux hommes un souvenir qui pourrait leur rendre odieux le nom d'un art qui leur est si salutaire.
Sydenham a été le premier qui ait élevé la voix contre cette abominable pratique et qui ait rétabli la méthode rafraîchissante. — Boerhaave suivant ses traces, l'a recommandée avec cette énergie mâle qui lui appartenait : aussi les disciples de ce grand médecin l'ont-ils adoptée avec empressement ; ils l'ont répandue , et aujourd'hui elle n'est inconnue nulle part, et elle est journellement utile à plusieurs personnes. Il n'y a plus rien à désirer à cet égard , si ce n'est que tout le monde en fasse usage , et que s'il y a des défauts on les corrige. — L'opium , dont les Arabes faisaient usage avec tant de précaution , a été le remède que Sydenham a principalement employé dans sa méthode; il s'y fiait comme à une dernière ressource dans les cas les plus désespérés ; il le regardait comme un calmant capable d'apaiser les plus violents désordres de la suppuration. Pour les esprits acides il n'en a pas dit un mot, excepté lors;]u'il s'est af;i de la petite vérole maligne. Les auteurs de nos jours ne paraissent pas penser auUemeut. Le trai-