A M. BAKER
mesurée , provenant d'un accroissement excessif dans les années d'aliondance, et que ces grains n'ont rien de nuisible : il ajoute, contre le sentiment général, que l'orge et le froment peuvent devenir cornus (1). Cependant cet homme de bien n'a sans doute jamais vu le seigle cornu, mais il aura vu de ces grains vraiment gigantesques, qui n'ont point d'autre défaut que celui d'être trop volumiueux, et qu'on rencontre partout chaque année. M. Salerne a fait part à la postérité de la lettre d'une femme qui dit aussi que le seigle ergoté est quelquefois plus grand et quelquefois plus petit que le seigle ordinaire (2). Et M. Hanow paraît aussi croire que le seigle ergoté est une maladie qui tient de l'atrophie (3j : mais tous les autres auteurs sont d'un |avis différent de celui de ces trois. Dans la Sologne on appelle cette maladie ergot \ on lui donne le nom de blé cornu dans le Gàtinais (4). — Toutes les fois donc qu'il s'agit de la rouille , de la nielle ou du seigle ergoté, il faut bien se souvenir que ce qu'on appelle riibigo , œrugo , ruggine. robbiga, mildew, rouille, suc miellé , et peut-être blé venié , n'est qu'une seule maladie; que la nielle, appelée ustilago , uredo, fuligo , nigella, volpe , brûlure, est une autre maladie qui diffère de la première, et qui est de deux espèces, savoir, la carie et le charbon; qu'enfin le seigle ergoté, autrement dit secale luxurians , mater sccalis , mutterhorn, orga, clavus secalinus, est un troisième genre de maladie, entièrement différent des deux premiers. — Les anciens n'ont pas ignoré que tous les grains corrompus donnent une mauvaise nourriture; et Galien, qui tient encore à présent un rang distingué parmi les auteurs de diététique, a donné detrcs-bons
(1) Commentanï de rébus in historia nalur. et média, gestis, t. m, p. 520.
(1) Mémoire sur les maladies que cause le seigle ergoté, dans les Mémoire!; de mathématiques et de plujsique -présentés à l'Académie royale des sciences, t. ii, p. ICI.
(3) Commentar. de rébus in histor.,etc., à l'endroit cité plus haut.
(4) Dictionnaire d'Histoire naturelle, de M. de Bomare, au mot' Seigle. Cet auteur distingué, dont l'utile ouvrage a été publié une année après cette lettre, définit en peu de mots, mais avec justesse, ce que c'est que la rouille et la nielle, au mot Blé; et le seigle ergoté, à l'article Seigle.
préceptes sur les mauvais effets du froment noir, c'est-à-dire de la nielle et de l'ivraie, dont il défend sérieusement l'usage aux boulangers, en rendant compte en même temps des maladies qu'il en a vu résulter (I).
Le pain fait avec des graines infectées de la poudre de la nielle, ou avec celles qui ont été attaquées du charbon (car il ne m'est pas encore arrivé de voir des graines en partie cariées et en partie saines), fermente et se cuit toujours mal; il est visqueux, pesant, et donne des nausées à ceux qui n'y sont pas accoutumés; et si l'observation ne m'a pas trompé, il a été, en 1758 , la cause de plusieurs maladies chroniques du bas-ventre et de la peau, y ayant eu ici dans celte année beaucoup de ce pain. Longolius a vu un homme qui, après avoir avalé par curiosité quelques grains de froment niellé , fut attaqué de douleurs de membres, et fut guéri en faisant quelques selles. — Mais les mauvais effets qui résultent de l'usage du seigle ergoté sont très nuisibles ; et comme il est vraisemblable que cette dégénération du seigle a eu lieu de tout temps, je ne ferais pas difficulté de croire que dans tous les siècles il y a eu des hommes qui ont éprouvé les maladies qu'il occasionne , quoique les médecins de l'antiquité ne les aient point décrites; car ce n'est qu'en 1596 qu'on les a décrites pour la première fois avec exactitude : depuis ce temps-là elles ont cruellement infesté divers pays de l'Europe , en excitant des spasmes ou la gangrène. Je rendrai compte de ces fléaux en peu de mois et historiquement. Frédéric Hofmann décrit cette maladie sous ces deux faces (2). Je ferai en premier lieu la description de l'espèce spasmodique , puis celle de l'espèce gangréneuse. — Il régna en 1596 , dans la Hesse et dans les pays voisins, une maladie épidémique spasmodique-convulsive, dont la faculté de médecine de Marbourg attribua la cause à l'usage du seigle ergoté. Elle publia , en 1597, un petit traité, écrit en allemand, sur les symptômes, l'étiologie et le traitement de cette maladie ; et c'est dans cette source que Sennert paraît avoir puisé ce qu'il en a dit (3J. Il en
(1) De alimentoriim facidtatibus, lib. i, c. xxxvii.
(2) Pathol. gêner. Part, n, cap. ix, § 16, dans le Scolie.
(3) De fcbribus, liv. iv, cap. xiv, De
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donne une ample description dont je n'extrairai que ce qu'il y a de plus remarquable , parce qu'il est facile de la trouver, cet auteur étant entre les mains de tout le monde.
1° Ceux qui étaient attaqués d'épilepsie n'étaient presque point délivrés de cette maladie par la suite.
2° Ceux qui tombaient dans la démence demeuraient stupides jusqu'à la mort.
3" Quoique quelques - uns vécussent encore jusqu'à quinze ans après avoir eu cette maladie , ils se trouvaient cependant mal toutes les années aux mois de janvier et de février.
40 Cette maladie n'était pas exempte de contagion ; ce qu'on n'a observé nulle autre part.
5° Les cadavres de ceux qui en étaient morts se corrompaient beaucoup plus vite que s'ils étaient morts d'une autre maladie (1).
G" Elle n'a point non plus toujours épargné les bêtes sauvages ; les cerfs surtout en étaient attaqués comme les hommes, et ils restaient étendus par terre comme s'ils avaient été en léthargie (2).
Suivant le témoignage de Hoft'mann , la même maladie régna dans le Yoigtland dans les années 1G48, 1049 et 1675. En 1702, elle parcourut tout le territoire de Freyberg. En 1716, elle affligea la Saxe et la Lusace. Cette épidémie a été décrite par G. -Y. Wedel (3). Dans le même temps , A.-O. Gœlike a publié une dissertation sur la même maladie , dans laquelle il a donné un précis exact de tous les auteurs qu'on avait alors sur cette matière (tels étaient Horst, Buddœus , Longolius , Haberkorn , Willisk , et d'autres) , et il y a soigneusement indiqué les différences de la maladie dans les diverses épidémies (4). — La même maladie se manifesta, en I717, dans diverses contrées de l'Allemagne. Elle se
febre maligna mm spasmo. Dans le siècle dernier Willis, et tout nouvellement M. Cartlieuser, ont déciit, d'uprûs Scnliert, la pathologie de celle maladie.
(1) k.-O.GœVike, ExercHaliones subsecivœ, t. Il, p. 17.
(2) Ibid., p. 25.
(3) Diss. de morbo spasmodico epidemico maligno in Saxonia, Ltisutia, vicinisque lotis grassata. Jenœ, 1717.
(4) A.-O. Gœlike, Exercitationes subsepvœ, t. n, p. 1. Ce petit ouvrage est bon et mérite d'être lu. ' ■■ >
répandit en Silésie , l'an 1722, c'est ce qui donna lieu à la dissertation de Yaler (1). Elle régna, en 1736 , dans la dynastie de Zoltenberg, en Silésie, et dans le district de Wartenberg, en Bohême. G.- H. Burghart décrivit l'épidémie de Zottcnberg, mais en allemand pour la plus grande partie (2). J.-A. Srinc , qui avait traité lui seul cinq cents malades, dépeignit avec exactitude la maladie de Wartenberg (3). Yoici quels étaient ses symptômes: «Elle commençait par un chatouil- » lement incommode aux pieds comme si » si on y eût senti marcher des fourmis ; » bientôt l'estomac était tourmenté d'une » cardialgie grave. Le mal s'avançait de « là jusqu'aux mains, jusqu'à ce qu'il oc- » cupât la tête même. Ce chatouillement «était suivi, non -seulement dans les )> mains et les pieds, mais encore dans » les doigts de ces membres, d'une con- » traction que l'homme le plus robuste )) pouvait à peine empêcher , en sorte » qu'à voir comme les membres étaient » tordus en divers sens , on aurait juré » qu'ils étaient disloqués. Les malades » poussaient les hauts cris en se plaignant » que les pieds et les mains leur brûlaient, » tandis qu'ils suaient excessivement par )> tout le corps. La tête, après avoir es- » suyé les douleurs , devenait pesante, » et était attaquée de vertige ; la vue » était comme offusquée par des nuages. » Quelques-uns étaient tout-à-fait aveu- » gles ou croyaient voir les objets dou- )) bles, quoiqu'ils fussent simples. Ilss'ou- » bliaient eux - mêmes et chancelaient » comme des gens ivres, étant tout-à-fait » hors de sens. Quelques-uns devenaient » maniaques , d'autres mélancoliques , » d'autres tombaient dans l'assoupisse- » ment (4). Ceux qui avaient passé l'âge » de quinze ans étaient sujets au mal ca- » duc , et en mouraient pour la plupart. X Cette maladie était accompagnée de » l'opisthotonos, et d'une écume presque » sanglante, ou jaune, ou bien verte, qui a sortait de la bouche. La langue était » souvent déchirée par reffct des con- » vulsions; elle s'enflait tellement chez n quelques- uns qu'elle interceptait la
(1) Chr. Vateri , Dissertatio de morbo spasmodico populari Silesiaco. Wiltemberga:, 1725.
(2) Satrjrœ mcdicorim Silesiacorum , specim. m, obs. 4.
(3) Ibidem, specim. m, obs. 5.
{h) Comcitosi jicbant.