A M. DE
faire eu même temps tout son possible pour procurer une révulsion. Il ne faut pas non i)lus faire choix des remèdes recommandés précédemment, lesquels font exempts de toute àcreté; car dans ce casci il n'est pas si facile d'accélérer le mouvement des humeurs, et les corps engourdis de ces malades obéissent mal à des remèdes doux. J'emploie les sels amers, le séné, la rhub^irbe, le diagrède, la racine de jalap et des lavements acres à litre de purgatifs : après qu'une diarrhée abondante a entraîné une quantité d'humeurs, il est permis d'exciter d'autres secrélions , pourvu qu'en même temps on fasse usage des révulsifs ; mais on est quelquefois obligé d'employer des sliauilanls un peu forts, car l'engourdissciiient du cerveau est si grand que, quoique les causes de l'engorgement soient déjà dissipées, ce viscère a toutes les peines du monde à s'en délivrer si on ne lui aide pas. — C'est dans celte espèce d'apoplexie que les cantharides sont souvent d'unesigrande utilité, parce qu'elles agissent en même temps comme stimulants et comme rcvulsifset qu'elles excilentsouvent des sueurs abondantes, que j'ai vues plus d'une fois emporter la maladie ; niais il faut pour cela entretenir l'écoulement assez long-temps, car telle est la jiropriété des vésicatoires qu'ils raniment toutes les fonctions de la transpiration cutanée , quand même on ne les applique qu'à une seule partie. Vous savez, monsieur, que dans quelques endroits les gens de la campagne sulistituent aux cantharides la renoncule des marais , qui est une plante vénéneuse (1) ; mais il faut s'en servir avec précaution. Il est vrai qu'appliquée au pouce elle a dissipé la fièvre intermittente ; mais la trop grande irritation qu'elle excite a occasionné des maladies beaucoup plus graves. Je connais un capitaine piémonlais qui, après avoir eu le pouce détruit jusqu'à l'os avec des douleurs inouïes, a eu
(t) C'est le Ranunculus sceleratus de Linnée, qu'on appelle aussi GrenouUlette d'eau ou Pied poit, et que nos paysans appellent Pkipau. Qu'il me soit permis de transcrire ici, de mon Hisloire des Plantes vénéneuses (pag. 100 et 108), ce qu'il y a de plus important à savoir touchant l'usage externe de cette renoncule. « La fleur et les feuilles appliquées sur la peau la rougissent, et y font lever des vessies au bout de douze heures, sans douleur, jl est vrai ; mais les ulçères qui en ré-»
pendant plusieurs mois un ulcère trèsfàcheux qui l'a fait cruellement souflrir. Un charretier eut , dans l'espace de quelques heures, toute la peau du bras levée en forme d'une vessie prodigieuse, avec de la fièvre , du délire, de la frénésie, une espèce de rage et la gangrène, en sorte qu'un très-hahile chirurgien eut bien de la peine à sauver ce bras. Les cantharides sont donc plus sûres.
Une femme âgée de soixante et dix années, et d'une consiilution lâche, eut une attaque d'apoplexie qui lui laissa une paralysie complète de la langue, de la moitié du visage, du bras et de la jambe du côté gauche. Après avoir beaucoup évacué les premières voies on lui appliqua les cantharides; |>uis, à l'aide d'Une boisson convenable et des diaphorétiques fixes, on excita des sueurs qu'on laissa continuer pendant neuf jours entiers sans presque faire ch;inger d'attitude ni de linge à la malade; ces sueurs la laissèrent entièrement dégagée de toute paralysie et jouissant d'une santé, d'une force et d'une bonne vue qui lui étaient d^jà inconnues depuis long-temps, en sorte qu'elle put quitter ses lunettes, dont elle se servait depuis bien des années. — D'autres auteurs ont indiqué fort au long d'autres secours qu'il fait rap|Porter ici. Le traitement prophylactique consiste en deux parties, celle de la dièle et celle des remèdes. La principale règle est d'observer une diète qui soit atténuante sans être émolliente, mais qui soit assaisonnée de stimulants qui mettent en jeu les libres ei'gourdies et qui réveillent l'activiié des couloirs qui ne font plusieurs fonctions. Une dose médiocre d'un vin diurétique fait uu bon effet. Il faut éviter toutes les boissons qui relâchent. Il faut continuellement se donner de l'exercice et se frotter chaque jour par tout le corps. Il faut se purger de temps en temps avec de la poudre cornachine ou de la rhubarbe. Il est à propos d'user d'un vin médicinal
sultent demandent beaucoup de temp* pour se fermer, surtout si on a percé ces vessies. Les feuilles appliquées sur ces verrues les enflamment , etc. Lorsque la grenouillelle d'eau, employée à l'extérieur, y a excité un ulcère qui dure trop long-temps, et qui devient douloureux , l'application du baume du Pérou réussit très-bien, quoiqu'il augmente d'abord la douleur; mais après cela elle ne tarde pas à disparaître entièrement, et l'ulcère se ferme en peu de temps, »
LETTRE
fait avec des amers et des diurétiques; je l'ai prescrit à plusieurs malades et toujours avec succès. — Plusieurs font cas des fontanelles dans celte espèce d'apoplexie; je les approuve dans le cas où la première attaque de la maladie a succédé à la suppression de quelque écoulement qui subsistait depuis long-temps; car alors une fontanelle, établie à l'endroit oîi se faisait cet écoulement, a empêché le retour de l'apoplexie, et a guéri d'autres maladies qui provenaient de la même cause : autrement la fontanelle n'a pas été d'une grande utilité, et il ne faut pas mépriser l'autorité de quelques auteurs de poids qui ont averti que les fontanelles étaient souvent un remède nuisible; l'observation le fait voir.
Une femme respectable, sexagénaire et replète, étant tourmentée depuis plusieurs années d'une lippitude très-fâcbeuse , consulta en 1768 , au mois de juillet, un chirurgien étranger, qui, ayant examiné attentivement ses yeux, trouva qu'ils n'avaient aucun vice , et que la vue était bonne. Mais dans la vue de remédier à la lippitude, il conseilla une fontanelle; un médecin étranger, le médecin et le chirurgien ordinaires furent du même avis : on l'établit en faisant une incision dans le bras gauche ; bientôt il survint autour de la fontanelle de vives douleurs, des inflammations, des croûtes (l), des dartres qui défigurèrent diins peu de temps tout le corps, qui jusque là avait été absolument exempt de toute maladie de la peau : la lippitude devint encore plus fâcheuse.
Ayant été appelé, pour la première fois, au mois de décembre de la même année, pour consulter sur ce qu'il y avait à faire pour rétablir la vue que la malade avait presque perdue , je trouvai que les deux yeux étaient obscurcis par une cataracte.
Quelle était l'étiologie de cette maladie? Est-ce que l'irritation de la peau avait arrêté la transpiration? avait-elle donné lieu par là à ces vices de la peau, et à ce qu'une humeur trop acre , ayant reflué vers h partie malade et vers les parties voisines, avait augmenté la lippitude et produit la cataracte ? La peau se guérit , après avoir fermé la première fontanelle qu'oti avait établie dans une partie trop musculeuse, et après en avoir ouvert une autre (car la malade ne voulut pas per-
(1) Lichenes.
mettre qu'on supprimât entièrement cet
écoulement) , après avoir appliqué des préparations de plomb an bras, et employé des purgations douces, composées de mercure doux et de soufre doré d'antimoine, mélange utile, qui réussit toutes les fois qu'il s'agit de résoudre des humeurs visqueuses.
La cataracte qu'on aurait dû abattre d'abord (I) subsistait encore : on en aurait fait l'extraction depuis long-temps si on m'avait donné une entière confiance ; car les arguments qui démontrent qu'on doit préférer l'extraction à l'abaissement sont d'un grand poids, et tous les gens de bien doivent des remercîmenls à M. Daviel de ce qu'il a fait voir par de nombreuses observations l'utilité de l'extraction , laquelle plusieurs autres auteurs avaient déjà soupçonnée ; car, sans parler de ceux que cite M. de Jussieu dans sa dissertation sur cette nouvelle méthode, l'extraction a été mise en pratique dans le siècle dernier par Rock Matthiole , chirurgien italien , par Burrhus , par Lamzweerde , et au commencement de ce siècle par un charlatan allemand. M. Méry en cite d'autres exemples dans les Mémoires de l' Académie de Paris de l'année 1707. lien est un très-digne de remarque , dans lequel la nature , montrant la route convenable , poussa d'elle-même le cristallin opaque dans la chambre antérieure de l'œil , d'oii il fut très-facile à M. de Saint-Yves de le tirer.
Mais , dans le cas de notre malade, le chirurgien à qui on s'était adressé pour opérer sur cette cataracte ne connaissait pas cette nouvelle méthode, et renvoyait même l'abaissement, malgré moi, en attendant je ne sais quelle maturité dont on parlait beaucoup autrefois , mais dont les plus habiles gens ne font aucun cas aujourd'hui , car lorsque le cristallin est sain , il est mûr et très en état de subir l'opération ; l'opacité ne lui ôte rien de cette aptitude, si ce n'est qu'en même temps il devient mou , et même se fond, ce qui arrive quelquefois. Mais toutes les fois qu'il a conservé sa première solidité , il est toujours mûr ; et aussitôt qu'il ne reste plus d'espérance de dissiper la ca-
(1) On l'a abattue depuis lors, mais le succès en a été malheureux, car la malade a souffert de très-grandes douleurs après l'opération, et le peu de vue qu'elle a recouvré ne lui a été d'auçune utilité.
A M. Dl
taracte par les remèdes , on peut faire l'opération avec sûreté , et c'est en vain qu'on supporte la calaracte scinipuleusement pendant plusieurs années ; ce délai est même mal indiqué, car il est à craindre que le cristallin, qui est devenu inutile et incommode, étant retenu longteni[)S dans l'œil, n'y excite des inflammations , des adhésions , des suppurations ou d'autres maladies qui rendent pour toujours impossible lu guérison qu'on avait différée , et qu'en attendant ainsi une matuiité imaginaire, on ne laisse échapper une occasion qu'on ne retrouvera jamais. J'en ai des exemples dont je rendrai une fois compte ailleurs.
11 est une espèce d'apoplexie provenant de trop d'embonpoint, laquelle il faut prévenir par les remèdes les i)lus fondants, car lorsqu'elle est formée elle ne se guérit pas. Les symptômes qui l'annoncent, durent souvent long-temps; M. Van-Swietcn les a exposés avec beaucoup de clarté. — H y a trois ans, qu'une femme, âgée de cinquante- quatre ans, tombait fréquemment dans l'assoupissement; elle était à la vérité replète, mais exempte de tout autre vice , autant que j'ai pu le découvrir; elle était souvent attaquée d'engourdissement à la langue, au bras , à la jambe , de vertiges et d'obscurcissement de la vue. L'embonpoint diminua par un usage abondant du savon de Venise et d'oxymel scillilique, par une diète atténuante, maigre, légèrement stimulante, et par un exercice modéré; tous li s symptômes se dissipèrent peu à peu, et dans la suite elle se porta bien.
J'ai vu , dans l'été de 1759 , dans une ville voisine , une femme âgée de quarante et quelques années, presque ensevelie dans la graisse, paresseuse depuis long-temps et lente , se plaignant que la mémoire lui manquait, et qui , quelques mois après, était presque continuellement plongée dans le sommeil, incapable de presque aucun mouvement, absolument dépourvue de mémoire , en proie à l'angoisse et de mauvaise humeur; elle était enfin imbécile. D'autres médecins avaient conseillé des bains froids et des fortifiants. Je crus qu''il fallait employer les plus puissants fondants. Les chaleurs, qui étaient alors excessives, et qui donnaient beaucoup d'angoisses à la malade, ne me permettaient pas d'employer le savon; mais je lus d'avis qu'elle usât d'oxymel scillitique avec un sel neutre,
et qu'elle se mît à une diète très-légère et fondante. Au bout de quelques jours il y eut de l'espérance que l'assoupissement se dissiperait bientôt; mais déjà le septième jour la malade refusa de prendre ces remèdes, et elle en employa d'autres; la maladie dégénéra prompiement en léthargie et en apoplexie. — Soit que la sécrétion et la distribution des esprits animaux soient empêchées, soit qu'ils viennent à manquer par l'épuisement des forces, il s'ensuit l'apoplexie, maladie dans laquelle les nerfs cessent d'être sensibles; et ce défaut de sensibilité donne lieu à la cessation des actions volontaires, car les nerfs ne sont certainement pas privés de toute action, niais seulement de celle qui sert aux sens; car tous les mouvements qui ne dépendent pas de celle-ci subsistent encore; ce sont ceux que l'école a appelés les mowemenis vitaux et les mouvements naturels. Or l'engourdissement des sens fait cesser l'action de l'àrae sur le corps et les mouvements qu'elle produit. La circulaliori subsiste dans son entier , ses causes n'étant pas du ressort de l'àme ; la respiration est quelquefois lésée, soit à cause du catarrhe suffocant qui accompagne souvent l'apoplexie, soit parce que cette fonction est ii la vérité en partie nécessaire et en partie assujétie à l'action de l'àme.
Doit-on rapporter ici cette industrieuse hypothèse que notre ami le célèbre Zimmermann a proposée il y a vingt ans, non sans être fondé sur des expériences , en disant qu'il soupçonnait que les nerfs sentent par les esprits ; et qu'ils produisent le mouvement par une propriété innée des solides? Quoi qu'il en soit, on comprend que l'apoplexie a lieu lorsque les esprits sont en défaut ; telle est celle qui tue subitement dans les maladies chroniques, surtout dans ces maladies qui dissolvent entièrement le sang, dans la jaunisse par exemple, ce que j'ai vu arriver quelquefois. Telle est celle qui emporte ceux qui aiment les remèdes, et qui, en en prenant continuellement, s'attirent une mort qu'ils cherchent à éviter. Telle est enfin celle qui succède au marasme des vieillards, ou qui tue ceux que das chagrins continuels ont abattus, — Il faut employer ici un autre traitement ; il faut remédier à la mauvaise qualité des humeurs, et en rétablir la quantité; il faut exciter les mouvements vitaux qui languissent. La cure consiste donc à employer des fortifiants, de bon-
nés nourritures et à éviter soigneusement les évacuants. On prévient la maladie en usant d'aliments fort nourrissants, mais qui soient fdciles à digérer, en en prenant souvent et en petite quantité. — Il est une espèce d'apoplexie dans laquelle la faiblesse est l'effet d'obstruction du busventre, lesquelles ont nui aux digestions et empêché la nutrition. Je l'ai vu arriver chez des femmes qui n'étaient pas encore parvenues au premier période de la vieillesse. Il faut soutenir les forces et résoudre les obstructions avec prudence. Les gommeux et les plantes amères sont pour cela d'une grande utilité.
Sydenham a mis avec raison l'affection hystérique au nombre des maladies qui ont l'apparence de l'apoplexie; j'en ai souvent vu des exemples. Le plus souvent cette maladie n'est pas grave, pourvu que le médecin ne la fasse pas empirer par sa faute. On la guérit par des frictions de tout le corps, par des épithèines aromatiques, par quelque boisson fortifiante et anti-hystérique ; on la prévient parles fortifiants et par l'exercice; elle est souvent occasionnée par les passions de l'âme. Est-elle donc exempte de tout danger? Non , assurément, car on meurt de l'affection hystérique , quoi qu'en disent ceux qui tournent cette maladie en plaisanterie. M. de Ilaen, à qui on doit tant de bonnes choses, en rapporte un exemple bien remarquable, et j'en ai vu deux. — Une fille de qualité, belle et âgée de vingt ans, avait eu dans une autre ville, et quelques mois avant que d'être attaquée de cette maladie, une petite-vérole très-bénigne, à ce qu'on m'a dit, et dont elle s'était tirée avec la plus grande facilité, après quoi on la purgea plusieurs fois. Depuis ce temps-là , elle avait eu des maux hystériques; elle se plaignait surtout, depuis environ deux mois, de maux de lêle très fâcheux , et elle était triste. L'éloignement d'un médecin habile, qui avait guéri la première maladie ht qu'on confia le traitement de celle-ci à un cmpiricjue qui s'était fait une certaine réputation , et qui espérait guérir cette maladie par des remèdes évacuants et rafraîchissants ; mais la tentative était folie et le succès en fut malheureux. Tout allait de mal en pis; enfin la malade souffrant un mal de tête inouï perdit subitement la parole , en montrant du doigt l'endroit de la douleur. Je ne la vis ijiie deux heures avant sa mort: elle avait alors le visage rouge, le pouls intermiltçnt, irrégulier, très -petit et
très mauvais , une angoisse extrême; elle mourut subitement. Ses parents voulurent qu'on ouvrît la tète , j'en fus témoin tout seul; il ne s'y trouva pas le plus jietit vice. Aurait-on lrou\é dans la poitrine quelque trace de maladie? L'observation suivante prouve peut être le contraire.
La même année, une fille de dix-huit ans ayant eu une frayeur ])endant l'écoulement de ses règles, elles s'étaient arrêtées ; elle avait eu après celte suppression de fréquents évanouissements, auxquels un chirurgien , qui demeurait alors ici , a vait tenté de reaiédier par divers moyens. Enfin, après que la maladie se fut montrée sous une infinité de formes pendant six ou sept mois , la malade tomba dans un profond assoupissement, d'oii on tâcha inutilement de la tirer. Toutes les tentatives ayant été infructueuses , les parents eurent recours à moi le troisième jour de l'assoupissement; je trouvai la malade dormant si profondément, qu'aucun bruit ni aucun genre d'irritation ne pouvaientla réveiller. Je conseillaice que j'ai accoutumé de conseiller dans des cas semblables, savoir : de la laisser dans une parfaite tranquillité. Au bout de douze heures, elle se réveilla bien portante, si ce n'est qu'elle était extrêmement faible. — ■ En examinant tout avec attention, je trouvai qu'il n'y avaitaucun vice local et qu'il n'y avait point de fièvre; cela me détermina à conseiller des fortifiants combinés avec des anti-hystériques. Ils réussirentà souhait; mais, quelques jours après , une nouvelle frayeur jeta la malade dans des angoisses si cruelles, accompagnées d'un mal de tête inouï, de nausées continuelles et d'affreuses convulsions des membres , qu'il m'est rarement arrivé de voir un état plus fâcheux. J'apaisai d'abord la furie du mal au moyen d'une seule dose d'opium ; puis j'en vins insensiblement à bout par les remèdes que j'ai déjà dit. Mais l'abattement des forces qui avaient été aff.iiblies par la longueur de la maladie , et surtout par les remèdes , ne me laissait pas beaucoup d'espérance de parvenir à une guérisun complète. La malade fut saisie d'angoisse en mangeant une soupe , et elle mourut dans l'espace d'une minute.
J'engageai les parents , en leur ofiVant de l'argent, à permettre l'ouverture du cadavre. Je trouvai le cœur peut-être un peu plus gros, plus mou et plus pâle que le naturel ; cela venait-il des saignées
A M, DE HALLER
fréquentes qu'on avait faites ? Je n'ai d'ailleurs point vu de cadavre plus exempt de toute espèce de vice. Qui esl-ce qui fera voir de quelle manière celte maladie est devenue mortelle dans ces deux cas et dans celui que rapporte M. de Haen? Est-elle arrivée par le défaut des esprits seulement? Mais il est des personnes qui vivent long-temps, quoiqu'élant beaucoup plus faibles que ne l'étaient nos malades quelques jours avant leur mort. La mort a-t-elle été occasionnée par une paralysie ou par une convulsion du cœur? Il arrive assurément très-souvent et Irès- facilement que tous les muscles des femmes hystériques sont convulsés; pourquoi le cœur ne le serait-il pas? Je croirai donc que cela est ainsi, jusqu'à ce que des gens instruits rectilient mes idées. J'avoue que la théorie des maladies des nerfs renferme encore beaucoup d'obscurités ; cependant la clarté augmente insensiblement , et il y a lieu d'espérer que la dissertation que mon intime ami, M. Zimraermann, prépare pour la presse , sur les uflfections hystériques et hypochondriaques , dissipera toutes ces obscurités.
Il est difficile de s'imaginer combien la frayeur abat les forces des personnes faibles ; j'en rapporterai un exemple entre plusieurs autres. Une femme grosse éprouvait des hémorrhagies de matrice, que j'eus le bonheur de faire cesser; et comme elle devait accoucher dans peu, il y avait lieu d'espérer qu'elle guériiait sûrement, car les forces étaient en bon état, et il y avait déjà plusieurs jours qu'elle n'avait plus de pertes. Elle est frappte d'une grande frayeur et tombe en défaillance ; étant revenue de cet état, elle tombe dans un délire accompagné d'une faiblesse totale. Je rétablis un peu les forces par la nourriture et par des remèdes appropriés à sou état; le lendemain il survient une nouvelle liémorrhagie , mais peu considérable , et telle que la malade aurait pu en supporter plusieurs avant sa frayeur, sans s'en trouver mal. J'étais absent; elle meurt dans l'espace d,'une heure, et je perds en sa personne une amie que je regretterai toujours.
Maintenant, pourquoi lu cause de celte mort n'aurait-elle pas été dans les nerfs? Elle arrive à la suite de la ligature de la plus petite ramification nerveuse, et lorsqu'on irrite légèrement un nerf qui est a découvert , luule l'iconomie animale en est troublée. Mais il est plusieurs maladies qui peuvent affecter les nerfs
Tissol.
plus fortement que ne le fait un observateur en faisant usage de la ligature ou d'une légère irritation. — Il est temps maintenant d'en venir à la paralysie; mais il sera bon de commencer par un' court examen de ce qu'on doit penser de la fumée du tabac , qu'on recommande, à ce que j'ai vu dans un livre nouveau , comme préservatif contre l'apoplexie , afin qu'on ne s'en laisse pas imposer par une erreur aussi dangereuse.
Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, a été le premier qui, à la persuasion d'un Flamand qui revenait de la Floride, a employé et recommandé l'usage de cette fumée aux Européens, l'an 1560, si je ne me trompe. Celte fumée est chargée d'un sel acre et d'un soufre combiné avec une huile narcolique. Ce sel, aidé de la chaleur, irrite les glandes salivaires, fait couler la salive et soulève l'estomac; de là vient le vomissement chez ceux qui n'ont pas l'habitude de fumer; il irrite les intestins, c'est ce qui fait que les fumeurs novices en éprouvent souvent une diarrhée abondante, et que les fumeurs de profession ont tous les jours une selle , ce qu'ils regardent comme très-avantageux. Il se peut qu'à raison de son amertume et de sa vertu purgative , cette fumée .soit contraire au (œnia et aux autres vers, car on manque à cet égard d'observations sîires. — Il résulte du même principe que cette fumée a quatre inconvénients: 1" elle fait cracher la salive et donne lieu à toutes les maladies que cette évacuation produit; car si on y fait attention, on verra que les fumeurs salivent beaucoup pendant qu'ils fument, et qu'ils ne crachent point pendant le reste de la journée; cela n'est pas étonnant, car l'organe de la salivation ayant été irrité, sa fonction cesse en même temps que la cause de l'irritation; de là vient souvent une sécheresse de la bouche qui fait que l'on se gorge d'une trop grande quantité de boisson ; 2" la fréquente irritation détruit les forces de l'estomac et des intestins, l'appétit se perd, les forces s'épuisent, la nature devient paresseuse et n'agit plus qu'à l'aide des stimulanls; 3° les humeurs contractent de l'acrimonie ; 4" ceux que la fumée du tabac oblige de boire en trop grande quantité sont exposés par là à une nouvelle source de maladies, laquelle varie selon la diversité des boissons , et qui est toujours funeste, — Lu principe narcotique de celle fumée ajoute à l'indisposition de l'estomac j la
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lêle SG remplit d'humeurs, il survient des maux de têle, des vertiges , des angoisses, la léthargie , l'apoplexie; enfin il produit tous les effets de l'opium , comme le grand liacon de Vérulam en a déjà averti en disant : « Le tabac, dont » l'usage s'est accrédité dans nolresiècle, )) est un certain genre de jusquiame , et «trouble manifestement la tête, de la » même manière que le font les compo- » sitions oii il entre de l'opium. »
On voit donc combien on se trompe et à quel danger on s'expose en usant de cette fumée dans la vue d'éloigner l'apoplexie. J'ai vu plusieurs exemples , outre nombre d'autres qui sont venus à ma connaissance par ouï-dire ou par lecture, de gens qui, ayant eu une attaque d'apoplexie dans le temps qu'ils fumaient pour se garantir de cette maladie, ont bien fait voir par là que ce remède a la propriété d'occasionner l'apoplexie. Je ne me souviens pas d'avoir vu un fumeur qui soit devenu vieux ; de Heyde regrette un savant médecin , qu'un usage excessif de la pipe a tué à la fleur de son âge. On comprend bien qu'un pareil abus donne lieu à toutes les maladies que des auteurs de poids disent avoir été occasionnées par la fumée du tabac. De ce nombre sont : l'apoplexie , suivant Van tlelmont, Tulp, suivant les médecins de Breslau et plusieurs autres; l'épilepsie, suivant les Ephémùides des Curieux de la Nature; des vices très-considérables de la poitrine , suivant de Heyde et Tulp ; la jaunisse, suivant Pierre Borelli; des maladies du foie qui sont en général des maladies graves, suivant Van Swicten ; la goutte, suivantWerlhoff ; l'élisie suivant vous, monsieur; et d'autres maladies, suivant d"autres auteurs. Je traite encore actuellement un homme qui était tourmenté d'un mal de tête des plus cruels et d'une sécheresse brûlante à la bouche, après avoir trop fumé de tabac dans la vue de se guérir d'un mal de dents, mais sans succès, au lieu qu'il s'en est délivré en usant de rafraîchissants, comme je le lui avais conseillé. — La fumée du tabac n'a-t elle donc aucune utilité? Si on en use beaucoup, elle nuit assurément à toutes sortes de personnes et dans tous les cas ; et cette assertion ne peut êlre réfutée par quelques exemples de personnes chez qui la peine n'a suivi qu'à pas lents la commission de l'abus; car riiabitude fait que nous nous accoutuiiioiis aux poisons les ]iliis dangereux; Uiai^ quoiijn'ils ne déiru'.scnt pas la ma-
chine tout d'un coup , ils ne laissent pas que de produire cet effet à la longue.
Des personnes d'une constitution lâche et flegmatique se sont quelquefois bien trouvées de faire un usage modéré du tabac, en fumant avec des pipes longues et minces auxquelles s'attache l'huile de celte plante , qui est chargée d'un soufre narcotique, comme on l'a appris par expérience; les bons effets que ces personnes en ressentent viennent de ce que le sel stimulant du tabac évacue les glandes salivaires et ranime le mouvement péristaltique devenu trop lent; c'est de cette manière qu'on dit que la pipe a guéri quelques maladies provenant d'une trop grande quantité d'humeurs. Elle a pu , par l'irritation qu'elle cause, rétablir le ton des glandes salivaires qui étaient fort relâchées , comme les remèdes Acres remédient quelquefois au relâchement de l'estomac , et c'est ainsi qu'elle a pu faire cesser une salivation habituelle- La fumée du tabac a pu soulager des personnes sujettes à l'asthme piluiteux, en s'introduisant avec l'air dansles bronches. Je lis en ce moment qu'elle a aussi été utile à des gens replets. Est-ce peutêtre qu'elle a produit cet effet en leur ôtant l'appétit? est-ce en ranimant leurs fibres languissantes? Suivant le témoignage de Hoffmann , elle a toujours guéri promptement de violentes coliques; estce à titre de soporifique ou de purgatif? c'est ce que cet auteur nous a laissé ignorer. — Il est donc difficile denier qu'un usage prudent de cette fumée n'ait quelquefois été un remède utile, mais l'usage journalier est presque toujours nuisible. — Le tabac en poudre, qu'on ne cesse de tirer par le nez , par une très-mauvaise habitude, ne manque pas non plus d'inconvénients, car il irrite les nerfs et il n'a point d'autre vertu. Or, je ne sais pas quel avantage on peut attendre de l'irritation des nerfs dans un corps sain. L'abus de cette poudre cause des vertiges chez les plus robustes. J'ai vu des personnes faibles en avoir nonseulement des vertiges , mais aussi des angoisses et des défaillances complètes. Il est une infinité de femmes fort sensibles qui, pour avoir tiré par le nez, à jeun , un seul grain de tabac , ont eu une violente attaque de passion hystérique. Enfin cette irritation réitérée fait non-seulement perdre l'odorat, mais encore elle donne lieu à un engourdissement général qu'on a bien de la ptine à dissiper. E t-ce que le tabac affaiblit la
mémoire, comme on le dit communément ? Les observations les plus nouvelles donnent lieu de le croire. On dit qu'il fait moucher. Cela est vrai, sans doute , dans certaines circonstances , mais d'ailleurs il bouche le nez , et cet écoulement n'est pas fort recommandable; on devrait même le mettre plutôt au rang des indispositions, puisque les personnes qui se portent le mieux en sont exemptes, et que c'est chez les malades une incommodité dégoûtante. L'irrifatiori que le tabac excite aurait-elle été quelquefois utile dans les maux de dents, à raison d'une propriété opposée à la cause du mal? Il paraît qu'on devrait, dans cette maladie, avoir plus de confiance à la mastication qui procure une évacuation abondante de sérosité, et c'est ainsi que P. Borelli guérit autrefois un homme replet, comme il le raconte lui-même.
J'ai peu d'observations à faire au sujet de la paralysie qui accompagne , suit ou précède si souvent l'apoplexie. L'étiologie en est facile. On démontre en physiologie , comme je l'ai déjà dit, que lorsque le cerveau est" comprimé , il en résulte une privation de mouvement et de sentiment dans la partie dont les nerfs viennent de l'endroit du cerveau qui est comprimé. La pression de la moelle épinière prive tout de même du mouvement la partie du corps qui reçoit ses nerfs de cette moelle. — 11 est pareillement connu qu'il y a une sérosité qui croupit dans les parties comprimées; curies artères apportent plus de sang que les veines n'en emportent. Donc il arrive, après ou avant l'apoplexie (car, comme je l'ai dit, la cause subsiste long-temps avant que la maladie ne se manifeste), ou en même temps , que , tandis que les sens ou les muscles du visage sont attaqués à raison de la compression du cerveau, la sérosité qui croupit dans les ventricules du cerveau , îaute de résorption, découle à la base du cerveau ou sur la moelle épinière et empêche divers mouvements, suivant la partie qu'elle comprime. •— On voit par là ce que c'est qu'une paralysie totale et en quoi consiste une paralysie particulière; pourquoi tantôt elle n'affecte que les organes des sens , tantôt les muscles, en les privant de leurs fonctions. Les membres en sont attaqués toutes les fois que la moelle épinière est comprimée ; et elle peut l'être par une humeur qui distille du cerveau , par un engorgement formé dans la moelle même, pac la fracture , par la luxation ou par
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quelque autre maladie osseuse des vertèbres. On m'a consulté tout nouvellement pour une fille qui a un ulcère dans le dos , accompagné de la paralysie des cuisses et des jambes, lesquelles sont absolument privées des mouvements volontaires, et qui sont quelquefois agitées par des mouvements convulsifs. Je n'ai pas vu la malade , mais je n'ai pas craint d'affirmer comme une chose certaine que l'ulcère et la paralysie venaient d'un vice des vertèbres qui comprimait la moelle épinière. Si quelque cause donne lieu à l'irritation , ce qui peut arriver de plusieurs manières, il en résulte des mouvements convulsifs. Un autre médecin avait conseillé un bain de marc de raisins ; j'avertis qu'on ne pouvait rien espérer que de la main d'un chirurgien.
Cette paralysie, qui est l'effet d'un vice de l'épine, est une maladie fréquente ; personne n'ignore l'observation de Galien , touchant une paralysie des doigts qui arriva pour s'être enveloppé le cou dans un drap mouillé. J'ai vu , en 1750, un jeune homme de quatorze ans, couché dans un lit oii il était tout-à-fait immobile depuis le menton en dessous, et ne pouvant remuer que la tête, la langue et les yeux; en un mot, il était atteint, depuis deux ans , d'une véritable paraplégie. Voici , à ce qu'on me dit, quelle en avait été la cause ; il était occupé, se portant bien, à tirer du sable d'une grotte , lorsqu'une masse de terre compacte lui tomba sur le cou du haut de la grotte, il tomba sur-le-champ en syncope et ne recouvra jamais depuis lors l'usage de ses membres. Le chirurgien n'avait pourtant aperçu aucune luxation ou fracture. En 1758 , un couvreur, après avoir fait une chute qui porta principalement sur les reins , fut incontinent attaqué d'une paralysie de la vessie , des cuisses et des jambes , sans pourtant que les vertèbres eussent été fracturées ou disloquées. J'ai fait plusieurs autres observations semblables , qu'il serait superflu de rapporter. — Au reste, la première de celles qu'on vient de lire dévoile très-bien à nos yeux la théorie des maladies convulsives et paralytiques, en tant qu'elle démontre invinciblement cequ'on avance en physiologie , savoir : que lorsqu'une partie du cerveau ou de la moelle est irritée, il en résulte des convulsions, et que la paralysie a lieu , lorsque cette même partie est comprimée. — La paralysie est donc pour l'ordinaire la même maladie que l'apoplexie , et demande les
628 i-Bi mêmes préservatifs et le même traitement. Il n'est aucun point dans les nerfs qui ne puisse être le siège de la cause de la paralysie des parties dont les nerfs viennent de ce point, et chaque point nerveux peut être envisagé comme étant le cerveau respectivement aux parties inférieures.
Combien n'en résulte-t-il pas de paralysies et de maladies qui se rapportent à la paralysie? Combien n'y a-t-il pas de maladies qu'on traite mal , parce qu'on ne songe pas seulement que la paralysie en est la cause ? Il est aisé de comprendre ce que c'est que ces faiblesses presque paralytiques, qu'on observe souvent dans les maladies aiguës et dans les chroniques. — Le traitement est le même que celui dont j'ai parlé. Il faut faire en sorte de diminuer le mouvement du sang dans les artères, d'en procurer en même temps la résorption et le mouvement dans les veines et d'évacuer ainsi les humeurs nuisibles à certaines parties dont elles sont trop remplies. Car quelqu'un qui aura réfléchi attentivement sur la structure des vaisseaux n'aura presque aucun doute que toutes les stagnations n'aient leur siège dans le tissu cellulaire ou dans les veines, car tout le système artériel est un tube divergent dont le diamètre va en s'élargissant à mesure que le tube s'allonge. Le système veineux, par contre, est un tube convergent dont le diamètre va toujours en se rétrécissant. — Le tissu cellulaire est un vaisseau presque passif, n'ayant presqu'aucune faculté qui lui soit propre et dans lequel les bumeurs étant déposées , elles y croupiraient éternellement si la résorption veineuse ne les en faisait pas sortir , ou bien elles ramperaient insensiblement de côté et d'autre, soit par leur propre poids, soit par l'impulsion des parties voisines. Le mouvement du sang se fait donc facilement dans les artères; il se fait diflicilement dans les veines et il est presque nul dans le tissu cellulaire. De là vient le siège de la stagnation, de l'obstruction et de l'inflammation dans les veines ou dans le tissu cellulaire , ce que l'inspection des cadavres confirme.
Je sais que plusieurs auteurs parlent d'engorgements des artères; elles ont sans doute leurs obstructions, mais la théorie, de concert avec les observations, nous apprend que les veines s'obstruent plus fréquemment. J'ai très-bien vu dans le cadavre d'un homme qui mourut dans l'espace de quatre jours d'uue maladie
très-aiguë , dont on me fil mal l'histoire, que les veines et la tunique cellulaire de l'estomac étaient fort remplies de sang, tandis que les artères, que je remplis par un moyen très-simple , étaient presque vides. L'épanchement du sang dans la membrane cellulaire faisait que l'estomac paraissait comme tapissé de pourpre, sur lequel on voyait un réseau veineux noir. Cette maladie était assurément une inflammation de l'estomac. J'ai observé un vice semblable, mais moins universel, dans la vessie , et on ferait tous les jours de pareilles observations si on disséquait plus souvent des cadavres. Ensuite de la fausse supposition de l'obstruction qu'on croit avoir lieu dans les artères, on se tourmente à chercher pourquoi après la mort la plus grande partie du sang se trouve dans les veines. La question est facile à résoudre, c'est que le plus souvent ce sang était dans les veines avant la mort. — Les anciens savaient bien , quoique d'après une fausse théorie, que le siège de l'inflammation est dans les veines , ou bien , ce que je croirais volontiers, l'observation ayant fait voir que le siège de l'inflammation était dans les veines , cela avait donné lieu à la fausse théorie du sang contenu dans les veines et des vents dans les artères ; théorie que Galion avait déjà rejetèe. Pourquoi est-ce que les modernes ont abandonné cette vérité en mettant l'inflammation sur le compte des artères, tandis que vous avez fait voir, monsieur, qu'on doit la remettre sur celui des veines? — Mais l'inflammation ne dépend pas de l'obslruction seulement, (^ue faut-il de j)lus?
Une plus grande activité dans la force vitale de la partie obstruée. Mais qu'est-ce que la force vitale? C'est ce que j'examinerai bientôt en parlant de la nature de la paralysie.
Il y a plus d'une espèce d'obstruction des vaisseaux sanguins ; j'ai parlé ailleurs de l'inflammation chronique; il en est plusieurs espèces qui ne sont connues que des praticiens. J'ai vu un homme être attaqué au bout de deux heures d'une tympanite causée par une goutte rentrée; cette fâcheuse métastase n'est pas rare, je l'ai observée plusieurs fois : je l'ai trouvée quelquefois de peu de conséquence , d'autres fois dangereuse, et je connais un buveur chez qui elle a été très-aiguë et qu'elle a tué dans l'espace de trois jours. La grossesse ressemble souvent à une tympanite déjà dès les premiers jours, elle Cit alors uccompa-
A M, DE H ALLER
gnée de violentes douleurs et d'une angoisse insupportable. J'ai vu le bas-ventre être plus gros la sixième semaine qu'il ne l'est ortiinniremeiit le jour de l'accoucliement, et si tendu qu'il en résultait desdouleurs très-aig-uës que le plus léger attouchement augmentait extrêmement; toute la peau depuis le creux de l'estomac jusqu'au pubis était absolument noire comme le charbon. — Après avoir diminué la quantité des humeurs , il faut aider quelquefois celles qui croupissent à se dissiper et à la résolution de celles qui sont coagulées. D'autres fois cependant, on peut satisfaire à tout par le moyen d'une diète atténuante, suivie de quelque stimulant qui agisse doucement.
J'aime beaucoup la méthode d'Albius qui guérissait les paralytiques en leur prescrivant une diète atténuante et incisive, et de l'eau miellée pour boisson. Je connais une pauvre femme âgée de septante ans, qui, étant paralytique delà moitié du corps à la suite d'une apoplexie, s'est complètement guérie dans l'espace d'une année sans aucun autre secours que celui d'une diète très-atténuante , telle que sa situation lui permettait de se la procurer.
Mais lorsque la diète ne suftit pas , il faut faire un choix prudentdes remèdes, et ne pas oublier que l'apoplexie est toujours toute prête k se déclarer; si la paralysie a été précédée d'apoplexie , il faut toujours faire attention quelle a été l'espèce de cette apoplexie; maissiTapoplexie n'a pas eu lieu auparavant, il faut prendre garde quelle est l'espèce de cette maladie qu'on a à craindre, car cet examen sert de boussole au médecin, en lui indiquant d'une manière sûre tout ce qu'il doit faire.
Un de vos concitoyens , M. âgé de cinquante-six ans, robuste, actif et qui avait eu il y a quelques années de forts accès de vertiges, fut attaqué, au printemps de l'an 1760, d'un engourdissement et même d'une paralysie complète des trois derniers doigts de la main droite; mais, le mal étant léger, il se dissipa de lui-même au bout de quelques heures.
Son médecin lui prescrivit une infusion théiforme de romarin et de sauge, dont il devait prendre deux fois par jour avec une cuillerée d'eau de cerises; la même attaque revint plusieurs fois pendant ce traitement, et le malade eut un nouvel accès de vertige. — Heureusement cependant que les humeurs agitées ne se jetèrent pas sur le cerveau, mais sur les reins , ce qui donna lieu à une très-violente néphrétique. Ayant été appelé, je
conseillai de combattre cette maladie par les plus puissants rafraîchissants, et je fus d'avis que le malade prévînt les rechutes en évitant comme la peste tous les aliments et les remèdes qui auraient quelque chose de stimulant et qu'il se gardât bien surtout d'user d'herbes et d'esprils céphaliques. 11 déféra à mes conseils, et depuis ce temps-là il a été absolument exempt de vertige, de paralysie et de toute autre maladie. S'il eiit fait un plus long usage des remèdes échauffants, il serait mort d'apoplexie , et serait couché en terre , ou bien il serait paralytique, et mènerait une vie misérable; car c'est une coutume pernicieuse, et qu'on est en droit de blâmer, que celle de chercher à guérir toutes sortes de paralysies par des stimulants, sans vouloir comprendre que la pléthore des vaisseaux est le plus souvent la cause qui fait obstacle au mouvement des muscles. Je sais qu'à la vérité on emploie très-souvent la saignée ; mais bientôt après, comme si on se repentait d'avoir bien commencé, on donne quantité de remèdes dont l'effet est tel qu'ils détruisent bientôt tout le bien que la saignée avait fait.
Ces préliminaires posés , j'examinerai en peu de mots trois secours dont on se sert tous les jours trop indistinctement pour combattre toutes sortes de paralysies. Le premier qui s'offre est celui des eaux thermales qu'on vante si fort; mais elles raréfient les humeurs par leur chaleur et par leur qualité stimulante , elles en accélèrent le mouvement et elles donncntainsi lieu à la fièvre et à la pléthore; il est donc à craindre qu'ellesn'altirent une attaque d'apoplexie. Tous ces effets doivent être connus de quiconque a vu un homme dans un bain d'eau thermale.
J'ai vu à Balaruc, en 1747, un étudiant en médecine qui voulut entrer dans le bain plutôt par plaisanterie que pour en faire l'essai; y étant resté un peu trop long-temps , malgré l'avis qu'on lui avait donné, il se plaignit en sortant de l'eau d'un violent mal de tête et de vertige qui n'étaient pas encore entièrement dissipés le lendemain, en sorte que, s'étant levé au bout de deux heures , il chancelait tellement qu'il fut obligé de s'asseoir. Il avait le visage rouge, les yeux pleins, le pouls fiévreux et la respiration dérangée. Il est vraisemblable que, s'il fût resté plus long-temps dans le bain, il serait mort d'apoplexie (1).
(1) Tout nouvellement, c'est-à-dire au
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Moi-même m'étant arrêté un peu trop long-temps dans une étuve , je suis devenu enflé par tout le corps et j'ai eu des vertiges pendant une heure. Des observations dignes de foi font mention de personnes qui sont mortes dans le bain ou dans une étuve, peu de temps après en être sorties, et toutes les années plusieurs paralytiques finissent leurs jours dans ces mêmes bains, desquels ils attendaient leur guérison; il faut donc être fort sur ses gardes par rapport à un pareil remède, auquel je ne prétends pourtant point ôler la réputation qu'il mérite dans plusieurs cas , car il y a uu grand nombre de paralytiques qui ont recouvré le mouvement et la santé par le moyen des eaux tliermales , mais le nombre de ceux qui ont rendu leur maladie plus fâcheuse en usant de ces eaux n'est pas moins grand. — Comme notre peuple ne se trouve pas dans le voisinage des eaux thermales , il fait souvent usage du bain de marc de raisins, mais c'est souvent sans beaucoup de succès; je l'ai pourtant vu réussir quelquefois. En tailleur étant en chemin par la chaleur d'un jour d'été , échauffé du voyage et trempé de sueur, avait passé un ruisseau à pied au lieu de passer sur le pont , et était entré dans l'eau jusqu'aux reins. La nuit, toutes les parties qui avaient été mouillées furent atlaquées de douleurs Irèsviolenles, que le malade supporta pendant quehjues jours sans demander aucun conseil: bientôt après, il employa, par le mauvais conseil d'une bonne femme, des diaphorétiques échauffants et des fomentations spiritueuses ; les douleurs augmentèrent, la fièvre devint plus forte, le malade tomba en délire, l'urine se supprima. Ayant été appelé, j'apaisai la fièvre, Je délire et les douleurs, et je rétablis l'écoulement des urines par la saignée, par une diète rafraîchissante , par des lavements et des fomentations émoUientes; mais le malade conservait une très-grande faiblesse aux jambes, en sorte qu'il ne pouvait pas sortir du lit ,
commencement de juillet de 1779, une fille robuste a risqué de périr d'apoplexie pour être resiée deux heures dans un bain chaud aux bains d'Aigiiy près de Payerne, quoique ces eaux, qui ne s'échauffent que par la chaleur arlificielle, paraissent n'avoir que très-peu d'activité, du moins à en juger par leur saveur et par leur odeur, qui sont presque imperceptibles.
et la vessie n'était pas parfaitement rétablie, car elle paraissait se contracter avec peine. Je conseillai de faire des frictions avec un vin aromatique et l'usage abondant d'une décoction des cinq racines apéritives avec du sirop d'althéa.
— Ayant été redemandé quelques semaines après, j'appris qu'on avait mis de côté tous les secours que j'avais prescrits , et qu'on s'était entièrement reposé du soin de la guérison sur la nature, qu'on accablait par un mauvais régime.
11 y avait une vraie paralysie des cuisses et des jambes. Les circonstances du malade et son naturel m'obligèrent à renoncer aux remèdes internes et à un long traitement; la saison était favorable pour faire un bain de marc de raisins ; je voulus essayer l'effet qu'il pourrait produire dans une maladie dont la cause paraissait être autour des parties extérieures. On fit entrer le malade jusqu'au nombril dans le marc. Les quatres premiers bains lui donnèrent de la fièvre et ne le soulagèrent point. La fièvre survint également après le cinquième , mais elle fut suivie d'une sueur très-copieuse qui guérit entièrement le malade. L'eiFicacité de ce remède vient de je ne sais quelle vapeur très-pénétranlc produite par la fermentation qui frappe l'odorat et qui irrite doucement les vaisseaux.
Les bouillons de vipères ont été longtemps regardés dans toute l'Europe comme un secret par le moyen duquel on espérait de venir à bout des paralysies ies plus désespérées; dans certains pays , il est plusieurs médecins et d'autres personnes qui leur attribuent encore à présent cette propriété. La source de cette erreur est le même faux principe que j'ai déjà réfuté, savoir : que les remèdes qui accélèrent le mouvement des humeurs sont ceux qui dissipent la paralysie ; et assurément, d'après ce point de vue, ces bouillons mériteraient les éloges qu'on leur donne. Voici quelles sont leurs vertus : ils accélèrent la circulation, ils allument souvent la fièvre , ils poussent les humeurs à la lêle, ils raréfient le sang, ils produisent l'alcalescence dans le corps et une chaleur incommode ; ils augmentent tellement la disposition à la colère , que j'ai vu des hommes qui faisaient usage de ces bouillons avoir continuellement de la colère , de la fièvre et une plénitude de tête.
Ils encourent entièrement le blâme que j'ai donné aux bouillons d'écrevis-
A M. !>E HALLER
ses ; en un mot, leur propriété est telle, qu'ils produiraient à coup suret inévitablement l'apoplexie chez une personne bien portante qui en ferait un long usage. Que ceux qui vantent ces bouillons voient à présent à quel litre ils pourraient les mettre au rang des antiapoplectiques! Ils ne peuvent être utiles que lorsque la maladie vient d'un manque de bonnes humeurs , et lorsque le sang est glaireux, appauvri et acescent; j'en ai vu, en pareil cas, de très-bons effets. J'assure cependant en bonne foi que la médecine ne serait pas moins riche quand même on proscrirait pour toujours l'usage des vipères : nous pouvons faire tout le bien qu'on peut en attendre par le moyen de plusieurs autres remèdes, et j'ai trouvé que lorsqu'il est besoin d'employer des remèdes résolutifs ou des stimulants, les plan».?? analogues au cresson , les sucs des plantes férulacées, les tisanes des bois, comme on les appelle, ou celles des cinq racines apéritives, peuvent tenir lieu de tout.
Il est un autre remède qu'on vante extrêmement depuis dix-sept ans contre la paralysie, je veux parler de l'électricité. Quelques savants ont soupçonné presque en même temps et sans s'être communiqué leurs idées , qu'elle pourrait avoir son utilité dans la paralysie , et ils l'ont démontré par des expériences. On doit cette découverte à MM. Cruger, Kratzenstein , Klein et à M. Jallabert, qui a été mon maître en physique expérimentale, et pour qui j'aurai toujours de la vénération. M. F. de Sauvages, de qui j'ai aussi été le disciple, ne tarda pas à fournir son contingent dans celte matière. Bientôt cette belle invention fut connue chez toutes les nations, et trouva des partisans partout ; et depuis l'an 1747 jusqu'à l'an 1756 , on travailla dans toute l'Europe à guérir les paralytiques par le moyen de réleclricité ; on en essaya l'eflicacité dans presque toutes les villes , mais avec des succès bien différents. — Le défaut de conformité des observations ne nous laisse qu'un seul moyen de juger des effets de l'électricité dans la paralysie, savoir : de déduire les effets généraux de l'électricité d'après les observateurs , et de comparer ces effets avec les indications qui se présentent dans la paralysie. J'en parlerai en peu de mots.
l» L'électricité rend le pouls plus fréquent, et le résultat de plusieurs observations comparées ensemble a donné
celte règle : c'est que si avant que d'électriser une personne son pouls bat cinq fois dans un temps donné , vous trouverez qu'il battra six fois dans le même temps après qu'elle aura été électrisée. 2° Elle augmente pareillement la chaleur et la pléthore. 3" Elle excite constamment la transpiration , et souvent d'autres évacuations, telles que celles des selles, des urines, etc. i" Elle excite diverses héraorrhagies , et surtout le saignement de nez , comme celui que M. Winkler a éprouvé lui-même ; j'en ai aussi vu un assez grave. 5» Il survient de la douleur dans la partie qu'on électrise, la peau en souffre, les muscles se meuvent malgré la volonté ; l'électricité rétablitl'irritabilité du cœur qu'on a sorti du corps plus puissamment que ne le fait l'esprit même de vitriol. 6" Elle frappe d'une secousse convulsive très-violente qui est suivie de faiblesse de la tête , de vertige, d'un sommeil accompagné d'angoisse, de trouble et de mouvements convulsifs, tel quejel'aisouvent éprouvé moi-même , et que la plupart des autres personnes l'ont éprouvé, à ce que j'ai su. 7" Ces spasmes et cette fièvre sont immanquablement suivis de lassitude et de faiblesse. 8° La respiration reste souvent gênée. 9" On a observé qu'elle avait occasionné une paralysie des extrémités, et une paralysie universelle qui a été funeste à Doppelmayer, et qu'elle a tué par la paralysie. 10" Elle tue à la manière de la foudre. 11" L'ouverture des Cadavres de ceux qu'on avait électrisés pendant long-temps a fait voir les vaisseaux du cerveau dilatés et fort pleins de sang. 12» L'électricité a excité chez les animaux des convulsions violentes, une raideur convulsive, des évacuations involontaires, des paralysies, de l'angoisse ; la bouche est devenue écumante , le mouvement du cœur a cessé ; enfin elle a causé promplement la mort , avec un épanchement de sang dans la poitrine et dans le cerveau.
Suivant cela, il est cl.iir que les principales propriétés de l'électricité sont d'exciter la fièvre, des convulsions, et de produire la pléthore. Elle force le sang à se porter à la tête, et selon les circonstances elle occasionne la paralysie , ou elle l'augmente. — De quelle utilité peut-elle donc être dans la paralysie? Ce que nous avons dit précédemment le fait voir. La fièvre et la pléthore sont souvent nuisibles parce qu'elles peuvent rappeler la maladie. Les spasmes ne sont
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presque jamais exempts de danger, car ils troublent la circulation, dont l'uniformité est la source de la santé , et ils sont souvent suivis de la paralysie. 11 ne faut donc pas employer l'électricité indistinctement dans toute sorte de paralysie, mais seulement lorsqu'on n'a aucuns mauvais effets à craindre de la fièvre, de la pléthore, ni des spasmes. — On voit déjà pourquoi ce remède varie si fort dans ses effets, pourquoi on le vante ici tandis qu'on le blàmc ailleurs ; c'est sans doute parce qu'il a été utile aux uns et nuisible à d'autres qui se sont trouvés dans des circonstances différentes. C'est un remède qui, dirigé par un habile médecin, possède des vertus qui lui sont propres; c'est un remède héroïque, et dont on doit conserver l'usage en médecine , parce qu'alors on ne rap|)liq!ie qu'à propos ; on en a vu de çrands effets dans l'hôpital Thérésien. Mais ou fait très-mal de le donner pour un spécifique contre la paralysie, et ce n'était pas à tort, mais avec sagacité , que M. Camper écrivait déj.'i en 17'i6 : // est probable que les effets de l'électricitc sont ennemis des nerfs. Il ajoutait qu'elle avait la propriété d'exciter la fièvre. — On lit qu'elle a été utile dans la paralysie des doreurs ; je n'en suis p.iS surpris, car cette maladie vient d'un engourdissement produit par un poison stn[)élîant. Or, les spasmes paraissent propres à dissiper cette indisposition. Elle sera vraisemblablement utile dans la paralysie qui est une suite de la colique de plomb ; dans l'un et l'autre de ces cas, il n'y a ni pléthore, ni fièvre, ni vices dans le cerveau ; elle nuira dans plusieurs autres paralysies; elle soutiendra sa réputation danscestempéraments qui sont on même temps lâches et dépourvus d'irriiabililé. J'ai souvent observé un pareil tempérament chez ces malheureux enfants qui, privés de l'ouïe, et ayant l'esprit tardif, sont dans un état de stupidité. La plupart des efforis de l'art ontélé jusqu'ici infructueux; les commotions électriques pourraient-elles faire quelque effet? on n'aura pas à se repentir d'en l'aire l'essai. — Je n'ajouterai qu'une seule observation. Un de mes amis , architecte habile et ingénieux, avait depuis plusieurs années une petite tumeur derrière le cou, que la chaleur du lit rcndiiit fort douloureuse. Etant à Paris avec le célèbre Blondel , il y reçut la commotion électrique. Au bout de deux heures il coinaiCDça à s'écouler par les narines
une humeur qui continua d'en sortir sans cesser et presque à fil pendant vingtquatre heures. Cet écoulement fut un peu moins abondant les jours suivants.
Il est presque incroyable combien d'humeurs il s'en écoula ; la tumeur se dissipa , et ne revint plus depuis ce temps-là.
Les effets de l'électricité et ceux de la colère, dans la paralysie, ne sont peutêtre pas fort différents ; l'électricité a assurément rétabli les forces de plusieurs paralytiques, tandis qu'elle lésa ôtées îi d'autres; les effets de la colère sont les mêmes. Gabriel, fils de Bachtishaa, avait déjà guéri une paralytique en irritant sa puJeur. Des observations dignes de foi faites depuis lors rendent compte d'événements semblables; mais il m est d'autres qui offrent des exemples de paralysie occasionnée parla colère. Je connais une belle femme qui , étant à l'âge de six ans, et se disputant avec une de ses amies sur la couleur d'un ruban qui devait servir à attacher la chemise d'une poupée, fut subilement alla(]ut'e d'ui:e paralysie de la langue et du bras giuiehe. La langue se rétablit assez bien au bout de plusieurs années, mais le bras restera paralytique pour toujours. Pourrait-oa avec sûreté essayer de le guérir par le moyen de l'électricité ? J'ai peine à le croire; car je cr.iins qu'elle ne soit nuisible aux tempéraments plélhorii|ues , acrimonieux, mobiles, irritables; et quelques exceptions ne doivent pas faire enfreindre la règle générale. — J'ai vu tout nouvellement à la campagne un jeune laboureur, vigoureux et très-bien [)orlant, qui , s'étant mis en colère en buvant, a été sur-le-champ attaqué de paralysie à la langue, au bras, ii la cuisse et à la jambe. Peu de jours après, son frère, eu songeant qu'un serpeiit rauip;iil le long de son bras, le secoua fortement pour se débarrasser decetnnimal; depuis lors il éprouve plusieurs fois par jour, dans le même bras, et souvent pend ait une demi-heure, un mouvement couvulsif si violent, que rien ne peut l'arrêter. Il prend seulement des précautions pour que sa mr.io ne lui blesse pts le visage, ou (lu'elle ne se meurtrisse pas en se heurtant conlredes corps durs. — Mais tandis qu'il s'agit de l'électi icilé , permettez , monsieur, que je vous fasse ici une question à ce sujet. De quelle manière est-ce que les partisans de l'Iiypollièse qui attribue tous les mouveuients à l'âme s'y prendront pour faire voir
A M, DE HALLER
que l'accélération que rélcctiicité produit dans la circulation vient de l'âme?
Après avoir parlé de la paralysie dans laquelle il y a une lésion des mouvenienls volontaires, je dirai quelque chose de l'hydropisie , qui vient le plus souvent de la langueur des raouvemenls vitaux. — Le tissu cellulaire que vous avez décrit, monsieur, avec une si grande exactitude qu'il semble (jue ce soit une partie nouvellement découverte dans le corps humain , ce tissu , dis je, et les cavités du corfis, sont tout autant de sièges de difterenles espèces d'hydropisies.
L'hydropisie ascite, celle de la poitrine, une espèce d'hydropisie de la tète et d'Iiydropisie de la matrice, sont des espèces d'hydropisie qui ont leurs sièges dans des cavités ; toutes les autres sont des maladies du tissu cellulaire. Je voudrais pouvoir étaler aux yeux de tout le monde le beau spectacle que donna, au mois d'octobre de 1757, le cadavre d'un enfant trouvé, dont le magistrat permit qu'on fit la dissection. Le tissu cellulaire silué entre les intéguments et le péricrâne était distendu un iformément et de l'épaisseur de trois ligne i par une eau d'un rouge clair , et faisait voir distinctement la première espèce de l'hydrocéphale et l'espèce d'hydropisie qui est la plus fréquente : on y découvrait en même temps ia véritable structure du tissu cellulaire; l'œil, en distinguant très -bien les cellules, d'oii on pouvait faire sortir l'humeur de côté et d'autre par une légère pression avec un linge souple, en sorte que je pouvais, à mon gré , faire évacuer une partie et remplir l'autre. Mais, enfin, ayant employé une compression trop forie , la membrane trop distendue se creva vers la paitie moyenne inférieure de l'os temporal gauche , et toute l'eau s'étant répandue, celte membrane demeura flasque; mais en souftLiut de l'air par l'ouverture par laquelle l'eau s'élait écoulée , je vis se former une bouffissure emphysématique plus considérable que ne l'était l'enflure œdémateuse; bientôt après les cellules se rompant de toutes parts , et laissant échapper l'air, la tumeur s'affaissait. Il aurait été facile à un peintre de copier d'après ce cadavre les vaisseaux externes de la tête.
On peut donc se faire aisément une idée de la formation des hydropisies , surtout , monsieur, à la faveur du jour que répandent sur cette matière vos Elépienls de physiologie , dont la lecture
augmente toujours plus mes connaissances dans la pratique, et me confirme par là toujours mieux dans l'idée oii je suis , que le médecin le plus habile est celui qui est le plus complètement instruit de tout ce que la théorie enseigne ; et ce qui ajoute à ma confiance , ce sont les entretiens tout-à-fait instructifs que j'ai eus avec vous , monsieur , vos lettres et les grands avantages que j'ai trouvés à consulter avec vous : si seulement ces consultations avaient pu être plus fréquentes ! J'ai eu occasion d'admirer avec quelle facilité vous découvriez aussitôt une maladie interne à la vue d'un symptôme , et comme vos connaissances étendues dans la matière médicale vous servaient à faire choix du remède le plus efficace. — Mais il faut aussi convenir des avantages de la pratique : si la théorie lui prête des secours, celle-ci en tire parti à son tour; et vous êtes une preuve, monsieur, de l'heureuse combinaison qui en résulte chez quehiu'un qui cultive l'une et l'autre. Il est difficile que quelqu'un devienne physiologiste s'il n'a pas exercé la pratique , et s'il n'a pas lu les ouvrages des praticiens, dont je vois avec plaisir que vous avez mis un si grand nombre à contribution dans votre Physiologie; car lien ne répand plus de jour sur le mécanisme des fonctions , qu'un examen exact des causes qui leur nuisent, et des symptômes qui sont la suite de ces lésions : il suffira que j'en cite un seul exemple. Qui est-ce qui comprendra la physiologie du foie ou delà bile, sans avoir observé que l'inflammation de ce viscère donne lieu à des squirrhes, à la jaunisse, aux calculs biliaires, et que l'engorgement de ceux-ci cause des coliques? Chacun peut dissiper ses doutes, s il en reste, en consultant les physiologies de Galitn, de Boerhaave, et surtout la vôtre, monsieur, qui est d'un grand secours à un praticien dans les cas les plus graves, tandis que sur la lecture de tant d'autres livres de physiologie on peut à peine soupçonner qu'il y ait de la liaison entre la théorie et la pratique. C'est par cette raison que Galien avait déjà donné ce bon avis aux physiologistes : " Apprenez cette science des méde- M cins , à moins que vous ne pratiquiez M vous-même la médecine. « Mais je reviens à mon sujet.
Comme les artères sont poreuses dans tout leur trajet , elles laissent suinter dans l'état de santé, au travers de leurs membranes, quelques parties aqueuses et
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grasses; écoulement que les injections rendent sensible à la vue par celte voie.
Entre les issues multipliées du système artériel , il eu est une qui aboutit d;ins les cellules du tissu cellulaire , et une autre qui communique avec les grandes cavités. L'humeur, que l'une et l'autre déposent , est repompée de ces réceptacles par la vertu résorbante des petites veines, ensuite de cette propriété qu'ont chez les animaux les vaisseaux capillaires, par laquelle les vaisseaux lactées sucent le chyle des intestins, comme Nicolas Aggiiinti , ce célèbre disciple de Galilée, l'a fait voir le premier. — Toutes les fois donc qu'il découle des artères dans les cavités, ou dans le tissu cellulaire, plus d'iiumeur aqueuse que les veines n'en repompent, il en résulte, tout autant de fois, cet amas d'eau qu'on appelle l'hydropisie. — Les causes générales qui peuvent empêcher ce retour de la sérosité dms les veines , sont :
1° Un obstacle qui ne comprime que les troncs veineux seulement : c'est ainsi que dans l'expérience très -connue de LoAver , la ligature d'une veine i)roduit l'hydropisie des parties d'oii cette veine rapporte le sang ; car tandis que le tronc ne se désemplit pas , la succion cesse dans les branches.
2° Un obstacle qui comprime avec une égale force l'artère et la veine ; car l'artère étant plus robuste n'est pas autant gênée et continue à donner cours au sang que la veine ne ramène pas en pareille quantité. Si on serre l'artère et la veine avec la même ligature, il en résulte une hydropisie particulière comme dans la première expérience, mais un peu plus tard.
•30 La diminution des forces qui font mouvoir le sang ; car les artères recevant d'abord leur mouvement du cœur, et étant naturellement plus fortes que les veines , elles leur transmettent le sang aussi long -temps qu'il leur reste de la force ; mais lorsque les autres secours de la circulation manquent, le mouvement se ralentit d'autant plus dans les veines , et la liqueur que les artères avaient apportée ne peut pas être ramenée , dans un temps égal, par les veines : il en résulte l'hyd ropisie, telle, par exemple, que ^ ?lle qui est une suite de la vie sédentaire.
4° Afin que la succion des vaisseaux capillaires réussisse , il faut qu'il y ait une certaine proportion entre les vaisseaux qui sucent et la liqueur qui doit être sucée ; mais lorsque cette propor-
tion manque, la succion cesse. Or, les veines sont sujettes à plusieurs défauts qui peuvent empêcher celte fonction (a); à un affaissement qui vient de ce qu'el- | les sont trop relâchées (0) ; à une dimi- | nution du mouvement vital , car tout comme il arrive dans un arbre que si cette faculté est en défaut dans une branche , le mouvement du stic nourricier cesse, il arrive de même dans les veines que, lorsque le mouvement vital se ralentit, la circulation se ralentit aussi. — ' Or, qu'est-ce que le mouvement vital des veines? Est-ce ici le cas de recourir à l'irritabilité? Vos expériences, monsieur, font penser qu'il en est autrement; mais le corps humain ne présente - t - il pas plusieurs phénomènes qui sortent des bornes auxquelles l'expérience peut atteindre, et qu'on pourrait cependant démontrer par les lois d'une saine analogie? ou bien l'audra-t-il avoir recours au mouvement des fibrilles imaginé par M. Roger, qu'une mort prématurée nous fait regretter ; mouvement qu'il avait cherché à établir d'une manière ingénieuse et propre à donner une idée avantageuse de ses connaissances? Mais il est plusieurs choses, et des choses d'importance, qui ne permettent pas d'être de son avis ; cependant je ne m'arrêterai i point à les examiner en détail, et je dirai i avec Cicéron : « Je pense qu'il convient | » mieux de diriger nos recherches sur les ( » événements des choses que sur leurs j 1) causes ; il me sufl'it, pour être content, i «d'être instruit des faits, quoique j'i- ( » gnore comment ils arrivent. » 1 Je ne parle pas des autres défauts des i veines, tels que les callosités, les spas- s mes , l'inilammation , etc. ; le fluide c qu'elles charrient a aussi sesdéfauls ; son t mouvement ne cesse point aussi long- u temps qu'il cède à la force qui le pousse, n à moins que le vice auquel il est sujet : j, ne soit considérable ; mais la résorption \ du sang se dérange plus facilement, car ^ elle n'admet pas ce qui est trop épais, et j E elle exclut les matières acres, qui, en ir- J rilant les orifices des veines, font qu'ils t; se resserrent. Car, comme vous l'ensei- d, gniez, monsieur, il y a vingt ans, « l'Ar- i n » tiste souverainement sage a construit > |i; )) le corps humain de manière que les i, » très-petits s[diincters des veines résor- d » banles se contractent à l'attouchement d, » de quelque particule acre , et qu'ils m » n'admettent rien d'une liqueur qui j () » pourrait être nuisible. » C'est ainsi que d les vaisseaux lactées ne sucent rien des a