‹ Œuvres de TissotChapitre 137 sur 160 · LETTRE A M. I)E HALLER · texte numérisé non relu

LETTRE A M. I)E HALLER

temenl de la pctite-vérolc, et des réflexions altenlives sur la nature de celle maladie , m'ont appris à pensir un peu différemment. Je vous envoie, monsieur, mes observations et mes réflexions làdessus, avec quelques autres sur l'apoplexie et sur l'hydropisie, non dans la vue d'ajouter à vos connaissances , mais pour vous prier d'y faire vos corrections.

J'ai eu moi-même la pétite-vérole bénigne au mois d'août de 1743 , étant à l'âge de quinze ans, occupé à étudier la physique, et désirant devenir un jour médecin. Un médecin âgé et respectable me prescrivit un régime utile , qui consistait à user de thé au lait et de jiommes ou de pruneaux cuits ; mais il me fit prendre le soir de la lliéiiaque. La nuit qui suivit l'usage de ce remède fut si mauvaise, que je refusai absolument d'en reprenilre ; et j'ai appris dès-là , pour ne 'l'oublier jamais , que les remèdes échauffants nuisentdans la petite- vérole.

Trois ans après, en 17 46 , j'étais à Montpellier, oii une cruelle épidémie me fournit l'occasion d'observer plusieurs personnes atteintes du lu petite-vérole ; mais un apprenti ne sait pas observer. Je lus pourtant le petit traité de La Mettrie, et les chapitres dans lesquels Sydenh.im j "parle de cette maladie. Il m'était tombé \ par hasard, dans le même temps , entre les mains le petit ouvrage de Tliompson sur l'opium, oii ayanl appris que l'opium est un remède très-chaud , et étant instruit d'ailleurs que la jirincipale vertu de la tliériaque hii venait de l'opium , je crus que ce narcotique était un remède nuisible dans l;i petite-vérole.

J'admirais cependant les grands succès que lui attribuaient Sydenliam et La Mettrie , mes guides; mon esprit était en suspens, etj'auriiis p:i dire avec vérité : Ce ti'est pas à moi a concilier les différends imporlanls que vous m'ez entre 'Vous[\). — L'évi'nemcnta augmenté mes craintes au sujet de l'opium. La plupart j des médecins, des chirurgiens et des i apothicaires, les mères elles-mêmes donnaient , dans cette ville, beaucoup de diacode et de gouttes de LSydenhani. On n'en faisait point us ige, ou du moins rarement, dans le granit hôpital où l'on reçoit ces enfants que des p;irents barbares font exposer, mais dont l'Etat prend soin.

(I) IVoJi nosiri'.m intcr vos (antas c6mponerc lues.

Pendant que celle aîfreuse maladie tuait une infinité de personnes, il en mourait fort peu dans l'hôpital , où l'on suivait la méthode que je viens de dire. Le médecin de l'hôpital publia un tableau d'une demi-page dans laquelle il prouvait, par des observations , que l'opium était nuisible. Il gardait un profond silence sur ce qu'il y avait d'essentiel à dire sur la maladie et sur le remède.

Les années suivantes, il m'est aussi arrivé d'observer plusieurs petites-véroles ; et il a été rare que j'aie vu le dia-^ code être utile dans cette grave maladie. De retour dans ma patrie, en 1749 , je réQéchis attentivement sur les observalions précédentes, sur celles que m'avait fournies nouvellement une épidémie , dont un grand nombre de personnes furent atteintes l'année suivante , et sur ce que j'avais lu dans les meilleurs auteurs qui trailent de la petite-vérole; mais outre cela je pratiquais beaucoup : or , la pratique est au-dessus de toutes les instructions des maîtres ; ayant donc observé soigneusement les effets de l'opium chez les malades et chez moimême, qui en éprouvai toujours des maux de tête, de l'angoisse, de la soif , et une fois de l'ardeur d'urine, je compris que l'opium était un remède déplacé dans la petite-vérole, qui est une maladie fâcheuse et inflammatoire , et cela d'autant plus qu'elle est plus grave, que la fièvre est plus aiguë , et que la suppuration est plus prochaine. — J'ai eu le plaisir de voir, peu de temps après, mes observations confirmées par l'autorité dU célèbre Th. Simpson, qui, dans le petit ouvrage qu'il a écrit sur la méthode de Sydenham, se trouvait être parfaitement d'accord avec moi au sujet de l'opium. — J'ai enfin vu, en 1758 , que IM. Young pensait comme moi. La première partie de l'excellent ouvrage que M. Tralles a publié sur l'opium et que je lus celte année, me fit espérer qu'il serait aussi dli même avis : mon espérance fut rem[)lie dais la seconde partie, que je ne reçus que lard. J'ai eu la satisfaction de voir que cet auteur respectable y avait exposé savamment toutes les idées que j'avais déjà depuis long-temps , avec plusieurs autres choses; et je ne puis assez exprimer combien j'ai été charmé à la lecture de ses avis, qui ont tant de rapport avec mes observations, qu'un œuf ne peut pas en avoir davantage avec un autre.

Mais excepté M. Simpson qui est déjà

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moit, à ce que j'apprends (1) , et qui , comme plusieurs choses le font penser, a servi de guide au médecin de Montpellier; excepté M. Youngr l'aîné, aussi médecin , à supposer qu'il soit encore en vie, et M. 'Tralles, je ne connais point d'autre médecin qui craigne l'usage de l'opium dans la petite-vérole. Il ne sera donc pas inutile que je produise un nouveau témoignage contre cet usage. Mais permettez-moi auparavant de vous exposer en peu de mots l'idée que je me fais de la petite-vérole. — Il est reconnu que la petite - vérole n'est pas une maladie spontanée, occasionnée pardiverses faules commises dans le régime ; et personne ne s'arrête aujourd'luii à quelques observations qu'on oppose à ce principe. Elle est donc produite par un venin d'un genre particulier, dont l'air est de temps en temps infecté , et qui , étant introduit dans les humeurs du corps humain , les corrompt insensiblement. La santé chancelle pendant quelques jours, jusqu'à ce que la nature , irritée par ce qu'il y a de stimulant dans cette acrimonie, excite la jîèvre , qui est le plus souvent inflammatoire, mais qui varie suivant les circonstances du malade, de la saison et du régime : celle fièvre ne s'apaise enfin que lorsque le venin , après s'être introduit et propagé, s'est déposé à la peau en la défigurant par des pustules phlegraoneuses , qui d'abord sont très petites, qui grossissent insensiblement etqui finissent par suppurer. Si tout le venin se dépose sans exciter une grand multitude de pustules, la maladie est terminée après l'éruption en tanl que ces pustules grossissent, mûrissent et se dessèchent sans exciter aucun trouble. Voilà l'espèce de celle maladie qui e^t la plus bénigne.

Mais si la quantité du venin est si considérable qu'il pousse un très -grand nombre de pustules, alors l'irritation de la peau, la suppression de la transpiration qui devait se faire par cette surface, la résorption du pus , donnent bienlôt lieu à une nouvelle fièvre, qu'on appelle la fièvre secondaire ou de suppuration, et

(1) J'avais été mal informé, et dans le temps quej'écrivis ceci pour la première fois M. Simpson élait plein de vie et de sanlé, comme me l'apprit M. Pringlc, et la pratique lui fournissait tous les jours de nouvelles observations, qui le confirniaient dans son sentiment sur les effets dangereux de l'opium. Depuis lors, il a payé le tribut à la nature.

qui est très-dangereuse, — Il est un troisième cas. Si la peau ne peut pas suffire au dépôt de tout le venin , ou si les forces ne sont pas suffisantes pour le pousser au dehors, la fièvre ne cesse point, mais elle continue sans relâche , accompagnée de redoublement'; très -fâcheux et de symptômes terribles , et chaque jour il ])ousse de nouveaux boulons sous les premiers, — Il y a deux sortes de traitements dans les maladies virulentes :

ou bien on dompte le venin par un antidote reconnu propre à produire cet effet, ou bien on garantit le corps contre la violence des symptômes, en sorte que le venin ne puisse en exciter que de légers. Des auteurs célèbres ont entrepris de guérir la petile-vérole par la première méthode, mais leurs efforts ont été jusqu'ici inutiles; et ce n'est peut-être pas un si grand malheur, car la constitulion de nos corps étant telle qu'ils sont sujets à prendre celte maladie aussi long-temps qu'ils ne l'ont pas eue , la destruction d'un virus introduit autrefois n'empêcherait pas l'effet d'une nouvelle contagion, et nous serions obligés de recevoir le cours de ce virus pendant toute notre vie, et d'avoir recours à son antidote pour le dompter. Il ne reste donc uniquement que le second traiiement, et de travailler à adoucir une maladie que chacun doit essuyer. Il est vrai qu'il serait bien plus facile de parer à cette maladie au moyen d'un antidote connu. — Le caractère inflammatoire que l'on connaît à cette maladie a indiqué la meilleure méthode , dont l'usage a confirmé l'utilité. Mais ce caractère inflammaloire, qui est le véritable caractère de la pelitevérole , est quelquefois changé par des qualités accidentelles de l'air et par divers levains de maladies qui sont cachées dans l'intérieur du malade. C'est de ces deux sources que sont provenues ces espèces de petites- véroles que les observateurs ont décrites, et qu'il faut guérir avec des remèdes diCférenls de ceux que fournit la classe des rafraîchissants; car comme toutes les autres causes morbifiques agissent diversement suivant les dilTérentcs circonstances qui accompagnent leur admission dans le corps, il en est de même du virus variolique. « La » petile-vérole suit la constitution du » corps , quoique les circonstances des » tempsy apportent je ne sais quels clian- » geinents. » Je vais à présent passer aux clTets de l'opium dans la petite-vérole.

A M. DE HALLER

1° L'opium est du genre des sudoiifiques les plus cchanffanls (I), et c'est le principal de tous. Les zélés partisans de l'opium défendent cependant l'usage de ces remèdes. Pourquoi parlent-ils en faveur du plus actif, tandis qu'ils défendent ceux du même genre qui sont les plus doux?

2» Les humeurs sont acres , et même d'une âcrelé excessive, et souvent corrosive. A quoi servira l'opium , qui est lin remède extrêmement acre et corrosif? Peut-être que celte Acieté, étant opposée "à l'acrimonie morbifique, corrigera celleci ? Point du tout ; car :

30 Toutes les humeurs se corrompent dans la petite-vérole, et le célèbre Alston a averti que l'opium tend à l'aicalescence plutôt qu'à l'acidité. Outre cela, les expériences démontrent que la ligature des nerfs excite en très - peu de temps une pulridité affreuse , et même la gangrène dans les parties où ces nerfs aboutissent: mais l'opium empêche , comme la ligature, les fonctions des nerfs. Il est donc à craindre que l'opium n'augmente la putridité , tant parce que c'est de l'opium , que parce qu'il provoque le sommeil, pendant lequel les humeurs séparées par les sécrétions se corrompent d'elles-mêmes faute de mouvement.

4° Qui est-ce qui n'a pas vu , lu , ou entendu dire que l'usage, tant interne qu'externe, de l'opium dans les maladies inflammatoires a produit plusieurs fois la gangrène? Ce qu'il y a de sîir, c'est qu'il y a ici un homme qui est privé des doigts de l'un, de ses pieds , ayant été obligé de les faire couper à cause d'une terrible gangrène, qui suivit de près l'application d'une teinture d'opium qu'on avait faite dans la vue de dissiper une douleur flegmoneuse. Mais dans les mauvaises petites-véroles infiamniafoires on a toujours à craindre que la gangrène ne se manifeste : pourra - 1 - on donc sans danger prescrire de l'opium, tandis que tout est dans une chaleur brûlante, tandis que tout le corps n'est en quelque sorte qu'un ilegmon ?

6° Tous les vaisseaux sont dans un

(1) Il y a cinq ans (en 17G4) que M. Bard a publié quelques observations qui, au premier coup d'œil, paraissent rendre douteuse la propriété écliauffanle de l'opium; mais, après y avoir bien fait attention, il se trouve que la vérité démontrée par l'illustre Traites demeure inél)ranlal,>ie.

Tissot,

état de plénitude par la qnanlité et 1« raréfaction des humeurs : car c'est en vain que certains auteurs veulent nier cette raréfaction en appliquant trop strictement au corps humain les règles de physique qui conviennent aux "^autres corps. Les meilleurs médecins ne souhaitent d'employer que les remèdes qui empêchent la raréfaction et qui, en mettant en jeu tontes les sécrétions, désemplissent les vaisseaux. L'opium les empèclie toutes , excepté la sueur, qui est la seule qu'on puisse obtenir par son moyen; et il augmente tellement la raréfaction que, suivant une observation que Pierre Borelli fit en tC60, il obligea une veine qu'on avait ouverte, à se rouvrir, et qu'il excita une hémorrhagic mortelle : il est donc contraire dans celle maladie. Et en général le sommeil nuit, quand la saignée est avantageuse; et le peuple lui-même n'a point tort de le regarder comme dangereux après la saignée ; car leurs propriétés sont opposées, et il arrive tous les jours de voir des malades qui sont fâchés d'avoir perdu, par le sommeil, le mieux-être que la saignée leur avait procuré. — Wous avons tous bonne espérance , et cela avec raison , lorsqu'il survient une salivation abondante : il est démontré que l'opium supprime cette évacuation ; il ne peut donc manquer de nuire. Je sais que quelques personnes nient cet efiet; mais c'est mal à propos; et Sydenham luimême, ce partisan de l'opium, a avoué que la salivation diminuait pendant le sommeil, mais qu'après l'écoulemeiit en redevenait plus abondant, ajais si elle ne souffre par là aucune diminution , pourquoi a-t-il eu si souveni recours à î'oxymel scillitiqiie dans la vue qu'en excitant des nausées il fit beaucoup saliver P D'autres ont avoué que l'opium diminuait la quantité de la salive; mais combiun procure-t-il d'avantages en dédommageœent de ce défaut? J'ai toujours vu le défaut , mais je n'ai pas encore aperçu les avantages. L'usage de l'opium diminue à coup sûr la salivation , et d'une manière dangereuse.

G" Il est ditlif ile de comprendre comment un sommeil artificiel pourrait être utile, tandis que le naturel lui-même est nuisible. Car j'ai été plus d'une fois obligé d'écarter celui-ci parle secours de l'art, voyan! qu'il était suivi de ronflement, d'angoisse, d'irrégularité du pouls, d'enflure du visage , de la cessation des sécrétions^ et parce que je craignais que

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le malade ne tombât facilement de ce sommeil dans la léthargie :

, • . . . Facilis descensus Avenii,

Sed revocaie praJum supeiasque evadere ad auras.

Hoc opus, hic labor estt . • . ■

Pauci potuere (i).

Lorsque dans des petites-véroles des plus bénignes , de celles qui attaquent les enfants, j'ai donné du diacode pour apaiser les douleurs qui les luisaient pleurer, n'en craignant aucun mauvais effet dans une maladie aussi légère , j'ai vu bien plus d'une fois que le sang se portait à la tête , que les yeux et les paupières étaient enflés. — Et il ne faut pas s'étonner si le sommeil nuit dans la petite-vérole , puisque une observation attentive nous apprend que ceux qui ont de la fièvre en sont phiîôt incommodés que soulagés. Car quel est le médecin qui ne les a pas vus être plus mal après le sommeil qu'avant? Ceux qui sont attaqués d'esqniiiancie trouventtous les jours qu'ils ont plus de peine à avaler après le sommeil, ceux qui ont des douleurs de têles'en plaignent davanlage dans le même temps ; ceux qui sont sujets k la difficulté de respirer respirent avec plus de peine; les personnes atteintes du rhumatisme éprouvent des douleurs plus aiguës lorsqu'elles commencent à s'endormir: aussi se gardentelles bien de se livrer à ce sommeil qui e.-t accompagné d'angoisse, et souvent de spasmes; les pléthoriques se trouvent plus faibles après le sommeil, parce que leurs nerfs ont éprouvé une plus forte compression. Les médecins del'antiquité ont l'ail de semblables observations, puisqu'ils ont désaprouvé le sommeil dans les fièvres , « dans la crainte que la chaleur 3) que la fièvre détermine au dehors ne 3) se jette sur les partfes intérieures ; » et c'est peut-être à ce précepte que se rapporte cet aphorisme d'Hippocrate dans lequel il juge du danger des maladies (aiguës à ce qu'il paraît] {larles effets du sommeil. Le sommeil n'augmente point une légère indisposition , mais il rend beaucoup plus fâcheuse une maladie gpave. — Je vois tous les jours que le

(1) Il est facile de descendre jusqu'à l'Avcrne,

Mais ce n'est qu'avec bien de la peine et de grandes difficullés

Qu'on rcvieni sur ses pas et qu'on peut s'ccliapper pour revenir sur la terre.

Peu de gens ont pu vaincre ces obstacles.

sommeil est nuisible lorsqu'il y a de la fièvre; vous l'avez vu plusieurs fois, comme vous avez eu la bonté de m'en avertir; c'est ce qu'a pareillement souvent vu M. Yoiing, qui sait aussi, comme chacun peut le voir, que les vaisseaux sont fort pleins pendant le sommeil , ce qui est une suite nécessaire de la diminution des sécrétions; et il ajoute que le sommeil produit tous les symptômes de la pléthore, et même de l'obstruction.

Il estaisédecomprendreparlà combien il peut être nuisible dans les mal^lies , et j'ose affirmer, comme un axiome vrai dans la pratique , que le sommeil qui rafraîchit les personnes qui se portent bien, échauffe celles qui ont de la fièvre.

Au premier coup d'œil celle proposition paraît être un paradoxe ; mais quelqu'un qui examinera avec altention les causes du sommeil dans l'état de santé et d ins celui de maladie, et les effets du sommeil, comprendra d'abord ce qui en est. Il arrive ou par le défaut des esprits, ou bien par la compression des nerfs; chez les personnes qui sont en santé , il est le plus souvent l'effet de l'une et de l'autre de ces causes. Les esprits s'épuisent par le travail de la journée, et le soir il s'allume une légère fièvre dont presque personne n'est exempt. Yoiei quel est le soir l'état d'un homme sain : les esprits sont en défaut ; souvent aussi il arrive que la partie la plus déliée des humeurs s'épuise ayant été dissipée par le mouvement; les humeurs crues, provenant des aliments qui ne sont pas encore cuits, font l'effet d'un stimulant; Irès-souvent la tête se remplit plus d'humeurs que les autres parties ; le sang commence à devenir d'une densité inflammatoire, car les longues veilles donnent lieu aux plus mauvaises fièvres inflammatoiies. Le remède vient de la maladie même , et la machine à laquelle le mouvement nuirait devient incapable de ce mouvement; le corps se prépare nécessairement au repos, et ce repos répare les inconvénients qui résultent des actions et de ce qu'an a avalé. — Cela arrive , parce que les impressions extérieures, tant physiques que morales, qui aident à l'action du cœur, cessent, et que la circulation se ralentit. Le pouls devient donc plus rare aussi bien que la respiration, qui, dans la plupart des cas, suit le mouvement du cœur dans une proportion connue. Le sang se meut plus lentement vers les couloirs , il s'ensuit qu'il se sépare une moindre quantité

d'humeurs par les sécrétions , et que la transpiration même qui se fait par la peau est moins considérable, quoiqu'il semble qu'on doive conclure le contraire de la moiteur de la peau, qui vient du peu de matière de la transpiration qui ne s'exhale pas. Le sang' ne perd donc rien ou peu de chose; son mouvement étant moins considérable, il se condense moins, et il devient moins alcalescent ; ce qui est cru se cuit, s'assimile ; étant cuit il s'applique auî couloirs ; il en résulte l'humectation , la réparation et la nutrition des parties solides. Les esprits se réparent, les forces se rétablissent, et on se lève bien portant le matin, après s'êlre couché malade le soir; car l'état d'un homme qui est sur le point de s'endormir est un état de maladie. Le sommeil , en remédiant aux causes de cette maladie, ramène la santé.

Mais l'élat d'un fébricitant est bien différent. Le sommeil chez lui n'enlève point les causes de son indisposition , il ne la diminue donc point ; il est en obstacle à la guérison, dont il augmente la maladie. Une observation incomplète a fait tomber dans l'erreur. On a vu que chez les gens qui se portent bien le sommeil de la nuit ralentit la circulation , et que ceux qui dorment sont rafraîchis; on en a conclu que le sommeil avait la propriété de rafraîchir toujours et dans tous les cas , sans faire attention que ce rafraîchissement vient de la cessation des causes du mouvement et de la chaleur.

On a vu que le sommeil survenait après l'usage de l'opium ; on en a déduit ce précepte : « Le sommeil rafraîchit , l'o- }> pium endort ; donc le dernier effet de 3) l'opium est de rafraîchir, donc l'opium » sera utile dans la petite vérole , lorss> qu'on souhaitera de procurer un rafraî- » chissement exquis. » Mais la proposition est fausse , et la conclusion ^l'est aussi. Le sommeil , encore un coup, ne diminue la vitesse de la circulation et la chaleur que lorsque les causes du mouvement diuiinuent pendant qu'on dort.

Lors même qu'on jouit de la meilleure santé, il survient tous les jours une petite maladie fébrile occasionnée par le travail de la journée, et à laquelle la nature a voulu remédier par ce paisible repos que nous appelons le sommeil ; alors le sommeil est le seul bon fébrifuge.

Mais dans foute autre lièvre il n'a plus cette propriété. Les fonctions du cœur ne sont pas les mêmes dans l'état de santé qu'çlks sont dms U maladie; dims le

halier; 595

premier cas elles cessent pendant le sommeil, mais non pas dans le second : leur effet est donc différent. — Un homme est atteint d'une fièvre bilieuse qui doit se guérir en évacuant le ventre et les urines, et par une copieuse boisson délayante et acide : la fièvre est elle moins forte à son réveil? Point du tout. Pendant le sommeil le ralentissement du mouvement péristaltique donne lieu à des amas, à la stagnation et à une plus grande pourriture des matières putrides des intestins; les urines coulent moins, la transpiration diminue; circonstance que je serais tenté de regarder comme fort importante : les matières acres sont donc retenues dans le sang , et elles sont plus stimulantes; le cœur bat plus fréquemment, la fièvre est plus aiguë. Outre cela le manque de changement d'air fait que la chaleur est plus grande; la boisson manquant, rien n'empêche les progrès de la putridité; le sommeil a donc nui de plusieurs manières. On peut appliquer le même raisonnement à la petite-vérole : le sommeil ne peut empor-, ter aucune des causes de celte maladie , ni la diminuer en rien ; il les augmente au contraire , et retarde la guérison ; il rend donc la maladie plus violente.

Mais, dira-t-on, le sommeil est nécessaire pour réparer les forces , et il est nécessaire que les forces se réparent, donc le sommeil est nécessaire. La majeure est fausse, la mineure est douteuse, et la conclusion est fausse. Comme le sommeil rafraîchit ceux qui se portent bien en empêchant les causes de la chaleur, de même il répare les forces en remédiant aux causes qui les avaient abattues ; mais dans la fièvre elles sont abattues par la maladie, laquelle le sommeil ne diminue pas, et les moyens de les réparer manquent; il ne redonne donc point alors des forces, ce que prouve une observation journalière. Il n'y a que les remèdes qui domptent la maladie qui fortifient véritablement; plus on lui ôte de ses forces , et plus le malade en reprend; et dans ce but quelques onces de jus de citron seront beaucoup plus utiles , dans une fièvre accompagnée de putridité , que le sommeil le plus long.

Ne croyez pourtant pas , cher Haller, que je désapprouve absolument le sommeil et l'usage de tout narcotique dans les maladies aiguës : il s'en faut bien. Je veux seulement dire que le sommeil nuit souvent à ceux qui ont de la fièvre , et que les narcotiques leur nuisent encore

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plus souvent en augmenlant la maladie, et en contrariant les vertus des remèdes. Il m'est souvent arrivé d'observer, et je l'ai encore observé tout nouvellement pendant que j'écrivais ceci , que des tcbricitaiits qui s'étaient mal à propos laissé persuader d'avaler de l'opium le soir, se sont trouves plus malle matin, après avoir passé une cruelle nuit. Je sais par contre qu'il fait de très bons effets lorsqu'on l'emploie dans les maladies, après qu'on a enlevé la pléthore , qu'on a délayé le sang inflammatoire et relâché les Vaisseaux; car alors il agit en qualité de diaphoréliqne et produit des eflels admirables. ftLiis il doit être manié prudemment et par un médecin prudent. M. de Haen a fait d'excellentes observations à ce sujet. — J'ai vu, diins la petite-vérole confluenle , qu'un malade qui n'avait point dormi pendant huit jours entiers, ne s'en était pas trouvé plus mal ensuite; j'ai souvent eu soin d'en faire réveiller d'autres qui tombaient de temps en temps dans l'assoupissement, voyant que leur réveil était accompagné d'angoisse à cause de la suppression de la salivation , dont l'écoulement continuel ne peut être arrêté pendant une minute, que le gosier n'en devienne plus enflé. Je l'ai vue aller à ia quantité de sept livres dans l'espace de vingt-quatre heures. La salivalion dure quelquefois plus long-temps , et, après qu'on a déjà surmonté la maladie, et même jusqu'au trentième jour , comme je l'ai vu , elle incommode les malades : mais je n'ai pas voulu la faire cesser , car c'est une crise utile et qui cesse d'elle-même à mesure que le sang acquiert une nouvelle disposition et que les solides se fortifient, surtout lorsqu'on prend de l'exercice. Je me souviens d'avoir vu une fille étique dont la maladie avait commencé par une toux, qui était survenue après avoir supprimé la salivation au moyen d'un gargarisme astringent.— Il ne manque point d'autres raisons à alléguer contre l'usage de l'opium dans la fièvre secondaire de la petitevérole ; car,

7° Le médecin doit choisir des remèdes qui soient tels , que non-seulement ils favorisent les crises qui doivent procurer la guérison de la maladie (or nous avons vu que l'opium leur est contraire à toutes), mais aussi qu'ils éloignent les symptômes qui , lorsqu'ils surviennent, rendent la maladie mortelle. Tant s'en faut que l'opium ait cette propriété dans notre cas , puisqu'il est plutôt propre h

exciter tous ces symptômes. La plupart de ceux qui meurent de la petite-vérole périssent par la léthargie ou par l'orlhopnée, qui vient des humeurs qui se sont accumulées dans les poumons : oii trouvera t-on un remède qui puisse tuer plus siirement de ces deux manières? — On craint continuellement qu'il ne survienne la phrénésie , l'esquinancie , la pleurésie, la péripneumonie , l'inflammation du foie, la rétention d'urine et la gangrène des intestins ; on chercherait en vain un moyen d'occasionner plus promptement ces accidents.

8° Les malades ont des angoisses, ils sont souvent en délire, ils éprouvent de la chaleur et delà soif;roi)ium don ne de l'angoisse, du ûé'Jire, delà chaleur et de la soif.

9° L'opium fait les mêmes effets que le vin. Qui est -ce qui ferait boire du vin à longs traits, lorsque la suppuration est dans toute sa force ?

10" On éprouve quelquefois des démangeaisons insupportables. Qui est-ce qui ignore que l'opium les augmente?

1 1° Je vois que les plus habiles médecins défendent absolument l'usage de l'opium dans les fièvres aiguës , ou que du moins ils l'emploient avec beaucoup de circonspection; je ne puis pas comprendre pourquoi on l'emploie si hardiment dans la fièvre secondaire , qui est peut-être la plus aiguë de toutes les fièvres , à moins qu'on ne croie qu'il est doué d'une vertu spécifique anti-variolique ; ce que je n'ai pas appris que personne ait pensé. La fièvre de la petitevérole fournit les mêmes indications que la fièvre putride la plus terrible : Rivière a conseillé autrefois de traiter celle-là comme celle -ci : comment est-ce que le même remède agira différemment dans des maladies tout-à-fait semblables?

Passez enfin en revue toutes les propriétés de l'opium , vous n'en trouverez aucune qui ne soit contraire aux véritables indications , excepté peut-être celle qu'il a de faire suer et d'apaiser les douleurs. Mais pourra-t-il êire utile de ces deux manières? Point du tout. JoSuivant les préceptes de la médecine ancienne aussi bien que suivant ceux de la moderne , on ne cherche point à faire suer pendant qu'il y a de la fièvre; 2° pour faire suer, il est nécessaire de faire que les humeurs se portent à la peau , et que de plus elle se trouve dans un état qui ne s'oppose pas à cette évacuation; mais il se trouve tel dans la petite-vérole, que la sueur oe peut en aucune façon avoir

lieu. Il est donc dangereux de forcer les humtiirs à se porter à la peau ; il ne s'ensuit aucune ëviiciiation , mais une plus grande tension et iiiflariim^ition de la peau ; l'irritation en devient plus grande et la fièvre au(;meiite. Et cette impossibilité n'est point inconnue aux habiles gens qui emploient l opiuni; car en même temps ils clicrclient à évacuer les humeurs par le ventre et par les urines, évacuations qu'ils ont soin d'ailleurs de supprimer lorsqu'ils veulent exciter la sueur; ils imitent en cela litlèlenient la nature, dont nous prévoyons la tendance à opérer une sécrétion à la peau , lorsque les selles se suppriment et que les urines coulent moins.

Il a])aiscra les douleurs. Mais assurément il augmente les causes de la douleur, savoir : l'eiig-orsement des vaisseaux et l'inflammation de la peau. 11 ne lui reste doue d'efliCMcilé qu'autant qu'en émouss.int la sensibilité du siège commun des sensations, il ôte à l'àme la faculté de sentir la douleur. Mais cet engourillssement vient de ce qu'il augmente la compression du cerveau; or, combien n'y a-t-il pas de danger à procurer le soulagement des douleurs, lorsqu'on ne peut y ])arvenii- qu'en augmentant la cause des douleurs et toutes les aulres circonstances les plus graves de la maladie? — L'opium est donc un remède dangereux dans la fièvre secondaire de la petile-vérole , en tant qu'elle est une fièvre aiguë , inflammatoire et putride , et qu'il augmente tous le-; symptômes que la fièvre excite. — Je parie d'après mon expérience , je ne dis rien que de véritable. Il est vrai que pendant deux ans j'ai quelquefois été dans l'incertitude, n'ayant pas encore assis mon jugement au sujet de l'opium ; mais depuis dixsept ans , tant que j'ai été seul consulté et que j'ai pu agir à mon gré, je n'ai jamais employé les narcotiques dans une fièvre secondaire dangereuse , et j'en ai vu plusieurs et de très fâcheuses; et je puis assurer en toute vérité que je n'ai perdu aucun des malades que j'ai traités ainsi. Ayant été très- souvent ap|)elé pour des malades qui avaient été assez mal avisés que de prendre du diacode à grandes doses, sans corriger ses qualités nuisibles par un régime assez rafraîchissant, j'ai eu la douleur de lui voir produire de très mauvais effets, auxquels j'ai eu le bonheur de remédier quelquefois, '5)râce à la bonne Providence, par l'usage

dec

purgalifs et des acidçsj d'autres fois les

remèdes ayant été employés trop tard, ils ont été sans succès. — Je fus appelé à la campagne au printemps de 17 64, auprès d'un gentilhomme âgé de cinquante ans, qui , étant au septième jour de sa maladie, usait de narcotiques p;ir le conseil de deux autres médecins. Je le trouvai attaqué d'une esquinancie , qui s'était manifestée depuis quelques heures , et qui l'empêch iit déjà d'avaler et de boire. Je conseillai inutilement la saignée ; j'obtins qu'on suspendît l'usage des narcotiques pendant vingt -quatre heuics.

On donna plusieurs lavements au malade, et il put avaler. Le neuvième jour on eut de nouveau recours aux narcotiques ; le gosier se boucha après la seconde dose. Le dixième le délire survient , et le passage est fermé à tous les remèdes. Je sollicite en vain la saignée, l'usage des lavements et l'abstinence des narcotiques , que le malade ne pouvait pas avaler, afin qu'il pût boire quelques heures après. Mais on mêlait du diacode dans sa boisson ; il survient de l'angoisse , le délire augmente , et le pharynx s'obstrue derechef. Le douzième jour le malade tombe dans la léthargie. On le saigne au pied et au bras par le conseil de cinq médecins, mais c'était trop tard; on applique des cantharides, quoique nous nous y opposassions le médecin ordinaire et moi ;on enveloppe le malade dans la peau d'un mouton écorché eu notre présence , pour se conformer à une pratique populaire extravagante et nuisible. Le ronflement survient la nuit suivante, et le malade meurt. Ce père de famille vivrait vraisemblablement encore pour le bien de la société , si on avait mis de côté le diacode , et qu'on lui eût fait boire autant d'onces d'esprit acide ; car j'ai vu plusieurs personnes couvertes d'une grande quantité de boutons de petite vérole, qui n'ont eu ni délire ni angoisse, pas même pendant une minute, et qui se sont tirées d'atlaire à souhait : mais il est vrai qu'elles n'ont pas seulement avalé une goutte de sirop de coquelicot.

Faut-il donc taxer tous les plus grands médecins de l'Europe, à l'exception peutêtre d'un ou deux, faut-il taxer ces principaux chefs de la vraie médecine , qui cherchent à modérer la violence de la fièvre de suppuration par le moyen de l'opium? A Dieu ne jilaise! Il en est plusieurs pour qui personne n'a plus de vénération que moi, et leur méthode est si parfaite à tout autre égard, que l'em-

Ï^ETTRE

ploi qu'ils font d'un seul remède qui ne s'accorde pas parfaitement avec leurs principes ne peut presque pas être dangereux. D'ailleurs, ils sont si sages et si expérimentés, que j'oserais jurer que, quoiqu'ils recommandent l'opium en thèse générale , ils s'en abstiennent d:ins plusieurs cas. Et puis ils prescrivent le plus souvent le sirop diacode , qui , tel qu'il est dans les boutiques, est, comme je l'ai vu souvent, plutôt adoucissant que narcotique ; quelquefois même il tient plutôt des acides, à raison du sucre, que des qualités de l'opium. Cette difi'érence avait déjà lieu du temps de Sydenliam , à ce qu'il paraît par une observation très-connue, qui est de cet auteur. Savoir : que les femmes hystériques se trouvent bien de l'usage du laudanum liquide , et mal du diacode , et par une règle de précaution qu'il nous a transmise, en disant que l'expérience a prouvé que l'opium liquide, qui est d'ailleurs d'un si grand usage dans la petite vérole, échauffe quelquefois , et que le diacode ji'a point cet inconvénient.

Il faut donc bannir l'usage de l'opium du traitement de la petite vérole? Point du tout; il a mérité des éloges dans cette maladie, et même des éloges distingués , mais non pas dans le cas pour lequel on le recommande principalement.

Je l'emploie, 1° lorsque les forces vitales paraissent affaiblies , et que la nécessité demande des cordiaux. Par exemple, il se présente souvent à moi des enfants délicats, faibles, qui ont le genre nerveux trop mobile, qui sont attaqués avant l éruption de symptômes it réguliers , qui , les premiers jours de l'éruiition, ont le pouls inég.il et faible , qui sont refroidis et tombent en syncope. Alors , je ranime les forces par l'usage de l'opium, qui est le plus excellent remède que l'on puisse donner toutes les fois qu'il s'agit de chasser un venin errant de l'intérieur à l'extérieur. C'est ainsi qu'au moyen d'une seule dose, un peu grande à la vérité, de laudanum liquide, je dissipai, il n'y a pas long-temps, entièrement une angoisse des plus cruelles qu'éprouvait depuis huit jours un homme de qualité , le venin de la goutte lui irritant l'estomac. Une violente douleur se jeta sur l'articulation, et l'estomac fut dégagé. — Mais dans la petite vérole l'usage de ce remède peut facilement dégénérer en abus. Le "venin étant déposé à la peau, les forces, qui auparavant étaient abattues , se raniment d'une manière étonnante , et si

on ne met pas de côté l'opium qui a sauvé la vie , il l'ôtera bientôt à l'approche de la fièvre de suppuration qui est des plus violentes , et qu'il faut calmer par les plus puissants rafraîchissants. J'ai guéri l'été dernier un enfant qui avait pris une drachme et demie de laudanum liquide entre le troisième et le quatrième jour de la maladie ; la mobilité et la faiblesse rendant ce remède nécessaire , l'éruption fut abondante et parfaite , et le malade fut très-bien pendant quelques jours. Entre le neuvième et le dixième jour, il prit six drachmes d'esprit de soufre, parce que la fièvre de suppuration le demandait. Il est rare que j'aie vu un pareil changement chez les adultes ; mais lorsque j'ai vu que les enfants, aussi biea que tous ceux qui étaient d'une constitution délicate, qui avaient le genre nerveux mobile et l'esprit abattu , avaient besoin d'opium, je leur en ai donné hardiment dans la vue de donner de la force à la circulation, d'ap:iiserrirritalion des nerfs et de redonner de la vigueur à l'esprit.

2" Ce remède est d'un grand usage pour les enfants qui ont eu une petite vérole bénigne, mais qui suppportent avec peine la douleur que leur causent les boutons, ou qu'on ne peut pas engager à garder la chambre; alors l'opium endort les douleurs, il empêche le refroidissement, et la maladie parcourt paisiblement ses périodes ; car les inconvénients qui peuvent résulter de la petite dose d'opium qu'on donne en pareil cas ne sont que d'une petite ou même de nulle conséquence.

3" Lorsque dans le temps de l'éruption les humeurs se jettent sur les intestins sans qu'il y ait d'inflammation , et qu'il survient une diarrhée qui menace d'abattre entièrement les forces, j'ai vu alors l'opium surpasser mon attente en forçant le virus à retourner à la peau ; la diarrhée étant arrêtée, la peau devenait moite, les exanthèmes repoussaient et les forces revenaient.' — Il arrive aussi quelquefois, dans les petites véroles malignes, que, le ventre étant trop relâché pendant toute la maladie, il en résulte un aliattementtolal des forces, avec de fréquentes défaillances et le refroidissement des extrémités: j'ai souvent alors été obligé d'employer l'opium à grandes doses; je n'ai même pas craint d'avoir recours au diiiscordium qui fortifie un peu les intestins, à raison de sa qualité légèrement astringente. Il est alors à propos d'y joindre l'usage de la mixture simple, en la

A M. DE HALLER

mêlant avec des esprits purement acides. Ne me taxez pourtant point d'user ici d'un mélange mal assorti, après avoir blâmé plus haut un pareil défaut; car ce n'est point au même symptôme que j'oppose l'opium et les acides, qui sont de qualités contraires ; mais lorsque j'ai le chagrin de voir que le malade est attaqué d'une diarrhée symptomatique qui pourrait lui causer la mort , j'arrête cette diarrhée par les remèdes qui lui sont propres , tandis que je combats de toutes mes forces la putridité qui est la cause (Je la maladie.

40 Si les malades, surtout ceux qui sont jeunes, ont employé des remèdes trop chauds, ou qu'ils aient trop pris d'aliments, et que leur régime n'ait pas été rafraîchissant ; s'ils ont eu long- temps le ventre resserré, si on l'a lâché à contretemps par des remèdes trop acres , si on a trop renvoyé la purgaliou , si enfin on a commis quelque faute par rapport aux six choses non naturelles ((); alors , dans le temps du dessèchement des boutons , ces malades sont souvent attaqués d'une diarrhée abondante, dont l'effet est nonseulement d'entraîner les restes du venin, mais encore de fiire que les intestins étant irrités par le venin, toutes les b limeurs y affinent; les pustules s'a baissent bientôt, s'exténuent, se vident et deviennentsemblabiesàunebourse vide eu sorte qu'on peut alors les appeler avec raison des pustules siliqueuscs; la jteau devient pâle et flasque ; les syncopes et le délire surviennent ; les exti émitcs se refroidissent et le malade périt. Je sais que plusieurs sont morts de celte manière. J'ai été témoin de la mort de deux pour lesquels on m'avait appelé trop tard. Le premier rendait le dernier soupir au moment où j'entrai dans la chambre ; le second vécut encore deux heures. J'en ai sauvé plusieurs auprès de qui j'avais été appelé à temps, en leur faisant prendre beaucoup de laudanum , dont l'effet est

(1) Les médecins scolastiques ont appelé ainsi les choses qui n'entrent point dans la composition du corps liuniain, mais qui entretiennent la vie et la santé par leur bon usage et leurs conditions requises, ou qui les détruisent par leur abus et leurs mauvaises qualités; ce sont : l'air, les aliments, tant solides que liquides, le mouvement et le repos, lo sommeil et la veille, les matières ou les humeurs retenues ou évacuées, et les passions de l'âme.

de réprimer l'excès du mouvement péristaltique, et de rétablir la circulation cutanée ; j'y joins la boisson du lait , qui, à raison de sa qualité émoUiente, enveloppe les matières acres, et qui répare les forces. — Les vésicatoires sont aussi utiles dans ce cas, mais ils opèrent un peu tard; et ce qui ne plaira peut-être qu'à un petit nombre de lecteurs, c'est que l'opium et les cantharides sont des remèdes qui agissent d'une manière an dogue dans la petite vérole et dans quelques autres maladies , et que je les ai fort souvent employés en même temps. Les cantharides raniment les forces comme l'opium, elles font de même couler les humeurs à la peau, et arrêtent la diarrhée. J'ai souvent employé utilement l'opium , lorsque, le malade étant faible, l'éruption avait été précédée d'un sommeil accompagné de spasmes ; et il a produit dans l'espace d'une heure l'effet que les vésicatoires auraient fait trop tard. — Il y a un seul symj)tôme dans lequel je m'abstiens d'user des narcotiques, quoique leur eft'et soit si salutaire dans les. autres cas; savoir: lorsque l'acrimonie virulente ayant quitté la peau se jette sur lespoumons, le pouls étant très fréquent, très-vite et faible, la peau étant sèche, y ayant de l'oilhopnée, de l'angoisse et du délire. Ce cas est assurément grave et des plus dangereux qui s'offrent au médecin dans la petite vérole. J'y ai quelquefois remédié heureusement , lorsque j'ai été appelé tout de suite, en faisant appliquer des vésicatoires très-forts et larges aux gras des jambes, et prescrivant de boire abondamment et chaudement de la décoction d'orge et de sureau mielb'e, avec de très-petites doses de soufre doré d'antimoine. Au bout de quatre ou cinq heures la fréquence du pouls diminue, l'angoisse ces->e, la peau devient moite et les forces augraeiiteiit. La |ioitrine étant tout-hfait dégagée et la fièvre abattue , on peut aider à la nature avec un léger narcotique ; il convient de faire suppurer longtemps les jambes. — Les cantharides sont fort nuisibles dans cet assoupissement, qui vient de la violence de la fièvre et . delatrop grande plénitude des vaisseaux:

elles nuisent surtout dans une violente fièvre de suppuration, malgré tout ce qu'ont pu dire, il y a trente ans , l'illustre J. Freind et ses sectateurs pour s'opposer à ce sentiment; et je vois avec plaisir que les modernes abandonnent cet usage. Si jamais eilcs ont été utiles dans celte fièvre, elles l'onl clé unique-

eoo

LETTRE

mcnl en évacuant une grande quantité tk' pus; mais cet avantage est accompag!ié de tant d'inconvénients, que ce serait commettre une faute très-£,'rave que d'employer les cantliarides dans ce dessein, surtout tandis qu'on peut se promettre le même avantage, sans tous ces .inconvénients , en faisant des incisions aii\ jambes et aux bras; méthode que les Anglais emploient depuis long-temps, et que l'on suit en-deçà de la mer, depuis quelques années : d'ailleurs, il reste douteux si les canlharides évacuent un ■vrai pus variolique existant avant leur application, ou un pus qu'elles auront nouvellement produit. Voici quels sont les ciïets des cantharides mis en parallèle avec les indications : \° elles augmentent la fièvre, l'inflammation, la chaleur el la putriditéqae nous cherchons à diminuer.

P.inarole a vu les canlharides accélérer si fort la circulation que, durant la lièvre qui en résulta, le sang s'ouvrit un che- Miin par une veine qu'on avait ouverte plusieurs heures avant l'application de ces mouches ; S" elles excitent l'inflammation delà ])eau, laquelle on doit chercher à apaiser ; 30 elles diminuent souvent l'écoulement des urines, tandis qu'on doit favoriser cette évacuation ; i'' elles rendent souvent les douleurs plus aiguës, lan'lis qu'il est question de les adoucir; Scelles font obstacle à la liberté du ventre, qui est un avantage que l'on désire : en un mot , elles ne satisfont à aucune indication, et sont en opposition à plusieurs.

Un léger narcotique est utile après les purgations sur la fin de la suppuration , comme c'était la coutume de Sydenhani ; car les convalescents ont le genre nerveux mobile, et les purgatifs excitent des désordres que l'opium réprime. On me fera peut-être celte question : Puisque vous mettez de côlé les narcotiques dont les autres médecins se servent pour diminuer la violence de la fièvre, quel remède employez-vous? Je réponds que j'emploie la même méthode rafraîchissante qui était familière aux Arabes , el qu'a si bien exposée M. de Haen , cet homme si cher à la médecine par tant d'endroits, et pour qui j'ai beaucoup d'amitié. L'omission des narcotiques Ji'ôte rien à l'eflicacité de cette méthode: m>Hë outre cela je l'augmente en y joignant un usage abondant d'esprits acides. — Les acides végétaux, que les Arabes avaient déjà recommandés, ont été employés par plusieurs médecins jusqu'au temps de Sjdenham , quoiqu'on même

temps ils prescrivissent, ensuite d'un préjugé aveugle, des absorbants, de bezoardiques et des compositions thériaciles. Sydenham ne faisait pas grand usage de ces acides ; niais dans une espèce de petite vérole maligne gangréneuse , qui fit beaucoup de ravages l'année 1670 et qui revint en lC7i, il employa enfin cette dernière année l'esprit de vitriol, en en faisant mêler dans la bière, jusqu'au point de la rendre d'une acidité agréable; il parle de rechef du même remède employé dans le même cas, dans son excellente lettre à G. Cole, et dans son Procède entier' (1). Mais ce qui vous étonnera, c'est qu'il avertit partout qu'il faut employer ce remède jusqu'à ce que l'éruption des boutons soit complète, et qu'il paraît l'abandonner dans le temps de la suppuration ; il n'a donc pas su combien il était efficace contre la fièvre secondaire.

Les médecins anglais, qui ont d'ailleurs si fort enrichi la médecine , et à qui je reconnais volontiers et avec gratitude que je dois beaucoup d'excellentes choses , suivant les traces de Sydenliain , emploient l'esprit de vitriol avec des aromates dans les petites véroles malignes anomales; mais ils gardent le silence sur son usage dans la fièvre secondaire: ils ne l'auraient pourtant pas gardé, s'ils avaientsucomme moi qu'il n'y a pas de plus puissant secours que celui-là (2); et ils agissent assurément d'une manière conséquente, en ce que tandis qu'ils emploient les narcotiques dans le dessein d'apaiser la fièvre, ils s'abstiennent des esprits acides; car ce sont des remèdes qui ne s'accordent point, et qui se détruisent mutuellement , comme il paraîtra plus bas. Mais j'ai lieu d'espérer que l'illustre ïralles , qui connaît les dangers de l'opium , se rangera facilement à mon avis, et qu'il approuvera l'usage des esprits acides ; et assurément je me réjouirai et me ferai honneur de son consentement, comme je me fais honneur d'avoir en ma faveur

(1) In process7i intégra.

(2) Lorsque j'ai écrit ceci, je ne connaissais pas un petit ouvrage de M. Langrish, publié peu de temps auparavant sous le lilre de Plain directions in regard to the snudl pox, dans lequel il recommande un usage abond;int des acides, et même des acides minéraux , contre la violence de la (iôvre de suppuration, et où il borne l'eflicacité des narcotiques.

A M. DE HALLER

celui de Sydenham qui ne l'avait pas prévu; car ce qu'il dit de la véritable vertu de l'esprit de vitriol est un consentement pour moi. — Mais je ne puis pas comprendre comment un si grand médecin ne l'a pas employé comme une ressource assurée contre la furie de la suppuration, toutes les fois que je lis dans ses écrits : Je pensais que t esprit de •vitriol pouvait satisfaire à l'une et à Vautre de ces intentions , de résister à la putridité et d'abaltre l'extrême chaleur ; car c'est parce que ce remède a cetle double efficacité, qu'il remplit les indications de la fièvre variolique , surtout s'il fait couler les urines et la salive (I). Or, les esprits acides sont capables de produire tous ces effets , suivant l'avis que vous en avez donné le premier, monsieur, si je ne me trompe, et que personne d'autre n'a peutêtre donné jusqu'ici, lorsqu'en faisant l'histoire d'une épidémie qui a régné à Berne et dont la putridité demandait des acides, vous dites : Le neuvième jour au soir, on ajouta à la boisson du p/deg/ne de soufre. Le dixième jour, les mêmes pustules (noires) sont devenues jaunes après avoir fait usa^e d'un acide plus fort, et l'appétit est un peu revenu. Mais on n'a pas l'ait assez d'attention à ces belles observations , et il paraît que si elles ont servi de guide à quelqu'un, ce n'est qu'à un petit nombre de médecins. ■ — L'état de cette fièvre devient très-dangereux par la chaleur, par l'inflammation de la peau, par l'arrêt de la transpiration , par la résorption continuelle du pus, dont le passage dans le sang excite toujours de la fièvre, comme personne ne l'ignore, et par l'état de putridité des humeurs qui est si contraireà la naturehumaine.Elleindique donc un remède qui diminue la chaleur de la fièvre, qui fdsse sortir par d'autres couloirs la matière de la transpiration ([ui est retenue, qui empêche les effets de la résorption du pus , et qui écarte la putridité qui commence à s'emparer des humeurs. C'est ce que peuvent faire les esprits acides dans les cas les plus graves , mais non pas d'autres remèdes, même les mieux choisis. J'ai vu , dit M. Th.

Schwenche, le lait de beurre et le jus

(l) Il n'augmente pas proprement la salivation; car tandis que les malades urinent beaucoup, ils ont moins besoin des autres évacuations, et ils crachent réellement moins, mais ils crachent avec facilité, et ils ne souffrent pas delà salivation, comme cela arrive souvent lorsqu'on emploie un© autre mélliode,

de citron ne rien changer chez un malade à la putridité variolique, mais dégénérer dans peu en celte putridité.

J'avais employé heureusement les acides minéraux dans les peliles-véroles malignes, proprement ainsi dites , surtout dans les sanguinolentes; je les ai opposés, pour la première fois à la lin de l'année 1754 , à la fièvre secondaire, dans un cas grave auquel je ne voyais aucune espérance de pouvoir remédier par les acides végétaux; et par les autres remèdes que l'on vanle pour ces sortes de cas. Une esquinancie était sur le point de se manifester; je l'éloignai par le moyen de la saignée , et j'eus soin que la malade l)ùt à diverses reprises, dans l'espace de trois heures, une mixture composée de deux drachmes d'esprit de nitre, mêlées avec autant d'onces de sirop de violette qui en devint d'un beau ronge, et d'une grande quantité d'eau de fontaine. Cela fit que la fièvre diminua, et que les urines coulèrent abondamment et au-delà de mou espérance. Je conli- . nuai à en conseiller l'usage , mais à plus petite dose; je lâchai le ventre, et la malade, que j'avais craint de perdre , réchappa heureusement : je l'aurais sans doute perdue si j'avais manqué de lui faire prendre de l'esprit de nitre. L'année suivante, qui a été fort féconde en petites-véroles , j'ai souvent employé le même remède , et j'ai guéri heureusement plusieurs malades attaqués des petites-véroles confluentes les plus terribles, en prenant gnrde que pendai>t tout le cours de la maladie, ils ne goûtassent absolument rien que de la tisane d'orge , des émulsions, du jus de citron , du sucre, des esprits acides, de l'eau de fontaine, et en m'abstenant surtout de l'usage des narcotiques. Je prescris les esprits acides, non-seulement dans la fièvre de suppuration , mais aussi toutes les fois que la fièvre est trop allumée ; et ils n'ont pas encore Irompé mon attente. Tout nouvellement, j'ai eu à traiter une fille de dix ans chez qui il se manifesta, environ la soixantième heure de la maladie, une fièvre si violente accompagnée de délire, d'angoisse, et de je ne sais quelles taches très-petites et brunes à la peau , qui étaient sans doute des ecchymoses occasionnées par la violence de la fièvre, que j'étais en peine de ce qui en résulterait. Après un lavement, je lui fis prendre trois drachmes d'esprit acide dans l'espace de quatre heures.

La fièvre diminuait peu à peu. La malade

LETTRE

passa une nuit tranquille, et le matin il se mnnil'esla une rosée de sueur avec les pi'emières j)ustiiles d'une petite-vcrole très-bénigne. Je donne ces acides à tièsgrandes doses dans la fièvre de suppiiration, et j'ai guéri en dernier lieu une malade qui n'a avalé, dans l'espice de quarante heures , que deux onces d'esprit de soufre avec dii sirop de violettes, et de très-légères émulsions.

J'ai vu cet automne des enfants attaqués de saignements de nez et de pissejnent de sang-, avec de vilains boutons et un pouls Ircs-fréqueiit , qui se sont guél'is heureusement en ne prenant pour toute nourriture, pour toute boisson et pour tout remède , que de grandes doses d'esprit acide adouci avec du sirop du fruit du mûrier des haies. Je n'ignore pas que des auteurs de poids conseillent en pareils cas l'usage de divers astringents, de l'alun, du cachou, du sang de dragon ; mais qu'il me soit permis de dire , sauf le respect que je dois à de si grands médecins , que ces médicaments ont bien des inconvénients, et que je n'ose les prescrire, les abandonnant à ceux qui les vantent et qui sont plus habiles que moi. Leur principiile verlu dépend d'un principe acide qu'il est plus sîir de faire prendre tout pur.

D'autres conseillent l'usai^e de l'écorcc du Pérou , que je ne veux pas priver des éioges qu'elle mérite d^ns le traitement delà petite-vérole; mais j'avoue que je ni! l'ai pas encore employée dans une fièvre secondaire un peu considér.ible , après celte maladie qui est véritablement inflammatoire , parce (ju'il ne m'a jlunais paru qu'on pût l'employer sûrement; et je voudrais qu'on l'employât avec préciution dans le pissement de sang. Elle ne paraît assurément pas propre à remplir les indications de la fièvre secondaire; elle est en opposition avec quelquesunes : mais comme elle est fort utile dans les fièvres malignes, elle Test aussi dans ces petites-véroles malignes où on voit que les fibres sont relâchées , que le sang est dissous et pulride, que la faiblesse est très-grande, et qu'on a à tout moment à craindre qu'un sang gâté et putriJe ne donne lieu à la gangrène. Alors, en prenant le quinquina pendant tout le cours de la maladie , à la dose de trois , quatre ou cin([drachmespar jour, il fait prendre a la maladie une tournure favorable.

Chez un enfant de douze ans h qui, après une terrible maladie, il élait tombé une partie de la mâchoire inférieure , il a

très-bien terminé la cure en le donnant à très-pjMiles doses, mais souvent réitérées ; il bu\ ait en même temps du lait de vache qui lui serv;iit de nourrilure, en en prenant souvent par cuillerées. Le ffiiinquina est aussi utile contre cette fièvre lente qui est quplquefois la suite d'une petite-vérole très-fâcheuse, mal trailée ou maligne, et il prévient la consomption. Enfin on l'emploie utilement lorsqu'il arrive, comme je l'ai vu, qu'une fièvre inlerraittentc se joint à la petitevérole. Datis tous les autres cas il n'est pas aus?i utile, si tant est qu'il ait alors quelque utilité.

Un reiiièile dont les vertus ne diffèrent pas beaucoup de celles du quinquina, c'est le camphre, que vous avez employé le premier dans le traitement de la petitevérole ; pralif[ue que plusieurs médecins ont suivie d'après votre exemple, et que j'ai vu très-bien réussir dans quelques espèces de petites-véroles malignes, en combinant cet usage de camphre avec celui des acides. Voici quelles sont ses vertus dans celte maladie , comme je l'ai appris par l'expérience : il ranime doucement les forces; en agissant sur les fibres comme un stimulant modéré, il résiste au virus pulride , et le porte à la peau; il n'est personne qui ne comprenne très-f.icilement combien ces vertus le rendent utile dans certaines i)etites-véroles. On com[)rendra en môme temps qu'il pourra le plus souvent être nuisible. Il possède plusieurs des propriétés de l'opium, et il est exempt de plusieurs de ses défauts ; aussi devrait-on souvent le substituer à la place de ce remède : dans certains cas, il n'est point mal à propos de les marier ensemble , et je vois que déjî en 15Gi ce mélange fut employé dans la peste , qui est la plus maligne de toutes les maladies, et qu'il était fort du goût de Conrad Gesner , ce grand homme, que j'appellerais volontiers le Haller de son siècle , du moins pour la médecine; car personne n'ignore, à moins qu; d'être tout-à-fait novice dans l'histoire civile et ecclésiastique, que ce siècle a eu ses lîaller qui étaient vos ancêtres, et dont les uns étaient grands théologiens , les autres grands politiques; que Chr. lîaller, d heureuse mémoire, a été notre réformateur en 1628, et que la république de Berne a eu des avoyers de ce nom qui OU mérité de grands éloges en tenant les rênes du gouvernement, et à la tète des armées.

Je revicas aux acides dont l'usage pro-

A M. DE HALLER

cure au malade les avantages suivants : 1» La salive s'écoule sans discontinuer, ce qui à la vérité empêche le sommeil, comme je l'ai déjà dit; mais qu'importe encore un coup ? la destruction des causes de la maladie est un sommeil pour les malades, et cet écoulement est facile; car pendant qu'on fait usage des acides, la salive ne s'épaissit pas , et la salivation ne dure pas si long-temps ; car 2° l'urine coule fort abondamment, et sousirait la matière de la salivation. 3" Le ventre, que les narcotiques constipent fortement, est libre pendant qu'on use des acides , et les lavements seuls procurent souvent de copieuses évacuations. Il n'en résulte jamais celte diarrhée dont j'ai parlé plus haut, qui est causée par des impuretés acres amassées dans les intestins ou déposées sur ces parties, laquelle n'est jamais exemple de danger ; car autant il est utile que le ventre soit libre pendant tout le cours de la maladie, autant il convient qu'il soit un peu plus relâché, soit de lui-même , soit par le secours de l'ait, dans le temps de la suppuration , autant aussi est nuisible une diarrhce abondante qui survient tout d'un coup sur la fin du dessèchement. 4" La fièvre, la chaleur, la soit', l'angoisse et la démangeaison augmentent beaucoup moins.

6o On n'a point d'esquinancie à craindre, et ce que j'ai souvent admiré et que j'attribue à je ne sais quelle vertu spécifique des acides , je n'ai jamais observé ni délire , ni phrénésie, pendant leur usage. 6° M. de Haen , cet homme né pour avancer les progrès de la pratique, se plaint « qu'il est une cause bien difficile « à découvrir, qui change les petitea-vé- » rôles les plus bénignes en malignes , et 3> qu'on a vu quelquefois la petite-vérole «se terminer par une mort subite, sans « aucun affaissement de boutons. « Sydenham , Freind et d'autres s'en sont plaints; et j'ai vu l'un et l'autre de ces cas. En 1755, je fus appelé pour un enfant le dixièmejour de la maladie; je le trouvai déjà mort, ayant une petite-vérole très-belle et discrète à la vérité, mais dont les boulons étaientnombreux :

cet enfant, à ce qu'on m'a dit , qui jusque là avait été bien suivant sou état, avait été tout- à- coup attaqué d'une Cruelle douleur de tête, et avait expiré au bout de deux heures. On ne voulut point consentira l'ouverlure du cadavre; il se serait sans doute trouvé du pus dans la tête. Mais d'oii est-ce que ce pus avait été repompé , les pustules étant pleines ?

Quelqu'un qui aura lu avec attention les ouvrages de M. de Haen n'ignorera pas quelle pouvait en être la source. J'ai vu plusieurs autres malades qui, ayant une petite-vérole assez légère, étaient attaqués de symptômes irréguliers , surtout dans le temps de la suppuration ; la ma-" ladie , de bénigne qu'elle était, devenait maligne. Quelquefois j'ai pu à l'aide de Dieu, écarter le danger; d'autres fois cela ne m'a pas été possible. C'est toujours la résorption d'un miasme putride qui est la cause de ces tristes changements ; car c'est de l.i putridité que vient la malignité, ou bien on meurt souvent de mort subite, parce qu'il se fait un dépôt de cette matière putride sur quelque partie noble. J 'ai vu une inflammation du foie mortelle, provenant d'une pareille cause. L'illustre premier médecin de la maison d'Autriche a averti que CCS cas arrivent rarement , lorsqu'on emploie la salutaire méthode qu'il décrit ; il est permis de douter s'ils ont lieu lorsqu'on fait usage des acides minéraux ,• car je ne l'ai pas encore vu , et cela n'est pas étonnant, car tout ce qui se mêle de nuisible au sang est corrige sur-lechamp, et s'évacue par des couloirs qui sont toujours ouverts. 7° Je n'ai jamais observé , même après les petites-véroles les plus fâcheuses, les reliquats inquiétants et souvent insurmontables que produisent par-ci par-là ces dépôts d'un virus retenu et qui n'a pas été dompté.

J'emploie les acides minéraux en tout temps, toutes les fois que la fièvre augmente trop, et toujours lorsque la maladie est un peu grave , dès la première attaque de la fièvre de suppuration jusqu'au moment oii elle a tellement diminué que je puis en conclure avec assurance qu'il n'y a plus de danger. Ce remède utile n'a trompé mon espérance que deux fois, chez deux femmes âgées de cinquante ans , dont la santé était déjà très-mauvaise , el que je ne pus voir que rarement, parce qu'elles étaient à la campagne ; et une expérience multipliée m'a conduit à la ferme persuasion que les acides minéraux sont le meilleur frein, connu jusqu'ici , qu'on puisse o])poser à la furie de la petiie-vérole : c'est pourquoi je prie instamment tous les médecins d'en faire l'expérience autant qu'ils le pourront sans faire us ige des narcotiques; car on peut espérer avec assurance qu'on guérira, par le moyen de ces acides , les petites-véroles les plus terribles, qu'on ne pourrait pas guérir par 1 s au-

LETTRE

très méthodes les plus excellentes. — Mais j'avertis encore une l'ois quiconque vouLlra éprouver les vertus des acides , de prendre garde de ne pas se servir des narcotiques qui leur ôteraient de leur etlicacité; car les vertus des uns sont entièrement opposées à celles desaulres.

Qu'il me soit permis de mettre en peu de mots cette différence sons les yeiu. Les narcotiques augmentent la clialeur et la putridité; les esprits acides corrigent ces mauvaises quaiiiés : les premiers de ces remèdes augmentent la ditûculié de respirer et l'angoisse; les seconds les diminuent : après l'usase des narcotiques, les sécrétions du ventre , des reins et d^; i glandes salivaires cessent; elles ani;menlent lorsqu'on use des acides. 1^ 's remèdes tirés du pavot offusquent l'entendement, les acides en dissipent les nuages : en un mot , les propriétés de ces remèdes n'ont rien de coninimi, elles sont toutes opposées entre elles. Qu'on compare les unes et les autres avec les indications de la petite-vérole, et qu'on choisisse.

Il me reste à faire une seule observation sur les esprits acides, à laquelle je voudrais qu'on fît attention. Puisqu'on s'accorde unanimement à recommander les acides végétaux, pourquoi n'a-t-on pas averti qu'il fallait recourir aux plus puissants acides, toutes les fois que les plus faibles n'ont pas nssiz d'eûicacité? Assurément, si les espèces d'acides les plus faibles conviennent dans une maladie légère , on devra employer hardiment les acides les plus efficaces dans une maladie beaucoup plus grave. Comme les esprits acides sont d'une si grande utilité lorsqu'on les avale , de même aussi la vapeur du vinaigre, qu'Hippocrale avait déjà recommandée , remédie promptement et mieux que tous les autres moyens, à l'orthopnée variolique, qui vient de l'inflammation des poumons ; je l'ai souvent employée et elle a rarement trompé mon attente; et j'ai appris par la renommée que vous aviez sauvé par le même moyen une femme de qualité qui était enceinte, dont on n'espérait déjà plus rien , et à qui , suivant l'usage du lieu , les médecins auxquels on avait confié le traitement avaient peut-être fait prendre des remèdes trop chauds. J'ai même vu quelquefois que la simple vapeur de l'eau chaude faisait des merveilles.

Ne croyez cependant pas, mon illustre ami, que je mets uniquement nu confiance dansées acides : point du loutj

mais j'ai outre cela recours à tout ce qui a rapport à la méthode rafraîchi santé que j'ai déjà recommandée, en m'abstenanl seulement de l'opium , qui est contraire aux autres remèdes. Outre la saignée , qui est inutile dans une petitevérole bénigne, qui est nuisible dans une jietite-vérole très-bénigne ou aussi dans une maligne , mais qu'il faut réitérer dans les commencements, lorsque la malu.lie est violente, jusqu'à ce qu'on connaisse, par l'état du pouls, par l'adoucissement de la peau et par la diminution des symptômes , que la disposition inflammatoire est résoute, que les parties endammées sont dégagées et que la peau est amollie; il faut revenir à cette évacuation pendant le cours de la maladie , tout autant de fois qu'on a de nouveau lieu de craindre une vraie inflammation « et avant l'éruption,» pour me servir des termes de Patin , « et pendant l'éruption » même, et après qu'elle est complète; » car la maladie même est toute dans le )i sang; c'est pourquoi ceux qui évitent )) la saignée commeltent une laute très- » grave : » outre la saignée, dis-je, je fais surtout grand cas des lavements, des bains de pieds et d'un long séjour hors du lit , dans le temps que la fièvre est la plus forte ; et suivant ce que m'a appris une expérience multipliée , j'entre dails les idées de Sydenham par rapport à ce qu'il dit des etfels dangereux du lit , et je n'en suis point détourné, |)ar ce que le célèbre Mead a opposé à son sentiment.

Une femme grosss, âgée de trente el quel(|ues années, se trouvait dans un cas très-grave; elle était couverte d'une petite vérole très-confluente ; je la fis tenir assise pendant soixante -dix heures au milieu de sa chambre, qui était aérée de tous côlés : cette méthode m'a toujours procuré plusieurs avantages. Car 1° la fièvre diminue; 2" la respiration en est plus aisée ; 3" les humeurs ne se jettent pas à la têle, mais elles descendent aux mains et aux pieds qui sont moins élevés ; i° les reins s'écliauîreut moins, les urines coulent plus aisément ; 6° les émanations du corps ne sont pas retenues dans des linges remplis de matières pufcrides , mais elles s'échappent continuellement ; 6»

l'air se renouvelle sans cesse, et , je l'atteste de bonne toi, j'ai vu le plus souvent qu'au moment oii les malades quittaient le lit, la tournure de la maladie, de sinistre qu'elle était , devenait favorable. Je ne prétends pourtant pas niec

A M, *E HALLER

qu'il est des cas où la petite-vérole demande qu'on garde le lit , j'en serais démenti par l'expérience journalière , niais je parle malutenaiit d'une fièvre de suppuration considérable et d'une maladie inllammaloire. — C'est ici le lieu de parler du rafraîchissement de l'air qui est souvent si nécessaire, surtout lorsque la petite-vérole règne pendant les mois d'élé. On se procure à coup sur ce rafraîchissement eu aspergeant les planchers, l'intérieur des murailles et même leur extérieur, si elles sont exposées au soleil , et par l'évaporation d'un vase plein d'eau, oii l'on met tremper des brancliesde saule ou de frêne, pratique dont les anciens médecins, surtout les méthodistes, faisaient beaucoup de cas, que peu de modernes emploient , et dont je me suis très-bien trouvé pour moi-même dans les grandes chaleurs, en faisant l'essai dans ma propre chambre, lors même que j'étais en santé. — Il est aussi nécessaire de changer de chemise, quoi qu'en puissent dire ceux qui se récrient aujourd'hui contre cet usage ; car, lors de la suppuration les boutons qui s'ouvrent salissent horriblement les chemises , et il est dangereux pour les malades de rester enveloppés dans des linges ainsi remplis de putridité.

Par le moyen des bains de pieds ou d'une application continuelle de fomentations émollientes, je dispose les pieds et les jambes de façon qu'ils reçoivent aisément les humeurs qui s'y portent ; outre cela je fais appliquer à la plante des pieds des épispastiqiies, qui y attirent les amas d'humeurs. L'effet de ce topique est tel que ceux qui n'en ont pas fait l'expérience ne jiourraient })as se l'imaginer ; et cela en faisant enfler les parties inférieures, désenfler les supérieures, et en apaisant la fièvre, qui fait que le pouls est d'une fréquence qui dans toute autre maladie serait bientôt mortelle. J'ai vu cette année une malade dont le cou était horriblement enflé, mais qui , dans l'espace de vingt minutes , se trouva désenflé au point de n'avoir plus que la moitié du diamètre qu'il avait , et cela après qu'on eut fait sortir la malade du lit et qu'on lui eut appliqué les sinapisraes.

11 est vrai qu'elle souffrait aux pieds de terribles douleurs, que je lui conseillai de supporter pendant deux heures ; alors, les jambes étant fort enflées , je fis ôter les sinapismes, et tout fut apaisé. — Souvent il ne suffit pas de tremper les jambes dans l'eau tiède, il faut y Jjaigner tout le

corps, et il n'y a point de remède plus excellent que celui-là. Il apaise en même temps merveilleusement l'inflammation , car il est le plus puissant de tous les remèdes ralriiîchissants , et il amollit la peau au-delà de ce qu'on pourrait l'espérer. 11 est surtout fort avantageux aux enfants, et on doit des éloges à Bouvardj premier médecin de Louis XIll et père du trisaïeul du célèbre praticien de ce nom, qui exerce aujourd'hui la médecine à Paris, de ce qu'il a, autant que je m'en souviens, été le premier à rétablir l'usage de ce remède, environ Tan 1630, remède qui avait été derechef presque entièrement oublié , mais que l'illusire Senac a icmis en vogue avec un grand applaudissement, et que le peuple même emploie tous les jours en llongrie avec un succès admirable, suivant le témoignage de M. Fischer. La peau des adultes, étant plus dure, a quelquefois besoia d'être humectée par la vapeur de l'eau qui est plus émoUiente. 11 est un moyen facile de l'appliquer : le malade étant assis tout nu, on lui fait tenir les jambes dans un vase rempli d'eau tiède, tandis qu'il a le corps enveloppé dans un gros linge ou dans un drap qui retient la vapeur, laquelle s'applique ainsi très-bien à tout le cor[)s excepté la tête : on peut l'augmenter à volonté en ajoutant de l'eau chaude.

Il ne doit pas seulement être question d'aliments pendant tout le cours de la fièvre de suppuration, et il est fort à souhaiter que les malades ne prennent rien de nourrissant pendant ce temps-là. Les émulsiuns nourrissent beaucoup et ne conviennent guère, tandis que les esprits acides sont nécessaires : aussi n'ordonnai-je alors que des émulsions très-légères , et le plus souvent je les ai mises de côté. Mais plusieurs malades les demandent avec beaucoup d'instances, car elles adoucissent agréablement toute la surface des lèvres, de l'intérieur de la bouche , qu'une longue salivation a écorchées , tandis qu'au contraire toutes les autres boissons irritent ces parties. — Je conseille pourtant volontiers d'user des fruits fondants aigrelets, qui font tant de plaisir aux malades , qui abattent la chaleur et la fièvre, qui résistent à la putridité, et mettent en jeu les couloirs. Ils sont surtout utiles aux enfants en leur tenant le ventre libre , ce qui fait qu'il est moins nécessaire de leur donner des lavements, dont l'application excite souvent leurs pleurs. Ea été, j'ai fait uo

LETTRE

grand usage tics fraises, des framboises , des cerises et des griottes; en automne j'ai fait usage des raisins, mais en moindre quantité. J'ai guéri un malade âgé de vingt-cinq ans, à qui j'avais persuadé que la diète la plus légère était la meilleure. Il n'avala rien pendant les treize premiers jours que de légères émulsions, et personne n'a jamais été moins malade avec un pareil nombre de boulons. — Lorsque cette maladie n'est pas trop grave, les pauvres s'en tirent en buvant abondamment du pelit-lait. Mais quand la maladie est trop grave , ce moyen de guérison ne suifit pas, et il faut aiguiser le petit lait avec du vinaigre; car cette espèce de mélange est un remède qui coule peu, mais qui a plus de vertu que le petit-lait seul, et qui chasse très-bien les fièvres putrides qui ne sont pas d'un bien mauvais caractère. — Je délaie la salive trop épaisse et je débouche les narines obstruées , en injectant , par le moyen d'une seringue, de Tosymel délayé avec de l eau tiède : il est surprenant combiin cela soulage les malades ; car les injections réussissent beaucoup mieux que les gargarismes. Cela paraîtra peut-être n'être qu'une bagatelle à des gens sans expérience , mais il vous sera aisé d'en sentir l'importance. J'ai vu la fréquence du pouls et l'anxiété diminuer sensiblement après avoir procuré le déboucbement du nez par de continuelles injections.

J'ai soin de faire ouvrir continuellement les pustules non-seulement du visage, mais aussi du cou, des mains, des bras, des jambes, des pieds , de tout le corps enfin, surtout celles du visage, du cou et des extrémités , parce que dans ces dernières parties elles sont pour l'ordinaire plus nombreuses , plus grosses , et que la peau en est plus tendue. A mesure qu'on les ouvre , les parties se désenflent , les douleurs diminuent et tous les symplômes s'apaisent. Je ne puis pas assez dire do bien des avantages que procure cette méthode , qui avait déjà été recommandée par les Arabes, que quelques-uns ont ensuite détestée, et que d'autres ont trouvée fort de leur goût, et surtout Félix Plater, médecin distingué, qui, dans la vue de conserver seulement la beauté du visage, a très-bien averti : « Que, si on n'ouvre pas les pus- 5> tules de bonne heure avec une aiguille » ou avec un stylet pointu (des ciseaux

* valent mieux) , le pus étant retenu, il

* ronge les chairs, qu'il en résulte de pe-

» tits ulcères creux, et qu'il reste une )) cicatrice creuse. » Il ordonne ensuite qu'on essuie souvent le pus et la matière ichoreuse, et il avait déjà observé :« Que » les mères se mettent trop en peine d'é- » viter que le frottement occasionné par » la démangeaison ne déchire les pus- » tules, dans l'idée que c'est ce qui don- » ne lieu à des cicatrices creuses, tandis w que cela arrive plutôt , comme je l'ai w dit, de ce que les pustules n'ont pas été )) entamées et de ce qu'elles se sont ou- » vertes trop tard. » — Mais cette méthode procure un autre avantage plus important que Plater n'a pas aperçu ; c'est qu'elle prévient la résorption du pus, et que la peau étant relâchée et les douleurs étant diminuées , la violente irritation qui en résultait et qui entretenait la fièvre cesse. Et puis le visage et le cou étant plus vite désenflés par ce moyen, les humeurs se portent moins au cerveau, et il n'y aurait point de méthode plus propre à apaiser sîirement la fièvre secondaire , que celle d'ouvrir et d'essuyer sans cesse tous les boutons par tout le corps, à mesure qu'ils se rempliraient. Mais dans le siècle oîi Plater vivait, on n'était pas au fait du caractère de la fièvre secondaire. Rivière, qui est venu après lui, a bien averti que c'était une fièvre putride, qu'il fallait guérir par la saignée, par les purgations et les rafraîchissants ; mais il ne paraît pourtant pas qu'il en ait connu les véritables causes: cette connaissance était réservée à «olre siècle. Holland a été le premier, si je ne me trompe, qui ait indiqué l'ouverture des boutons, que les anciens n'avaient conseillée que comme un moyen de conserver la beauté, à titre de remède de celte maladie.

J'ai observé une diarrhée critique, même chez des entants à la mamelle , mais c'a été rarement. J'en ai vu un plus grand nombre qui , étant à peine âgés de quatreans, essuyaient la salivation et une constipation , à laquelle je n'ai jamais tardé de remédier plus de deux jours, même dans la petite-vérole la plus bénigne. — J'ai guéri une fille qui, sans avoir aucun bouton le troisième jour de la maladie, saliva tout d'un coup si abondamment pendant deux heures, que sa mère crut qu'elle en avait craché quelques livres. La salivation s'arrêta subitement , il survint une fièvre violente ; la salive recommença à couler le cinquième jour, et quoique la petite-vérole

lut irès-discrèle, elle coula assez copieu-

A M. DE HALLER

scment jusqu'au onzième jour. Il est dans plusieurs cas une ntcessité mécanique qui oblige à saliver; m^ùs est-ce que le virus variolique est de nature à se porler préféi-ablement aux glandes salivaires?

Plusieurs choses semblent l'indiquer. — ■ Nous entendons souvent les malades se plaindre d'esquinancie ; ils l'attribuent aux pustules de la gorge, mais mnlà propos. Elle est l'effet de l'engorgement inflammatoire du pharynx et desparties voisines ; elle présage souvent la salivation, et je regarde les boutons à la gorge comme un accident des plus rares. J'ai vu tout le corps couvert de boutons trèsnombreux, tandis qu'il n'en panussait aucun à l'intérieur des lèvres, lequel j'ai pourtant vu en être attaqué d'autres fois, aussi bien que le bout de la langue, mais ces boulons parcouraient proiiiptement tous leurs temps. 11 est rare qu'ils montent au-dessus du bord des narines, et je ne me ra|'pelle pas avoir vu des malades qui cr.ichassent des croûies, ou qui en évacuassent par les selles. — J'ai disséqué autrefois qualre cadavres sur l'épidernie desquels un nouveau bouton n'aurait pas pu trouver place. Il n'en parut aucun tout le long du canal alimentaire , ni dans le larynx, ni dans la trachée et dans le poumon. Et assurément j'ai de la peine à comjircndre comment ont pu vivre ceux qui, suivant le narré de plusieurs auteurs , ont eu le larynx j la trachée et les lobes du poumon couveris de boutons, j'ai de la peine à comprendre comment l'irritation de la glotte et du larynx , et comment le pus qui distillait continuellement dans la trachée et dans les bronches , n'ont pas excité très -promplemenl une toux mortelle. J'ai trouvé, il est vrai, ces parties enflammées , putrides et dégoûtantes de pus , mais il n'y avait pas une pustule.

En raisonnant à priori , il ne sera pas non plus fort aisé de se persuader que ces parties soient couvertes de boutons; car il n'y aurait point de pustules varioliques cutanées si l'épidernie était aussi mou, aussi lâche et aussi chaud -que l'e'pithelium (l). Ceux qui ont l'épidernie fait de manière qu'il ressemble à l'épithelium , ont très -peu de boutons. Je

(1) Je ne trouve point de mot français qui réponde à celui-là, qui désigne celte peau mince qui couvre l inlérieur des lèvres, de la bouçhe; etc*

n'en veux point d'autre témoin que M. Fischer, et assurément je ne croirai pas, à moins que je ne le voie de mes yeux, que le virus variolique distend cette peau intérieure qui lui donne une issue si aisée. Ceux qui affirment l'existence de la petite-vérole terne, de qui le témoignage est pourtant de poids , et parmi lesquels se trouve, à mon grand étonnement, l'illustre Gunz, ont-ils peut-être conclu que ces pustules avaient lieu à cause de l'ulcération? J'ai vu avec bien du plaisir que vos observations s'accordaient trèsbien avec les miennes, et les unes et les autres font bien voir quel cas il faut faire de l'hypothèse d'un célèbre chirurgien français, qui s'est imaginé que les fièvres malignes sont une dartre de l'estomac.

J'ajouterai une seule observation sur les purgalifs. Dans les peliles véroles confluentes et dans les discrètes, dont les boutons sont nombreux, j'emploie la manne dès la première atlaque de la fièvre de suppuration, dans la vue de purger, et j'ai vu que le malade faisait trois,, quatre, jusqu'à cinq selles déjà le neuvième jour de la maladie ; je n'en discontinue point l'usage les jours suivants. Je ne me suis jamais repenti de cette méthode, et les autres médecins qui l'essaieront ne s'en repentiront certainement pas. Je vois pourtant que tous les autres médecinspurgentplus tard, mais j'espère que la méthode de purger d'abord n'éprouvera pas de contradictions, puisqu'elle est autorisée par la raison et confirmée par une expérience multipliée.

Dans les petiles-véroles moins graves, je purge aussitôt que le visage devient jaune , et cela réussit mieux que d'attendre, pour procurer cette évacuation , que le dessèchement ait lieu, comme c'est la coutume de presque tous les praticiens.

— Je suis sûr que ces purgations, données à temps, préviennent les suites de la maladie , et assurément une seule purgation, donnée de bonne heure dans ce dessein, fait plus de bien, tandis que les humeurs étant encore mobiles coulent plus facilement, que trois ou quatre données plus tard. Une purgation donnée d'abord prévient cette seconde suppuration des pustules qui suit quelquefois le dessèchement. La peau ulcérée rend une si grande quantité de pus que tout le sang paraît tomber en suppuration ; elle 3 couvre de croûtes très-épaisses, et les linges, que le pus rend bientôt raides, excitent partout de ïiouvellcs escoria-

LETTRE

lions ; le maliide a une petite fièvre et maigrit. Heureusement ce cas est rare, et je ne l'ai jamais vu que chez des sujets . cacocliymcs ou mal traités, lorsqu'on avait trop tardé à les purger. On y remédie avec succès en lâchant le ventre, en faisant boire du lait, seul ou accompagné de l'usage du quinquina.

Celte maladie a laissé des reliquats différents et plus graves chez des malades qu'on avait négligé de traiter, ou, ce qui est encore plus dangereux, qu'on avait mal traités. Enire plusieurs de ces cas, j'en rapporterai un qui est arrivé nouvellement. Un garçon de six ans s'était passablement bien tiré d'une pelile-vérôle discrète assez nombreuse, si ce n'est que l'œil droit, qui était rouge dès le commencement , et dont la sclérotique était couverte de boutons blancs , s'était de nouveau enllammé sur la fin de la maladie, et que la cornée était couverte de pustules. Le mal avait tellement augmenté, que les paupières étant entièrement enflées et enflammées, je ne pus ni les ouvrir, ni voir l'œil. On avait employé plusieurs remèdes nuisibles ; on eut enfin recours à moi , dans la crainte que l'œil ne tombât en suppuration. J'ordonnai qu'on appliquât sur l'œil, pendant deux jours, un cataplasme de mie de pain et de lait, et qu'on mît en même temps le malade à une diète légère. Troisjours après , l'inflammation étant un peu diminuée , j'écartai doucement les paupières, non cependant sans faire couler des larmes , et je vis que toute la cornée était couverte d'une tumeur blanchâtre. Je voulus qu'on continuât l'application du même cataplasme encore pendant deux jours. Le mal prit une meilleure tournure , car les douleurs diminuaient et la tumeur s'amollissait. La même application ayant été continuée, le pus s'écoula le huitième jour, et les douleurs cessèrent. J'eus soin qu'on ajoutât pendant deux jours à ce cataplasme des fleurs de camomille et de sureau; alors, ne craignant plus l'inflammation, je fis seulement appliquer des linges très-doux et trempés dans une décoction aqueuse de fleurs résolutives et de racine de fenouil, à laquelle on avait ajouté une quatrième partie de vin. Enfin toute la pellicule étant enlevée , il ne resia qu'une tache , qui fut bientôt dissipée par le moyen d'un collyre , et la vue redevint bonne. Un autre enfant, comme je m'en suis assuré, et dont la petite-vérole n'avait pas été fâcheuse , a perdu la vue, mais

on l'avait traité par une autre méthode. — Quelle était cette maladie? Était-ce , une pustule variolique? Il paraît que c'en était une, et que si on l'avait mal traitée un peu plus long-temps, elle se serait durcie en dégénérant en un squirrhe, qui aurait défiguré l'œil pour toujours et aurait empêché la vue ; ou bien elle aurait entièrement détruit l'œil par la gangrène ou par la suppuration.

Toutes les fois qu'il m'est arrivé de voir la même partie attaquée d'une pustule, j'ai eu soin de faire appliquer continuellement du lait, qui est de toutes les fomentations la plus émolliente ; c'est un cas qui , par bonheur, n'arrive pas fréquemment, et dans lequel il est à propos qu'un chirurgien fasse usage de ses ciseaux. Mais souvent les pustules poussent à la sclérotique et sont accompagnées d'un larmoiement continuel, cependant sans aucun danger.

Toutes les autres suites de la petitevérole viennent, ou 1" de ce que, la maladie ayant été grave, les forces en ont été abattues ; on les rétablit par le moyen du lait, du quinquina et de l'exercice. Ou 2° de ce qu'il s'est fait un dépôt de pus quelque part ; on y remédie par une diète légère et anti-piitride, en évacuant le pus suivant les règles de l'art , ou en faisant son possible pour le chasser vers des parties ignobles. 3" Ou bien elles sont l'effet de la lésion de quelque partie ; alors la meilleure méthode consiste en une diète légère et adoucissante, à lâ^ cher souvent le ventre , et à appliquer des fomentations Irès-émollientes sur la partie malade. — Il est en général trois préceptes dont l'observation soigneuse est fort propre à prévenir tous ces fâcheux accidents. 1° D'éviter un air chaud et enfermé, et les remèdes échauffants ; 2" de s'abstenir rigoureusement de la viande, des bouillons, des œufs et du vin , aussi long-temps qu'il y a du pus ou de la fièvre : c'est ce dont vous avez très-bien averti il y a vingt-cinq ans; 3° de purger de bonne heure. — Dans les épidémies les plus bénignes , il y a des espèces de petites-véroles anomales, qui, ne pouvant être attribuées à un vice de l'air, doivent s'expliquer d'après les causes niorbiftques propres au malade; Mon dessein n'est pas de les rapporter toutes ; il suffira que j'indique les principales que j'ai observéesle plus souvent. Les enfants qui ont le ventre rempli de mauvaises humeurs sont attaqués de symptômes assez graves, qui sout étrangers

A M, DE HALLEK.

à la maladie , clans le temps fine la chaleui- de la fièvre corrompt ces impuretés, rjui demandent nécessairement à être évacuées pur des remèdes appropriés.

On reconnaît que cette cause a lieu, 1" ou à un mal de tète ou à un assoupissement souvent insurmontable et plus fort que la fièvre ; 2° à la puanteur de la bouche, au dégoût et aux nausées qui subsistent même après l'éruption ; 3" à la fièvre qui continue avec de l'angoisse, après une éruption bénigne ; 4° à la puanteur des selles, et souvent à une diarrhée fétide, sans que les pustules s'affaissent. J'ai vu en pareil cas quelques malades faire impunément jusqu'à quarante selles et au-delà, dans l'espace de vingt-quatre heures. Combien de maux ne s'ensuit-il pas , lorsqu'on supprime à contre temps cette évacuation, lorsque dans les pelilcs-véroles discrètes on relient au-dedans du corps le venin qu'une diarrhée salutaire évacuait, et qui était incapable de nuire ! En donnant de la confection ou de la lliériaque, la chaleur augmente sur-le-champ, il pousse un grand nombre de boutons; les assistants s'en réjouissent, mais le malade en pleurera dans le tt mps de la suppuration. 5" Au délire ; G" à une urine crue et trouble, sans parler de quelques autres symptômes. Pendant ce temps là les pustules croissent très-bien durant quelques jours , mais sur la fin de la maturation et dans les premiers temps de la fièvre de suppuration , tout se dérange, et le malade , quoiqu'ayant une pelite-vérole bénigne, est attaqué à la fois des symptômes les plusgraves, et il meurtdans ledélire, la léthargie, avecl'ortbopnée, latympanile, une diarrhée fétide, un pouls irrégulier et un abattement complet des forces.

Lorsque j'ai été appelé au commencement de la maladie, j'ai toujours pu prévenir ces funestes symptômes en purgeant le malade tous les jours ; déjà, dès le troisième jour de la maladie, en faisant usage de la crème de tartre et des tamarins, et à mesureque le ventre se lâchait, tous les symptômes se dissipaient; et j'en ai vu un si heureux effet que, dans le temps de la suppuration, le malade, après avoir été purgé tant de fois, était presque en état de se pas'^er de remèdes. Je purge les enfants indociles sans qu'ils le sachent, en mêlant dans leur boisson ordinaire une dissolution de t n tre éiiiétique à une dose cajiahle d'émouvoir les intestins, mais non pas l'estomac. Lorsqu'oa m'a appelé tard, le dixième ou le

Tissot.

onzième jour, la maladie étant déjà devenue violente , j'ai vu quelquefois que les remèdes étaient sans succès; d'autres fois ils ont été efficaces. Les seuls secours dont on peut espérer quelque chose sont une purgation donnée d'abord, un usage abondant des acides, puis encore la purgation. J'ai vu une sL grande putridité, que j'ai été obligé de commencer parles acides, et d'y joindre d'ahord après la purgation. — Dans une maladie qui n'est pas violente, le serpent reste souvent long-temps caché sous l'herbe, et alors ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'il se montre enfin loutà coup, et il en impose très-facilement, sous l'apparence d'une autre maladie, à ceux qui ne sont pas sur leurs gardes ; le médecin peut facilement tomber dans cette erreur, et elle est irréparable. Le seul moyen de sauver le malade, c'est encore la purgation. J'ajouterai ici un exemple remarquable tiré de la rougeole. Il était une famille composée de six jeunes garçons , dont deux étaient morts cidevant de la rougeole étant à la campagne ; deux aulres s'en étaient tirés heureusement, ayant eu une rougeole bénigne. Le cadet de tous, âgé de douze ans, prend la même maladie, qui paraît bénigne pendant les cinq premiers jours, si ce n'est que son haleine et ses selles sentaient mauvais. Le sixième jour, le dessèchement ayant déjà commencé, il fut tout d'un coup attaqué d'une orlhopnée excessive, de sanglots, de nausées et de délire , avec un pouls très-irrégulier. Les parents épouvantés viennent réclamer mon secours. Le concours des symptômes menaçait d'une terrible fin : il n'y avait aucune sorte d'inflammation ou de pléthore , le venin n'était point rentré; tout cela venait donc d'une saburre putride. Le malade se refusait à tous les remèdes. Je pensai au kermès minéral, que je lui fis prendre en très-petite dose dans de la confiture de cerises: il en avala un grain sans s'en douter ; cela le fit vomir au-delà de ce que j'avais espéré. Le délire et l'orlhopnée s'apaisèrent. J'ordonnai un lavement; il prit encore un grain de kermès ; il fit quatre selles, les urines coulèrent abondamment; il survint une sueur copieuse, et en trois heures le malade se remit entièrement.

J'ai trouvé que, dans d'autres cas semblables, l'oxymel scillitique était un excellent renièiie , qui méritait les éloges qu'il y a déjà long-temps qu'on lui a donnés, et que Sydenham ne lui a pas

610 iEi refusés. Il mérite aussi des éloges dans d'autres cas, et une expérience multipliée m'a appris qu'on en peut ilire ce que Conrad Gesner disait de son oxymel d'ellébore ; « car il cliasse merveilleuse- » ment du centre à la superficie les hu- » meurs vénéneuses et les autres mau- » vaiscs humeurs. « — Trois semaines s'étant écoulées, une sœur du malade dont je viens de parler, âgée de seize ans, se trouva dans le même cas , si ce n'est qu'ayant l'esprit libre et souhaitant de prendre les remèdes, elle avait avalé d'elle-même de la manne; il s'en suivit desselles très fétides; elle recouvra bientôt la sanlé après avoir été aux portes de la mort. Deux de ses aînés, à ce que me dirent les parents , avaient rendu le dernier soupir peu d'heures après avoir été saignés. — L'anomalie qui vient de malignité est plus mauvaise dans la petitevérole. Je ne parlerai pas ici des signes de celle malignité, de ses espèces, ni des raisons qui servent à excuser ce terme , cette matière ayant été pleinement exposée dans un nouveau traité des lièvres ; il sufiût de savoir qu'une faiblesse extrême , un pouls très-petit, une fièvre continuelle, et accompagnée de redoublements irréguliers; qu'un délire léger, mais continuel ; que des pustules trèspetites , aqueuses , ichoreuses, noires, et des taches à la peau ; que des hémorrhagies par tous les pores et par tous les couloirs ; qu'une angoisse continuelle, le déguût et l'apathie, sont tout autant de caractères non équivoques de malignité dans la petite-vérole.

Dans tous ces cas, le traitement consiste à donner des acides et des anti-putrides fortifiants. Toutes les fois que l'alcalescence et la dissolution chaude des humeurs paraissent prévaloir, il ne faut employer que les esprits acides tout seuls. Lorsque les fluides sont dans une disposition de vapidité, et qu'il y a du relâchement dans les solides, il faut y joindre l'usage des Cbinlharides , du quinquina, du camphre, de la serpentaire ; enfin, il faut employer complètement la méthode qu'ont enseignée les médecins anglais, qui ont souvent occasion de voir cette maladie , et surtout la méthode du célèbre Huxham. On retire ici un grand avantage de l'esprit de vitriol et de la mixture simple, remède à la vérité dont la composition est mal assortie , mais qui est utile. — Le soufre doré d'antimoine, mêlé avec le camphre , ne manque pas non plus d'utilité , quoique ces remèdes

soient dangereui comme la peste dans une autre espèce de petite-vérole. Il ne faut pas trop criiindre les secousses qu'occasionne une légère dose d'ipécacuanha; ce remède est d'un grand usage dans des maladies analogues , et , comme vousme l'avez déjà appris il y a long-temps , les Allemands le regardent comme un secret fameux dans le traitement de la fièvre miliaire ; et j'ai quelquefois enfreint avec succès la loi rigcnireuse que je m'étais imposée de m'abstenir de faire vomir dans le traitement de la petite-vérole.

Mais en voilà assez au sujet de la petite-vérole : si vous donnez votre approbation , monsieur, à ce que j'en ai dit, je m'en réjouirai extrêmement, car elle me tient à présent lieu debeaucoup d'autres, et lorsqu'il n'y aura plus lieu à l'envie de ceux qui voudraient en faire peu de cas, la postérité regardera cette approbation comme un témoignage de ma capacité.

Permettez-moi, monsieur, de soumettre encore à votre jugement quelques observations sur l'apoplexie et l'hydropisie. Je serai court, parce que j'y suis obligé par d'autres occupations, et dans la crainte de nuire aux intérêts du public en vous fais mt perdre du temps par un long discours (l).

Il est une infinité d'auteurs, et même de bons auteurs , qui ont écrit sur l'apoplexie : cependant, qu'il me soit permis, sauf les égards que je dois à de si grands hommes, d'ajouter certaines choses qui sortent du plan qu'ils s'étaient proposé , surtout au sujet de la formation de cette maladie , et de la méthode à suivre pour la prévenir. — Il est plusieurs causes qui fout que le cerveau se remplit plus de sang que les autres parties : je rapporterai les principales.

10 II n'est aucune partie dans laquelle, à volumeégal, il aborde une aussi grande quantité de sang, car le cerveau reçoit pour le moins la sixième partie de tout le sang ; il en reçoit même le tiers, s'il en faut croire Malpighi. — 2° Il n'en est point dans laquelle il se porte avec autant d'impétuosité en sortant du ventricule du cœur, qui le pousse avec la plus grande vigueur, et sans que cette impétuosité soit arrêtée par la courbure de l'aorte, qui la ralentit plus que les courbures de l'artère carotide et de la vertébrale. — 3" Les parties les plus pesantes

(1) . . . In publica commoda peccem,i Si longo sermone morerlua lempora.i

A M. DE HULER.'

et les plus volatiles du sang se portent nécessairement au cerveau, par un effet des lois mécaniques ; de là vient qu'il arrive facilement que le sang se raréfie, et que les vaisseaux en souffrent. — 4" Les obstacles extérieurs ne retardent en rien l'impétuosité du sang-, car les vaisseaux qui vont au cerveau sont bien à couvert et très-forts. La boîte osseuse qui les contient fait qu'ils ne sont point, ou du moins qu'ils ne sont que peu à portée de profiter du rafraîchissement qui apaise si bien la fougue des humeurs. — f>° Il y a tant d'anastomoses, que l'obstruction de quelqu'un desvaisseaux qui apportent du sang au cerveau ne diminue en rien la qualité de ce fluide. — 6° Les vaisseaux, après être entrés dans le crâne, y font tant de circuits que, la circulation étant fort ralentie , il en résulte très-facilement la stagnation. — 7° Les muscles ne favorisent en aucune manière le retour de ce sang. — 8" Il est au contraire une infinité d'indispositions de la gorge et des poumons qui le retardent; car, ce qui est bien remarquable , autant de fois que la quantité du sang augmente dans le poumon, et elle peut être augmentée par des causes sans nombre, tout autant de fois le retour du sang du cerveau devient plus difficile.

On voit donc pourquoi la tête se remplit de beaucoup de sang aussi souvent que la circulation est accélérée , et on comprend qu'il n'est aucune maladie qui mette plus souvent la vie de l'homme en danger : on conçoit pourquoi j'ai vu plusieurs personnes, dont la charpente osseu.se avait été autrefois déformée, tomber dans le délire au milieu de leurs occupations ou des assemblées oîi elles se trouvaient , à l'occasion d'une circulation un peu trop accélérée, et sans être atteintes d'aucune maladie , état auquel il fallait remédier par une parfaite tranquillité. — Des expériences sûres ont appris que le cerveau étant comprimé, dans quel endroit que ce soit, il en résulte la privation du mouvement et du sentiment dans quelque partie, savoir dans celle dont les nerfs viennent de l'endroit où se fait la compression.

Cela posé, il est très-facile de se mettre au fait de toutes les espèces d'apoplexie; car l'apoplexie n'étant autre chose qu'une privation de tous les sens et de tous les mouvements soumis à la volonté, elle aura lieu , toutes les fois que tout le cerveau éprouvera cette compression qui suspend les fonctions de cet Qrgane. Je

ne dirai rien des apoplexies symptomatiques qui tirent leur origine d'une autre maladie, quoiqu'elles n'arrivent jamais qu'après que le cerveau a été comprimé; je ne dirai rien de celles qui surviennent en pleine santé par quelque cause subite, soit externe, telle qu'un coup de soleil, comme j'en ai vu des exemples chez deç enfants; ou telle que la vapeur des charbons, genre d'accident que j'ai encore vu ce mois-ci, et que j'ai guéri par l'air frais, par des bains de pieds, des lavements et du jus de citron ; soit par une cause interne, telle que l'opium et le vin. Mais il en est d'autres qui paraissent attaquer subitement sans aucune cause apparente : cependant je ne crains pas d'assurer que celles-ci se sont formées insensiblement, mais elles ont augmenté tout d'un coup; et c'est ici le lieu de reconnaître qu'Hippocrate a dit très-vrai, quand il a dit « que les maladies n'atta- » quent point l'homme tout d'un coup , » mais qu'après s'être accrues peu à peu, » elles se montrent enfin dans toute leur M force: » et assurément, si quelqu'un examinait attentivement toute l'histoire d'un malade relativement à sa santé , il y découvrirait plusieurs symptômes qui ont annoncé sa maladie long-temps avant qu'il en fût attaqué.

Hippocrate avait déjà recueilli les principaux symptômes qui précèdent l'apoplexie; plusieurs médecins en ont ajouté de nouveaux dans les siècles suivants.

Boerhaave et son illustre commenlaleur rendent compte de la plupart de ces symptômes; cependant, cette partie de la médecine est tellement laissée à l'abandon qu'on serait tenté de croire que la plupart des médecins n'en ont presque jamais entendu parler, ce dont se plaint vivement et avec raison l'auteur de l'Expérience en Médecine, qui cite à ce propos une brochure d'un médecin de Vérone, lequel traite expressément de cette matière, et dont il rapporte un fragment oii les symptômes avant-coureurs de l'apoplexie sont très-bien décrits. Il serait inutile d'en faire l'énumération, car ce sont tous des symptômes qui prouvent qu'il y a une trop grande quantité d'humeurs dans le cerveau , et que les nerfs sont offensés. J'ai le plus souvent observé une paresse d'esprit, un défaut de mémoire, un vice indéfinissable dans les yeux , un assoupissement fréquent, un sommeil inquiet, de fréquents accès de mal de tête , un engourdissement général , des attaques de

LETTRE

paralysie très-légères, particulières, fréquentes et passagères; et un froid de glace subit dans des parties qui ont été ensuite paralysées. J'ai aussi connu une femme qui a pu prévoir, par ce symptôme, une seconde et une troisième attaque de paralysie au bras et à la cuisse. Il est à la vérité des apoplexies qui surviennent tout-à-coup sans avoir été précédées d'aucun symptôme ou sans cause apparente; mais il faut faire attention qu'une colère réprimée et qu'un chagrin étouffé, état qui n'est inconnuà personne, occasionnent tous lesjours des apoplexies.

On a vu tomber un homme de qualité, tandis qu'avec un visage qui exprimait la joie il félicilait un compétiteur qui lui avait été préféré pour remplir le poste qu'ils avaient sollicité, et au moment même oii il embrassait celui-ci ; dans l'espace d'une heure ce ne fut plus qu'un cadavre. On ne l'ouvrit point. Quelqu'un niera peut être que ce fût une apoplexie, cl altribuera plutôt cette mort à la rupture d'un vaisseau de la poitrine; mais ce sera mal à propos , comme plusieurs choses l'indiquent. Cependant un violent chagrin peut affecter la poitrine d'une manière très-làcheuse; qu'il me soit permis d'en citer un exemple bien remarquable. Un homme perd son épouse qu'il chérissait, et qui était une mère nécessaire à sa famille qui était nombreuse : il est attaqué d'une difficulté de respirer et d'une angoisse très-grave. Un médecin âgé et de réputation , qui attribuait cet état à des liémorrhoïdes détournées, chercha à les exciter par des remèdes acres; le malade meurt au bout de deux jours. On vit, à l'ouverture du cadavre, qu'il y avait une terrible inflammation des poumons, et que le cœur même s'était rompu par la violence du sang, dont le passage par les poumons avait été fermé. L'un et l'autre de ces cas, monsieur, vous est très-bien connu , mais je reviens à mon sujet.

Toute apoplexie primitive suppose donc que les vaisseaux du cerveau se sont obstrués insensiblement; mais, dit-on, l'apoplexie attaque d'un seul coup, et cela est vrai. Le mal , après avoir été à peine sensible pendant des semaines, des mois, et même des années, se change subitement en une maladie mortelle. Mais qu'y a t-il d'étonnant ? Il suffit d'être tant soit peu au fait de l'histoire des maladies , pour avoir vu des cas semblables. Lorsque, dans les maladies aiguës, je m'informe exactement des circonstances qui

ont précédé, j'apprends trè.s-souvent que la santé a déjà essuyé depuis long-temps de légères attaques. Celui qui, par quelque violent exercice, a acquis une disposition à la péripneumonie , la conservera sans s'en apercevoir, jusqu'à ce que, la disposition inflammatoire du sang ayant augmenté insensiblement, ce terrible appareil éclate par une maladie mortelle. Je traite à présent un péripneuraonique chez qui le germe de cette maladie existait depuis quatre mois et audelà , après l'avoir contracté dans un long voyage ; depuis ce temps-là il a craché une fois le sang, d'autres fois il a eu de la hèvre , de la difficulté de respirer , des points , et après avoir eu le bonheur d'en être délivré pour un temps par diverses crises procurées par la nature, il a enfin été attaqué d'une inflammation de poumons assez grave. Je vois tous les jours avec chagrin que des malades ont négligé de légères indispositions, qui décelaient un vice naissant du foie ou du poumon, et qui attendent pour demander du secours jusqu'à ce qu'ils soient abattus par la violence d'une maladie, laquelle n'en admet aucun; « le mal s'entretient et s'accroît sourde- » ment, tandis que le berger néglige de « panser la plaie (1 ). »

11 n'est pas moins dangereux de mépriser ces légères maladies qui précèdent une apoplexie dont on est menacé , et qui la précèdent souvent fort long-temps avant qu'elle arrive ; car il n'est point de maladie, comme l'a très -bien dit M. Thierry, qu'on puisse plus facilement prévoir long-temps à l'avance; mais il n'en est point non plus qu'il soit plus difficile de dompter, lorsqu'elle est complètement formée Les médecins devraient donc avertir sans cesse du danger que l'on court en envisageant avec indolence ces légères attaques , qui sont les avant-coureurs de l'apoplexie. Il est aisé de la prévenir, mais il est rare qu'on la guérisse complètement, et ce qui est à remarquer, c'est qu'on se repose mal à propos sur la nature du soin de la guérisoD ; car si on ne lui aide pas , il arrive souvent que les efforts même | qu'elle fait pour surmonter la maladie 1 rendent celle-ci incurable. Les maladies [ du poumon et du foie, desquelles il a déjà I été fait mention , en fournissent tous les

(0 Alîtur TÎtîum, vîvitque legendo

Dum mcdicas adhibere piaous ad Tulneia pastor Akiiegat.

A M. DE HALLER

jours des exemples; car, aussi long-temps que la fièvre n'est pas de la partie, nous ne désespérons pas encore de l'état du malade; mais si la fièvre survient, elle diminue beaucoup de nos espérances, quoiqu'on en fasse un si grand cas à litre d'agent de la nature. — C'est parcelle raison que nous voyons les vieillards supporter pendant lonif-temps des maladies de la poitrine, parce qu'il arrive diflicilenient qu'ils aient de la fièvre; tandis que ces mêmes maladies, étant secondées par la fièvre, tuent bientôt les Jeunes gens.

La pathologie de l'apoplexie montre quel doit en être le traitement. La piincipale indication est de diminuer l'affluence du sang vers la lêle; car en la débarrassant d'une partie du fardeau, les forces du malade se trouvent sufiisantes pour venir à bout du reste, pourvu qu'elles ne soient pas encore entièrement abattues. Lorsque la rupture des vaisseaux donne lieu à l'effusion du snng, il ne reste point ou que très peu d'espérance de sauver le malade par l'inanition des vaisseaux, et il en résulte ces apoplexies qui tuent dans la minute , et qu'on a ap- 'pe\éesfouflroijanles. — Dans le cas d'un engorgement ou d'une obstruction trèsforte , le mal n'est pas tout-à-fait sans espérance, si les vaisseaux sont encore entiers; mais le tempérament du malade, et surtout le concours des symptômes, indiquent qu'il faut fiire choix des remèdes révulsifs et évacuants. — Toutes les fois que j'ai vu de la pléthore ou de l'inflammation, l°j'ai commencé le traite ment par une saifjnée copieuse, dans la vue, qu'en évacuant les vaisseaux , elle fît cesser la compression. Si la première saignée ne se trouve pas suffisante, \u la gravité du cas , je la fais suivre d'une seconile; car l'expérience m'a apprisqu'il ne faut point espérer de sauver le malade, tant que le pouls reste dur ou tendu.

2° J'emploie des lavements propres à amollir, et préparés avec une décoction émoUiente, du miel et du sel.

'À° Je prescris des tamarins, de la manne et du nitre , dissous dans de l'eau, et à une dose qui puisse, avec le secours des lavements , exciter une diarrhée.

4° J'ai vu un bon effet d'une boisson abondante de jns de citron, délaye dans de l'eau. Cette méthoile était fort du goût des anciens, qui voulaient qu'on bût abondamment de l'oxymel étendu dans ie l'eau.

S" Il faut faire tenir le malade le tronc élevé, les jambes pendantes, la têle nue et le reste du corps peu couvert ; car dans cette position l'effort du sang vers la tête diminue. Ces attentions paraissent minutieuses, mais l'expérience apprendra qu'on doit en faire cas.

G" Il est bon de faire des ligatures au-dessus du genou ; car , tandis qu'elles compriment davantage les veines, une partie du sang est retenue dans les jambes, et c'est tout autant qu'on ôle au reste du corps ; il s'en suit que la quantitédu sang diminue dans la têle. Chacun sait (iue cette pratique est fort utile dans les hémorrliagies ; et il y a long-temps que des médecins de poids ont averti que l'apoplexie est une Iiémorrbagie du cerveau. — Tandis que le malade est étendu sans mouvement, les assistants et souvent le médecin cherchent à rétahlir le mouvement, ce qui est une erreur très-dangereuse et ne cessent de tourmenter le malade en faisant usage de divers stimulants ; mais celle méthode est tout-à-fait nuisible: car ce n'est pas le mouvement du cœur qui est en défaut, et c'est le seul que nous puissions ranimer, mais c'est la faculté de sentir et de remuer les membres, laquelle on ne peut rétablir que par un seul moyen , savoir : en diminuant la compression du cerveau; il n'y a qu'une méthode propre à produire cetetïtt; c'est de diminuer les mouvements vitaux et la pléthore. — Il faut donc se garder avec soin de secouer, de rouler ou de frotter en aucune manière le malade; de toute boisson ou fomentation échauffante, aromatique, spirilueuse; de tout secours enfin qui pourrait augmenter la force de la circulation , qu'on doit plutôt réprimer. Il faut interdire soigneusement lous les remèdes qui ont quelque chose de stimulant, tous les aliments qui ont de l'acreté ou qui nourrissent trop. — Le préjugé fondé sur l'opinion qu'on a de l'utilité de la fièvre , fait que l'on est porté pour les remèdes chauds; il est vrai qu'on a été induit dans cette erreur d'après un aphorisme du père de la médecine, lequel on a mal compris. La fièvre est utile, lorsque les vaisseaux sont déjà délivrés du poids qui les opprimait , et que la pléthore est enlevée ; car lorsqu'il survient une légère lièvre, elle peut dégager les obstructions, au cas qu'il en reste quelque part ; mais aussi long temps que les vaisseaux sont trcs-jileius, un nouveau degré de fièvre de plus dans la circulation du sang serait funeste. 11 a

LETTRE

donc pu arriver que la cause d'une apoplexie sanguine ayant été surmonlce , la fièvre ait été utile , mais jamais auparavant , puisqu'alors elle lui est contraire. Elle ébranle davantage les forces dans l'apoplexie qui vient d'épuisement.

J'ai vu les friclions des jambes augmenter la rou3eur du visage, la force et la fréquence du pouls et le ronflement, ce qui n'est pas étonnant, car c'est là l'effet de ce remède. J'ai vu une purgation faite avec du séné, du sel de Sedlilz et quelques amers, qu'on avait donnée trois jours après une attaque d'apoplexie, être suivie, au bout de quelques heures, d'une seconde attaque qui fut mortelle.

Je sais qu'un apoplectique est mort dans le temps qu'on espérait son rétablissement, et cela pour avoir mangé une soupe trop nourrissante, deux œufs mollets et avoir bu deux onces de vin d'Espagne.

Pour échapper au danger dans cette maladie, il faut s'abstenir pendant quelques jours de toute nourriture, et ne vivre que d'une boisson très-légère , délayante et rafraîchissante ; et il est assurément nécessaire de défendre pour long-temps aux malades tout aliment tiré du règne animal. — Je n'ignore pas que je choquerai plusieurs praticiens , en attaquant aussi hardiment une méthode que l'abus a confirmée, et en enseignant avec un petit nombre d'aulres médecins à guérir l'apoplexie par les rafraîchissants; mais la raison et l'expérience demandent ce traitement à grands cris, et il n'est aucun guide qu'un médecin de probité doive préférer à ceux-là. Cette maladie est du genre des inflammatoires et j'ai vu chez des vieillards une première attaque de fièvre continue inflammatoire se manifester avec des symptômes qui menaçaient d'une apoplexie prochaine , et qui auraient très-promptenient dégénéré en une vraie apoplexie, si je n'y avais pas paré par une méthode extrêmement rafraîchissante.

Vous aurez lu, monsieur, par-ci parlà dans les ouvrages de très-célèbres auteurs, qu'ils recommandent les canlharides; et vous aurez vu des médecins d'une grande réputation faire appliquer ces mouches. Il est vrai que Boerhaave et le célèbre praticien qui l'a commenté ont averti qu'on devait en faire usage avec précaution, et seulement après d'abondantes évacuations. Je n'ai point voulu les employer dans celte espèce d'iipoplexie, et je ne m'en suis pas repenti; car ce» insectes paraissent plutôt propres

à occasionner l'apoplexie , qu'à y remédier. Lorsque les femmes, qui sont si souvent sujeltes aux maux de dents, cherchent à s'en délivrer par le conseil des femmelettes, en s'appliquant des cantharides derrière les oreilles ou à la nuque, combien de fois n'arrive-t-il pas que la maladie, de supportable qu'elle était, dégénère en une terrible inflammation accompagnée d'un grand mal de tête, et qu'il faut traiter par la saignée elles rafraîchissanls ? J'ai vu un homme qui , pour s'être fait appliquer un emplâtre vésicaloire derrière le cou, dans la vue de dissiper une fluxion catarrhale qui s'était jetée sur ses dents, tomba dans un assoupissement dont on put à peine le réveiller au bout de vingt-quatre heures. On diminue le danger en enlevant la pléthore; mais le dissipe-t-on en entier? Il est certain que, de quelque façon que la pléthore soit diminuée, les plélhoriqiies ne laissent pas que de conserver cette disposition particulière, qui rend très-facilement au sang sa première impétuosité et son élat inflammatoire. — Les péripneumonies et les pleurésies reprennent tout d'un coup leur violence à l'occasion du plus léger stimulant, et deviennent encore plus dangereuses dans le temps qu'on croyait le malade sauvé. L'an 1757, j'ai vu dans une autre ville une femme sexagénaire, sanguine, replète, qui avait eu une attaque d'apoplexie, et à qui on avait administré, par le conseil d'un apothicaire, la saignée, des lavements, des purgatifs et d'aulres secours, qui ne sentaient [las absolument l'impéritie; on lui appliqua des cantharides derrière le cou, toujours sous la direction du même apothicaire. Je n'aurais jiimais cru , si je ne l'eusse vu , que celte application firt suivie d'une inflammation de tout le dos, d'esquinancie, d'une fièvre aiguë et d'un surcroît d'assoupissement qui se dissipait déjà , de terribles douleurs, d'une angoisse terrible , d'une agilalion continuelle et d'une mort affreuse. Il est donc plus sûr de: s'abstenir de l'usage des cantharides, dans l'apoplexie qu'on ap[iellc sanguine, et lorsque j'ai voulu user de révulsifs, j'ai ordonné d'appliquer au gras de jambes de la semence de moutarde saupoudrée sur du levain, après avoir fait précéder des fomenlations éinollientes, el ■ j'ai souvent eu le plaisir de voir que là i tête se débarrassait à mesure que les jam« bes s'enflaient.

Quant à la cure prophylactique qu'on

A M. DE HALLER

a trop négligée, et de laquelle je veux surtout [larler, la meilleure consiste : 1° à empêcher la formation de la pléthore; 2° à éloigner tous les stimulants capiibles d'exciler des mouvements si dangereux; 3" à empêcher le transport du sang à la tête, qu'on appelle en latin anarrhopia. — Nous remplissons la première indication par une diète légère et par les évacuants. Il me paraît superflu d'e\poser en détail la diète que d'autres ont indiquée au long. La première et la principale règle est, que les aliments soient surtout tirés du règne végétal, et que la boisson soit atténuante, aqueuse et acesceiite; qu'on s'abstienne des vins généreux ou spiritueux, et qu'on n'use que des vins légers, et qui mêlés avec l'eau font une boisson agréable et diurétique; tels que sont quelques-uns de nos vins de la Côte, ceux qui croissent dans le village d'Yvorne, voisin de l'heureux séjour cil vous vous êtes retiré, monsieur; les vins du Rhin , ceux de Moselle; ceux que produit en abondance le vignoble de Graves, près de Bordeaux; ceux- de 10rlé;in;iis , qui font de si bon vinaigre et quelques autres.

Il importe aussi beaucoup de souper peu et d'exclure de ce repas toutes les nourritures animales et le vin; car le sommeil occasionne la plélliore, laquelle nous cherchons à éloigner: on fait donc très-mal de prendre des aliments qui puissent donner lieu à la pU'ihore déjà avant le sommeil; et il n'est pas étonnant si, les vaisseaux étunt engorgés par celte double cause, les attaques d'apoplexie arrivent si souvent pendant la nuit. Il faut, par une semblable raison, s'abstenir de faire la méridienne, parce que ce sommeil augmente trop la idélhore; les personnes même qui sont en snnié font mal de s'y livrer, soit par la raison que je viens de dire, soit parce que ce sommeil se fait aux dépens lie celui de la nuit, ou parce qu'il est de trop, ce qui est également nuisible. En général donc on nuit à sa santé en dormant après le dîner, ce que prouvent abondnmment la pesanteur, l'engourdis-ement , la rougeur du vis.^ge, le mil de tète, la puanteur de la Louche et la pesanteur d'estomac qu'éprouvent ceux. qui ne sont pas accoutumés à ce soni;neil. L'hsbitiide fait qu'on s'y accoutume, on ne sent plus le danger dont on e-it menacé; mais quoique les maiiv.nis elVets de cet abus ne s'aperçoivent pas, ils n'en sont pas moins nuisibles, surtout toutes les fois qu'on a

à craindre des transports de sang à la tête. On peut cependant permettre ce sommeil dans certaines circonstances. — On comprend le mal qu'on se fait en buvant le soir, et à quels dangers s'exposent ceux qui, ne pouvant dormir pour avoir trop mangé à souper, et n'avoir rien voulu retrancher à ce repas, cherchent à se délivrer de l'insomnie, tandis que la cause en subsiste encore, en prenant de l'op um. J'ai vu cette imprudence donner lieu à des accidents fâcheux, et j'ai guéri plusieurs fois le même homme, qui restait plongé pendant deux ou trois jours dans un assoupissement comateux pour avoir avalé de la tliériaque ayant l'estomac et les vaisseaux pleins. Puisi]ue le sommeil produit la pléthore, ceux qui sont en danger tie de\ enir plélhoriijues doivenléviter de dormir trop long temps. Mais cette digression m'écarte de mon plan.

Assurément j'ai vu que, lorsque les malades voulaient suivre mes conseils en s'aslreignant à la diète légère dont j'ai parlé, elle empêchait les retours d'apoplexie et dissipait ces indispositions de la tète qui de puis plusieurs an nées avaient menace de dégénérer en une maladie plus grave. Et qu'on ne craigne pas que cette diète abatte les forces animales , les malades s'en portent mieux , comme je l'ai dit, et sont mieux en état de s'acquitter de toutes les fonctions animales, l'ouïes les fois au contraire que la quantité du sang est au!,anenlée , que les forces vitales prennent trop le dessus, et que les vaisseaux de la tète sont fort pleins , il arrive tout autant de fois que la pression du cerveau nuit aux fonctions des nrri's, et que les forces animales et naturelles se déiruisent. Je connais un homme qui a essuyé une attaque d'apop exie assez grave, dont le visage devenait rouge, et qui perdait l'ouïe et les forces toutes les fois qu'il buvait au-delà d'un verre de vin pur. J'ai vu une femme qui avait été pareillement atteinte de celte maladie, et î) qui les forces manquèrent, tandis qu'elle était su:- l;i chaise percée, pour avoir p; is un bouillon aux écrevisses trop succulent. Oh! combien le genre humain ne prolongerait-il pas sa vie, s'il était fermement persuadé que la diè'e la plus propre à donner des forces est celle qui est la plus opposée à la maîailie! — La dièle peut t( nir lieu de tous les autres secours, pourvu que le cas ne soit pas ])resi.int; miis lorsque la maladie est déjà formée et que le danger eit pressant,

616 LETTRE

ce serait vainement qu'on se conncraità la diète seule : la saignée est alors la seule ressource assurée qui reste. Je n'ignore pas ce que des gens de poids allèguent contre ce remède, en avertissant avec raison que la piéthore se reproduit bientôt après avoir été dissipée par la saignée; mais cela ne prouve rien contre une nécessité urgente. Il faut sauver la ■vie au malade par lasaignée, puis prendre garde que la diète soit telle que la pléthore ne se reproduise pas; et il faut prendre ce parti sans hésiter; car s'il est des cas où le retard soit dangereux, c'est surtout dans celui-ci. En voici un exemple choisi .''ur plusieurs autres.

Une femme âgée de soixante ans, sanpuine et robuste, éprouvait depuis plus d'une année des vertiges violents. Je lui avais conseillé de se l'aire saigner au moins qualre l'ois par an, et de se lâcher le ventre en buvant sur des tamarins.

Elle avait suivi quelquefois ces conseils assez ex^ictement ; mais ayant un peu trop tardé de se faire saigner, les vertiges l'avaient obligée de faire avertir le chirurgien de venir la saigner au bout de trois jours. Mais après s'être couchée bien portante, on la trouva le matin raide morte dans son lit, et dans une attitude semblable à celle que les médecins regardent comme une marque de la meilleure santé. Le sommeil, ayant rendu la pléthore plus considérable, avait occasionné l'apoplexie. Toute la peau, et surtout celle du visage, était défigurée par une horrible ecchymose noire, t]ui venait de ce que le sang avait rompu tous les vaisseaux, et même ceux des narines par lesquelles il s'était écoulé. Cet accident aurait vr.iiseniblablement été prévenu par la saignée; évacuation dont on peut d'autant moins se passer, que les malades ont moins de docilité et refusent de se soumettre aux règles de la diète. — Il est aussi nécessaire de délivrer de la plénitude de sang ces' personnes qui en font une si grande quantité que si on ne la diminue pas, ou qu'on n'en empêche pas la génération par toutes sortes de moyens, elles sont conlinutllement exposées aux maladies les plus graves.

J'ai vu une belle fille âgée de vingtdeux ans, qui, étant sujette à des maladies graves causées par une plénitude de sang, ne vivait depuis trois ans que de végétaux et d'eau, et qui néanmoins avait eu pendant tout ce temps-là des règles fort abondantes, el des saignements de nez copieux et fréquents. Cela

ne diminuait pourtant pas la pléthore au point que la malade n'éprouvât pas souvent un violent mal de tête, et qu'elle ne tombât en syncope toutes les fois que le mouvement ou un air chaud rendaient chez elle la circulation plus rapide. Enfin elle futattaquée, au commencement de l'hiver, d'une jtleurésie très fâcheuse, qui ne put se guérir par aucun autre remède que par d'abondantes et fréquentes saignées et par des saignements de nez trèsconsidérables. Ellea vécu très-sobrement, pendant tout l'hiver, de légumes, de pain et d'eau : le 25 de mars, elle a été de nouveau attaquée d'u ne violente pleurésie, qui a cédé aux mêmes secours.

— Quelle est la f.iculté en vertu de laquelle il se fait une si grandequanlité de .sang? Ce n'est sans doute pas celle qui constitue la vigueur du manreuvre , et qui paraît dépendre de la seule dens té des fibres; car cette fille a la fibre mobile et lâche. Un homme robuste ne fait pas ur e si grande quantité de sang; la cause de la force est <lonc différente de celle de la sanguification. Cette dilT'érence vous est connue , monsieur, et vous voudrez bien faire voir en quoi elle consiste, ou bien elle est inconnue. Il paraît que les fondements en sont imperceptibles. Yoici d'autres exemples.

Un homme de qualité , âgé à présent de cinquante ans, qui avait été autrefois i) la guerre, et qui de|)uis plusieurs années était sujet à un flux hémorrho'i'dal abondant, s'étant fait une si grande quantité de sang, en menant une vie oisive dans des chambres chaudes, et en s'adonnant au jeu et à la bonne chère, essuya, au mois de février de 1752 , une légère attaque d'apoplexie dont il fut guéri, à ce que j'ai appris, par la saignée. L'année suivante et le même moi-; , il perdit quinze livres de sang dans l'espace de deux jours. Ayant été son médecin depuis lors, je lui ai conseillé une diète légère , et jiresque entièrement végétale, telle que l'exigeait la maladie : il use d'un vin léger dont il boit en petite quantité, il se passe entièrement <ie liqueurs spirllueuses, de café et de tabac; il évite les chambres chaudes; il a le ventre libre , le flux hémorrho'idal revient périodiquement et en abondance; il mené une vie active. Je n'ai pourtant pas encore pu faire en sorte qu'il fût exemjit de cette hémorrhagie pendant deux ans entiers.

Quelle est, encore un coup, je vous prie, monsieur, la cause d'une sanguification si considérable? Je sais qu'il est nombre

A M. DE HAI.LEK.

d'hommes j de femuies et d'enfants qui ont un pareil tempérament : cela vientil de ce que la transpiration est moins considérable? — Je connais une femme qui depuis plusieurs années perdaitbeaucoiip de sang paries hémorrhoïdes ; elle avait essayé d'une infinité de remèdes; je ne m'en rappelle qu'un seul qui mérite atlenlion, savoir du safran de Mars astringent, qu'elle prenait à grandes doses par l'ordonnance des plus célèbres médecins de Montpellier. Elle m'a prolesté avec serment que, d'après un calcul trèsexact fiit au moyen d'un vase qui lui servait de mesure, elle avait perdu dans une seule année quatre cent douze livres de sang ; cependant elle vivait, mangeait et se promenait dans sa chambre. Autant que je l'ai pu savoir, elle n'a jamais été entièrement exempte de ce flux liémorrhoïdal ; elle vit encore actuellement.

Celte quantité de sang n'est pas sans danger : comment peut - on y remédier? Quoique la cause en soit inconnue, l'expérience a cependant fait voir qu'il est fort utile d'éviter tous les aliments qui nourrissent beaucoup ou qui agissent comme slimulanls; de s'abstenir des vins généreux et des vins rouges, mais d'user d'aliments végétaux en petite quandié , de boire de l'eau aigrelelle, de se donner un exercice modéré, mais continuel ; de prendre de temps en temps des purgatifs acescents, et de provoquer les urines par des remèdes nitreux. Il paraît que la faculté .çrtngM//ica/(Ve a beaucoup diminué chez la (ille dont j'ai parlé plus haut, et, au lieu de la chaleur continuelle di nl elle se plaignait auparavant , elle commence déjà a craindre le froid.

Quelle est l'utilité de la saignée? Elle se réduit assurément à peu de cho.e.

Comment est-ce qu'en tirant quelques onces de sang on emportera cette pléthore, qui ne laisse pas de subsister malgré qu'il s'évacue une livre de sang par jour? ou comment apaisera-t-on pur là une hémorrhag'e qui ne peut s'airèler qu'après qu'il s'est écoulé quelques livres de sang? Celle saignée sera-t-elle utile en faisant une révulsion qui détourne le sang des vaisseaux par lesquels il s'écoule? Cependant il n'est pas encore décidé q:ie cette révulsion soit réelle, et la raison, de concert avec l'expérience et les autorités, m'empêche de le croire. Mais accordons à la saignée cette propriété révulsive : elle arrête donc l'hémorrhagie à raison de cf^le propriété, mais elle laisse substituer la plé-

thore; elle empêche la guérison qu'opérait la nature, et elle ne guérit pas ; donc elle est nuisible. Mais en la réitérant souvent on parerait à la nécessité des hémorrliagies. J'en conviens, si on tirait plusieurs livres de sang avant le temps où l'hémorrhagie doit arriver, on lapréviendrait certainement; mais qu importe que cette évacuation soit l'ouvrage delà nature ou celui de l'art? D'ailleurs on a appris, par de fréquentes observations, une chose dont la raison n'est pas difficile à trouver, c'est qu'on suppoile bien cette évacuation de sang qui se fait goulte à goutte, quand même elle va à plusieurs livres, tandis qu'une saignée qui aurait évacué la moitié de cette quantité aurait causé la mort. — J'avoue cependant que, vu l'impétuosité avec laquelle le sang s'échappe de lui-même, vu qu'il s'en perd beaucoup au-delà de ce qu'il convient, et que l'hémorrhagie ne s'arrête pas toujours après que la pléthore est dissipée, mais qu'elle donne lieu à l'épuisement, il serait souvent utile de prévenir l'hémorrhagie par la saignée.

Mais il y a ceci à craindre , c'est que les hémorrliagies spontanées ne tombent en désuétude, et que les saignées étant une fois renvoyées, il ne survienne quelque maladie gr.ive qui emporte le malade.

Car aussi long temps que les hémorrliagies continuent d'être habituelles, la nature pourvoit à sa conservation et éloigne le danger de la pléthore. Mais lorsque l'on reuiet a l'art le soin de remédier à la pléthore, il est toujours à craindre qu'il ne se commette quelque faute de la part du malade ou de la part du médecin, et que, bercés d'une espérance trompeuse qui leur fait entrevoir la guérison, ils ne méprisent trop le danger. Je connais des personnes qui , étant sujettes à des liémorrhagies très considérables, sont parveiuiesà une vieillesse desplus heureuses. Plusieurs pléthoriques par contre, qu'on s'était flatté de guérir par la saignée, ont été accablés par leur propre sang et ont mené une vie misérable. — Il est donc plus sûr de s'abstenir de la saignée ihez ceux que des évacuations spontanées délivrent d'un sang qui leur est à charge; à moins qu'on ne soit forcé d'y recourir par quelque maladie grave. Mais il est à propos de pratiquer la saignée lorsqu'il se fait une grande quantité de sang , et que, la nature n'excitant aucune héniorrliagie, le sang se jette cependant sur différentes parties et menace souvent d'occasionner une apoplexie, une tsqui-

LETTRE

nancie, un catarrhe siiflfocant ou d'autres mnladies très-graves. Et un médecin n'agirait point mal avec ses malades, s'il pou\'ait apprendre à la nature à faire sortir le sang par les narines, toutes les fois qu'il y en a trop; car la pléthore existe souvent sans (ju'on le s.iche , et il est arrivé plus d'une fois que le premier symptôme par lequel elle s'est manifestée a été mortel. C'est peut-êire cette raison qui avait donné lieu à l'usage où étaient les anciens Egyptiens de se faire scarifier le nez.

Je me suis trop arrête à disserter au sujet de la pléllio:e : il s'agit maintenant de rechercher de quelle manière il faut remplir les autres conditions de la prophylactique. Je serai court, car il suffit de faire \oir qu'en évilant la pléthore on empêche le trop de mouvement des humeurs, et qu'elles ne se portent à la tète. Il me reste donc peu de choses à ajouter. — Preinièi emenl donc on empêche le trop grand mouvement des humeurs en s'abstenant rigoureusement d'avaler quoi que ce soit sous le nom d'aliment ou sous celui de remède, et de tonte boisson ciiau le, purce que tout cela aug:menle dans le moment la chaleur et le mouvement; 2" en évilant un air trop chaud et impur, car un tel air augmenle singulièrement la raréfaction et le mouvement des humeurs; et j'ai vu récidiver plusieurs apoplexies par l'abus des chambres trop chaudes. Ceux qui sont sujets aux vertig'es témoigneront combien les chambres trop chaudes sont nuisibles; et les hommes même les mieux portants éprouvent des vertiges lorsqu'ils s'y arrèient un peu trop long-teuips. Or, les vertiges, l'apoplexie, la léthargie, le carus et les autres affections soporcuses , ont une orig ne qui leur est commune , et ne difTèrent que par le degré ; donc les même? choses conviennent ou nuisent dans ces maladies. — Outre cela, il faut faire attention que cette précaution est d'une gr.inde iu)portance ])our empêcher le transport du sang à la tête, ce qui est la troisième indication. Car dans une chambre trop chaude la tête s'échauffe plus que les autres parties , parce que, suivant une loi physique, l'air qui environne la tête est plus chaud que celui qui est autour des pieds, et que la respiration surtout eu souITre : or, j'ai déjà dit que la plénitude du poumon dorme lieu à celle de la tête. Il importe surtout beaucoup de dormir dans une chambre qui soit grande et un peu froide, avec

les rideaux ouverts ; car, je ne cesserai de le répéter, le sommeil est très-contraire dans les aflectioiis soporeuses. Il faut donc mettre tous ses soins à empêcher que d'autres causes nuisibles ne concourent avec le sommeil; 8° il faut éviter soigneusement tous les mouvements excessifs qui agitent toute la masse du sang.

On prévient le transport du sang en se conformant aux avis jirécédenls et aux suivants ; en se tenant les pieds au chaud; en évitant de s'exposi r au soleil, et tous les efforts qui, en ol)ligeant à une longue inspiration, font que le sang s'accumule dans la tête ; en renonçant à toutes sortes de narcotiques, de spiritueux et de céphaliques qui poussent toutes les humeurs vers les parties supérieures ; enfin en se tenaîit le ventre libre, car par là on s'épargne des efl'orîs dangereux et on réussit à empêcher la pléthore, la chaleur et la fièvre. J'ai vu à cet égard de trèsbons effets des cristaux de tartre, dont un usage long et journalier procure plus d'avantages qu'on ne peul le dire ; et j'ai appris par une expérience multipliée qu'ils sont le remè le de pi'écaulion le plus siir de l'apoplexie sanguine ou bien de l'apoplexie bilieuse, nom que l'on donne volontiers à cette maladie.

Il est aussi deux passions de l'âme qui ont souvent produit l'apoplexie et qu'il faut éviter avec soin, savoir : la colère et une joie excessive. Il est rare qu'un excès de bonheur tue jiar une joie inopinée ; mais les occasions de se mettre en colère sont très - fréqnenles , et les apoplectiques sont souvent sujets à la colère, ils doivent se tenir fort sur leurs gardes : les livres des médecins sont remplis d'observations qui font voir que la colère a été suivie de rajioplexie. — L'apoplexie est une maladie familière aux savants ; et lorsqu'ils en ont été Uiie fois attaqués, ils ne peuvent rien faire de mieux, pour en prévenir les rechutes, que de renoncer tout à-fait aux éludes un peu trop sérieuses, car la méditation donne lieu au sang de s'accumuler dans la tête , et à l'apoplexie. Il n'est point d'homme de lettres qui n'ait éprouvé des plénitudes de tête considérables et menaçantes; elles se dissipent très-bien en renonçant incessamment à toute espèce d'étude, en se découvrant la tête et se tenant assis dans une jiarlailc tranquillité, et même sans parler. Il leur importe beaucoup d'avoir l i tête légèrement couverte , d'éviter les chambres

A M. DE HALLER

chaudes, d'user d'une diète légère et de s'abstenir du vin. Je ne dois pas non plus passer sous silence que le café, dont ils boivent pour dissiper ces plénitudes de tête, est un remède peu fîir , et qui est plus propre à produire l'apoplexie qu'à l'L'loigner.

J'ai vu cette maladie chez des octogénaires ; alors j'ai évité la saignée, à moins qu'il n'y eût une nécessité pressante , auquel cas l'issue en est mortelle , car cette évacuation fait quelquefois des maux bien diflicilcs à ré|)arer; mais j'ai alors employé efficacement les purgatifs et la diète. J'en ai vu récemment un exemple dans la personne d'un homme âgé de quatre vingt-quatre ans, qui menait autrefois une vie active , mais qui , parvenu à cet âge , s'était adonné à une vie sédentaire et à la bonne chère. Il eut de nuit une attaque d'apoplexie qui lui laissa un léger obscurcissement dans les idées, el une paralysie imparfaite de la langue : il ne voulut pas permettre qu'on lui donnât des lavements; mais à mesure que ses intestins se vidèrent par le moyen des tamarins, de la manne, de la crème de tartre et du jus de citron, les fonctions de l'esprit et de la langue se rétablirent, et il recouvra sa première santé. — J'ai vu cette espèce d'apoplexie laisser quelquefois de la toux après elle : celte toux f.iil beaucoup de mal , en ce qu'elle fait que les humeurs s'accumulent dans la Icte : elle ne demande point de trailement particulier, mais elle cède très-bien à la diète végétale : j'ai vu réussir l'esprit de niire délayé dans une boisson émolliente. Il faut se g:irder soigneusement de tous les narcotiques qui , dans ce cas , sont des poisons dangereux. — Avant de parler des autres espèces d'apople.vic , je rendrai compte en pou de mots de quelques autres maladies qui ont de l'affinité avec l'apoplexie sanguine, et je rapporterai des observations qui y appartiennent. — La première de ces maladies n'est pas fort rare : elle n'a pourtant })as été décrite jusqu'à présent, aussi est -il souvent arrivé qu'on ne l'a pas connue, et, qu'ayant été mal traitée, elle est devenue mortelle : elle reconnaît pour cause une obstruction lente et légère des vaisseaux dù cerveau : il s'en suit de la langueur, de la pesanteur, de la lassitude (car les esprits qui mettent les muscles en mouvement sont en défaut), puis un dérangement d'estomac, du dégoiît et des nausées , qui sont un effet de celte étroite correspondance qui

a lieu entre l'eslomac et la tête , et qui fuit qu'il est souvent difficile de juger si la cause des nausées est dans l'eslomac ou dans le cerveau , parce que la plélliore du cerveau produit fréquemment un eftet semblable à celui qui dépend des impuretés de l'estomac. La maladie se manifeste tout-à-coup par des vomissements souven t accompagnés d'un pouls irrégulier et d'une faiblesse excessive : on en accuse des dépravations du chyle ; on emjiloie des éméliques , des purgatifs, des stomachiques ; on cherche à rétablir les forces par des spiritueux, el à opérer une révulsion par le moyen des vésicaloires : tout va en empirant; la léthargie survient et le malade succombe.

J'ai vu plusieurs personnes dans ce cas; j'ai arrêté les vomissements, dissipé les nausées, empêché la maladie d'achever de se former, et je l'ai guérie par une saignée copieuse , par des bains de pieds, en faisant boire sur des tamarins, sur le nitre, en prescrivant une boi.'-son délayante et laxative , et par des lavements très- émoUients. Je sais que plusieurs sont morts pour avoir été traités par une autre méthode. Il n'y a pas bien long - temps qu'un homme qui avait été attaqué de cette maladie est mort dans une profonde lélhargie; on lui avait fait prendre des préparations de pavots , je ne sais dans quel but, à moins que ce ne fût peut - être pour arrêter le vomissement. — Il est encore une maladie analogue à laquelle succombent plusieurs personnes parvenues à une extrême vieillesse. Après des vertiges , de l'angoisse et de la faiblesse, elles sont tout-à-coup attaquées de vomissements si copieux , qu'on a peine à concevoir la quantité des matières qu'elles évacuent. Les vomissements durent pendant quelques heures ; lorsqu'ils sont apaisés, les malades paraissent être un peu mieux, mais il leur reste une très-grande faiblesse, et à peine s'esl-il écoulé quelques heures qu'il survient une léthargie mortelle, ou qu'après une légère difficulté de respirer ils tombent en syncope , et finissent ainsi leurs jours assez tranquillement. — Deux c.!S tout nouvellement arrivés serviront d'exemple d'une autre maladie. Un homme de quarante ans , d'un tempérament bilieux, mais sain, ayant mené ci devant nue vie gaie et active, maintenant sédentaire , en proie à l'eniuii et à certains chagrins, et mangeant peut-être un peu trop, tomba, sur la fin de l'automne der-

LETTRE

nier, dans un sommeil presque continuel, en sorte qu'il entendait à peine parler, qu'il répondait avec difïiculté , qu'il ne prononçait que de temps en temps quelques paroles dépourvues de sens, soit que l'assoupissemL-nt le gagnât, soit que ce fût l'effet d'un très - violent mal de tête qui alternait avec l'assoupissement; il était dégoûté de iout> même de la vie ; il était maigre, jaune, fiiiblp; il avait des. nausées et des vei tifjes. Je conseillai 1" de ne lui donner pour toute nourriture que des végétaux , et pour boisson de l'eau scdlement, ou de la limonade, en mettant le vin absolument de côté , et surtout de lui donner une très -grande quantité de fruits de la saison, principalement de raisins ; 2° de lui faire baigner les jambes dan^ l'eau tiède une ou deux fois le jour ; 3" de lui faire boire tous les jours douze onces d'une tisane faite avec de la racine de chiendent, des tamarins el du nitre. 11 se porta bien au bout de douze jours.

J'ai été consulté par les parents d'un capitaine de qualité, qui avait près de cinquante ans, qui ét^iit robuste, mais qui avait l'habitude de passer les nuits h jouer : il était tombé dans la tristesse et dans un assoupissement sans sommeil, accompagné d'absences de mémoire, en sorte qu'il s'endormait étant assis à table , en parlant et en se promenant : il passait des nuits cruelles et dans l'angois^e , et il oubliait ce qui s'était passé peu auparavant; il ne disait pas un mot de. tout le jour, tamlis (ju'avant sa maladie il était d'une humeur gaie. Quelle était la cause de celte maladie? Etait-ce nne disposition inflammatoire ? Quels remèdes fallait -il employer? Ce n'était sans doiite pas des bouillons de vipère et des vésicatoires , comme un médecin étranger l'avait conseillé ; mais j'orJonnai qu'après une saignée, 1° il bût tous les jours quatre livres de petit-lait Irèsclanfié avec autant ti'onces de miel, une once de rob de sureau et deux drachmes de crème de tartre; 2" une diète entièrement végétale et consistant surtout eu herbes chicoracées, en fruits de la saison et en raisins; 3'' je lui défendis absolument toute boisson fei mentée , excepté le vinaigre seulement, mais je voulus qu'il bût abondamment de la limonade, de l'eau et du moût; \° je voulus qu'il ■"prît le soir d'amples bains de jambes tièdes. Le malade étant indocile n'observa itout cela qu'imparfaitement, et ne voulut pas renoncer tout à-fait à la viande et au

vin ; il ne prit ni du petit-lait , ni du

miel, ni du rob de sureau; il usa cependant des bains de jambes lièdcs, de crème de tartre et d'apozèmes de chicorée.

Cela fit prendre une meilleure tournure à la maladie, l'assoupissement se dissipa, le sommeil revint , la tristesse diminua ; mais comme il mit bientôt de côté toule les règles que je lui avais prescrites , la maladie ne cessa pas entièrement (1).

Il faut rapporter ici ces sommeils lét!iargi(|ues dont parlent des auleui s dignes de foi ; on voit quel doit en être le traitement toutes les fois qu'ils ne tirent pas leur origine de quelque autre maladie. C'est mal à propos qu'on cherche à réveiller les malades en employant des remèdes stimulants , tandis qu'il faut les guérir par des évacuations , et en réprimant le mouvement des humeurs; car lorsqu'il aborde plus de sang dans certaines parties qu'il ne s'en écoule , elles se reni()lissent trop. Il faut donc, par cette raison, faire en sorte que l'aflluence du sang et la pléthore diminuent, car des observations sans nombre prouvent que toutes les fois qu'on la di»sipe, le mouvement du sang dans les veines est plus facile. — Il est des hommes mal constitués dès leur naissance, et qui, ayant les vaisseaux du cerveau ou de la tète trop délicats, sont exposés, à raison de cette constitution, à des maux de tête continuels et très-graves, et ils sont presque d'abord accablés par les moins violents. L'art ne peut pas y remédier, et il n'y a de soulagement à attendre q ^e d'un genre de vie qui diminue l'activité des forces vitales; ces personnes sont obligées de vivre dans un état de faiblesse, les forces leur donnant la mort.

Je dois maintenant parler des autres cs()èces d'apoplexie. Toutes les fois que cette maladie atiaque un corps qui n'est sujet ni à la pléthore, ni à l'inflammation, mais qui est cachectique et rempli d liumeurs crues, aqueuses, visqueuses, il est rare qu'il faille avoir recours à la saignée, mais il faut évacuer par les couloirs et

(1) Il y a neuf ans que j'écrivis ceci; ce malade parut être encore pendant quelque temps dans un élat de convalescence; mais ayant bientôt repris son premier genre de vie, il retomba clans l'assoupissement; et ayant été assez mal avisé pour user de la poudie d'Ailhaud, il s'crdlamma le cerveau , dans lequel on trouva un abcès après sa mort.

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