‹ Œuvres de TissotChapitre 143 sur 160 · SUR LA COLIQDE DE PLOMB · texte numérisé non relu

SUR LA COLIQDE DE PLOMB

donner un lavement composé de quatre onces d'huile de lin, d'une once de sirop diacode , de sirop d'althéa et de décoction de camomilles, de" chaque deux onces. On couvrit d'un cataplasme trèsémollient la poitrine et le bas-ventre , depuis le cou jusqu'au pubis. J'ordonnai que la malade bût chaudement , et à la même dose que celle que j'avais prescrite pour le petit-lait à la malade précédente, de la décoction de fleurs de mauves à chaque livre de laquelle on avait ajouté une once et demie de manne, une once du miel , et une drachme de sirop diacode. Dans la vue de remédier aux mauvais effets de la suppression des crachats , je conseillai à la malade d'inspirer par la bouche et par le nez la vapeur très émoUienle de la même décoction , en se tenant la tête couverte. On donnait un lavement toutes les deux beures : il parut, après le troisième, que la malade était un peu soulagée ; il ne s'était pas encore écoulé une heure après le quatrième, et elle avait déjà avalé environ huit onces tant de manne que de miel, lorsque les douleurs étant devenues excessives, et ayant augmenté jusqu'à faire tomber la malade en défaillance, elle fit une selle presque aussi dure qu'une pierre, et qui surnageait sur l'huile; et elle rendit beaucoup d'urine très- fétide et rouge. Elle fit de plus six selles pendant la nuit , qui fut encore très-mauvaise.

Le 10, elle n'avait presque plus de douleurs ; elle avait déjà le plaisir de se sentir la bouche et le gosier humectés , mais les mains étaient sans mouvement.

La malade, toujours très -faible, continua pendant deux jours à faire usage de la même boisson , à laquelle on avait ajouté du sirop des cinq racines, en omettant le sirop diacode. Elle fit quelques selles, les crachats reparurent, mais sans la toux, ou du moins sans qu'elle se fît presque apercevoir. — Le 13 , on appliqua de l'emplâtre de g-albanum safrané tout le long de l'épine du dos, et surtout le bas-ventre : je fis prendre , trois fois par jour, à la malade, des bols composés de campbre , de benjoin , d'assa-fœlida , saupoudrés de poudre d'aunée, avec un peu de baume du Pérou broyé avec du sucre, en buvant par- dessus une tisane de bardane, de sassafras et de fleurs de romarin : j'avais soin qu'on lui frottât, en même temps, les )>arties inférieures avec des flanelles imprégnées de la fumée du succin; et je lui conseillai des aliments de facile digestion. — Celle méthode

ayant été suivie pendant six jours, savoir jusqu'au vingtième de la maladie, la malade remuait déjà la main gauche; le trentième, elle se portait fort bien. Mais s'élant exposée inconsidérément à une pluie d'été, comme je l'ai appris ensuite, et ayant été derechef attaquée de la toux , elle mourut étique au commencement de décembre. On me dit qu'elle avait sevré son enfant trois jours après avoir commencé l'usage du sucre de saturne.

111' OBSKRVATIOiN.

Un homme âgé de vingt -trois ans, ayant la gonorrhée , et conseillé par un barbier qui se mêlait de faire le chirurgien , prenait , pendant le mois de septembre de 1766, du sucre de plomb à la dose de douze grains à sept heures du matin. Il en avait déjà consommé trois drachmes dans l'espace de quinze jours ; la g-onorrhée étant ainsi presque supprimée, il était tourmenté d'un malaise intérieur, d'angoisse, de faiblesse, de dégoût et de soif. Le dix-huitième jour, il eut de la douleur à l'estomac. Le 23 , la maladie avait tellement augmenté que le malade paraissait être en danger de mort : après avoir pris, à ce qu'il me dit, à diverses fois des lavements, des purgations et des remèdes huileux, le ventre se lâcha le 1 S, et les douleurs furent un peu apaisées; mais il survint en même temps une paralysie aux mains et aux pieds, qui lui ôtait le mouvement de ses membres. — Ayant été appelé le 31, et voyant que le ventre n'était pas encore assez libre, je le purgeai copieusement, mais doucement, en lui faisant prendre, pendant deux jours , une boisson délayante, préparée avec de la manne, de la pulpe de casse et de la décoction de racine de chiendent ; puis je fis appliquer sur le bas- ventre un cataplasme nervin et un emplâlre de la même nature sur l'épine du dos; de plus je lui fis faire des frictions par tout le corps. — Depuis le 31 jusqu'au 38, il but à toute heure, jour et nuit, trois onces d'une décoction de chardon - roland , de salsepareille et de gayac adoucie avec du miel. — Le 39 , après avoir fiit précéder deux lavements qui amenèrent des selles copieuses , je lui fis prendre toutes les quatre heures, quatre fois par jour, des bols fails avec de la serpentaire de Virginie , du camphre, de l'assa-fcelida et une petite quanlité de soufre doré d'antimoine de la troisième précipitation, en buvant par-

6j2 observations sur l\

dessus un verre de la décoction. — Le -40, comme il ne pouvait pas encore dormir , je fis ajouter au bol qu'il devait prendre le soir un demi-grain d'opium , ce qui lui procura une nuit tranquille. — Le 41 , je lui fis boire trois onces de vin de Malaga , le matin , et autant le soir; cela ranima merveilleusement les forces.

COLIQDE DE PLOMB.

Le 42, il remua la jambe droite. — Le 50, en faisant usage des mêmes remèdes, excepté l'opium, que je n'employai qu'une seule fois, il put remuer à son gré les mains et les pieds. Des aliments de facile digestion, des vins généreux et l'équitation rétablirent tout- à -fait les forces , et le malade ne s'est jamais plus ressenti de sa gonorrhée.

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